[Justice pour Ayoub] Hypocrisie judiciaire à Montbéliard

Montbéliard. Information ouverte contre le policier qui a tiré au Flash-Ball

La famille Boutahra craignait un classement sans suite. Elle a quitté « soulagée » le bureau de Thérèse Brunisso hier après-midi. Le procureur de la République de Montbéliard a requis lundi l’ouverture d’une information judiciaire pour « blessures involontaires » contre le fonctionnaire de police dont le tir au moyen d’un Flash-Ball a atteint à l’œil le lycéen de 18 ans, il y a un an à Audincourt.

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Sous la neige, massés derrière une longue banderole, ils sont une soixantaine à battre le pavé devant la cité judiciaire de la rue Mozart. « Nous sommes des indignés qui réclamons haut et fort devant ce tribunal que justice soit faite pour Ayoub », martèle Gérard Delavelle du comité de soutien constitué il y a quelques semaines à Montbéliard (notre édition du 22 janvier). Il est 13h30. Dans une demi-heure, les parents et la sœur d’Ayoub sont attendus au parquet pour un entretien avec le procureur. Le comité entend-il ainsi faire pression sur la justice ? « Non, on montre simplement qu’on est là, qu’on existe. On manifeste l’exigence de justice qui émane de toute une partie de la population », répond sa présidente Michèle Prost.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328031655.jpgInterdire l’utilisation du Flash-Ball

Ayoub, lui, n’est pas là. Le lycéen qui passe son bac cette année, a perdu l’usage d’un œil à la suite du tir de Flash-Ball « n’a pas la force psychologique de supporter cette nouvelle épreuve », explique Me Alain Dreyfus-Schmidt. L’avocat belfortain de la famille Boutahra, champion de la formule choc, n’assistera pas non plus à l’entretien. Motif ? « Je ne participerai pas à cette hypocrisie judiciaire », balance-t-il, convaincu alors que la plainte des Boutahra pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation » va être classée sans suite.

La victime ne faisait pas partie des émeutiers

Me Dreyfus Schmidt a d’ores et déjà annoncé que si classement il y avait, il attaquerait en citation directe devant le tribunal correctionnel. Il a fait de cette affaire « un combat politique pour interdire l’utilisation du Flash-Ball en France. Je ne suis pas là pour avoir la tête du policier qui a tiré. Je prétends seulement que si les policiers avaient seulement un 9 mm Parabellum, ils dégaineraient et tireraient moins facilement. » Dans la salle des pas perdus, l’attente commence. Au terme d’une demi-heure d’entretien avec le procureur, la famille Boutahra retrouve le comité de soutien. À la fois bouleversée et soulagée. « L’affaire n’est pas classée. Un juge d’instruction sera nommé la semaine prochaine. Bien sûr, ça ne rendra pas son œil à Ayoub mais c’est un premier pas vers une réponse judiciaire », confie sa sœur. Un an après les faits, le parquet de Montbéliard a requis hier l’ouverture d’une information judiciaire « pour blessures involontaires contre le fonctionnaire de police ayant procédé le 7 février 2011 à Audincourt, à un tir à l’aide d’un lanceur de balles de défense, dit Flash-Ball, ayant atteint à l’œil le jeune Ayoub Boutahra », indique le procureur Thérèse Brunisso. La magistrate précise que l’enquête préliminaire, diligentée par l’inspection générale de la police nationale, « permet d’établir, en l’état actuel de la procédure, que la victime ne faisait pas partie des émeutiers ».

C’était une autre personne qui était visée

Témoignages, images de la vidéo de surveillance à l’appui, établissent que le lycéen attendait son bus, ne participait pas à la rixe violente entre deux bandes rivales (une centaine de personnes) place du Temple à Audincourt qui a nécessité l’intervention de la police.

Concernant le policier auteur du tir, le parquet précise qu’il disposait « de l’habilitation requise et que le tir était légitime au vu des circonstances. Il reste en revanche à déterminer pourquoi la victime a été touchée alors que c’est une autre personne, appartenant au groupe des émeutiers qui était visée au thorax. Des investigations complémentaires sont nécessaires. » Somme toute, d’un côté, la victime collatérale d’une rixe qui se trouvait « au mauvais endroit, au mauvais moment et se retrouve handicapée à vie », de l’autre des policiers qui agissent en légitime défense mais dont le projectile tiré n’atteint pas la bonne personne au bon endroit du corps ! Allez comprendre…

« Il est dit, écrit et établi que mon fils n’a pas participé à cette bagarre. Ce que nous voulions. Notre vie familiale a basculé il y a un an. Elle ne sera plus jamais la même », confiait hier soir avec beaucoup de pudeur Najet Boutahra, la maman d’Ayoub.

Me Dreyfus-Schmidt : « J’ai peur que nous nous soyons fait piéger »

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L’annonce de l’ouverture d’une information judiciaire n’a pas fait bondir au plafond l’avocat de la famille Boutahra. Me Alain Dreyfus-Schmidt, qui craignait d’abord un classement sans suite « comme à chaque fois lorsqu’un policier est mis en cause », redoute désormais une sombre stratégie judiciaire dictée par d’aussi sombres motifs électoraux. « Nous sommes en période de campagne. Ne l’oublions pas, assène-t-il. J’ai peur que nous nous soyons fait piéger. » Mais encore ? « La procureure nous a coupé l’herbe sous le pied. Avec un classement sans suite de la plainte, le parquet savait que j’allais illico saisir le tribunal correctionnel en citation directe, tribunal qui allait statuer dans les deux mois. Le parquet ouvre donc une information, nomme un juge d’instruction qui va sans doute réentendre l’IGPN et nous servir les mêmes arguments. Ceux de la légitime défense et du tir réglementaire. Et dans un an, on nous servira le non-lieu. Ça ne fait pas un pli. » Tout cela n’est bien sûr que prospective. Laissons le magistrat désigné instruire en toute sérénité.

De son côté, le comité de soutien à Ayoub Boutahra ne faiblit pas. Un appel au ressemblement devant l’abribus de la place Bazaine à Audincourt, là où le lycée a été touché par le tir de Flash-Ball, est prévu le mercredi 8 février à 14h30. À la date anniversaire (à) un jour près puisque les faits remontent au 7) de l’accident qui a durablement abîmé la vie d’un adolescent.

Leur presse (Françoise Jeanparis, LePays.fr), 31 janvier 2012.


Flash-ball à Montbéliard : information judiciaire contre un policier

Une information judiciaire a été ouverte contre le policier auteur d’un tir de Flash-Ball à Audincourt (25) qui avait coûté son œil à Ayoub, Montbéliardais de 18 ans.

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À la sortie de l’ascenseur, le soulagement teinté d’émotion de la famille est perceptible : « Une information judiciaire pour blessures involontaires a été ouverte », se réjouit la sœur aînée d’Ayoub, un Montbéliardais de 18 ans qui a perdu un œil à la suite d’un tir de Flash-Ball.

Ayoub n’a pas souhaité être présent. En ce jour tant redouté par ses proches, qui craignaient l’annonce d’un classement sans suite de l’affaire, le jeune homme est resté chez lui. « Il ne va pas bien », note encore sa mère Najet, d’un ton douloureux, très émue. Le lycéen n’a donc pas vu la mobilisation d’une soixantaine de personnes, membres de son comité de soutien, siégeant devant le tribunal. Ces derniers demandent à être reçus, en même temps que les proches de la victime, par le procureur de la République Thérèse Brunisso. Refus du parquet. Alors, pendant l’entretien qui se tient au deuxième étage, le militant des droits de l’homme Gérard Delavelle prend la parole sur le parvis. « La victime innocente du tir est désormais handicapée à vie. Doit-on laisser les choses en l’état, déplorant simplement le mauvais sort qui a fait que ce jeune homme s’est malheureusement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment comme le laissent entendre certains officiers de police ? Tous, nous pensons évidemment que non et nous sommes inquiets », indique-t-il. Les effectifs de police surveillent l’entrée du tribunal. Et, à l’intérieur, un agent se poste devant chaque escalier. Au cas où les dangereux délinquants du comité de soutien (des élus, des responsables d’associations d’une cinquantaine d’années en moyenne, des proches d’Ayoub…) ne créent des incidents. On tente même de leur interdire l’accès au bâtiment : « Laissez rentrer ces gens ! Le tribunal est un lieu public. C’est avec leurs impôts qu’on paye les agents de sécurité », fulmine l’avocat d’Ayoub.

Le bâtonnier Alain Dreyfus-Schmidt dénonce publiquement ce qu’il nomme « l’hypocrisie judiciaire, la politique des parquets » qui tendent, selon lui, à « protéger les débordements policiers » : « On n’est pas là pour se payer la tête de l’auteur du tir. Mais quand il y a un tel dysfonctionnement, un tir qui conduit à une mutilation, on est en droit de demander justice », ajoute-t-il. Seulement, voilà : coup de théâtre. Le parquet montbéliardais requiert l’ouverture d’une information judiciaire à l’étonnement de tous et le fait savoir, plus tard, officiellement (lire ci-dessous). « Nous avons été très bien accueillis par Madame Brunisso (N.D.L.R. : le procureur). Pour l’instant, nous sommes contents. C’est une petite victoire », continue la sœur aînée d’Ayoub. Me Dreyfus-Schmidt est sceptique. Pour lui, le parquet cherche, élections obligent, à gagner du temps : « On va nommer un juge, demander des contre-expertises. L’instruction va durer des mois. Et dans un an, on prononcera un non-lieu », soutient-il, peu confiant. Et de citer, pour exemple, le décès de Mohamed Boukrourou dans un fourgon de police, une information judiciaire ouverte fin 2009 pour homicide involontaire et toujours en cours. L’avocat aurait, à la réflexion, préféré un classement sans suite : « J’aurais pu saisir le tribunal en citation directe. Le procureur m’a coupé l’herbe sous le pied. Si un non-lieu est prononcé, les recours sont difficiles. »

Pour ne pas oublier le drame et poursuivre le débat sur l’utilisation controversée des Flash-Ball, un rassemblement du comité de soutien est prévu place du Temple à Audincourt le mercredi 8 février prochain, vers 14h30. C’est à cet endroit que l’adolescent a vu sa vie basculer le 7 février 2011 alors qu’il attendait tranquillement son bus…

Leur presse (Aude Lambert, EstRepublicain.fr), 31 janvier 2012.

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