[La DST au service de la Mafia] « Affaire Karachi » : terrorisme d’État au Pakistan, corruption et omertà en France

Exclusif
Affaire Karachi : la DST mise en cause par un témoin clé

Nouveau rebondissement dans l’affaire Karachi. Dès 1995, la direction de la surveillance du territoire (DST) soupçonnait l’équipe de campagne d’Edouard Balladur de bénéficier de financements occultes liés au contrat Sawari II.

C’est ce qui ressort de l’audition de Gérard Willing, 64 ans, réalisée lundi après-midi par le juge Marc Trévidic chargé d’enquêter sur le volet terroriste de l’affaire Karachi.

Ancien correspondant des services de renseignement français, Gérard Willing a longtemps travaillé dans le domaine très sensible des contrats d’armement, notamment à travers sa société d’intelligence économique, CIEX, créée en 1995.

À cette époque, l’arrivée inopinée des intermédiaires Abdulrahmane El Assir et de Ziad Takieddine dans les négociations du contrat Sawari II l’intrigue. Willing suspecte ces nouveaux venus d’avoir été recrutés pour mettre en place un système de financement politique en faveur du Parti républicain et de l’association de soutien à la campagne d’Edouard Balladur (AFICEB). Il s’en ouvre à la DST dont il est un correspondant. « Très rapidement, la DST a mis des moyens techniques en place, comme des sous-marins c’est-à-dire des véhicules banalisés pour filmer les participants à des réunions… entre messieurs Léotard, Bazire, Donnedieu de Vabres essentiellement », indique-t-il au juge. « Ils faisaient des filoches pour voir qui rentrait, qui était avec qui, les va-et-vient de ces personnes. La DST voulait des photos de leurs têtes. Ils m’ont d’ailleurs montré ces photos pour que je les identifie ».

Des informations compromettantes ont-elles été dissimulées ?

Willing affirme avoir fourni « un très grand nombre d’informations orales » à la DST, dont une partie s’est retrouvée dans le rapport Nautilus, rédigé quelques mois après l’attentat Karachi du 8 mai 2002 . Établi à la demande de la Direction des constructions navales (DCN) en septembre 2002, ce document-clé établit un lien entre l’attentat de Karachi et des circuits de rétrocommissions mis en place en marge des contrats d’armement Agosta et Sawari II, destinés à financer la campagne d’Edouard Balladur.

Quel rôle a joué la DST dans l’enquête sur l’attentat de Karachi ? Des informations compromettantes pour les équipes de Balladur ou de Chirac ont-elles été sciemment dissimulées ? « Si ce que dit Willing est vrai, cela veut en tout cas dire que la DST savait, depuis longtemps, que la piste financière de l’attentat était plausible », indique une source proche de l’enquête.

Au mois d’août dernier, le juge Marc Trévidic avait adressé une demande de déclassification au ministère de l’Intérieur restée, jusqu’à présent, sans réponse. Le témoignage de Gérard Willing, qui devrait être très prochainement transmis aux services de Manuel Valls, rend cette déclassification plus urgente que jamais.

Publié par des probables agents d’influence d’Al-Qaïda (Élisabeth Fleury, LeParisien.fr, 30 janvier 2013)

This entry was posted in La police travaille, Violences policières et idéologie sécuritaire and tagged , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.