[Guerre sociale] Exploitation, révolte et répression à la Sosucam (Cameroun)

Mbandjock : La police abat deux ouvriers à la Sosucam

Par ailleurs, 180 émeutiers attendent d’être licenciés, suite aux échauffourées dont la société sucrière a été le théâtre la nuit de la Saint Sylvestre. Plus de 180 personnes, des manoeuvres coupeurs de cannes dans leur écrasante majorité, attendent de recevoir leurs lettres de licenciement comme employés de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam). La mesure de licenciement qui revêt un caractère disciplinaire, selon la direction de l’usine, intervient au lendemain des sanglantes émeutes dont la Sosucam a été le théâtre dans la nuit de la saint Sylvestre. Elle frappe, pour l’instant, a-t-on appris d’une source très introduite de la direction générale, une quatre vingtaine d’ouvriers qui auraient pris une part active aux émeutes, les 100 autres licenciements suivront, une fois remplies des formalités y afférentes remplies.

Ces échauffourées dont on attend encore le bilan officiel, ont fait deux morts et plusieurs blessés graves, à la suite à des coups de feu tirés par la police et notamment l’officier de police Lewe, sur ordre du sous-préfet. Des informations recoupées à plusieurs sources et qui attendent d’être confirmées par la direction générale de la Société. En effet, depuis l’enclenchement des émeutes sanglantes le 31 décembre 2011, le bilan définitif de ces échauffourées consécutives aux revendications des ouvriers est toujours attendu. Des ouvriers réprimés à la baïonnette pour avoir exigé que la viande de boeuf à laquelle ils ont droit chaque fin d’année, moyennant une ponction de 2500 Fcfa sur leur salaire, leur soit accordée. C’est, faute pour la direction d’avoir sacrifié à ce qui est devenu un rituel annuel que les coupeurs de cannes rentreront dans un vaste mouvement de protestation qui culminera avec l’assassinat de deux des leurs, tués par des coups de feu à balles réelles, dont le but était de dissuader les manifestants. La tension serait alors montée d’un cran et tout s’embrasera, consécutivement à ce que les forces de maintien de l’ordre ont qualifié de « bavure ».

Les ouvriers, plus 400, qui exigeaient que la direction générale mette à leur disposition 14 boeufs, se mettront à casser et à brûler tout ce qu’ils rencontraient à leur passage. Plus de 30 véhicules flambants neufs seront ainsi saccagés, réduits en tas de ferraille ; en même que de nouveaux engins nouvellement acquis et destinés à la récolte de la canne à sucre seront mis hors d’usage. Dans leur folle équipée, les émeutiers vident le foyer de sa réserve de boissons avant d’y allumer un feu qui réduira la structure en cendres. Plus loin dans la ville, un bar sera vidé de son contenu, dévalisé et mis à sac par des émeutiers en furie. Et c’est à raison que des éléments de la Brigade d’intervention rapide (Bir) sont dépêchés sur le théâtre des échauffourées pour mettre fin aux exactions des émeutiers et autres actes de pillage.

Selon notre source, les pertes matérielles se chiffreraient à près d’un milliard Fcfa. Des éléments convoyés du Bir et ceux du Gmi venus spécialement à la rescousse, seraient encore sur pied de guerre pour assurer le maintien de l’ordre et le fonctionnement normal de l’usine. Parallèlement, une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur ces énièmes revendications sanglantes à la Sosucam. D’ores et déjà, une centaine d’ouvriers ont été interpellés au lendemain de ces échauffourés et déférés au parquet de Nanga Eboko. Plutôt que d’inculper les mis en cause, le procureur de la République a préféré les élargir, sans doute dans un souci d’apaisement du climat de tension qui règne depuis lors au sein de l’entreprise. Et en attendant que la direction de l’entreprise fasse elle-même la vérité sur ces évènements en dévoilant les images enregistrées des bandes des cameras de surveillance.

Et alors que les auditions des autorités administratives, notamment du sous-préfet, se poursuivent en vue d’établir sa part de responsabilité sur les coups de feu tirés contre les émeutiers qui ont fait deux morts. Un sous-préfet qui camperait sur une ligne de défense immuable : « l’administration est écrite, présentez-moi un document écrit sur lequel j’aurais donné l’ordre de tirer à balles réelles sur les manifestants ».

Leur presse (Evariste Menounga, Le quotidien Mutations), 11 janvier 2012.


Après les émeutes… Chasse aux sorcières à la Sosucam

Alors que le calme semble être revenu dans la « ville sucrière » du Cameroun, l’heure est désormais à la chasse aux sorcières, avec des licenciements des employés supposés grévistes. Tout comme les délégués du personnel et les responsables syndicaux en fonction à la Société sucrière du Cameroun sont dans le viseur des autorités administratives de la Haute Sanaga.

Ce dimanche 8 janvier 2012, la ville de Mbandjock semble avoir repris son ambiance habituelle. Avec notamment les aller et venu des ouvriers de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) qui se relayent dans les différents quarts de travail au niveau de l’usine. Seule la présence des forces de l’ordre (gendarmes et policiers fortement armés) dans presque tous les carrefours de cette bourgade semble rappeler les tristes évènements vécus du 30 décembre 2011 au 4 janvier 2012. On se souvient que lorsque les festivités de fin d’années se préparaient, des ouvriers de la Sosucam, « les coupeurs de cannes » comme on les appelle, qui revendiquaient le payement de la traditionnelle gratification du kilogramme de viande bœuf, correspondant à la somme de 2500Fcfa, avaient engagé un mouvement d’humeur qui s’était transformé en émeutes.

Les forces de l’ordre alertées par le sous-préfet de Mbandjock, Etoa Mballa avaient, à un moment donné, ouvert le feu sur les manifestants, faisant des blessés graves et provoquant l’ire des travailleurs qui ont alors déclenché des émeutes d’une grande ampleur. Les locaux du foyer de la Sosucam ont été pillés, puis incendiés. Tout comme les boukarous de pointages au niveau de l’usine, et le club des cadres, ont été pillés incendiés. La situation avait provoqué la descente sur les lieux des éléments des forces de l’ordre venus en renfort de Yaoundé, un gendarme y ayant même trouvé la mort, renforts en forces de l’Ordre venu de Yaoundé à la suite d’une noyade dans la piscine. Selon les différents témoignages recueillis à Mbandjock chez diverses sources, ce gendarme qui a été affecté pour la sécurisation de la cité des cadres, aurait voulu nager.

Le préfet de la Haute Sanaga, Abath Zangbwala Magloire, alerté par son collaborateur, le sous-préfet de Mbandjock en l’occurrence y a personnellement fait le déplacement. Depuis le début de cette année 2012, « le chef de terre » a multiplié des séances de travail ayant abouti à des mesures « répressives ». Le préfet de la Haute Sanaga aurait initié des actions d’intimidation et d’arrestation à l’encontre de certains délégués des personnels et des délégués syndicaux locaux. Une véritable chasse aux sorcières qui ne manque pas de faire des vagues et laisser libre cours à des commentaires divers.

Syndicalistes accusés

Au moment où nous mettions sous presse, et selon diverses sources de la direction des ressources humaines de cette entreprise, sur quelques trois mille employés de la direction de la culture de cette entreprise, plus d’une centaine a été licenciée. De plus, quatre délégués syndicaux, respectivement de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (Cstc), de la Confédération syndicale autonome du Cameroun (Csac), de la Confédération syndicale indépendante du Cameroun (Csic) de l’Union des syndicats libres du Cameroun (Uslc), et 7 délégués des personnels de l’Usine, ont été suspendus de leurs fonctions mis aux arrêts, sans la moindre preuve qu’ils aient été les initiateurs de ce mouvement d’humeur ait été établie. Ils auraient été remis en liberté provisoire grâce à la pression de leurs camarades qui auraient menacé d’organiser une grève pour paralyser l’usine. Des sources introduites indiquent que ce ne serait que partie remise, l’autorité administrative étant décidée nette en prison les syndicalistes accusés d’avoir été à l’origine de la révolte des ouvriers.

Leur presse (Le Messager), 10 janvier 2012.

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