[PCC dégage !] « Si nous échouons à régler la question de la corruption, elle pourrait se révéler fatale pour le parti et même provoquer la chute du parti et la chute de l’État »

Hu Jintao a vivement dénoncé la corruption comme une menace qui pourrait compromettre l’existence de l’État et celle du Parti communiste chinois lors d’un « discours à la nation », ouvrant officiellement le XVIIIe Congrès du PCC à Pékin, jeudi.

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Les dirigeants chinois le 10 novembre 2012 à Pékin lors du congrès du Parti communiste

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L’événement se déroule alors que la Chine connaît un contexte de tension sociale, de dénonciation de la corruption et d’accroissement des inégalités entre riches et pauvres.

« Combattre la corruption et promouvoir l’intégrité politique, qui est un sujet majeur de préoccupation politique du peuple, est un engagement clair et à long terme du parti », a déclaré le chef de l’État sortant.

« Si nous échouons à régler cette question (de la corruption), elle pourrait se révéler fatale pour le parti et même provoquer la chute du parti et la chute de l’État », a-t-il mis en garde.

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« Tous ceux qui violent la discipline du parti et le droit, qui qu’ils soient et quels que soient leurs pouvoirs ou leurs positions sociales, doivent être traduits en justice sans pitié », a-t-il continué.

« Les dirigeants, en particulier ceux de haut rang, doivent respecter une auto-discipline stricte et veiller à l’éducation et au contrôle de leur famille et de leurs subordonnés. Ils ne doivent jamais chercher à obtenir des privilèges », a-t-il ajouté.

Le New York Times avait révélé la semaine passée que la famille du Premier ministre Wen Jiabao avait accumulé une fortune de 2,7 milliards de dollars depuis son entrée au gouvernement.

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Au cours de son allocution, Hu a également avancé l’idée de réformes politiques tout rappelant la nécessité « de préserver l’autorité du parti ».

« La réforme de la structure politique est une partie importante de la réforme globale en Chine », a estimé Hu. « Nous devons poursuivre des efforts à la fois dynamiques et prudents pour mener à bien les réformes de la structure politique et rendre la démocratie populaire plus large et plus saine dans sa pratique », a-t-il poursuivi.

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« Aujourd’hui alors que la situation mondiale, nationale et au sein de notre parti continue de connaître des modifications profondes, nous sommes confrontés à des opportunités sans précédent pour nous développer mais également à des risques et des défis inconnus jusqu’alors », a poursuivi Hu.

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La censure est immédiatement intervenue pour effacer toute référence à « Si Ba Da », nom utilisé par les internautes pour discuter du XVIIIe Congrès sur les sites de microblogging.

Presse corrompue (Reuters, 8 novembre 2012)


(…) La nouvelle équipe pourra-t-elle s’attaquer à la corruption qui gangrène le pays ?

Probablement en bas de l’échelle et au milieu de l’échelle, mais certainement pas au sommet. La corruption est installée complètement dans le système, la « vénalité des charges » est revenue. Un certain nombre de fonctionnaires achètent leur charge, parce que l’on gagne beaucoup d’argent en étant fonctionnaire.

Presse corrompue (Philippe Grangereau, Libération, 9 novembre 2012)


Chine. Les rebondissements s’enchaînent dans la bataille pour le pouvoir
Tous corrompus ?

Les dirigeants du Parti, de l’État et même de l’armée ont les mains sales. Il ne faut pas s’étonner que tous leurs appels à la probité restent lettre morte.

Après les scandales du couple Bo Xilai et l’histoire de Ling Gu (mort dans l’accident de sa Ferrari en mars), et de son père, Ling Jihua, l’homme de confiance (muté en septembre) du président Hu Jintao, les médias chinois et étrangers viennent de révéler les patrimoines gigantesques des clans familiaux de Xi Jinping et Wen Jiabao.

Il suffit, en Chine, de s’intéresser un tant soit peu à l’actualité pour savoir qu’il n’existe au fond aucune personnalité de premier plan du Parti communiste chinois (PCC) qui n’ait profité de ses hautes fonctions pour permettre à son ou sa conjointe et à ses enfants de faire fortune de façon malhonnête, malgré la probité apparente de ces hauts responsables et leur appel quotidien à l’honnêteté et à la droiture.

Des milliards d’euros blanchis

Après que The New York Times a rapporté que la fortune de la famille de Wen Jiabao s’élevait à 2,7 milliards de dollars (2 milliards d’euros), une enquête réalisée par l’ONG américaine Global Financial Integrity a révélé que, l’an dernier, les nouveaux riches chinois avaient fait sortir de Chine plus de 600 milliards de dollars (469 milliards d’euros), notamment par des canaux de blanchiment d’argent.

L’enquête estime à pas moins de 3790 milliards de dollars (2962 milliards d’euros) le montant des capitaux ayant fui la Chine entre l’an 2000 et 2011 ! Parmi ceux-ci, on trouve bien sûr les sommes d’argent acquises illégalement par Bo Xilai et sa femme, et confiées “aux bons soins” de l’homme d’affaires britannique Neil Heywood.

En fait, Zhongnanhai (siège du pouvoir à Pékin) est tout à fait conscient que la corruption a gravement entamé la légitimité déjà en piteux état du PCC. L’ancien président Jiang Zemin a rappelé à maintes reprises que le combat contre la corruption et pour une classe dirigeante intègre était une « question de vie ou de mort » pour le PCC. Pour être plus clair encore, il avait souligné que « les bastions se prennent plus facilement de l’intérieur » et que la plus grande menace qui pesait sur le Parti était non pas les « forces antichinoises de l’étranger », mais bien les éléments parasites au sein même du Parti. L’ancien Premier ministre Zhu Rongji, connu pour être le Bao Zheng (juge de la dynastie Song célèbre pour son intégrité) des Temps modernes, a autrefois lancé une phrase devenue fameuse en Chine comme à l’étranger : « Préparez cent cercueils, quatre-vingt-dix-neuf pour les fonctionnaires corrompus et je garde le dernier pour moi ! » Mais qui ignore encore que les deux fils chéris du président Jiang ont bénéficié dans leurs affaires du bras long de leur père pour amasser une fortune personnelle dépassant les 100 millions de dollars ? Les enfants du Premier ministre Zhu ont également très bien réussi dans les affaires. Certes, les médias étrangers ou hongkongais n’ont jamais publié de preuves d’infraction à la loi ou à la déontologie du Parti de la part de ces enfants de hauts dignitaires, mais la population sait très bien que, si leurs pères n’avaient pas été à la tête du pays, ces “jeunes maîtres” n’auraient jamais pu devenir aussi riches…

L’armée corrompue

Si, en apparence, le tandem Hu Jintao – Wen Jiabao a lancé avec succès maintes campagnes anticorruption durant ses dix années au pouvoir, avec à la clé un nombre sans précédent d’arrestations de hauts fonctionnaires véreux de rang ministériel et plus, en réalité le problème n’a pas été réglé. Quand la vertu a gagné un pied de terrain, l’immoralité en a gagné dix ! Avec l’ouverture économique, les entourloupes financières et les techniques de blanchiment d’argent se sont multipliées.

Fin 2009, un membre du gouvernement, plus lucide que les autres, avait proposé d’instaurer une loi de transparence pour les cadres qui aurait obligé les hauts dirigeants à rendre public leur patrimoine, ainsi que les droits de résidence et les investissements à l’étranger de leurs proches parents. Mais, bien sûr, cette loi n’a jamais été adoptée !

Selon Liu Mingfu, professeur à l’université de la Défense nationale, la corruption sévirait de manière accrue dans les rangs de l’armée ; les militaires seraient plus corrompus encore, ce qui constitue une gigantesque menace pour la sécurité du pays. Quant à Xi Jinping, étant donné l’étendue du réseau d’affaires de sa famille, il est impensable qu’il prenne des mesures énergiques pour éradiquer toute corruption une fois arrivé au pouvoir après le XVIIIe Congrès (commencé le 8 novembre). À 91 ans, la vieille boutique du PCC pourrait bien s’effondrer complètement si elle continue à pourrir ainsi de toutes parts.

Presse corrompue (Lin Heli, BienPublic.com, 11 novembre 2012)

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