[Flics, Porcs, Assassins] Quelle est donc cette fâcheuse et sale habitude qu’ont des fonctionnaires de police de tirer alors que rien ou presque ne se passe ?

Quand l’inutilité d’un tir de Flash-ball conduit à la perte d’un œil

Mais qu’est-il bien arrivé à Quentin Torselli ce 22 février 2014, place de la Petite Hollande aux alentours de 18h25 pour ainsi perdre l’usage d’un œil ? Et que dire de la manière douteuse dont les CRS ont apprécié son évacuation par des manifestants ? Pourquoi harceler un groupe qui protège un homme au sol, gravement blessé ? La vidéo et le texte ci-dessous reviennent sur le contexte qui entoure ce tir inutile aux conséquences graves.

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Quentin est transporté quelques secondes après le tir.

Rappelons que les affrontements les plus violents ont eu lieu plus tôt dans la journée à l’entrée du Cour des 50 otages et qu’à notre connaissance aucune utilisation de Flash-ball n’a été faite à ce moment-là.

En mars 2012, la dispersion de la manifestation anti-aéroport avait été courte. Les unités mobiles avaient facilement écumé les derniers récalcitrants du Cour des 50 otages qui était resté ouvert.

Contrairement à ce 22 février où les forces de l’ordre s’invitent tôt dans une manifestation avortée à cause d’un effet d’embouteillage dû à la taille trop courte du parcours, imposé par la Préfecture.

Une dispersion interminable

Cela fait des heures que depuis le boulevard Phillippot, devant le CHU, des CRS accompagnés d’unités mobiles avancent face à des manifestants majoritairement pacifistes et des « jeteurs » hétéroclites qui, sporadiquement, les harcèlent.

Par vaguelettes successives, les CRS et les unités mobiles, paradoxalement fixes ce jour-là, n’en finissent pas de repousser les manifestants jusqu’à la Place de la Petite Hollande. Après 18 heures on ne retrouve plus ou peu d' »autonomes » mais majoritairement des lanceurs de pierres d’un jour ou des « jeteurs » extérieurs à la manifestation. À leur niveau ou en retrait, des manifestants dont Quentin Torselli fait partie, qui observent et petit à petit quittent la place. Et aussi des badauds.

Une éclatante disproportion

Au moment où Quentin est touché, le container-poubelle du début de la place de la Petite Hollande est en feu. Sur la grande largeur qui va du quai de la fosse à l’allée de l’île Gloriette, les rangs sont assez clairsemés du côté manifestants. Ici et là des invectives, des doigts d’honneur, quelques jets de pierre.

Comme on le voit sur la vidéo qui accompagne ce texte, Quentin est isolé au moment du tir. Il ne représente aucun danger dans ce temps qui semble suspendu. Alors pourquoi le viser et si mal ? Car ce tir touche bien la zone interdite qu’est le visage. Quand on sait que le Lanceur de Balles de Défense (LBD) est censé être précis grâce à un système de visée efficace (Eotech), on s’interroge sur les intentions du tireur ?

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VOIR LA VIDÉO

Quelle est donc cette fâcheuse et sale habitude qu’ont des fonctionnaires de police de tirer alors que rien ou presque ne se passe ? Pierre Douillard, derrière les grilles du rectorat de Nantes en 2007, ne représentait pas non plus de danger. Pas plus que moi-même avec ce tir reçu au thorax le même jour que Quentin — voir mon récit ici — ou que de nombreux autres cas à travers la France.

Il semblerait que quelques policiers se prennent pour des cow-boys des temps modernes. Ces « écumeurs de manifs » issus de toutes les strates de la police ont-ils été frustrés de ne pas pouvoir trop sortir des rangs ce jour-là pour avoir la détente aussi facile, à distance ? Comment expliquer autrement ces tirs inutiles qui transforment une arme défensive en une arme offensive et mutilante ?

Une « responsabilité sans faute »

Nombreux sont ceux qui dénoncent l’usage du Lanceur De Balles (LBD) et du Flash-ball, qui n’a de « Super Pro » que le nom car il n’est pas précis, pour maintenir l’ordre. Ces armes sont en effet un réel danger quand elles tombent dans les mains de fonctionnaires zélés qui outrepassent leurs droits.

Le Défenseur des droits a beau s’agiter depuis des années, les ministres de l’intérieur successifs font l’impasse sur le sujet. Suite à des plaintes, la police, acoquinée avec la justice, s’en est jusqu’ici toujours tirée au pénal. Mais pour la première fois, fin 2013, la « responsabilité sans faute » (!) de l’État a été reconnue par le tribunal administratif de Paris suite à une plainte déposée par Clément Alexandre.

Trop nombreux sont les yeux qui s’éteignent par la faute de l’instinct militaire qui animent quelques-uns. Armés, ils jouissent de viser le manifestant désarmé et de l’atteindre avec la bénédiction de la hiérarchie. La hiérachie, la belle affaire.

Yves Monteil, Citizen Nantes, 3 avril 2014

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