[Chronique de Youv derrière les barreaux] Partie 60 – « Dehors je fonctionnais sans téléphone car c’était la plus grosse des poucaves »

Partie 60

Mon combat ne venait que de commencer loin l’époque où je roulais broliqué armée à portée de main, à l’affût de la moindre recette. Le million d’euros était à la portée de mon canon scié certains disaient que c’était « la mort ou la prison », je garantis qu’ils avaient raison, c’était quoi le mieux la mort ou vingt ans d’humiliation, de pétages de plombs et de larmes ? Y avait pas photo la question mérite d’être posée, ils ont tué mon armée, m’ont affaibli, ont stoppé mon organisation. Avant l’attaque du fourgon blindé pourtant logiquement j’avais toujours un coup d’avance sur les condés, vu que je savais le lieu et l’endroit où j’allais braquer mais ce n’était que théorique, ils étaient très très forts, ils guettaient ta moindre erreur pour t’exploser au vol.

Dehors je fonctionnais sans téléphone car c’était la plus grosse des poucaves et il y avait dans mon équipe un dénommé « Minipouce » qui lui ne pouvait pas se passer de son téléphone, il l’avait toujours autour du cou à chaque fois que je le voyais avec, je le rendais dingue. Un jour alors que je le cherchais urgent, car lui seul avait les clés de l’armurerie, je vais dans une cabine publique, j’appelle une cinquantaine de fois ça sonne mais il ne répond pas. J’ai pris l’Artificier avec moi on l’a cherché dans tout le Val-Fourré, on l’a trouvé garé dans un parking sans éclairage avec une meuf en train de faire le Roméo et Juliette ! J’ai pété les plombs, son tel était posé sur le tableau de bord qui affichait mes cinquante appels. Je prends le téléphone puis l’éclate par terre, pensant l’avoir cassé je prends les clés puis me barre, je voulais pas l’afficher devant sa Juliette mais il avait bien compris qu’il fallait qu’on s’explique plus tard, l’heure n’était pas aux explications j’avais des trucs à faire. Le téléphone ne s’était pas cassé c’est juste la batterie qui a volé en éclats, ce détail causera notre chute.

Quelques semaines plus tard, je vois Minipouce avec son téléphone autour du cou, et je lui sors : « Toi tu vas finir par nous mettre au trou », je devais me rendre urgent avec l’Artificier à Cherbourg pour la préparation d’un casse ; Minipouce était le seul que j’avertissais tout le temps, je lui avais dit que si je n’étais pas de retour dans les cinq jours c’était qu’on était en taule, et si Delphine appelle dis-lui que tu m’as pas vu. C’est sur ces explications que l’Artificier et moi quittons Mantes-la-Jolie pour Cherbourg. Entre-temps, Delphine appelle Minipouce pour avoir de mes nouvelles, j’avais formel­lement interdit à Minipouce de lui dire où j’étais.

Minipouce : Oui allô c’est qui ?

Delphine : C’est Delphine ça va ? Je t’appelle car ça fait trois jours que je n’ai pas de nouvelles de Oumar il est avec toi ?

Minipouce : Non pas du tout, figure-toi que moi aussi je le cherche.

Delphine : Impossible, Oumar te met toujours au courant de ses faits et gestes !

Minipouce : OK OK il est parti avec l’Artificier à Cherbourg ne lui dis pas que je te l’ai dit mais rassure-toi il va très bien.

Delphine : Merci Minipouce t’inquiète il en saura rien !

Pfffffffff, Minipouce avait tout niqué en le disant à Delphine car la BRB avait mis sur écoute toutes les conversations de Delphine, donc Minipouce leur avait donné de précieuses informations ils n’avaient qu’à attendre que l’on braque pour nous localiser c’est comme ça que les keufs m’ont remonté sur le braquage de Cherbourg à cause de ce putain de téléphone.

La BRB quand ils se mettaient sur toi, ils avaient tout leur temps, ils étaient pas pressés, le temps jouait en leur faveur, tôt ou tard tu feras une erreur qui te coûtera ta liberté, j’en suis la preuve vivante. DANS MON CERVEAU J’AI UNE ENCYCLOPÉDIE DE FAITS DIVERS À MON ACTIF, ON DIRAIT QUE J’AI 50 ANS.

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