[Comment accommoder le juge] « Je n’étais ni le bras droit, ni le bras gauche. Ce que j’ai fait, c’est moi qui ai décidé de le faire »

Nancy. Il crache sur le président

« Bande de bâtards. Je m’en bats les c… » Rien ne semble plus pouvoir arrêter Julien B… Jugé hier pour trafic d’héroïne, ce Nancéien de 29 ans, n’en peut plus de son procès. Il veut quitter le box. Retourner dans sa cellule. Les agents de la pénitentiaire l’obligent à rester, à faire face au tribunal correctionnel de Nancy. Alors les insultes fusent. Elles visent surtout le vice-procureur, Yvon Calvet qui vient de requérir 5 ans ferme contre lui.

Le président Pascal Bridey n’est pas épargné. Le jeune homme, fou furieux, lâche un franc crachat dans sa direction. Pour être sûr d’atteindre sa cible, il se hisse sur la pointe des pieds et balance son projectile par-dessus la vitre de sécurité du box. Touché. Le président s’efforce de rester digne et suspend l’audience.

Il revient quelques instants plus tard pour essuyer son fauteuil avec un mouchoir en papier. L’audience reprend peu après. Avec un prévenu calmé.

Dès le début du procès, il a donné du fil à retordre au président. Il est censé être le bras droit d’un important dealer d’héroïne qui sévissait sur le quartier du Faubourg-des-Trois-Maisons à Nancy. « Je n’étais ni le bras droit, ni le bras gauche. Ce que j’ai fait, c’est moi qui ai décidé de le faire », ironise le prévenu qui a des faux airs de l’acteur Vincent Cassel, jeune, dans La Haine.

Visage en lame de couteau, sourire hargneux et nerfs à fleur de peau, il partage le même tempérament, violent et imprévisible, que le personnage du film de Kassovitz. Il fait dans la provoc à outrance et assume sans complexe le trafic d’héroïne : « J’ai bien vécu. J’avais de l’argent. Les gars qui m’en achetaient, n’étaient pas des enfants, ils savaient ce qu’ils faisaient ! »

« Une coopérative de toxicomanes »

À ses côtés, son copain, à l’origine du trafic, Anthony T…, 27 ans, adopte l’attitude inverse. Il s’efforce de la jouer poli et repentant. Mais lui aussi est un phénomène. Rien à voir avec le prévenu lambda. Livide, les yeux cernés, il a l’air décalé. Il donne au président du « chef » à longueur de phrase. Tout en faisant mine de ne plus trop se souvenir des quantités d’héroïne dealées.

Il avoue quand même avoir ramené des Pays-Bas un minimum de 4 kg dans les six mois qui ont précédé son interpellation. Une interpellation qui remonte à août 2011. Un flag après des mois de surveillance. Les policiers l’ont arrêté en pleine transaction sur un parking près de chez lui.

À son domicile, les enquêteurs ont retrouvé un peu plus d’un kg d’héroïne. Une belle prise. Pour donner une idée de l’ampleur du trafic, le vice-procureur insiste sur la présence d’une machine à compter les billets chez T… « Comme c’était un lève-tard, il laissait son copain revendre le matin. Puis il prenait le relais. C’était les 3×8 », ironise-t-il.

« Ce n’était pas un trafic organisé, mais une coopérative de toxicomanes qui ont mis leur argent dans un pot commun pour acheter et autoconsommer », plaide Me Pereira en défense. « S’ils avaient une machine pour les billets, c’est parce qu’ils sont trop paresseux pour les compter », complète Me Nunge. Jugement : 4 ans ferme pour les deux dealers. Le cracheur fera, de plus, l’objet de nouvelles poursuites judiciaires pour outrage.

Jugés également, un toxicomane et une mère de famille qui ont joué les chauffeurs pour aller en Hollande, et la petite amie de T… ont écopé de peine allant de 10 mois ferme à 6 mois avec sursis.

Leur presse (Christophe Gobin, EstRepublicain.fr, 13 septembre 2012)

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