[Leur presse] Face aux armes de la police

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L’œil et la robe

Le 22 février, un jeune charpentier, Quentin Torselli, perdait un œil à la suite d’un tir tendu de flash-ball alors qu’il manifestait pacifiquement dans le centre ville de Nantes contre l’aéroport de Notre Dame des Landes. Les faits sont avérés et la violence policière gratuite, inutile, commise délibérément par un agent censé faire respecter la loi à l’encontre d’un citoyen désarmé et inoffensif, est dans ce cas intolérable ; c’est un acte de voyou, un acte criminel et une « bavure » qui n’est malheureusement pas isolée  puisque les incidents de ce type se multiplient, en l’absence d’une réaction forte du ministre de l’Intérieur. La longue liste des éborgnés, entamée sous Nicolas Sarkozy, continue de s’allonger inexorablement sous Manuel Valls. Déjà, le  27 décembre 2013, un pompier avait perdu un œil à la suite d’un tir des forces de l’ordre, lors d’une manifestation à Grenoble, et le 1er février dernier c’était le tour d’un jeune adolescent, en marge d’une manifestation à La Réunion. L’émotion,  faiblement relayée par les médias, ne dépasse guère le cadre habituel des associations de défense des droits de l’homme, des (vrais) partis de gauche et des associations altermondialistes. Pourtant, ces violences policières à répétition, qui ne sont pas unanimement et fermement dénoncées par la classe politique et les médias, concernent bien la société toute entière — et non pas seulement les individus qui en sont  victimes — et représentent une formidable menace pour les libertés publiques et pour l’État de droit. La démocratie suppose la reconnaissance du droit de s’opposer pacifiquement  à la politique menée par le pouvoir. Quand la police inspire davantage la crainte que le respect et la confiance, le totalitarisme n’est jamais très loin. Le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe s’est d’ailleurs ému récemment d’un « usage excessif de la force contre des manifestants »  dans de nombreux pays européens.

Placer sur écoute un ancien Président de la République et son avocat, Me Thierry Herzog, tous deux soupçonnés de trafic d’influence (et de violation du secret de l’instruction),  provoque par contre des réactions indignées de la droite, considérablement  amplifiées  par la caisse de résonance médiatique, et place subitement notre belle démocratie en état d’alerte. Rendez-vous compte : une perquisition de 12 heures où les policiers « ont retourné l’appartement, fouillé jusqu’aux ordinateurs, ils ont même démonté le tambour de la machine à laver » quelle violence, quelle atteinte insupportable à notre État de droit qui se doit de respecter scrupuleusement les droits de la défense et les secrets d’avocats ! Alors que la surveillance électronique menace désormais n’importe quel citoyen, il serait évidemment préjudiciable pour la collectivité toute entière que ces secrets d’affaires concernant d’éminentes personnalités ne soient pas scrupuleusement préservés et respectés.

« Selon que vous serez puissant ou misérable… »

En matière de justice et de défense des droits du citoyen, la grande majorité des médias contribuent à perpétuer la tradition et à  faire pencher le fléau de la balance du côté des puissants.

L’œil de Quentin  ne pèse pas le même poids que la robe de Me Herzog.

Jean-Luc Gasnier, 14 mars 2014

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