[Chili] Sur la lutte des habitants d’Aysén (Patagonie)

Honorino Angulo, habitant d’Aysén mis en procès dans le cadre de la « Loi de Sécurité Intérieure de l’État » (LSIE) : « Nous avons une manière de lutter et de nous défendre que nous aimerions que d’autres Chiliens apprennent »

Un des vingt-deux désignés par la liste présentée par le gouvernement afin d’appliquer la Loi de Sécurité Intérieure de l’État nous raconte comment s’est déroulée la lutte des habitants d’Aysén, les manœuvres du gouvernement pour casser la table du dialogue, la solidarité patagonne, comment ils ont affronté l’élite des forces spéciales des carabiniers envoyés étouffer le conflit. « Ceux qui arrivèrent avaient été élevés au mauvais lait (…) Si les flics  viennent, ils perdent 5-0 » Remarque-t-il.

Honorino Angulo Mansilla, dirigeant des pêcheurs de Puerto Aguirre, a appris ce vendredi matin qu’il était dans la liste que donna le gouvernement quelques heures plus tard des vingt-deux personnes accusées par la Loi de Sécurité Intérieure de l’État (LSIE). Il le sut pendant que les habitants nettoyaient les rues de Aysén des barricades et des centaines de bombes lacrymogènes lancées par la police, et du combat initié le matin du jeudi, quand les carabiniers attaquèrent certains quartiers de la ville.

Homme expérimenté aux climats patagons et habitant une crique à six heures de navigation à l’Ouest d’Aysén, il dit qu’il ne craint pas la Loi de Sécurité Intérieure de l’État que le gouvernement de Piñera invoqua ce vendredi après la forte nuit de répression et une stupide manœuvre du conducteur de véhicules de carabiniers. Cela s’est terminé avec l’image d’un canon à eau et d’un bus policier incendié par les habitants d’Aysén.

Nous l’avons contacté par téléphone lors d’un concert d’artistes régionaux en soutien au mouvement d’Aysén ce vendredi. Il nous a raconté qu’il y avait cinq mille personnes qui plaisantaient sur le fait que la LSIE n’a pu être appliquée le vendredi car le gouvernement n’avait envoyé qu’une photocopie.

Comment as-tu appris que tu étais dans la liste des vingt-deux ?

Je savais depuis le matin que j’étais dans la première liste. Je l’ai pris calmement, sans plus.

Pourquoi toi ?

Parce que cela dérange que les dirigeants du mouvement portent leurs voix face à ces gouvernements du droit, fils de la dictature. La seule manière de sortir de cette situation est d’emprisonner les dirigeants. De cette manière, nous allons encore moins nous taire. Cela doit servir de preuve pour que les dirigeants élèvent la voix et défendent la région.

Seulement la région ?

J’en profite pour faire un appel à tous les dirigeants sociaux du pays à ne pas avoir peur, parce qu’ici nous n’avons jamais rien obtenu assis autour d’une table, mais en s’accompagnant de la lutte.

Le gouvernement essaye de briser le mouvement en divisant ceux qui veulent maintenir le dialogue et les plus « radicaux ».

Les gouvernements sont toujours intentionnés. Ils vont toujours faire la même chose, mais ici, dans le sud nous sommes bien coordonnés, il y a une discipline collective dans les négociations. Nous appuyons les négociations jusqu’à la fin, plus unis que jamais. Et s’il y a parfois des différences de positions entre certains représentants c’est parce que simplement chacun est autonome pour parler avec la presse et exprimer ses sentiments. C’est uniquement cela.

Le porte-parole du gouvernement Hernán Chadwick a dit que les vingt-deux accusés sont des personnes qui s’efforcent de « détruire le dialogue et qui ne font rien de plus ». Qu’est-ce que tu réponds ?

Je ne me souviens quand est venu monsieur Chadwick en Patagonie, je ne l’ai jamais vu… Pour ma part, j’ai été un des interlocuteurs des plus loyaux lors des négociations. Je me suis rendu aux réunions et nous avons attendus des heures durant les délégués du gouvernement, qui ne sont jamais venus. Ils ont brisé le dialogue avec des mensonges et des inventions pour s’en sortir. Ils se sont moqués de la Patagonie toute entière. Ils ne tiennent pas à justifier au monde combien ils ont été vaches avec la Patagonie. Aujourd’hui, ils tournent le dos à la région où ils ont eu le plus grand pourcentage de vote.

Comment s’est brisé le dialogue ?

Mercredi nous étions en train d’attendre les délégués du gouvernement dans l’école Pedro Quintana Mancilla de Coyhaique, pendant qu’ils ont envoyé les carabiniers frapper les enfants et les femmes du quartier. Ils étaient isolés, et les autorités ne vinrent jamais nous rencontrer autour de la table. Le jour d’après nous apprenions par la presse qu’ils avaient interrompu le dialogue parce qu’il y avait deux routes bloquées !

FLICS FAIBLES

Comment se fait-il qu’il y autant de carabiniers à Aysén ?

Ici on voit l’attitude lâche du gouvernement, en envoyant les flics. Selon eux ils ont étés attaqués durant une demi-heure par les « indiens du sud », c’est comme cela qu’ils nous appellent. Et ont dit que c’est eux qui ont subi les attaques pendant une demie heure.

D’où venaient ces policiers ?

De Santiago. Les flics de Coyhaique nous avaient  racontés juste avant que des flics de Santiago arrivaient, les plus expérimentés, qu’ils n’allaient pas perdre un combat. Qu’ils savaient par stratégie écraser les personnes et défoncer les maisons.

La petite surprise quand vous les avez rencontrés…

Ceux qui arrivèrent étaient allaités de mauvais lait (leche Nido), comme nous disons ici du lait maternel. Ici dans les îles nous sommes costauds.

Ils restèrent avec un canon à eau et juste un bus…

Les flics ont perdu 5 à 0. Nous avons une manière de lutter et de nous défendre que nous aimerions que les autres chiliens apprennent.

Et tu n’as pas peur en te sachant le premier de la liste de la loi de la Sécurité Intérieure de l’État ?

Je suis tranquille en attendant que les avocats accomplissent leur travail. Avec les habitants d’Aysén nous voulons sortir victorieux de cette situation. Je lance un appel au pays de ne pas avoir peur de ces lois et encore moins de craindre de lancer des appels à manifester. Nous avons toujours eu les grandes victoires de ce pays en les gagnant dans les rues. Ils n’ont jamais rien donné.

Comment as-tu appris à lutter ?

J’ai appris à lancer des pierres durant les luttes contre la dictature. J’ai de l’expérience et c’est pareil pour beaucoup de monde. Nous sommes prêts.

Et comment allez-vous vous confronter aux plaintes ?

Nous allons tout faire de manière unie, comme nous avons toujours fait jusqu’à présent.

As-tu pensé à passer dans la clandestinité comme ça s’était fait dans d’autres temps ?

Si c’est nécessaire pour maintenir la lutte de passer à la clandestinité, à une forme plus anonyme, nous le ferons. Mais j’insiste : Si il y a un Patagon prisonnier, tous les Patagons serons prisonniers.

Traduit du chilien (Mauricio Becerra Rebolledo, El Ciudadano, 17 mars 2012)

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