« Kanyars » vs BACqueux : l’ordre colonial à l’épreuve des quartiers réunionnais

Le Port : un cocktail Molotov lancé sur la BAC

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Tout semblait calme. “Étonnamment calme”, selon les pompiers postés à côté du commissariat du Port. À 22h30, il n’y avait rien à signaler hormis un feu de poubelle dans une rue du centre-ville. Et puis, une première détonation a eu lieu dans l’avenue Raymond Vergès. Un groupuscule de jeunes a balancé un cocktail Molotov sur la BAC en patrouille préventive. Selon plusieurs habitants des immeubles ayant vue sur l’alignement de cocotiers de la rue, les forces de l’ordre auraient répliqué au flash-ball sans atteindre leur cible. Une quinzaine d’habitants plus âgés sont alors sortis sur le trottoir en pestant contre la vie chère et en provoquant les policiers armés. Dans le même temps, deux vieilles voitures placées au milieu de la route, juste au-dessus du rond-point du Sacré-Cœur, à la Rivière des Galets, ont été incendiées par des adolescents en furie. À proximité du garage Cotrans où cinq voitures avaient été enflammées la veille. Une brigade de police était pourtant postée depuis le début de soirée, un peu plus haut. Le jeu du chat et de la souris venait juste de commencer. Sans doute a-t-il duré une partie de la nuit.

Leur presse (Clicanoo.re, 24 février 2012)


Les violences se concentraient dans les villes du sud de La Réunion ce soir où des affrontements ont eu lieu entre forces de l’ordre et manifestants et des commerces attaqués, mais la préfecture jugeait la situation « plus favorable » que les trois nuits précédentes.

« On ne peut pas savoir ce qui va se passer. Mais à 23h locales (20h à Paris), c’est la situation la plus favorable depuis le début des troubles », a déclaré à l’AFP le directeur de cabinet du préfet Benoît Huber. « Aucun incident sérieux n’a été signalé » dans les régions nord, est et ouest de l’île, a-t-il ajouté.

Dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis, où les heurts ont été très violents la veille, seul un feu de véhicule et une tentative d’incendie d’une école ont été relevés. Des affrontements ont toutefois encore eu lieu entre les policiers et une cinquantaine de jeunes, soit deux fois moins que la veille. Trois communes du sud de l’île ont été le théâtre de nombreux incidents et de heurts entre gendarmes et jeunes casseurs.

À Saint-Pierre, jusqu’ici relativement épargné, environ 150 jeunes s’en sont pris à des commerces dont un magasin d’optique et une concession automobile où deux voitures ont été incendiées sur le parking. Six jeunes ont été interpellés. À Étang Salé des cocktails molotov ont été lancés par une cinquantaine de jeunes « déterminés » sur les gendarmes qui ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes ainsi qu’à Saint-Louis où les heurts ont été également « assez violents », a détaillé M. Huber.

Aujourd’hui, à l’issue d’une réunion de négociations sur le prix des carburants et la vie chère avec les principaux responsables politiques et économiques, le préfet de la Réunion, Michel Lalande, a annoncé une baisse des prix de l’essence et du gazole de 8 centimes/litre à compter du 1er mars ainsi que le gel ou la baisse de 40 produits de première nécessité. Des discussions doivent se poursuivre ce week-end pour déterminer la liste de ces produits. Ces annonces ont été mal accueillies par une centaine de manifestants qui ont hué les participants à la réunion à leur sortie de la préfecture.

Leur presse (Agence Faut Payer, 24 février 2012)


Premières comparutions immédiates pour les émeutiers de La Réunion

Le ministre de l’intérieur et de l’Outre-Mer, Claude Guéant, a dénoncé vendredi 24 février des « violences inacceptables » sur l’île, où neuf membres des forces de l’ordre ont été blessés.

Des peines de 6 à 24 mois de prison ferme ont été infligées aux quatre premiers émeutiers jugés en urgence devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis.

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Après trois jours d’émeute, les 460 policiers et gendarmes impliqués dans les violences de l’île de La Réunion ont procédé à 141 interpellations et huit fauteurs de troubles ont été présentés aux juges du tribunal correctionnel de Champ-Fleuri à Saint-Denis. Quatre d’entre eux, jugés en comparution immédiate, ont écopé de 6 à 24 mois de prison ferme exécutable immédiatement.

Derrière les violences se cachent de jeunes majeurs aux profils très divers. Tous ont reconnu avoir commis des vols en réunion, des dégradations, des incendies volontaires, mais surtout des violences sur personnes dépositaire de l’autorité publique.

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Des magasins pillés

La majorité n’est pas originaire du quartier emblématique du Chaudron à Saint-Denis. C’est le cas de Mehdi, 19 ans, qui résidait jusqu’en 2011 en métropole. Jamais condamné, ce jeune majeur est le neveu d’un haut fonctionnaire. « Pendant plus d’une heure, explique son avocat maître Mathieu Girard tout en demandant un délai pour mieux préparer sa défense, les casseurs ont forcé les portes des magasins du Chaudron sans que les forces de l’ordre n’interviennent. Mon client est un lampiste qui s’est servi dans un carton oublié au bord de la route… »

Loïc, un sans domicile fixe âgé de 20 ans, écope de six mois de prison ferme pour avoir caillassé des gendarmes. Son casier fait état de deux condamnations, dont une contravention. « On voulait juste manifester, les gendarmes ne voulaient pas que l’on bloque un rond-point. » Arnaud, 22 ans, seul à être en état de récidive, est condamné à trois ans de prison dont deux fermes. « Il ne faudrait pas qu’on le tienne responsable de toutes les émeutes ! », s’insurge son avocat Maître Laurent Benoiton.

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Interpellé pour un sac de riz

Patrice, 21 ans, jamais condamné, passera 18 mois à la maison d’arrêt de Domenjod dans le Nord de l’île. Même peine pour Jeffrey, 21 ans, qui n’a jamais connu la détention. Plus tôt dans la journée, d’autres émeutiers déférés au tribunal en étaient ressortis avec une convocation pour le mois prochain.

Parmi eux, Johan, 33 ans, père de famille jamais inculpé, a été interpellé dans la ville du Port alors qu’il traînait un sac de riz de 10 kg d’une valeur marchande de 9,49 €. « Je ne suis pas un casseur moi. J’étais juste là, j’ai vu le sac de riz, je l’ai pris et je suis parti. »

Leur presse (Aurélien Lalanne, La-Croix.com, 24 février 2012)

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