[Afrique du Sud] De l’esclavage à la grève sauvage (4)

Afrique du Sud : la crise minière ébranle le modèle social

Le syndicat national des mineurs est accusé de collusion avec la direction, au détriment des salariés.

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D’importantes manifestations ont eu lieu en Afrique du Sud après que la police eut ouvert le feu sur des mineurs en colère en août dernier.

La violente crise qui secoue les mines sud-africaines montre qu’une partie des travailleurs n’a plus confiance dans les syndicats traditionnels, garants jusqu’ici d’une certaine paix sociale malgré les profondes inégalités qui minent la société. Les fortes augmentations de salaire arrachées cette semaine à la mine de platine de Marikana (nord) l’ont été après une très longue grève émaillée de violences ayant fait 46 morts, et qui a complètement débordé les structures en place.

S’ils saluent l’accord, de nombreux observateurs y voient une invitation pour les mineurs d’autres sites à lancer des grèves sauvages sur le même modèle. C’est déjà le cas depuis quelques jours chez les producteurs de platine et d’or Anglo American Platinum (Amplats) et Gold Fields, où les grévistes se sentent encouragés par ce qui est considéré comme une victoire de leurs camarades de Marikana. Au grand dam du patronat et de la puissante confédération syndicale Cosatu (Confédération des syndicats sud-africains), dont la principale composante est le Syndicat national des mineurs (NUM).

Peur de l’anarchie

Les relations sociales sont depuis longtemps très formalisées en Afrique du Sud, les syndicats représentatifs ayant l’exclusivité des négociations avec les employeurs, à travers un processus extrêmement balisé. Les syndicats s’étaient d’ailleurs affirmés comme l’une des forces d’opposition les plus actives contre le régime de l’apartheid. Et la Cosatu est depuis sa fondation en 1985 alliée du Congrès national africain, l’ANC. Cette alliance — et la discipline des adhérents — a sans doute évité une explosion sociale quand l’ANC est arrivée au pouvoir en 1994.

Mais s’il a longtemps permis de canaliser les aspirations d’un prolétariat noir exploité par la minorité blanche, l’édifice commence à se fissurer, sur fond de luttes de pouvoir à l’approche du prochain congrès de l’ANC, organisé en décembre à Mangaung (Bloemfontein, centre). Les dirigeants de la Cosatu sont de plus en plus accusés d’être coupés de la base. Et d’être trop liés à l’ANC, dont de nombreux dignitaires font des affaires et siègent aux conseils d’administration des plus grands groupes du pays.

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« C’est l’enfer » (mineurs)

La presse sud-africaine s’est particulièrement amusée à la vue du parking du congrès de la confédération syndicale, cette semaine : les puissantes berlines qui y étaient garées contrastaient avec les déploiements de drapeaux rouges et les discours progressistes prononcés dans le luxueux centre de conférence de la banlieue de Johannesburg. Sur le terrain, les permanents du NUM sont souvent accusés de collusion avec la direction, au détriment des intérêts des travailleurs.

Or, une phrase revient souvent, quand on interroge les mineurs : « C’est l’enfer. » Les conditions de travail sont difficiles et leurs logements sont souvent déplorables. Quand bien même, comme le fait remarquer la Chambre des mines, les salaires des mineurs sont fort convenables pour l’Afrique du Sud. Mais les employés font souvent vivre de très nombreuses personnes avec, alors que le chômage touche effectivement près de 40 % de la population.

Puissance du NUM contestée

Dans ce contexte, la toute-puissance du NUM est de plus en plus contestée. Notamment par le petit syndicat radical Amcu (Association des mineurs et de la construction), mais aussi par des groupes non syndiqués, qui pensent qu’ils n’ont pas grand-chose à perdre. Comme à Marikana, les grèves sauvages se multiplient depuis le début de l’année. Les méthodes sont souvent musclées, pour empêcher les non-grévistes d’aller pointer : les menaces, verbales ou physiques, sont courantes, et des cadavres sont régulièrement retrouvés.

La perspective du congrès de l’ANC n’est pas étrangère à cette agitation, selon de nombreux observateurs. Et le bouillant Julius Malema, opposant numéro un du président Jacob Zuma depuis qu’il a été exclu du parti dominant en avril, a appelé tous les mineurs du pays à cesser le travail, accusant Cosatu et NUM de corruption. À la mine d’or de Kopanang près d’Orkney, à 170 km au sud-est de Johannesburg, c’est une section locale du NUM qui a déclenché une grève sauvage jeudi soir pour demander beaucoup plus que ce que prévoit l’accord de branche qui avait été négocié par… le NUM.

Leur presse (Agence Faut Payer, 21 septembre 2012)

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2 Responses to [Afrique du Sud] De l’esclavage à la grève sauvage (4)

  1. A.D. says:

    « ton lieu de travail, c’est ta prison, et d’une prison, ON S’ÉVADE,… ou mieux dit, ON LA DÉTRUIT !!! »
    D’accord, mais n’est-ce pas en totale contradiction avec : » un prolétariat qui lutte pour une vraie amélioration de ses conditions de vie » ?
    Comment « améliorer » ses conditions de vie (ou de survie?) en les détruisant ?
    Les besoins sont produits par le capital, il n’y pas de besoins « naturels » et d’autres « artificiels/marchands », il y a le travail, lui-même spécifiquement travail pour le capital, travail valorisable, et production de besoins spécifiquement sociaux-capitalistes.
    Abat le prolétariat, abat le travail, abat le capital, l’état, et toutes les médiations de classe et de genre.
    Pro Comunizacion.

  2. Quand les profits des capitalistes s’effondrent, ceux-ci répondent à la résistance prolétarienne par un bain de sang !

    Ce ne sont pas ces meurtres qui mettront un terme au défi prolétarien en Afrique du Sud !

    Lorsque des mineurs de la mine de Marikana (d’où sont extraits 12% du platine produit dans le pays et qui est en même temps la plus riche mine de platine au monde), ainsi que des habitants du coin qui survivent dans des taudis misérables, ont manifesté le 15 août 2012 pour l’amélioration de leurs conditions de vie, la police –ce corps de protection du capital- a répondu par un massacre.

    L’État assassine 45 personnes en 5 jours pour réprimer les mouvements de protestation !

    Mais les insupportables conditions de vie ne peuvent pas être balayées par un bain de sang. Le tic-tac de la bombe à retardement ne s’arrête pas… Et il fera sauter tout le système d’exploitation !

    Déjà le premier jour de la grève pour l’augmentation des salaires (le 10 août) s’est terminé par une tuerie : dix morts. La réponse du capital fut nécessairement meurtrière –le platine est une marchandise importante pour l’industrie automobile. Dès le début de la crise économique, des sociétés comme Lonmin ont perdu une partie de leurs profits, suite à l’effondrement de la production. Les émeutes dans les mines ont aussi causé la chute du prix de leurs actions. L’extension des luttes aux autres mines serait un sérieux coup de poing pour le capital minier, un coup de poing que le gouvernement du Congrès National africain (ANC) ne pourrait se permettre.

    Les courageux prolétaires de Marikana, dont certains sont originaires du Swaziland et du Mozambique, ont néanmoins décidé de poursuivre la lutte. Ni les tueries, ni les menaces et l’ultimatum de Lonmin pour la reprise du travail n’ont arrêté la grève. Au contraire, seulement 13% des ouvriers sont retournés au chagrin et la grève s’est même étendue à au moins deux autres mines. En outre, les jaunes sont massivement menacés et visés par les grévistes, à tel point que la police a déjà officiellement abandonné d’essayer de les protéger contre les représailles. Les prolétaires ont brandi le drapeau de la lutte et n’attendent pas que l’alliance tripartite constituée par l’ANC, le Parti « Communiste » Sud-Africain (SACP) et le syndicat COSATU propose une solution « compatissante » à leur problème.

    Ce n’est pas la première fois que le prolétariat en Afrique du Sud connait une telle expérience et s’affronte aux médiateurs de l’ordre capitaliste. Cette fois-ci, c’est le syndicat des mineurs NUM qui a essayé d’empêcher à tout prix la grève, en utilisant parfois la violence physique, afin de maintenir la paix sociale. Cette paix sociale signifie que les ouvriers continuent de vivre dans des bidonvilles, alors que l’ANC a dépensé pour les célébrations de son 100ème anniversaire au moins 9 millions et demi d’euros ; cette paix sociale oblige notre classe en Afrique du Sud à lutter pour avoir accès à l’eau potable et à l’électricité, alors que le nouveau palais du président de l’ANC coûtera 19 millions d’euros !

    Les prolétaires en République d’Afrique du Sud perdent leurs illusions. L’ANC est au pouvoir depuis 1994 et elle a prouvé qu’elle gère l’exploitation du prolétariat par le capital de la même façon que tout autre gouvernement. 40% de la population active est au chômage, dont la moitié est constituée de jeunes entre 18 et 24 ans. Le nombre de ceux qui vivotent avec des allocations sociales a augmenté de 2,5 millions en 1999 à 12 million en 2006.

    Quelques grèves massives ont éclaté en Afrique du Sud ces 2 dernières années : la grève des fonctionnaires en 2010 qui a duré 20 jours et durant laquelle 1,3 million de personnes prirent part, les grèves dans les industries minières, énergiques, pétrolières et métallurgiques en 2011, chacune comptant des centaines voire des milliers d’ouvriers qui y participèrent.

    Le mécontentement grandissant a aussi influencé l’alternance du pouvoir ; le président Thaba Mbeki fut remplacé en 2008 par un crétin plus populiste, Zuma. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que le prolétariat cherche sa voie dans la lutte et qu’il s’organise sous différentes formes : les comités de grève, comités de chômeurs, mouvements d’habitants des bidonvilles, etc. se multiplient. L’ANC au pouvoir, ainsi que le SACP côte à côte avec son alter ego grec le KKE, observent les luttes autonomes du prolétariat avec frayeur, de la même façon qu’ils ont été horrifiés par la possibilité dont ledit printemps arabe pourrait « infecter » notre classe en Afrique du Sud. L’État est déterminé à étouffer dans l’œuf toute propagation de la révolte, à la réprimer aussi durement qu’à l’époque de l’apartheid.

    La nouvelle bourgeoisie noire qui s’est développée grâce au programme « Black Economic Empowerment » (BEE) ne possède que 9% du capital dans les sociétés minières, mais les élites étatiques noires gèrent le rapport social capitaliste en Afrique du Sud. Le capital n’a ni nationalité ni race, mais afin de se valoriser, il requiert l’État et sa police qui assureront l’exploitation.

    Certains en appellent au socialisme de l’ANC et l’accusent de trahison, mais ce socialisme n’était rien qu’une ruse pour contrôler l’humeur de la classe ouvrière. Le Nationalisme Noir qui était censé être une opposition radicale au colonialisme britannique (qui a effectivement exproprié la terre, imposé des taxes et ensuite absorbé les Sans Terre comme force de travail bon marché) n’a jamais été rien d’autre qu’une variante de la même société de classe basée sur la même conflictualité de classe. Nelson Mandela lui-même a clarifié (déjà en 1964) l’essence nationaliste et bourgeoise de l’ANC : « L’ANC n’a jamais, à aucun moment de son histoire, préconisé un changement révolutionnaire de la structure économique de ce pays, il n’a aussi jamais […] condamné la société capitaliste. »

    L’ANC n’a donc pas trahi le prolétariat, mais était au contraire dès le début une expression de l’aspiration de la bourgeoisie noire vers la domination capitaliste. Les nationalisations ne sont rien d’autres qu’une tentative de la bourgeoisie noire de s’accaparer plus de richesses, de la même façon que la bourgeoisie suce le prolétariat au Venezuela, en Colombie, en Chine et à Cuba.

    Il est temps de revenir des illusions au sujet de la trahison des élites de l’ANC qui furent alimentées par les gauchistes. En même temps, il est nécessaire de refuser les aspirations à remettre le syndicat COSATU sur ses pieds, telles que demandées par quelques militants.

    Le prolétariat en Afrique du Sud, ainsi que partout dans le monde, doit se débarrasser des rapports sociaux qui lui sont imposés, il doit clairement refuser le capitalisme. C’est ce dont sont effrayés l’ANC, le SACP, le COSATU, toutes les fractions de gauche de la bourgeoisie et les ONG : un prolétariat autonome de leurs idéologies, un prolétariat qui lutte pour une vraie amélioration de ses conditions de vie, un prolétariat qui à travers sa lutte saisit les vraies causes de la pauvreté, de l’oppression, des meurtres étatiques et des guerres impérialistes… qui saisit les fondements de l’exploitation capitaliste, de la société de classe, de la séparation de tous d’avec les moyens de subsistance, de la production de marchandises en lieu et place de la production pour la satisfaction des besoins humains.

    Camarade prolétaire, n’oublie pas que l’usine n’est pas ton usine, la mine n’est pas ta mine, le bureau n’est pas ton bureau, l’école n’est pas ton école, ce pays n’est pas ton pays,… ce sont les différents lieux de ton exploitation, de ton aliénation, de ton expropriation des moyens de vivre,… ton lieu de travail, c’est ta prison, et d’une prison, ON S’ÉVADE,… ou mieux dit, ON LA DÉTRUIT !!!

    Le prolétariat n’a ni patrie, ni race.
    Il ne s’agit pas de la cupidité et de la « trahison » des élites.

    La répression sanglante en Afrique du Sud n’est que le présage de ce que le capital prépare pour le prolétariat en lutte partout dans le monde !

    Pour la satisfaction des besoins humains.
    Contre le capitalisme meurtrier.

    Pour le prolétariat combattif.
    Pour le Communisme.

    Groupe Guerre de Classe – août 2012
    http://autistici.org/tridnivalkatridnivalka@yahoo.com

    Nous publions ce tract simultanément en trois langues : anglais, français et tchèque, non parce que nous disposerions de traducteurs efficaces, mais par souci d’internationalisme d’une part, et parce qu’il est le fruit d’une activité commune entre des camarades de plusieurs expressions linguistiques d’autre part.

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