Les patrons ont le goût du sacrifice

PSA va demander des efforts à ses salariés

Le groupe voudrait profiter de futures dispositions lui permettant de moduler les conditions de travail en échange d’un développement de la production.

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L’usine PSA de Poissy en banlieue parisienne, le 27 janvier 2012

Quel avenir pour la production de PSA en France ? Interrogé à ce sujet lors de la présentation des résultats du groupe, mercredi matin, Philippe Varin a conditionné tout développement à une réduction des coûts dans l’Hexagone. Et laissé entendre que le groupe tentera de conclure un « accord de maintien dans l’emploi » avec ses salariés : en échange de concessions sur les conditions de travail, PSA pourrait augmenter sa production en France.

« Aujourd’hui, la C4 Picasso est produite en Espagne, a expliqué le président du directoire de PSA. Le prochain modèle, prévu pour 2014, le sera à Madrid. Mon souhait le plus cher est de progresser sur la compétitivite en France pour développer la production. » Avec le plan de restructuration en cours (600 millions d’euros d’économies attendus) et le bénéfice du crédit d’impôt offert par le gouvernement aux entreprises (100 millions), PSA va déjà réduire considérablement ses coûts. Insuffisant, à en croire Philippe Varin, qui a annoncé son intention de « tirer parti » des « nouvelles possibilités en matière de compétitivité » offertes par le récent accord interprofessionnel sur l’emploi.

Travailler plus pour… garder son travail

L’allusion est transparente aux « accords de maintien dans l’emploi » prévus par le texte. Ce dispositif permet, en cas d’accord majoritaire dans l’entreprise, de prévoir des modifications substantielles au contrat de travail, comme des hausses du temps de travail ou des baisses de salaire. En échange, aucun licenciement économique ne peut avoir lieu pendant la durée de l’accord. Ces accords devraient faire leur entrée dans le Code du travail au printemps, après l’examen par le Parlement du projet de loi retranscrivant l’accord.

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Certaines entreprises ont cependant déjà conclu de tels accords, ou sont sur le point de le faire. Comme l’autre grand constructeur français, Renault, dont les négociations avec les syndicats seraient sur le point d’aboutir. En échange d’une mobilité accrue des salariés et d’une hausse du temps de travail, entre autres, le groupe serait prêt à augmenter sa production en France, et même à relocaliser une partie. PSA lui-même a déjà conclu un tel accord en juillet 2012, sur son site de Sevelnord (Nord), où il fabrique des monospaces et des véhicules utilitaires légers.

« Réparer l’entreprise »

Des négociations en vue d’un nouvel accord pourraient être lancées « au deuxième semestre », « dans la foulée » de la conclusion du plan de restructuration, a fait savoir Frédéric Saint-Geours, le directeur des marques de PSA. Quant au bénéfice espéré, il devrait être, selon Philippe Varin, « de l’ordre celle de celui du crédit d’impôt », soit 100 millions d’euros.

Délégué syndical central de FO à PSA, Christian Lafaye se dit prêt à discuter : « On est à deux doigts du dépôt de bilan, il faut réparer l’entreprise, qui est aujourd’hui très malade. Je pense que l’on peut discuter d’une augmentation du temps de travail, à condition que l’accord soit limité dans le temps. Par contre, en temps que syndicaliste, je ne peux évidemment pas défendre une baisse des salaires ! »

Pas sûr que tous les syndicats l’entendent de cette oreille, notamment une CGT en première ligne contre la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay comme contre la proposition d’accord de Renault. Les prochains mois s’annoncent agités pour le secteur automobile français.

Presse esclavagiste (Dominique Albertini, Liberation.fr, 13 février 2013)

 

Le directoire de PSA renonce à la part variable de sa rémunération

C’est ce qu’indique le patron du groupe Philippe Varin, qui rappelle qu’il en avait été de même l’année dernière.

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Le président du directoire de PSA, Philippe Varin, le 7 mars 2012 à Genève.

Les membres du directoire de PSA Peugeot-Citroën, qui a enregistré une perte historique de plus de 5 milliards d’euros l’an dernier, ont de nouveau renoncé à la totalité de la part variable de leur rémunération, au titre de l’exercice 2012, a indiqué le patron Philippe Varin.

« Sur la question des salaires, la priorité est au redressement du groupe et dans ces moments, la solidarité est absolument la clef pour l’engagement des équipes », a déclaré Philippe Varin jeudi sur France Info.

« Sur ce sujet, j’ai déjà pris une décision en 2011 : c’était d’abandonner 100% de ma part variable et le directoire également. Pour l’année de l’exercice 2012, nous avons pris la même décision », a-t-il poursuivi, se disant « plus que jamais déterminé à mener le redressement de ce groupe ».

« C’est ma seule préoccupation. (…) Je suis convaincu que le succès va être au rendez-vous », a indiqué Philippe Varin, président du directoire de PSA depuis 2009 et qui devrait être reconduit à la tête du constructeur à l’échéance de son mandat en mai. Selon le groupe, la part fixe de la rémunération de Philippe Varin est de 1,30 million d’euros depuis son arrivée dans le groupe.

En 2011, il a perçu 1,65 million de part variable au titre de l’exercice 2010, et a renoncé à celle de 2011 et désormais de 2012. Sa part variable peut grimper jusqu’à 150% maximum de la part fixe. Les quatre autres membres du directoire touchent un salaire fixe de 618’000 euros.

Confronté à la baisse des ventes sur son principal marché, PSA a prévu de supprimer 11’000 postes entre 2011 et 2014 en France (sur un total de 91’000) et de fermer son usine d’Aulnay-sous-Bois, en région parisienne, en 2014. Il a aussi cédé plusieurs actifs pour plus de 2 milliards d’euros, réduit ses coûts de 1,2 milliard et ses stocks.

Presse esclavagiste (Liberation.fr, 14 février 2013)

 

Renault : Carlos Ghosn fait un (petit) geste sur son salaire

Le patron de Renault se dit prêt à reporter à 2016 le versement d’une partie de ses primes de 2012. Selon Arnaud Montebourg, « ça va aider mais ce n’est pas suffisant ».

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Carlos Ghosn à Bochum en Allemagne le 29 janvier.

Le constructeur automobile Renault, qui a vu ses bénéfices fondre tout en se maintenant dans le vert en 2012, a annoncé jeudi un geste de son PDG Carlos Ghosn sur sa rémunération afin de faciliter la signature d’un accord de compétitivité sur ses sites français. Le conseil d’administration du groupe a validé mercredi soir le report de 30% de la part variable de la rémunération de Carlos Ghosn « de l’année 2012 au 31 décembre 2016 », si cet accord devait être signé par les partenaires sociaux.

Selon le constructeur, le paiement de cette somme sera conditionné « à l’exécution, par Renault, de l’ensemble de ses engagements dans le cadre de l’accord », c’est-à-dire ne pas fermer d’usine en France, leur assurer un certain volume de fabrication et ne pas faire de plan social. En 2011, la part variable du salaire de Carlos Ghosn en tant que PDG de Renault était de 1,59 million d’euros et la part fixe de 1,23 million. Carlos Ghosn reçoit aussi une rémunération substantielle en sa qualité de patron de Nissan.

Le gouvernement avait estimé ces dernières semaines qu’il devrait réduire sa rémunération, en contrepartie du gel des salaires prévu dans l’accord de compétitivité au sein du groupe, pour lequel les négociations patinent. Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a relativisé jeudi la portée du geste consenti, moins important à ses yeux que les engagements industriels attendus par l’État, qui est toujours le premier actionnaire (15,04%) du deuxième constructeur français.

« C’était bien le minimum »

« Ça va aider mais ce n’est pas suffisant (…) L’essentiel, c’est d’abord la politique de localisation industrielle de Renault », a déclaré Arnaud Montebourg sur Europe 1. « C’est sur ce terrain-là que nous attendons les évolutions structurelles et manifestes de Carlos Ghosn », a-t-il souligné en rappelant le souhait du gouvernement « que Renault relocalise sur le sol industriel français la production d’un grand nombre de ses véhicules ».

« Dans la mesure où il demande un gel des salaires pour 2013 aux salariés c’était bien le minimum qu’il le fasse mais nous n’avons pas demandé que cela à Renault, nous avons demandé à ce que Renault réinvestisse en France », a encore insisté Arnaud Montebourg. Renault a vu ses bénéfices fondre en 2012 sous le coup de la crise automobile en Europe mais est parvenu à rester dans le vert, contrairement à son concurrent PSA Peugeot Citroën et le constructeur espère que ses activités automobiles dégageront de l’argent en 2013.

Le bénéfice net a reculé de 15,3% l’an dernier à 1,77 milliard d’euros, selon les chiffres communiqués jeudi. Mais ce montant inclut une plus-value exceptionnelle de 924 millions d’euros liée à la liquidation de la participation dans le groupe suédois AB Volvo. Le bénéfice d’exploitation a chuté à 122 millions (contre 1,24 milliard en 2011) et le chiffre d’affaires a reculé de 3,2% à 41 milliards.

Pour cette année, Renault prévoit un marché automobile européen en recul de 3% et un marché français baissant de 3 à 5%. Malgré ce pronostic toujours morose, le constructeur, moins dépendant du Vieux continent que PSA, prévoit de parvenir à augmenter ses ventes.

Presse esclavagiste (Liberation.fr, 14 février 2013)

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