[Chambard dans les Chambarans] 2. Les vérités qui dérangent parcourent des chemins difficiles

http://juralib.noblogs.org/files/2014/11/03.pngLes vérités qui dérangent parcourent des chemins difficiles
De l’internement forcé à l’enfermement volontaire dans le Chambaran

Dans leur histoire, les Chambarans ont abrité de nombreux et multiples « indésirables ». Tout le monde connaît ici la Résistance qui s’y organisa dès le mois de juillet 1940 : quelques valeureux dissidents et « indésirables » aux yeux du régime de Vichy y constituèrent un maquis [Cf. Le Bataillon de Chambaran de Pierre Deveaux ou encore le mémorial du maquis du Chambarand qui se trouve près du camp militaire et ancien camp d’internement. La Résistance est très souvent glorifiée. Toutefois on oublie souvent de penser que les résistants comptaient dans leurs rangs des membres et sympathisants nationalistes et royalistes comme par exemple les anciens comploteurs cagoulards qui, en partie, s’engagèrent, dès les premières heures, contre l’envahisseur étranger.]. Mais très peu de personnes savent qu’en l’an III de la République, des « fanatiques » et des « prêtres réfractaires », selon l’agent national de la commune de Roybon, y préparaient la contre-révolution [« […] le fanatisme augmente, l’indiscipline se propage, la contre-révolution se prépare, et bientôt cette commune isolée à l’aide des prêtres réfractaires deviendroit un second noyaux de la Vendée. » (Arch. dép. Isère)]. Cet agent a probablement exagéré, et la situation ne fut sûrement pas aussi insurrectionnelle qu’il ne le laissa entendre. Bien qu’on célébra à Bressieux, non loin de Roybon, une messe en présence de quelque deux milles « fanatiques », en toute illégalité, il ne s’agissait ici que d’un attroupement de femmes qui alla sonner, par deux fois, l’angélus et, de quelques chants contre les prêtres constitutionnels. La mémoire reste néanmoins très sélective.

L’internement des « indésirables » durant la guerre 1939-40 dans le Chambaran est peu connu des historiens. Tal Bruttmann, chargé de mission auprès de la Commission d’enquête de la ville de Grenoble sur les spoliations des biens juifs, nous dit même : « on ignore tout de ces huit camps [Chambaran, Arandon, Saint-Savin, Vif, Roybon, Prémol, Vienne et Bourgoin] ayant existé durant cette première période de l’internement en Isère, notamment parce qu’il ne subsiste guère d’archives. Gérés par l’armée, leur fonctionnement demeure très largement étranger à la préfecture de l’Isère. De plus, en juin 1940, face à l’avancée allemande, préfecture et sous-préfectures du département ont procédé à la destruction des archives les plus sensibles, dont probablement celles traitant de l’internement. ». Nous pouvons toutefois penser que ce ne sont peut-être pas les seules raisons qui ont fait méconnaître l’histoire des Chambarans durant cette période d’internement forcé… Il y a certainement des faits honteux et gênants sur lesquels il fallait savoir se taire.

En 1938, la IIIe République de Daladier décide, à titre préventif, d’enfermer dans les camps les étrangers « indésirables » [L’actualité révèle malheureusement que la République exige une nouvelle fois de rassembler certains « indésirables » étrangers. Une nouvelle fois des fonctionnaires établissent des fiches et des dossiers. Une nouvelle fois des gendarmes viennent chercher les « indésirables » jusqu’à la porte des écoles. Des directeurs d’écoles et de Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) collaborent aujourd’hui à cette ignominie. Cette fois-ci, il s’agit d’envoyer ces nouveaux « indésirables » dans des centres de rétention et ensuite de les expulser. Cette manière d’agir est bien évidemment honteuse et criminelle.], et notamment, à partir de la déclaration de guerre, les réfugiés allemands ; ceux qui avaient fui, dès 1933, le IIIe Reich d’Hitler. À partir de septembre 1939, jusqu’à sept cent cinquante ressortissants allemands et autrichiens [Le nombre des ressortissants nous est donné par l’ouvrage Les Barbelés de l’exil. Parmi ces exilés qui se retrouvèrent internés dans les Chambarans, il y eu Wilhelm Münzenberg, un des fondateurs du KPD (parti communiste allemand), un idéologue et un théoricien dans l’art de la propagande au sein du komintern durant l’entre-deux guerres. Personnage assez retors, il fut le chef d’orchestre du monde des « compagnons de route », ces intellectuels et artistes non communistes qui combattirent l’anticommunisme. Il est celui qui instrumentalisa l’affaire Sacco et Vanzetti contre les États-Unis et qui par conséquent causa la destruction du mouvement anarchiste américain. Münzenberg « inventa » l’antifascisme pour des raisons tactiques. Avec son Livre brun sur l’incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne, il imposa au monde la version du complot nazi dans l’incendie du Reichstag du 27 février 1933. Expulsé du KPD et du komintern au moment des grandes purges staliniennes, on le retrouvera mort une corde autour du cou, au pied d’un chêne, le 17 octobre 1940 (selon le rapport de gendarmerie), dans le bois de Caugnet entre Saint-Antoine l’Abbaye et Montagne, près de Saint Marcellin. La mort de Münzenberg remontait probablement autour du 21 juin 1940, date de la fuite du camp de Chambaran favorisée par la débâcle de l’armée française devant l’avancée de l’armée d’occupation allemande.] rempliront le « camp de concentration de Chambarand » [Ces termes étaient utilisés par un des fonctionnaires de la préfecture de l’Isère chargés des dossiers concernant les étrangers bénéficiaires du droit d’asile dans le camp de Chambaran. Notons que l’on écrivait dans ces années-là indifféremment Chambaran et Chambarand.] à l’intérieur même du camp militaire existant depuis 1881, près du village de Viriville [Le camp de Chambaran accueille « tous les corps de la 5e Région militaire pour l’entraînement et les exercices de tir : régiments professionnalisés y compris gendarmes et CRS » (Histoire des communes de l’Isère – 1988).]. Beaucoup de juifs allemands et autrichiens furent conduits de Chambaran au camp d’Arandon non loin de Morestel toujours en Isère [Cf. Et ils partirent pour la guerre de David Vogel. Selon ce roman autobiographique, 400 juifs autrichiens et allemands furent conduits du camp de Chambaran au camp d’Arandon où se trouvait l’auteur à ce moment là.], qui fut, durant cette période, un des camps des plus durs.

Le pacte germano-soviétique venait d’être conclu (le 23 août 1939) lorsque la France et la Grande-Bretagne déclarèrent la guerre à l’Allemagne (le 3 septembre 1939). Le Parti communiste français fut dissous (le 26 septembre 1939) pour allégeance à Moscou et propagande contre la « guerre impérialiste ». Du fait de l’accord entre Staline et Hitler, il était suspecté d’agir en intelligence avec l’ennemi allemand. Les communistes du PCF seront recherchés et internés en tant qu’« indésirables » français, comme le prévoyait la loi du 18 novembre 1939 [Lire, sur le site http://www.dordogne-perigord.com/fr/histoire_culture_tradition/histoire/sablou/sablou14.asp, l’article sur la Situation du Parti communiste français en 1939 écrit à partir de la thèse de 3e cycle soutenue par Guillaume Bourgeois en 1983 : Communistes et anticommunistes pendant la drôle de guerre.]. Certains de ces « indésirables » français furent envoyés au camp d’internement de Roybon [Ce fut le cas de Nestor Calonne qui, selon le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français (1789-1939) de Jean Maîtron, fut interné au camp de Roybon. Nestor Calonne deviendra sénateur peu après la guerre et le restera jusqu’en 1958.]. Après la fermeture du camp de Roybon en 1940, beaucoup furent transférés dans celui de Fort-Barraux, près de Pontcharra [Selon différents dossiers les « indésirables » français affectés à la 5e Compagnie Spéciale de Travailleurs Militaires, plusieurs internés partirent de Roybon le 2 juin 1940 pour Saint Vincent-les-Forts, puis à Luitel pour ensuite rejoindre le camp d’internement de Fort-Barraux le 15 août 1940. Le camp d’internement de Fort-Barraux fut dirigé à partir d’octobre 1943 par le très zélé François Risterucci, qui sera le dernier condamné à mort pour faits de collaboration et sera exécuté le 29 décembre 1946 dans l’Isère.].

Bien des raisons, dont les pressions qu’ils subirent de la part de l’armée française, ont contraint des Algériens à s’engager à ses côtés durant la guerre d’Algérie. En 1962, considérés comme des traîtres dans leur pays, les Harkis durent s’exiler en France. Certains de ces « indésirables » se retrouvèrent à Roybon où deux camps furent mis à leur disposition afin qu’ils travaillent dans les forêts domaniales de Chambaran pour le service des eaux et forêts de l’Office national des forêts.

Terre d’asile et de détention, les Chambarans deviendraient-ils aujourd’hui une région vouée au tourisme industriel ? Il semblerait que cela soit souhaité. Certains opposants au projet de la décharge ont cru voir une aubaine lorsqu’ils apprirent que cette forêt qu’ils avaient défendue contre le pire, devait accueillir un Center Parcs. Ils voyaient là l’épouvantail qui devait éloigner toutes leurs inquiétudes : la décharge ne pourrait exister si la région développait un tourisme de masse ! Il y a chez nos contemporains une manière très particulière de défendre leur opinion. Ils ne raisonnent plus en terme d’idées ou de volontés individuelles et collectives. Ils calculent et rationalisent selon la méthode du lobbying. C’est-à-dire qu’ils iront toujours dans le sens du pragmatisme et en fonction du « réalisme » le plus désastreux. Et ils sont prêts à renoncer à ceci pour peut-être ne pas avoir à supporter cela. Misérable époque !

Misérable époque où l’on considère, aussi paradoxal que cela paraisse, l’enfermement comme étant un refuge, une manière de passer le temps des vacances à l’abri de toutes craintes. L’enfermé n’est pas ici « l’indésirable » bien sûr, mais celui qui cherche à se protéger de ce dernier ; « l’indésirable » étant la société dans son ensemble, c’est-à-dire aussi l’autre, l’étranger, l’inconnu, vous, moi … ceux qui habitent ici dans les Chambarans et qui accueillent les bras ouverts ce Center Parcs.

« Il faut s’imaginer dans une grande réserve d’animaux où les animaux c’est nous. […] Pas de voiture dans l’enceinte. Pour entrer et sortir, il faut montrer patte blanche. On est sur une autre planète et tout est fait ici pour être bien. Pas de tracasserie ; juste un porte-monnaie bien rempli », nous raconte un client du Center Parcs du lac d’Ailette. Le directeur marketing du Center Parcs des Bois Francs près de Verneuil-sur-Avre nous l’expliquait, il y a déjà quelques années : « nous proposons une succession de bulles. Le cottage, le confort d’un chez soi ; la bulle du paradis aquatique tropicale, chaude, sécurisante ; le domaine lui-même, clôturé. Dans ce monde bon enfant, sans violence, on baisse d’autant plus volontiers la garde que l’on côtoie des gens qui viennent habiter là en famille ». « Les enfants peuvent même aller faire les courses tout seuls » nous confirmait une responsable de ce même centre. Ce monde clos et rassurant offre l’occasion de renouer avec une existence familiale, si difficile à l’extérieur. Dans une société parcellaire et sans attaches, où il est de plus en plus impossible aux familles d’exister durablement dans une vie quotidienne morcelée par les obligations et l’urgence, entre le bureau ou la salle blanche, les transports, l’école et les multiples « activités extrascolaires » des enfants, la consommation et la culture de masse, les vacances assistées et son tourisme sans répit, il était nécessaire que le marché proposât à nos contemporains dépossédés de tout, un espace totalement modelé à l’écart de la vie réelle où ils peuvent consommer la représentation d’une manière de vivre harmonieusement en famille. Le Center Parcs nous offre cette « mise en fiction du monde témoignant des difficultés à conjuguer les vraies relations sociales » : « le vélo, les courses, tout baigne, comme dans la bulle tropicale. On joue à la famille parfaite, les parents sont attentifs, les enfants sympas… » Ici la vie est « entre parenthèse » nous dit l’anthropologue Marc Augé. Ces centres permettent à leurs clients de s’isoler, de se « retirer du jeu » nous dit le directeur commercial de Center Parcs… « La réalité est trop peu satisfaisante pour le Français : la vie artificiellement recréée est plus belle et plus sûre, estime le sociologue Gérard Mermet. L’engouement pour ces « paradis artificiels » démontre leur incapacité à se situer dans le monde dans lequel ils vivent. » [Les citations de ce paragraphe sont pour la plupart tirées de l’article Les « mondes artificiels » attirent toujours plus de vacanciers de Pascale Krémer paru dans le journal Le Monde du 22-23 décembre 1996, et de l’article Ces lieux où le réel copie la fiction – Un ethnologue à Center Parcs de Marc Augé paru dans le journal Le Monde diplomatique du mois d’août 1996. La citation du client du Center Parcs du domaine du lac d’Ailette est tiré de la page : http://www.ciao.fr/Center_Parcs_domaine_du_lac_d_Ailette__Avis_1017562]

Cette incapacité à se situer dans le monde dans lequel nous vivons est une caractéristique de notre effondrement social. Une société qui ne partage aucun projet commun, excepté celui de produire et consommer des marchandises, a besoin de se forger une idéologie basée essentiellement sur l’argent et le travail. Il lui fallait toutefois, jusqu’à présent, qu’elle se trouve une identité, des références historiques, une mémoire basées sur d’autres valeurs communes. À l’est, comme à l’ouest, l’histoire officielle glorifiait ses valeurs, mais aussi un passé qu’elle remodelait à sa convenance ; la mémoire reconnaissant certains événements et certaines situations plutôt que d’autres. Aujourd’hui, dans notre société marchande devenue globale et totalitaire, l’histoire officielle magnifie toujours un passé idéalisé ; mais elle ne cherche plus systématiquement à cacher cette vérité qui pouvait apparaître si subversive auparavant. Et puisque la réalité entache et contredit l’histoire officielle, la communication se consacrera à la couvrir d’un voile afin d’amoindrir ses effets néfastes. La vérité et la contre-vérité éclateront en soubresauts, par scoops successifs qui paradoxalement n’auront généralement que peu de conséquence dans le temps. Chaque scoop balayera le précédent, si bien qu’il restera dans la mémoire collective l’illusion que chacun détient une certaine vérité ; qu’aucune vérité n’est réellement tranchée ; qu’elle serait subjective. Mais peut-on se représenter une vérité, si la société ne la reconnaît pas comme telle ? Peut-on avoir raison si personne ne nous donne raison ?

Dans leur folle solitude, nos contemporains se retrouvent sans aucun véritable repère face à leur présent dont ils ne savent plus quoi penser ; prêts à croire qu’une terre forestière chargée de son histoire et de son essence serait semblable à une zone touristique et artificielle. Prêts à admettre que pour protéger les Chambarans, il suffirait de les détruire.

Henri Mora (correspondance), le 29 septembre 2008

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[Hérault] Création d’un centre documentaire anti­autoritaire en milieu paysan

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/075.jpgSoirée d’information et de soutien à la création d’un centre documentaire anti­autoritaire en milieu paysan

Jeudi 30 octobre à 20 heures au CICP 21 ter rue Voltaire 75011 PARIS
Ciné Pelloche, Étais d’Émancipation et Germinal organisent une soirée d’information et de soutien à la création d’un centre documentaire anti­autoritaire en milieu paysan. Probable projection, selon les désirs de l’assistance, d’un film en 16 mm. Quelques jolis morceaux de cinéma burlesque.

Ignorance programmée et culture du secret sont des éléments capitaux de toutes les stratégies de détention du pouvoir. Interdiction était faite aux esclaves d’apprendre à lire mais ils savaient chanter. Le cante hondo du flamenco, le blues et d’autres formes, ailleurs et à différentes époques, avaient pu émerger et se répandre pour exprimer la culture vivante du peuple avec ses joies, ses peines et ses douleurs. Personne ne chante plus aujourd’hui sur les chantiers, usines, champs et ateliers. La marchandisation du monde est parvenue à liquider la culture autonome du peuple, subversive par nature, pour lui substituer une culture de masse prétendument populaire et « démocratisée ». Propagande masquée et publicité mercantile organisent avec une terrible efficacité le brouillage des lectures du monde et de son histoire.

Assis en bonne part sur l’organisation d’une amnésie collective, le monopole culturel exercé par la domination est une arme d’asservissement massif. Langage et mémoire sont au centre de la lutte pour ou contre le contrôle de la pensée publique, pour ou contre le contrôle des populations. Négliger l’action sur ce terrain n’est pas de nature à embellir la perspective d’un renversement de l’ordre oppressif et répressif du vieux monde.

Il ne manque pourtant pas de voix qui encore s’élèvent, mais en maints endroits sont dressés des murs dont le plus répandu, et non le moins redoutable, est celui du silence. Ou presque. Il est aussi d’autres voix plus anciennes, braises toujours incandescentes de la mémoire des « vaincus », qui demeurent conservées sous des formes diverses : livres, brochures, documents d’archives, tracts, films etc. qui ne sont pas non plus d’accès très facile. Et quand bien même le seraient-ils, ce ne sera jamais trop. De tels trésors existent. S’ils demeuraient en usage restreint, confidentiel et réservé aux intellectuels de profession, il y a fort à parier qu’ils perdraient de leur potentiel subversif et émancipateur.

Une accumulation de plus de 3000 livres, au moins autant de DVD, des centaines de brochures, des documents d’archives anarcho­syndicalistes, des films sur support argentique et le matériel de projection adéquat en super 8, 16 et 35mm, attendent la construction du local de stockage et consultation qui permettra qu’en nombre on puisse en venir tirer tout le jus, toute la « substantifique moelle ».

Ce centre documentaire, avec les aménagements permettant des séjours de toutes durées, devait à l’origine être installé dans la « Ferme agro­poétique de Malescalier » acquise, à cette fin, près de La Salvetat sur Agoût, dans l’Hérault. Il a fallu déchanter hélas et se rendre à l’évidence que les conditions géophysiques du lieu sont assez peu compatibles avec l’intégralité du projet. Il a donc été décidé de le déplacer de quelques kilomètres, toujours dans l’Hérault, du côté de Minerve, pour rejoindre la Ferme du Maquis et son collectif paysan de Cravirola.

Il reste un obstacle à franchir : le financement du local. Unies dans le projet, les associations Étais d’émancipation, Cinépelloche et Germinal œuvrent ensemble à la création d’un réseau de soutien, composé de petits groupes formés d’une dizaine d’individus chacun et dont chaque membre s’engagerait à cotiser de 1 à 5 € par mois sur une durée de 1 à 5 ans par exemple.

Pour obtenir des renseignements supplémentaires ou pour participer à une réunion d’information plus précise sur le projet et la mise en place du réseau de souscription, il suffit de le demander.

Paris Luttes Info, 27 octobre 2014

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] Les désinformateurs travaillent

Djihadisme : la guerre froide des services secrets

À l’heure où ils doivent lutter contre les réseaux islamistes, les spécialistes français de l’antiterrorisme sont confrontés à un problème majeur : les échanges d’informations avec certains pays sont devenus difficiles, voire impossibles. Décryptage.

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Patrick Calvar, directeur de la DCRI, et Jean-Marc Falcone, directeur général de la police nationale.

Syrie

Longtemps, un cendrier posé sur la table basse du patron du renseignement intérieur français a affiché la couleur. Ou plutôt “les” couleurs : noir, rouge et blanc. Ce bibelot aux armoiries du régime syrien illustrait les liens entre les services français et ceux de Bachar el-Assad. Sous l’ère Sarkozy, Bernard Squarcini, directeur de la DCRI, avait noué des relations personnelles avec ses homologues à Damas. “Quand les ponts sont coupés entre États, les services servent de circuits de secours”, disait-il volontiers. Mais, depuis, Assad est devenu un ennemi, au même titre que l’État islamique, l’organisation terroriste qui règne sur une partie de son pays. Voici la France privée de “sources” cruciales.

Le président syrien sait combien l’Occident a besoin de lui. Après les attentats de Paris, il a appelé “au partage d’informations”, tout en exigeant la réouverture de l’ambassade de France à Damas, fermée en mars 2012. Un chantage inacceptable pour Paris. On est désormais très loin de l’entente cordiale scellée en 2004. À l’époque, le régime est un allié discret contre le terrorisme.

Ainsi, c’est une information syrienne qui permet de repérer une cellule recrutant de combattants pour l’Irak, près des Buttes-Chaumont, à Paris. Parmi eux, les frères Kouachi, les futurs assassins de Charlie Hebdo. “Nous avions des échanges directs sur des individus ciblés”, indique Bernard Squarcini, habitué à se rendre sur place. “Cette collaboration avec les renseignements généraux syriens s’est prolongée au-delà de 2005, confirme un diplomate français. Et cela même si le président Chirac tenait Assad pour responsable de l’assassinat de son ami Rafic Hariri [NDLR : ex-président du conseil libanais].”

En 2011, la guerre civile syrienne fragilise cette alliance. Certes, les liens résistent un temps, permettant notamment l’évacuation de la journaliste Édith Bouvier, blessée à Homs en février 2012. Mais les atrocités commises contre les civils rendent le régime infréquentable. En septembre 2013, François Hollande plaide pour l’intervention militaire. “Jamais plus nous ne traiterons avec Assad”, insiste une source bien informée. Cette position de principe a un revers : alors qu’environ 400 djihadistes français combattent en Syrie, tout échange d’informations devient inimaginable.

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Arrivée en France de la journaliste Édith Bouvier, blessée en Syrie, le 2 mars 2012.

“Avec la perte de ses frontières, le régime a vu sa capacité de renseignement grandement diminuée, convient Louis Caprioli, conseiller spécial du groupe Geos et ancien cadre de la lutte antiterroriste. Mais ses services demeurent incontournables, car il nous est quasi impossible d’envoyer des sources humaines ou des agents en Syrie.” Patrick Calvar, successeur de Squarcini, connaît bien ses homologues syriens mais ne peut rien obtenir d’eux. Le Quai d’Orsay envisage maintenant de traiter avec l’Iran, allié traditionnel de Damas, mais moins sulfureux.

Maroc

Depuis 1994 et des attentats commis à Marrakech par de jeunes Français d’origine maghrébine, ce pays est un partenaire essentiel. Or, depuis un an, les relations entre services spécialisés sont bloquées. “Rien, strictement rien ne passe !” peste un cadre de la police judiciaire.

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“Les deux pays ne se parlent plus que par l’intermédiaire de l’Espagne” précise un ex-magistrat de l’antiterrorisme. Explication : le royaume chérifien s’indigne des plaintes pour “torture” déposées en France par une ONG contre le patron de ses services de renseignement, Abdellatif Hammouchi, et de sa convocation par la police via l’ambassade du Maroc à Paris.

Une collaboration paraît pourtant indispensable lorsque l’on sait que près de 1500 Marocains — dont certains francophones — combattraient en Syrie. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’apprête à se rendre à Rabat pour tenter de mettre un terme aux contentieux.

Turquie

Alors que la plupart des aspirants français au djihad transitent par Istanbul, le régime islamo-conservateur d’Erdogan fait preuve de passivité tant qu’ils ne mettent pas en péril la sécurité du pays. “L’attitude de nos homologues est illisible, regrette un policier spécialisé. Leur priorité est la lutte contre les séparatistes kurdes et la présence sur leur sol de millions de réfugiés. Le reste est secondaire à leurs yeux.”

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“(…) A group of aggressive Christian conservatives led by Dmitry Enteo picketed the French embassy in Moscow carrying a sign that blamed the French government for the tragedy because it “failed to defend the feelings of religious believers”. “We do not approve of Islamism,” Enteo wrote in a social network post, “but we state that the true terrorists are the authors of such caricatures.” Enteo and his group were allowed to conduct their demonstration unhindered.” Leur presse (“Russia is not Charlie”, Maria Lipman, ECFR, 16 janvier 2015)

La coopération — pour le moins fluctuante — entre Paris et Ankara a été ébranlée par plusieurs couacs. Que dire, par exemple, du parcours de trois djihadistes français en septembre 2014 ? Attendus à Orly en provenance de Turquie, ils ont finalement débarqué à Marseille sans être arrêtés…

Il y a quelques jours encore éclatait une polémique sur la fuite de l’épouse d’Amedy Coulibaly, passée de Turquie en Syrie le 8 janvier (deuxième jour des attentats de Paris). Ankara s’est plaint de n’avoir pas été alerté de sa dangerosité potentielle.

Libye

Le naufrage de ce pays, et plus généralement l’instabilité née des “printemps arabes” (Tunisie, Égypte), rend impossible tout partenariat fiable. Au lendemain de la chute de Kadhafi, en 2011, Paris avait bien ébauché un programme d’échanges incluant un volet “formation” de spécialistes du terrorisme. Mais ce projet a tourné court sous le feu des rivalités régionales, des luttes de pouvoir entre milices. Or le sud-ouest du pays constitue, selon les experts, le sanctuaire terroriste le plus toxique au monde. Bien des satellites de la nébuleuse djihadiste en Afrique en ont fait leur fief.

Algérie

Les relations entre les deux pays, traditionnellement empreintes de méfiance, passent du chaud au froid. En février 2010, tout va bien : les Algériens jouent un rôle clef dans la libération de l’otage français au Mali, Pierre Camatte. Sept mois plus tard, Bernard Squarcini invite ses homologues chez lui, en Corse, pour les remercier.

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Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Grozny, capitale de la Tchétchénie, lundi 19 janvier, pour protester contre les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo.

Ensuite, la météo se rafraîchit. Alger s’agace de voir Paris déployer de gros efforts pour trouver les intermédiaires capables de libérer ses otages au Sahel. Le versement de rançons renforce l’ennemi djihadiste. Depuis quelques mois, les services antiterroristes sentent cependant que la coopération se renforce, alors que — est-ce un hasard ? — le lien avec le Maroc se dégrade.

En coulisses, des non-dits pèsent également sur les relations avec les pays du Maghreb, parfois adeptes de la manière forte avec les islamistes. En septembre 2005, l’employé d’une boucherie halal de Trappes (Yvelines) est arrêté à l’aéroport d’Oran sur signalement de Paris, alors qu’il est sur le point de rentrer en France. Il passe aux aveux, livrant des indications sur un projet d’attentat dans la capitale française. En 2007, il est condamné à quatre ans de prison par une cour d’assises algérienne. Mais les conditions de ses “aveux” alimentent le soupçon : la France aurait-elle sous-traité à l’Algérie un recours à la torture ? “Mon client se souvient que ses bourreaux rendaient compte au téléphone à un mystérieux interlocuteur, assure à L’Express l’avocat Salah Djemai. Et ils s’exprimaient en français…”

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« (…) On retrouve également ces thèses conspirationnistes en Russie. “Les Américains sont-ils derrière les attaques terroristes à Paris ?” publie par exemple en Une, le quotidien Komsomolskaya Pravda. “Je suis sûr que des Américains ont supervisé ces attaques ou au moins les islamistes qui les ont perpétrées” affirme aussi le directeur de l’Institut International pour les nouveaux États, très proche du Kremlin. “Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde (…).  Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétrés”, a également affirmé Alexei Martynov, directeur d’un think-thank proche du Kremlin. “Ces propos font partie de l’air du temps en Russie, analyse Jean-Sylvestre Mongrenier, géopolitologue, spécialiste de la Russie. On entend des choses similaires concernant le 11 septembre. Beaucoup de proches de Vladimir Poutine sont d’anciens membres du KGB, il y a donc une inclination presque naturelle à verser dans ce genre de théories. Pour eux, l’Occident mais surtout les États-Unis, jouent un jeu à trois bandes fait de beaucoup de dissimulation”. » Publié par des larbins des marchands de canons (“Charlie Hebdo : les théories du complot fleurissent en Russie et en Turquie”, Antoine Izambard, Challenges.fr, 14 janvier 2015)

Les récents attentats de Paris rendent plus brûlante que jamais la question des choix politiques, diplomatiques et humanitaires. Faute de renouer avec ces sources d’information ou d’en trouver d’autres, moins sulfureuses, la France risque de se placer davantage encore sous la dépendance exclusive de la puissan ce technologique américaine : écoutes téléphoniques planétaires, listes de passagers interdits de vol à destination des États-Unis — ce dispositif fait de Washington la capitale la mieux informée du monde.

Publié par le savoir-faire français (Éric Pelletier, Pascal Ceaux, Vincent Hugeux, LExpress.fr, 21 janvier 2015)

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[Chambard dans les Chambarans] 1. La mauvaise saison

http://juralib.noblogs.org/files/2014/11/03.pngLa mauvaise saison

« Après un long hiver, le premier jour du printemps est le plus beau jour de l’année. »

Hans Siemsen [Menacé par les nazis, le journaliste socialiste allemand Hans Siemsen s’exila à Paris en 1933. Il fut interné au camp de concentration de Chambaran d’où il s’échappa en juin 1940, au cours de la débâcle de l’armée française devant l’avancée de l’armée d’occupation allemande.], L’Histoire de mon frère, 1935

Lorsque nous nous promenions dans les bois, il n’était pas nécessaire de connaître le nom de chacun des arbres pour apprécier le moment que nous passions à vaguer, selon notre gré, au milieu des fûts. Ce moment chargé d’une sensation et d’une liberté toutes particulières témoigne, bel et bien, que la forêt se révélait l’objet d’émotions, qui contrairement à la marchandise ne suscitaient aucune envie de posséder, d’innover ou d’aménager. Immuable, elle régalait nos esprits et ainsi nous l’imaginions.

Nous l’imaginions avec le vent s’engouffrant dans les feuilles et soulevant de temps à autre le parfum de bruyère et de girolles. Nous l’imaginions avec ses derniers promeneurs commentant, à la douce lumière cuivrée du soleil couchant, leur panier rempli. Nous l’imaginions et nous nous y voyions marcher à l’orée du bois, soulevant du pied les feuilles tombées au sol, notre ombre longiligne s’étendant jusqu’à la clairière avoisinante. Nous imaginions alors son odeur d’humus et ses bogues de châtaignes bâillantes couvrant le sol. Point de ramassage à la pelle, ni de souffleur bruyant, ici les bogues et les feuilles mortes nourrissaient la terre, la flore, la faune et les sylvains. Nous nous retrouvions au bord de l’étang, là où le pêcheur silencieux attendait le coup du soir ; là où, au loin, le bruit de la tronçonneuse s’était éteint, ce qui nous laissait alors entendre un cerf bramer au couchant tandis qu’à l’opposé un chasseur appelait son chien, la sonnaille autour du cou. Nous imaginions, l’inquiétante nuit et sa fraîcheur tombante, les grands arbres s’agiter et bruisser dans l’automne à peine installé…

Loin de toute modernisation perpétuelle et compulsive, obsessionnelle et addictive, le Chambaran n’offrait, jusque là, gracieusement que sa nature et ses paysages. Et en somme, nous l’appréciions pour cela. L’homme souvent intéressé à vouloir tirer profit de tout, n’avait su trouver ici presque aucun avantage. Le paysan dans son patois local qualifiait son terrain, peu propice à la culture, de champ bon à rien, qui aurait donné le nom à cette région. La forêt de Chambaran fût demeuré cette vaste étendue boisée ad vitae eternam, si de soucieuses notabilités n’avaient eu l’obsession de vouloir, à tout prix, valoriser ce territoire, en le transformant en marchandises. Après avoir proposé la construction de 70 éoliennes, puis celle d’un Centre de stockage de déchets ultimes pour y enfouir les ordures de l’ensemble du département et celles des départements voisins, ils souhaiteraient maintenant voir se construire dans le bois des Avenières, près de Roybon, un nouveau Center Parcs. Après l’automne vient l’hiver ; comme la pourriture succède à la maturité.

Henri Mora (correspondance), 15 septembre 2008

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[Radio Canut] Appel à dons

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TÉLÉCHARGER LE FLYER

Face à des hausses répétées de notre loyer nous avons décidé de nous lancer dans une grande aventure.

Acheter un local pour y installer nos studios, et ainsi diminuer les pressions financières dans notre fonctionnement, augmenter notre indépendance et surtout offrir à Canut un avenir plus serein.

Léguer aux personnes qui prendront notre suite une structure stable et moins fragile. Permettre à notre radio (votre radio) de mieux se projeter dans l’avenir.

C’est pour ça que nous avons besoin de vous. Ensemble, nous pouvons réunir les conditions financières nécessaires. Ou trouver un local à un prix raisonnable si vous avez un plan.

Radio Canut pour toujours ?

Nous sommes locataires d’un local, rue Sergent Blandan, dans le 1er arrondissement, depuis 1985. En 2014, une augmentation de 20% de notre loyer est venue fragiliser l’équilibre financier de notre association.

La perspective de futures hausses pourrait menacer, à plus long terme, la poursuite de nos activités. Et ce d’autant plus que TDF, la société chargée d’acheminer et d’émettre notre signal audio, augmente elle aussi régulièrement ses tarifs. Ces deux coûts cumulés représentent aujourd’hui 60% de notre budget ; alors que la radio vit uniquement grâce une subvention du Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique (FSER) et aux cotisations des adhérent-e-s.

Le loyer du local augmente en moyenne de 4% par an. Il a augmenté de presque 300% depuis le début du bail. Dans le même temps, si l’aide du FSER reste stable et nous permet de payer la diffusion, la “bonification” (un bonus lié à cette subvention, en gros) est, elle, passée de 7200 euros en 2005 à 383 euros cette année. Des chiffres très à l’image du monde où l’on vit…

Notre budget :

• ÉMETTRE & DIFFUSER : TDF, droits d’auteurs, matériel technique, internet, streaming… 60%
• VIE DU LOCAL : Loyer, assurance, énergies, travaux & maintenance 25%
• FRAIS ADMINISTRATIFS 10%
• VIE ASSOCIATIVE : 1er mai, Abonnement Presse, Autocollants, Festivals & Rencontres… 5%

Vous pouvez nous soutenir !

Pour pérenniser notre radio et lui permettre de garder son autonomie de fonctionnement dans les temps à venir, Radio Canut a besoin de votre aide et fait appel au soutien financier de toutes et de tous. Quel qu’en soit le montant, tous les coups de pouce sont les bienvenus.

L’argent ainsi récolté servira à financer l’achat d’un local pour la radio :

• pour nous mettre à l’abri des hausses du marché immobilier et ne plus dépendre de l’appétit d’un propriétaire dans cette ville de plus en plus chère,

• pour nous donner les moyens de résister à l’augmentation constante des différents frais nécessaires au fonctionnement de “la plus rebelle des radios”,

• pour que notre média puisse continuer à se battre, ici, sans se soucier des logiques de rentabilité, pour des dizaines d’années encore.

Le projet en est à ses débuts, et reste difficile à chiffrer. Nous sommes pour l’instant bien incapables de préciser quel est le montant exact de la somme dont nous avons besoin. On sait juste que ça représente beaucoup de milliers d’euros, donc des sommes dont nous n’avons pas l’habitude. Nous cherchons donc de l’argent mais si vous nous offrez un local, nous pourrons souffler et arrêter cette collecte, héhé… Bref, nous préciserons tout ça au fur et à mesure de l’avancée de cette histoire.

Comment s’y prendre ?

Il vous suffit de nous envoyer vos chèques à l’ordre de Radio Canut, à l’adresse suivante :

Radio Canut
BP 1101
69201 LYON cedex 01

Si vous payez des impôts sur le revenu, vos dons ouvrent droit à une réduction d’impôt de 66%. Ainsi si vous donnez 100 euros, il ne vous en coûte en réalité que 34 (vous économisez 66 euros d’impôt). Pour cela il faut nous demander un reçu fiscal et bien nous fournir votre adresse…

D’autres infos sur le 102,2 FM à Lyon et sur radiocanut.org

Reçu le 26 mai 2014

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[Burkina Faso] De la chute de Compaoré à une révolution confisquée

Burkina Faso : de la chute de Compaoré à une révolution confisquée

Arrivé à a tête de l’État avec le putsch du 15 octobre 1987, le capitaine Blaise Compaoré a assis son pouvoir en interne en maîtrisant l’appareil militaire et sur le plan international en jouant le rôle de pivot de la Françafrique et de l’impérialisme occidental dans le cadre de la lutte antiterroriste des années récentes. Mais ce régime dont certains thuriféraires français n’ont pas cessé de chanter les louanges [Pour avoir un aperçu de ce qu’a été le lobby pro-Compaoré en France on peut être édifié en allant sur le site du CISAB] a fini par voir sa base sociale se rétrécir à un clan familial et à quelques supplétifs attirés par la perspective du pouvoir et de l’argent facile. Encore prêt à manipuler la constitution comme il l’a toujours fait depuis 1991, Compaoré a été acculé à quitter le pouvoir par une insurrection populaire d’une ampleur inégalée. Malheureusement, la séquence politique qui a suivi semble montrer que la victoire du peuple n’est pas pour autant acquise.

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Les fondements du régime Compaoré

Se référant dans les premières années de son régime au processus révolutionnaire initié par Sankara qu’il s’agissait alors de « rectifier », le régime de Blaise Compaoré s’est doté d’une façade civile à partir de 1991 avec l’adoption d’une constitution. Malgré ce ravalement, le régime était demeuré fondamentalement militaire en s’appuyant sur l’armée, notamment sur le Régiment de sécurité présidentielle. Devenu, suite à la mort d’Houphouët-Boigny en 1993, une pièce centrale de la Françafrique dans la sous-région, il a pu compter durant tout son règne sur des soutiens renouvelés des politiques français qu’ils soient de « droite » ou de « gauche » malgré des crimes de sang à répétition et des implications dans des guerres civiles meurtrières dans les pays voisins comme au Liberia et en Sierra Leone ou encore plus récemment encore en Côte d’Ivoire. Paradoxalement, cela ne l’a pas empêché de se poser en médiateur dans les crises de la sous-région. En effet il a participé à la gestion de six crises ouest-africaines (Niger, Togo, Guinée, Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Mali) d’où l’étiquette de « pompier pyromane » qui a fini par lui coller à la peau, au point par exemple d’avoir été récusé par la partie malienne dans les négociations concernant la crise au Nord du Mali. Une autre opportunité dont il a su se saisir sur le plan international est la présence de groupes islamistes armés au Sahel. Ainsi, depuis plusieurs années, il avait accueilli discrètement le redéploiement des troupes françaises, le commandement des opérations spéciales (COS), et les forces américaines dans le pays au titre de la « lutte contre le terrorisme ».

Une contestation sociale et politique ancienne

Le 3 janvier 1966, une manifestation populaire emmenée par les syndicats avait chassé du pouvoir Maurice Yameogo, le premier président de ce qu’on appelait à l’époque la Haute-Volta. En 1975, ce contre-pouvoir syndical avait aussi mobilisé la population pour dissuader le général Lamizana de mettre en place un régime de parti unique. On voit donc que la capacité du peuple de s’opposer voire de mettre fin à un pouvoir dictatorial ou autoritaire n’est pas nouvelle dans l’histoire du pays. Sous le régime de Compaoré, comme souvent en Afrique ce sont les étudiants qui ont été les premiers à se mobiliser contre le régime, dès mai 1990, ce qui s’est soldé par une répression féroce organisée par la Sécurité présidentielle qui a torturé les étudiants et même assassiné le président de l’Association nationale des étudiants burkinabé (ANEB), Dabo Boukary. Mais c’est surtout à partir de 1998 que le régime va être confronté à un mouvement de contestation de masse à la suite de l’assassinat du journaliste d’investigation, Norbert Zongo. Au moment de sa mort il enquêtait sur le décès de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du chef de l’État, suite à son passage entre les mains des tortionnaires de la garde présidentielle. Durant près de deux ans, le régime fait face à une contestation sans précédent. Après avoir fait des concessions apparentes tant sur le plan politique que judiciaire face à la demande de justice et de remise en cause du pouvoir patrimonial, le régime était revenu à ses fondamentaux, la répression et l’intimidation de ses adversaires. Mais à partir de 2008, un nouveau cycle de mobilisations débute au sein de la Coalition contre la vie chère mis en place par les syndicats qui n’ont pas cessé de jouer leur rôle de contre-pouvoir. En parallèle d’autres mobilisations moins « centrales » ont eu lieu par exemple contre les compagnies minières dans le contexte du « boom minier » de l’or (cf. CA précédent n° 244 novembre 2014), contre la culture du coton transgénique développée par Monsanto ou encore au sujet de l’accaparement des terres par l’agrobusiness, ce qui révèle bien le rôle de relais de l’impérialisme joué par un régime dont le caractère népotiste était bien connu, avec deux personnages centraux : le frère du président François Compaoré et sa belle-mère Alizeta Ouedraogo qui avaient la haute main sur les affaires économiques du Burkina. En 2011, à la suite de la mort d’un collégien à sa sortie d’une garde à vue par la police, la version officielle d’un décès par une méningite met la ville de Koudougou dans un état d’insurrection. Le mouvement prend de l’ampleur dans tout le pays dans les semaines qui suivent. À la colère contre l’impunité, l’arrestation et la mort de manifestants se greffent d’autres revendications sociales, tel l’arrêt des coupures d’eau et d’électricité pour factures impayées, la réduction des frais d’inscription aux examens (BEPC, baccalauréat), des mesures vigoureuses contre la vie chère, l’indépendance de la justice et la sécurisation des magistrats, la subvention de certains produits de grande consommation, la suppression de certaines taxes, la réfection des routes dans les provinces, la fin de la pollution engendrée par les activités des transnationales minières, la fin de l’inamovibilité des directeurs généraux des entreprises d’État, la fin de l’accaparement des terres par les oligarques, l’amélioration du prix d’achat du coton aux producteurs et baisse du prix des intrants, le droit à l’orpaillage artisanal, etc. Sur ce mouvement populaire, sont venues ensuite se superposer des mutineries dans l’armée : environ huit vagues pouvant s’étendre sur plusieurs jours et à différentes garnisons en moins de deux mois et demi qui causent décès, viols, blessés, destructions de biens publics et privés, pillages. Le 14 avril 2011, la garde présidentielle elle-même se rebelle, obligeant Blaise Compaoré a fuir son palais quelques heures. Une fois que ses revendications ont été prises en compte, le RSP va être utilisé pour mater les autres mutins. Débutée en février 2011, l’expression étendue du ras-le-bol populaire n’a pris fin qu’en juin 2011. Ces différents mouvements qui éclatent souvent spontanément en réaction à un événement (souvent de nature répressive étant donné la nature du régime) sont aussi inscrits dans un cadre organisationnel qui s’est créé à partir de la fin des années 1980 avec la création de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), puis du Mouvement burkinabé des droits de l’homme et des peuples (MBDHP). Ce sont ces mêmes organisations qui ont été à la base du Collectif de lutte contre l’impunité né à la suite de l’affaire Zongo en décembre 1998 ou le CCVC en 2008. Plus récemment dans la même orbite est née l’Organisation démocratique de la Jeunesse (ODJ). Cependant après 2011, on assiste à l’éclosion de « mouvements citoyens » dont le plus médiatique est le Balai citoyen apparu en 2013 avec des chanteurs comme Smockey et Sams’K. Le Jah, notamment influencés par le mouvement Y’en a marre apparu à la même époque au Sénégal.

L’éclatement du bloc au pouvoir et la mobilisation pour l’alternance

Durant les années 1990-2000, des élections ont bien eu lieu mais du fait de la fraude ou de la corruption des opposants par le régime, il n’y a pas eu de véritable opposition parlementaire, ce qui va changer pour la première fois à partir de 2010. Zéphirin Diabré, plusieurs fois ministre dans les années 1990 et conseiller du président pour les affaires économiques, avant de poursuivre sa carrière à l’extérieur, notamment au sein du PNUD, puis, de 2006 à 2011, au sein du groupe AREVA, crée son parti, l’UPC (l’union pour le changement). Lors des élections législatives de décembre 2012, si le parti au pouvoir, le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) obtient la majorité des sièges à l’Assemblée nationale (soixante-dix sur cent vingt-sept), l’Union pour le progrès et le changement (UPC) fait une entrée remarquable, avec dix-neuf sièges, ce qui fait de Zéphirin Diabré le chef de file de l’opposition. La première mobilisation de masse organisée par cette opposition politique a eu lieu le 29 juin 2013 en réaction au vote de l’assemblée en faveur de la mise en place d’un sénat, une deuxième chambre que l’on soupçonne de faciliter un « tripatouillage constitutionnel ». Ensuite, les événements vont se précipiter il y a un an environ lorsqu’apparaît plus clairement le projet de réforme visant à modifier l’article 37 de la Constitution, pour permettre à Blaise de rempiler en 2015 pour deux nouveaux mandats jusqu’en 2025… Au début de l’année 2014, la crise qui couvait en interne dans le parti présidentiel, éclate alors au grand jour : un certain nombre de caciques du CDP — Salif Diallo l’ancien ministre de l’agriculture et surtout « l’homme des basses œuvres » du régime, Simon Compaoré, l’ancien maire de Ouagadougou, Roch Christian Marc Kaboré l’ancien président de l’Assemblée nationale — face à la dérive monarchique du régime de plus en plus évidente, créent leur propre parti le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès). Après avoir hésité à faire adopter son projet par voie de référendum, le régime décide au dernier moment le 21 octobre de le faire par au moyen d’un vote parlementaire. En additionnant les voix du CDP à celle d’un autre parti, l’ADF-RDA, la majorité requise lui était acquise mais c’était sans compter avec la mobilisation du peuple burkinabé qui allait déjouer ces calculs politiciens.

Le scenario de la chute de Compaoré

Le mardi 28 octobre une manifestation appelée par l’opposition et les mouvements citoyens atteint des niveaux inégalés. Les soutiens internationaux du régime lui demandent encore de retirer son projet. Mais il passe outre en mettant en place un dispositif sécuritaire pour faire voter les députés à l’abri des manifestations. Mais tout ce dispositif vole en éclats devant la détermination des jeunes qui ont bien compris que c’était maintenant ou jamais. L’assemblée nationale part en fumée, les députés s’enfuient et la loi ne sera jamais votée [Le bilan de l’insurrection s’établit pour l’ensemble du pays à 24 morts et 635 blessés. La question de la recherche des responsables de ces victimes est aussi une question posée au nouveau pouvoir.]. La mobilisation s’étant construite autour du refus de voir Blaise Compaoré se présenter à l’élection présidentielle de 2015, la radicalité du peuple insurgé les 30 et 31 octobre a surpris et paralysé les partis dits d’opposition et bon nombre des acteurs de la société civile. Pendant toute la mobilisation ces derniers estimaient que lutter pour le départ de Blaise Compaoré était en soi suffisant ce qui leur évitait d’avoir à s’exprimer sur leur projet politique. Le vide politique créé par le départ de Blaise Compaoré qui s’annonce déjà le 30 octobre et qui devient effectif le lendemain va être comblé par la prise de pouvoir des militaires qui se fait dans une certaine confusion : le Général Traoré, chef d’état-major qui s’était mis en avant pour être chef de l’État est finalement écarté de même qu’un autre général Kwame Lougué dont le nom avait été scandé par certains manifestants [Une tentative de manifestation contre la prise du pouvoir par les militaires a eu lieu le dimanche 2 novembre sur la place de la Révolution mais elle a été dispersée]. La venue au pouvoir du lieutenant-colonel Zida, n° 2 du RSP ne fait que confirmer que cette institution était le « vrai pouvoir » au sein du pouvoir burkinabé tandis que le soutien actif à ce dernier de la part des figures de certains « mouvements citoyens » comme le Balai citoyen ou le Collectif anti-référendum révèle a contrario le caractère superficiel de la politisation au sein de ces mouvements. En outre, ce qui est tout aussi révélateur aussi de cette fin de règne, c’est la fuite de Compaoré escorté par des éléments du RSP et finalement exfiltré par des militaires français vers la Côte d’Ivoire.

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Une transition politique en cours qui consacre la permanence d’un pouvoir militaire

Depuis le 31 octobre 2014, avec la prise en main par le lieutenant-colonel Zida de la situation, tout est allé très vite. Après l’adoption d’une charte de la transition, un conseil national de la transition a été mis en place puis le gouvernement. Les annonces n’ont pas manqué pour répondre à la demande de justice des victimes du régime Compaoré, au sujet de l’assassinat de Thomas Sankara et de Norbert Zongo notamment. La volonté de rupture s’est affichée avec le limogeage de certains responsables comme le directeur de la société d’électricité la SONABEL ou encore celui de celle des hydrocarbures, la SONABHY mais on peut voir cela comme des têtes jetées en pâture au peuple pour faire oublier que si la tête est partie, le cœur du pouvoir reste le même. En fait, le processus politique a été totalement court-circuité par Zida qui a réussi à s’imposer comme premier ministre alors que le chef de l’État Kafando apparaît de plus en plus comme un président-potiche qui est là pour donner une façade civile à une transition essentiellement militaire. Zida semble vouloir imiter le populisme de Sankara en jouant de son charisme et en prenant des initiatives qui peuvent lui apporter une certaine popularité, par exemple en annonçant que les entreprises nationales qui avaient été privatisées pour un franc symbolique par le clan présidentiel seraient de nouveau nationalisées. Enfin tout récemment, ce sont les partis qui avaient soutenu la réforme constitutionnelle (le CDP et l’ADF-RDA) qui ont été suspendus. Mais pour le moment, on ne sait pas pour qui « roule » Zida ? Pour le colonel Diendéré qui était le chef d’état-major particulier du régime depuis le coup d’État de 1987, qui a joué un rôle central dans le scénario de la chute de Blaise et qui n’a pas été inquiété depuis la transition à la différence du secrétaire général de l’ancien parti au pouvoir, Assimi Kouanda qui a été placé en détention ? Pour le chef de file de l’opposition au sein de la précédente assemblée, Diabré qui apparaît le mieux placé dans un scénario électoral classique, soutenu par les puissances occidentalise du fait de son capital relationnel et de son néolibéralisme affiché ? Pour les dissidents du CDP du MPP qui ont quitté le navire avant la fin du règne Compaoré ou encore pour des courants sankaristes qui tirent un bénéfice relatif de la situation — plutôt symbolique que politique — et qui sont représentés à travers des figures en vue de la transition comme l’avocat Benewende Sankara ou le journaliste Chériff Sy ? Ou tout simplement pour lui-même comme en témoigne son omniprésence — avec le cumul du poste de premier ministre et celui de la défense — qui ne peut que faire penser à un scénario à la Poutine. Face au risque évident de confiscation de la victoire populaire, les syndicats ont adopté une position circonspecte. Ils ne prennent pas part aux institutions de la transition si ce n’est à la Commission de réconciliation nationale et des réformes pour y rappeler leurs revendications sur la défense des travailleurs et la lutte contre l’impunité. Sur un plan plus politique, la position du Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV) appelant à la poursuite de l’insurrection et de mise en place d’un gouvernement révolutionnaire « ouvrier et paysan » est restée sans effet sur la réalité. Ce parti clandestin apparu en 1978 se réclamant du marxisme-léninisme albanais d’Enver Hodja a été ensuite à l’origine de la création de la CGT-B et du MBHDP à la fin des années 1980. Il a souvent été présenté comme le grand manipulateur des mouvements de contestation du régime Compaoré mais ne semble plus être en mesure de jouer le rôle d’une avant-garde qu’il continue de revendiquer. On peut cependant miser sur la conscience politique accumulée au fil des mobilisations par le peuple burkinabé qui a chassé le dictateur choyé par les puissances occidentales afin qu’il ne se laisse pas déposséder durablement de sa victoire. En attendant, la question d’une alternative politique révolutionnaire à construire pour éviter un retour à la « case départ » reste posée.

PB – Courant Alternatif n°246, janvier 2015

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La police travaille à Calais (2)

Violences policières à Calais : le Défenseur des Droits à nouveau saisi

Saisi en juin 2011 par quatre militants du mouvement No Border et 23 associations locales, nationales et internationales, sur la base d’un rapport étayé de photographies, vidéos et témoignages collectés de juin 2009 à juin 2011, le Défenseur des Droits avait rendu le 13 novembre 2012 une décision s’appuyant également sur plusieurs visites sur le terrain et une large collecte d’information, établissant la réalité des faits pour lesquels il avait été saisi.

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Turner : La Plage de Calais (1830)

Le ministre de l’intérieur de l’époque, Manuel Valls, a tout nié, en bloc et en détail. Les pratiques cautionnées, si ce n’est encouragées, par le ministre, se sont donc perpétuées. Seuls les aspects les plus spectaculaires, comme pour sauver les apparences, ont disparu, ou ne sont plus attestés que dans les endroits isolés, à l’écart de la ville. Pire, on assiste depuis le printemps 2014 à une aggravation alarmante des violences policières.

Le communiqué du 20 janvier 2015 de Human Rights Watch, basé sur un recueil de témoignages effectué en novembre et décembre 2014, vient nous le rappeler. Comme son prédécesseur, l’actuel ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, nie en bloc et en détail.

Un groupe de militant-e-s de terrain impliqués à Calais saisit donc à nouveau le Défenseur des droits, sur la base d’éléments collectés entre janvier 2012 et début 2014. Cent événements ont ainsi été documentés, certains répétitifs : des violences, des contrôles au faciès, des contrôles, fouilles et arrestations près des lieux d’activité des associations humanitaires, des refus de visite au centre de rétention administrative, des destructions de squats et de campements, des destructions d’effets personnels, des procédures détournées de leur objet.

Cent événements qui ne sont que des échantillons d’une réalité quotidienne, à l’échelle d’un territoire restreint, Calais et ses environs, et qui montrent la continuité de la politique de harcèlement des exilé-e-s à la frontière britannique.

Le dossier est constitué d’une synthèse et d’une chronologie, que nous vous adressons ci-joint, et de cent sous-dossiers contenant des photos, des vidéos, des témoignages, des articles de presse, documentant chacun des événements. Les éléments concernant le reste de l’année 2014 seront communiqués au Défenseur des Droits dès qu’ils seront compilés.

La synthèse de la saisine peut être téléchargée ici.

La chronologie qui l’accompagne peut être téléchargée ici.

La décision 2011-113 « Recommandation générale du Défenseur des droits relative à la situation des migrants dans le Calaisis » peut être téléchargée ici.

Le communiqué de Human Rights Watch peut être lu ici.

Passeurs d’hospitalités, 27 janvier 2015

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[À paraître] Sivens sans retenue

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La situation à La Borie

Ceci est un cri de colère autant qu’un appel à soutien

Voilà de nombreuses années que le site de La Borie est laissé à l’abandon par la mairie de St Jean-du-Gard, et que des personnes y vivent, s’y investissent quotidiennement pour entretenir les lieux, y organisent des évènements ouverts, utilisent et fertilisent les terres, y exercent bien des activités et savoirs-faire. Et ce sans pour autant privatiser les lieux, pour que les berges et sentiers restent accessibles à qui veut s’y ressourcer, et que certains espaces-temps soient dédiés au partage de pratiques et de savoirs, de convivialités et de solidarités.

Si ce lieu tel qu’il existe encore aujourd’hui a pu jusque là être préservé, c’est d’abord grâce aux nombreuses personnes qui, il y a 25 ans, se sont opposées fermement à la construction d’un barrage hydraulique, encore un de ces projets mégalomanes niant le vivant et n’interrogeant jamais la folie de nos consommations énergétiques. La force et la détermination de cette résistance locale a permis qu’actuellement la rivière coule encore librement entre ses berges. L’enjeu de la préservation de ces espaces à l’époque demeure aujourd’hui comme la possibilité de vivre des terres et du bâti, pour des personnes cohabitant et s’entraidant avec et par delà leurs différences de mode de vie. « Sans droit ni titre » sur le plan foncier pour la plupart, des personnes vivent encore ici dans l’esprit d’un héritage bien assumé de cette lutte contre l’appropriation financière et spéculative d’un tel espace.

Mais c’est là que le bas blesse, pour le maire de St-Jean-du-Gard, M. Ruas, qui soudain daigne tourner son regard sur la situation. Sa stratégie ? Marquer une différenciation entre les personnes qui habitent les lieux. Michel, le plus ancien des occupantEs, a été convoqué ce lundi 26 janvier par M. Ruas, qui a tenté une négociation. Il lui propose un bail, accompagné des travaux d’adduction d’eau de ville et assainissement en bonne et due forme (côté BTP M. Ruas a le bras long !). Mais Michel s’en passe bien : une eau de source jaillissant tout contre sa maison…

Que faire des autres occupants ? C’est simple : l’enlèvement d’un de leur véhicule direction la fourrière aura été la première prise de contact. C’est ce qu’il s’est passé ce même lundi 26 janvier, avec l’avertissement que ce n’est que le premier sur la liste des autres véhicules garés ici, qui sont menacés d’être emmenés à la fourrière dans les prochaines semaines. Avant de s’en prendre aux humain-e-s, on s’en prend aux moyens de locomotion, c’est un peu fourbe, non ? Fourbe est un gentil mot, bien trop gentil pour être objectif. Car il s’agit bien d’une volonté d’éradiquer les gens qui vivent ici, comme s’ils n’avaient jamais existé, comme si on pouvait les remplacer soudain par un projet valable, administrable, et sûrement à terme rentable, puisque tout doit l’être au sein d’une société où liberté et gratuité ne sont plus qu’hérésie.

Nous ne savons pas encore le sort réservé aux occupants de la troisième maison, étant absents en ce moments, mais n’ayant pour l’instant pas été convoqués non plus.

Il est urgent pour les habitants des lieux ainsi que pour toutes les personnes qui s’y organisent ou en bénéficient de renforcer nos liens et solidarités pour ne pas laisser s’opérer de telles méthodes.

Pour celles et ceux
qui souhaitent s’informer,
ou manifester leur solidarité,
Retrouvons-nous les mardis à 11 h
sur la place du marché de St jean-du-Gard

Mailing, 28 janvier 2015

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[Dijon, 28 février] Déambulation et plantation d’un verger aux Lentillères

28/02 – Déambulation et plantation d’un verger aux Lentillères !

Cinq années de lutte

Depuis cinq ans, nous occupons, cultivons, échangeons, fêtons sur les terres squattées du quartier libre des Lentillères. Aujourd’hui ce sont plus de deux hectares de terres qui ont été remis en culture entre potager collectif autogéré, parcelles cultivées entre famille et ami.e.s et ferme collective permettant aux potagistes de se réapproprier une partie de leur alimentation. Le marché hebdomadaire à prix libre, est devenu un moment privilégié de rencontres au sein du quartier tout comme les fêtes et les chantiers collectifs [Voir notre « lettre ouverte aux Dijonnais et Dijonnaises »]. En somme nous construisons là où ils veulent détruire.

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Paroles, paroles, paroles !

Lors des dernières municipales, l’actuelle majorité déclarait dans la presse prendre conscience de la situation particulière de ces terres et disait être prête à ne pas les bétonner. « Voilà, si il faut revoir le projet, on reverra le projet. » [F. Rebsamen le 28 mars 2014 à Miroir mag]. Étrangement, aucune décision claire d’abandon du projet d’écoquartier n’a encore été prise. Au contraire, la logique des politiques et urbanistes imposée d’en haut suit son cours en faisant abstraction de ce qu’il s’y vit et s’y crée. Au mois de décembre, nous avons vu débarquer un attirail d’encravattés accompagnant les derniers propriétaires dans le cadre de la procédure d’expropriation. Les pouvoirs publics continuent le rachat des terrains, alors qui y’a t-il derrières ces dernières déclarations d’intentions ?

Ceci n’est pas un écoverger !

De notre côté, on n’attend pas qu’ils reculent sur le projet pour construire nos vies et nos imaginaires sur le quartier et on ne partira pas de là.

Nous allons planter des arbres fruitiers car au delà de la dimension symbolique, créer ce verger résonne comme une installation qui dure. De la même manière que les initiatives potagères nous réaffirmons notre volonté de produire sans but marchand et pensons cette production comme une nouvelle possibilité d’échanger, d’apprendre et de lutter. Nous imaginons dès aujourd’hui, planter, tailler, greffer et faire pousser ensemble ce verger. Et, dans quelques années, goûter aux fruits des arbres « interdits », les transformer et inventer des moments festifs autour de ça.

Nous avons envie de planter une cinquantaine d’arbres, à différents endroits sur la friche, avec des espèces, des variétés et des pratiques arboricoles diverses. Ce verger s’inscrit dans la lutte du quartier des Lentillères et ne sera pas l’écoverger de leur écoquartier !

Tous et toutes à la plante-ta-manif !

Nous invitons donc à une manifestation dans le quartier, arbres et pioches en mains, le 28 février à 14h, place Wilson, pour fêter l’arrivée de ce nouveau verger. Venez avec vos greffons, boutures, arbres à fruits et une pêche d’enfer !

Aménageurs, décideurs, arrachez-vous ! Aux Lentillères, la lutte s’enracine !

Le Jardin des Maraîchers

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[Dijon] Futures Tanneries : c’est le moment de faire un don !

Brique par brique : retour sur le premier chantier collectif en vue du déménagement des Tanneries

L’été aura été placé sous le signe de la brique. En juillet nous nous sommes rendu-e-s aux festivals de l’Acipa à Notre-Dame-des-Landes, puis à Châlon dans la rue avec la cantine mobile “le couteau entre les dents” pour y cuisiner, entre autres, quelques milliers de bricks. Celles-ci étaient vendues en soutien à la construction des Tanneries 2 et au projet d’aller à Calais faire à manger gratuitement pendant 10 jours en août pour quelques centaines de migrant-e-s.

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Fin août nous, nous sommes lancé-e-s dans un chantier de fabrication de briques, en terre cette fois, ainsi que dans le tri d’une partie de nos actuels hangars en vue du déménagement des Tanneries. À l’issue de deux semaines de chantier, nous avions moulé près de 11’000 briques de terre crue destinées aux cloisons des Tanneries 2. Que ce soit avec des briques ou des cloisons en terre/paille, l’idée est d’éviter le placo et les matériaux industriels prémâchés, et de chercher du côté de techniques appropriables avec des résultats plus chaleureux et moins onéreux.

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L’épopée briques, cela a été 70 tonnes de terre, tamisées, pelletées, tractées, mêlées à du sable et de l’eau, une dizaine d’allers retour en poid lourd à la déchetterie, un gymnase de roller derby monopolisé entièrement pour l’occasion, des dizaines de personnes venues travailler sur toute la période…

Il y a eu de beaux moments, notamment avec les voisins migrants du Pôle Emploi squatté en face de chez nous, venus prêter main forte et dont pas mal étaient coutumiers de techniques diverses de fabrication de briques. Il y a eu de belles rencontres aussi avec des personnes ayant parfois parcouru des centaines de kilomètres pour mettre les mains et les pieds dans la terre. Et puis on a succombé sous les falafels, gratins et bières artisanales à gogo pour se reposer le dos. Au final, nous avons atteint l’objectif avec un chantier sûrement un peu plus exigeant et fatigant que les précédents et des hangars qui retrouvaient une fonction de production quasi industrielle. Mais cela valait la peine de se concentrer : des palettes de petits parallélépipèdes ocres prêt à l’usage sèchent aujourd’hui sagement en attendant de s’élever. Merci à tous et toutes pour ce joyeux moment et à bientôt pour les prochains chantiers Tanneries 2. Ce sera dès le déménagement, a priori prévu pour janvier, puis tout au long de l’année prochaine !

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Espace autogéré des Tanneries – mailing, 23 décembre 2014

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] La police travaille en Égypte

Human Rights Watch dénonce les violences ayant fait au moins 15 morts en Égypte

Les commémorations des quatre ans de la révolte de 2011 ont été violemment réprimées par la police samedi et dimanche.

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Des policiers à bord d’un véhicule blindé lors de la dispersion d’une manifestation contre le gouvernement, le 25 janvier dans le quartier de Matariya, au Caire.

Human Rights Watch a dénoncé lundi «l’usage excessif de la force» par la police en Égypte «contre des manifestations pacifiques», après la mort d’au moins 15 personnes la veille dans des rassemblements marquant le quatrième anniversaire de la révolte de 2011. «Quatre ans après la révolution, la police tue toujours régulièrement des manifestants», a dénoncé dans un communiqué la directrice pour le Moyen-Orient de Human Rights Watch (HRW), Sarah Leah Whiston.

Dimanche soir, l’agence Reuters avançait de son côté un bilan de 17 morts au moins : huit personnes dont un policier dans le quartier cairote de Matariya, deux policiers à un poste de contrôle proche des pyramides de Gizeh, et six autres personnes lors de différents heurts à Alexandrie, la deuxième ville du pays. À ces seize décès s’ajoutent celui de Shaïmaa al-Sabbagh, une manifestante de 34 ans d’un parti laïc de gauche, tuée samedi par un tir de chevrotine lors de heurts avec la police.

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http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/093.jpg Pour commémorer la révolution du 25 janvier 2011 en Égypte, le parti de “l’alliance populaire socialiste” avait organisé un rassemblement samedi soir, dans le centre du Caire. La police a voulu disperser la petite manifestation qui avançait dans le calme. Ils ont “tiré des gaz lacrymogènes et des tirs de chevrotine”, a expliqué un membre de la formation. Shaïmaa al-Sabbagh, 34 ans, a été touchée. Un de ses amis a couru à sa rescousse, en vain. Elle est morte peu après, comme 17 autres personnes ce jour là.

Des manifestants assurent que la jeune femme, mère d’un enfant de 5 ans, a été tuée par la police, ce que le ministère de l’Intérieur nie. Le parquet a ouvert une enquête. Le rapport médico-légal affirme que la manifestante a été «touchée dans le dos», selon HRW, qui précise que «même si les vidéos et les photos ne montrent pas quand et comment elle a été tuée, elles montrent que certains membres des forces de sécurité étaient armés de fusils».

Les abus de la police étaient déjà l’une des causes principales du soulèvement populaire de 2011 qui chassa le président Hosni Moubarak du pouvoir. Dimanche, au moins quinze civils, pour la plupart des manifestants islamistes, ont été tués lors de heurts avec les forces de sécurité, dans des rassemblements organisés par les partisans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué par l’armée en juillet 2013.

«Au moment où le président Abdel Fattah al-Sissi était à Davos pour soigner son image internationale, ses forces de sécurité avaient recours à la violence contre des Égyptiens participant à des manifestations pacifiques», assène Human Rights Watch. Sissi, élu président après avoir destitué Morsi, est régulièrement accusé d’avoir instauré un régime encore plus répressif que celui de Moubarak. Il jouit cependant d’une forte popularité auprès d’une grande partie de l’opinion publique, lassée par quatre années de troubles politiques.

Depuis l’éviction de Morsi, soldats et policiers ont tué plus de 1400 manifestants pro-Morsi, dont 700 en quelques heures au centre du Caire lorsque les forces de sécurité ont dispersé des rassemblements islamistes le 14 août 2013, «la pire tuerie de masse de l’histoire moderne de l’Égypte», estime HRW.

Publié par le savoir-faire français (Liberation.fr avec l’Agence Faut Payer, 26 janvier 2015)

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] « L’acte surréaliste le plus simple… »

Dissertation

Tout comme l’information, les humeurs populaires changent très rapidement. Alors que la mort de Rémi Fraisse en octobre 2014 avait suscité un sentiment diffus de défiance vis-à-vis de la police, les attentats de janvier ont vu des milliers de citoyens applaudir les snipers et CRS qui protégeaient leur manifestation “Je suis Charlie”.

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LIRE LA SUITE (LundiMatin, 26 janvier 2015)

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Négatif (bulletin irrégulier)

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[Prisonniers en lutte pour leur dignité] Enquête judiciaire sur les mobilisations survenues en 2012 au centre de détention de Roanne

Enquête judiciaire sur les mobilisations survenues en 2012 au centre de détention de Roanne

Fin octobre 2014, nous animateurs de l’émission anti-carcérale Papillon, diffusée sur Radio Dio à Saint-Étienne, avons été convoqués en tant que témoins par la police judiciaire de Lyon dans le cadre d’une commission rogatoire portant sur les luttes des prisonniers survenues en 2012 à Roanne.

Nous, animateurs de l’émission Papillon, souhaitons contextualiser cette enquête. Entre 2012 et 2013, de nombreuses luttes individuelles et collectives ont eu lieu dans différentes détentions, un peu partout en France. Des prisonniers témoignent, rédigent des plate-formes de revendications et des pétitions, tournent des vidéos, et pour se faire entendre, certains réussissent parfois à entrer en contact avec des journalistes et/ou à accéder à l’Internet. Ils ne dénoncent pas uniquement leurs conditions de détention : ils exigent que cessent le racket et l’exploitation subis au profit d’entreprises privées ; ils se mobilisent contre l’arbitraire et la répression de l’administration pénitentiaire, les violences des matons, le cumul des peines à l’intérieur, les régimes différenciés, les quartiers d’isolement et les mitards ; ils réclament des aménagements de peine et le rapprochement familial ; ils hurlent le manque de soin, les morts en détention. Pourtant, les médias privilégient le discours corporatiste des syndicats pénitentiaires, et rares sont ceux qui s’attachent alors aux paroles de l’intérieur pour rendre compte de ce qui se passe. Malgré une faible audience, les médias alternatifs et anti-carcéraux ont à cœur d’assurer un relais régulier de la situation des détentions pour soutenir les prisonniers, et poser le problème politique de l’enfermement et de l’existence même de la prison.

Le centre de détention de Roanne ouvre en 2009. Nous constatons très rapidement que les incidents en détention sont de plus en plus judiciarisés. Le tribunal local qui était menacé de fermeture retrouve un peu d’activité. Dommage pour les prisonniers qui voient leurs peines se cumuler. Nous tentons alors de comprendre et de faire savoir ce qu’il s’y passe, sur la base des écrits et des dires de prisonniers, ex-prisonniers et parfois de leurs proches. Certains se retrouvent en conflit larvé avec l’administration pénitentiaire, d’autres subissent des mauvais traitements de la part de surveillants, nombreux croupissent en régime fermé au D0, peu bénéficient de permissions de sortie et d’aménagements de peine, des familles sont humiliées au parloir, etc. À tel point qu’en 2012, parce qu’ils ne sont pas des chiens, des prisonniers rédigent une lettre de revendication collective et anonyme. Un peu plus tard une charge de surveillants sur des prisonniers refusant de remonter de promenade est filmée et diffusée sur l’Internet. Encore récemment, entre novembre et décembre 2014, trois prisonniers prennent le risque de monter sur un toit, pour partir de cette prison, même en transfert disciplinaire.

En 2012, ce qu’il se passe au CD de Roanne revient régulièrement sur la place publique et des actes de solidarité avec les prisonniers ont lieu à l’extérieur. Ne pouvant tolérer autant de révoltes médiatisées et soutenues, les surveillants syndiqués sont passablement énervés de ne plus avoir le monopole de la parole et de subir une dénonciation frontale. L’administration pénitentiaire doit reprendre le contrôle sur la détention et sur la circulation de l’information entre dedans et dehors. Si elle concède de menues améliorations des conditions de détention, elle orchestre surtout une répression sévère, divise les détenus et cherche des « meneurs ». Une commission rogatoire est alors ouverte afin de sanctionner une liste d’actes soi-disant commis en lien avec ces événements.

Nous animateurs de l’émission Papillon avions pour certains un proche incarcéré dans ce CD à qui nous rendions visite au parloir. Cela a pu être un prétexte pour la pénitentiaire de le désigner comme un de ces « meneurs ». Si la police judiciaire s’intéresse aujourd’hui aux activités de ses proches, amis ou contacts, elle s’intéresse également à d’autres prisonniers soutenus publiquement à cette époque, ainsi qu’aux médias l’Envolée, Rebellyon et le Numéro Zéro qui ont relayé les histoires de Roanne, et aux différentes formes d’échanges entre l’intérieur et l’extérieur.

Nous profitons de cette occasion pour adresser un message aux prisonniers qui n’acceptent pas la prison et l’enfermement. Depuis des années, certains sont en conflit avec des surveillants, portent plainte contre l’administration pénitentiaire, rédigent des plates-formes de revendications, refusent de réintégrer leurs cellules, participent à des mouvements collectifs, font des prises d’otages, etc. Vos paroles sont filtrées, censurées et rarement audibles. Vous êtes passés par les cases justice et prison, eh bien vous êtes condamnés au discrédit. Vos prises de position, vos luttes seraient scandaleuses… Vous exprimez souvent la nécessité de l’existence de médias, de collectifs anti-carcéraux et d’associations de soutien qui vous donnent la parole et brisent l’isolement. Cela dit, vous êtes les mieux placés avec vos proches pour décrire vos expériences propres du quotidien carcéral comme préalable à la critique de l’institution et du pouvoir pénitentiaire. À l’heure où l’enfermement se généralise dans un contexte économique et social toujours plus dégradé et dégradant, il nous semble essentiel de dire que ce que vous vivez nous concerne. À nous tous dehors, de nous y intéresser, d’établir et de renforcer des solidarités.

Les animateurs de l’émission Papillon, 26 janvier 2015

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] La Syrie et la tuerie de Charlie Hebdo

La Syrie, le terrorisme et la tuerie de Charlie Hebdo

À peine l’identité et le profil des deux auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo étaient-ils dévoilés, que des doigts se sont tournés vers la Syrie et son régime pour accuser Damas d’avoir travaillé en sous-main et incité les terroristes à commettre leur forfait. Ces mises en cause émanaient de Syriens situés dans différents camps de l’opposition, auxquels la résidence hors de leur pays laissait la possibilité d’exprimer le fond de leur pensée sans s’exposer à des représailles directes et immédiates. Il ne leur avait pas échappé que les assassins étaient des islamistes et ils ne mettaient pas en doute leur appartenance au groupe dont ils s’étaient revendiqués. Mais cela n’entamait en rien leur conviction.

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Le régime syrien : “Cherche le terroriste !” (caricature d’Ali Farzat)

Bien que non étayée par des preuves tangibles, cette conviction est partagée par nombre de leurs compatriotes qui savent depuis longtemps, et qui constatent chaque jour davantage depuis près de quatre ans, de quoi est capable le régime en place et jusqu’où il est prêt à aller pour conserver par devers lui le pouvoir, les ressources et les privilèges qui lui sont attachés.

Nul n’est obligé de les croire ni de faire sienne leur position. Mais on peut tout de même entendre ce qu’ils ont à dire pour étayer leur suspicion.

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Ils ne peuvent s’abstenir dans une telle circonstance de faire le rapprochement avec un autre événement heureusement moins dramatique — l’incendie de plusieurs ambassades occidentales à Damas —, provoqué près de 9 ans plus tôt jour pour jour par les caricatures du prophète Mohammed. Le paradoxe est que la Syrie, qui aimerait faire passer sa prétendue “laïcité” pour une preuve de modernité, avait alors été le seul pays arabe dans lequel les expressions de colère aient débouché sur des actes de ce type…

Or il n’a pas tardé à apparaître que cette manifestation avait été organisée et étroitement contrôlée par les services de renseignements du régime syrien. Celui-ci entendait profiter du ressentiment légitimement provoqué dans les communautés musulmanes pour adresser un message au monde en général, et à la France de Jacques Chirac en particulier.

Fin janvier 2006, la Syrie avait sommé certains pays de “sanctionner” ceux qui, en croquant le prophète ou en publiant ses caricatures, avaient porté atteinte aux sentiments religieux des musulmans. Il s’agissait des Danois — les dessins avaient été publiés en premier le 30 septembre 2005 dans le journal Jyllands-Posten —, des Norvégiens — une publication au tirage confidentiel, Magazinet, les avait repris trois mois plus tard, le 10 janvier 2006 —, et des Français — France-Soir et Charlie Hebdo devaient les publier à leur tour le 1er et le 8 février, pour montrer leur solidarité et affirmer leur droit à la libre expression.

Le 4 février 2006, répondant à un appel à manifester, des centaines de protestataires s’étaient attroupés en fin de matinée devant l’ambassade du Danemark, dans le quartier d’Abou Roummaneh à Damas. Après avoir vilipendé les auteurs des caricatures, ils avaient attaqué les lieux à coups de pierres. Ils en avaient brisé les vitres et ils y avaient mis le feu, détruisant par le fait même l’ambassade de Suède située dans le même bâtiment. Ils s’étaient déplacés ensuite vers l’ambassade de Norvège, dans le quartier de Mezzeh. Après l’avoir caillassée de loin faute de pouvoir s’en approcher, ils étaient dans la soirée devant la représentation diplomatique de la France, à Afif, dans le quartier de Jisr al-Abyad, dans laquelle ils avaient tenté de s’introduire.

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Les Damascènes ayant assisté aux évènements de cette journée n’ont pas tardé à comprendre de quoi il retournait.

• Le groupe qui avait appelé au rassemblement pour “défendre l’honneur du Prophète” était totalement inconnu. Il l’est d’ailleurs resté puisque personne n’a plus jamais entendu parler de lui. Les Syriens n’ont donc jamais su qui les avait invités, quelles étaient ses intentions et jusqu’où il entendait mener ceux qui répondraient à son appel.

• Apposées sur les murs extérieurs de mosquées, les affichettes invitant les Syriens à se regrouper devant l’ambassade du Danemark ne comportaient pas le nom de l’imprimerie où elles avaient été confectionnées. Ce “détail” n’est pas anodin. Contraire à la loi, il aurait pu suggérer une initiative sauvage d’imams radicaux. Mais, au vu du déroulement de la journée, il est finalement apparu nécessaire à ce qui s’est révélé une manipulation.

• Les quelques centaines d’hommes regroupés devant l’ambassade du Danemark n’étaient visiblement pas originaires du quartier. Les uns, acheminés des villes limitrophes de Douma et Harasta dans des bus ultérieurement attribués par la rumeur à “une société de transport de Rami Makhlouf”, ne pouvaient dissimuler, avec leurs barbes touffues et leurs “qamis mini-jupe” découvrant les mollets, leur appartenance au salafisme. Les autres avaient plutôt le look de membres des milices populaires du Parti Baath. Les derniers portaient le blouson de faux cuir ou la veste sombre censés les rendre anonymes et dissimuler leur appartenance aux moukhabarat.

• L’attroupement n’avait pu échapper ni à la police, ni aux services de renseignements, des agents de la première et des éléments des seconds étant postés en permanence devant toutes les ambassades, particulièrement nombreuses dans le quartier. S’ils ne sont pas intervenus aussitôt pour disperser la manifestation, c’est que celle-ci était “organisée” par qui de droit et que les autorités étaient prêtes à couvrir tout ce qui pourrait s’y passer. D’ailleurs, selon plusieurs témoignages, des hommes en uniforme avaient pris part aux jets de pierres, et l’équilibriste ayant escaladé la façade de l’immeuble pour en arracher et en brûler les drapeaux était membre d’un service.

• Une fois leur besogne accomplie, les manifestants s’étaient dirigés en cortège vers le quartier de Mezzeh, pour attaquer l’ambassade de Norvège. Personne n’avait tenté de les dissuader ou de se mettre en travers de leur route. Mieux encore, ils avaient pris le temps, en passant par la Place des Omeyyades, de prélever sur le chantier du passage souterrain alors en réalisation les cailloux dont ils allaient avoir besoin. Personne n’était davantage intervenu : ni les moukhabarat assurant la surveillance du siège de l’Office de la Radio et de la Télévision arabe syrienne, d’un côté de la place, ni les sentinelles postées devant le ministère de la Défense et l’État-major des armées, de l’autre côté.

• Bloqués à distance de l’ambassade de Norvège par un cordon de policiers, les protestataires n’avaient pu faire mieux que la bombarder de loin. Le jeu manquant d’intérêt, ils avaient alors répondu à une nouvelle consigne et avaient marché en direction de l’ambassade de France. Ils avaient traversé sans encombre et sans que quiconque tente de les en dissuader les quartiers particulièrement sensibles de Malki et de Rawda, où des ambassades — dont l’ambassade des États-Unis — avoisinent les bureaux de très hauts responsables, en particulier ceux de Bachar al-Assad.

• La taille du cortège parvenu devant son nouvel objectif n’avait pas sensiblement évolué. Alors que la majorité des membres de la communauté sunnite de Damas avaient été choqués par les caricatures de leur prophète, comme leur participation active au boycott des produits alimentaires danois devait le démontrer, ils s’étaient abstenus de rejoindre ce qui leur était apparu comme un OMNI, un objet marchant non identifié. Il ne s’agissait pas d’une mouzâhara, une manifestation de contestataires, puisqu’elle n’avait pas été immédiatement dispersée et ses participants arrêtés. Il ne s’agissait pas davantage d’une masîra, une marche officielle, puisque les participants à ce genre d’exercice, convoqués, acheminés et réunis souvent sous la contrainte, s’égayent dans les rues adjacentes à chaque carrefour.

• Après avoir jeté leurs dernières pierres sur l’ambassade de France et essayé d’y mettre le feu, des manifestants avaient escaladé son mur de clôture et tenté de l’envahir. Ils en avaient été refoulés non sans peine avant que, finalement alertées par le Ministère syrien des Affaires étrangères longtemps resté sourd aux appels téléphoniques de l’ambassade, les forces de l’ordre se décident à intervenir pour refouler les assaillants.

• L’interrogatoire de quelques-uns d’entre eux aurait permis de découvrir à quel service de renseignements ils appartenaient et l’identité du général, membre de la famille présidentielle, qui les avait chargés d’encadrer cette mission très particulière.

• Le lendemain, le régime avait tenté de transformer l’essai. Il tenait à s’assurer que le message des événements de la veille avait bien été compris. Il se résumait en trois phrases : les musulmans en général, et les salafistes en particulier, sont des gens dangereux et des terroristes en puissance ; le régime en place est seul en mesure de les manipuler au mieux de ses intérêts et au profit de ses amis ; mieux vaut donc entretenir avec lui, plutôt que de le boycotter, des relations mutuellement avantageuses. De nouvelles affichettes sur les portes de quelques mosquées du quartier de Chaalan avaient donc convié les “musulmans offensés” à une nouvelle manifestation, cette fois-ci uniquement dirigée contre l’ambassade de France.

• Immédiatement prévenus, les services de sécurité avaient fait du zèle. Affectant de considérer que la menace était réelle, ils avaient dépêché une telle quantité d’hommes que, vue du ciel, la rue semblait pavée de casques. Si quelques excités avaient eu l’intention de répondre à cette convocation … qui n’était pas destinée à reproduire le scénario de l’avant-veille mais uniquement à s’assurer que la leçon avait porté et que la peur avait fait son effet, ils n’auraient pu en tout état de cause s’approcher des lieux.

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Cette mascarade s’inscrivait sur un fond de tension entre la France et la Syrie, provoquée par le désaccord entre les deux pays sur le renouvellement dans ses fonctions du président Émile Lahoud, arrivé au terme de son mandat, auquel la constitution libanaise interdisait d’être à nouveau candidat.

• Le 2 septembre 2004, le Conseil de Sécurité avait adopté, à l’initiative de Paris et de Washington, la résolution 1559 qui enjoignait aux forces étrangères de quitter le Liban, réclamait la dissolution des milices et mettait en garde contre l’interférence de Damas dans les élections présidentielles à venir.

• Le 14 février 2005, Rafiq al-Hariri et une quinzaine d’autres personnes avaient trouvé la mort à Beyrouth dans un attentat à la voiture piégée.

• La France avait aussitôt suspendu tout dialogue politique avec le régime syrien, maintenant toutefois dans son intégralité son dispositif culturel.

• Contrainte et forcée, l’armée syrienne avait achevé le 26 avril 2005 un retrait humiliant de ses forces militaires du Liban, où elle avait évidemment maintenu l’ensemble de ses appareils sécuritaires et de ses réseaux.

L’opération contre Charlie Hebdo du mercredi 7 janvier 2015 s’inscrit elle aussi sur un fond de tension persistante entre la France et la Syrie.

• La menace de “mesures de rétorsion” formulée le 9 octobre 2011 par le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Moallem, n’avait pas empêché Paris d’apporter son soutien, dès le 10 octobre, au Conseil national syrien créé à Istanbul huit jours plus tôt.

• La France avait accru l’irritation des responsables syriens en décidant, le 2 mars 2012, de fermer son ambassade à Damas.

• Elle avait aggravé son cas en reconnaissant, le 13 novembre 2012, la Coalition des Forces de la Révolution et de l’Opposition syrienne, mise en place à Doha le 11 du même mois, comme “le seul représentant légitime du peuple syrien”.

• Elle avait aussi accrédité l’opposant Monzer Makhos comme “ambassadeur” de la Coalition à Paris, puis confirmé la livraison d’armes à des factions sûres de l’opposition.

• Intervenant sur France Inter, lundi 5 janvier 2015, le président de la République avait finalement “regretté que nous ne soyons pas intervenus lors de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie en août 2013″. Il avait lié l’apparition et le développement de l’État islamique à cette situation, et il avait exclu de s’allier avec Bachar al-Assad pour lutter contre l’organisation terroriste, comme le préconisent pour de bonnes et de mauvaises raisons certains détracteurs de la politique syrienne de la France.

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Certes, encore une fois, les Syriens qui imputent l’assassinat des caricaturistes de Charlie Hebdo au régime en place dans leur pays, sont dans l’incapacité d’en présenter la moindre preuve. Mais ils font valoir que les services de leur pays ont pour habitude de menacer, en se dissimulant derrière des créatures à leur solde, les individus, les organisations, voire les États avec lesquels ils sont en désaccord. Dès le début du soulèvement populaire, ils ont multiplié les avertissements en direction des pays occidentaux qui apporteraient leur soutien aux révolutionnaires.

Parmi ces créatures, ils mentionnent le Mufti général de la République, le cheykh Ahmed Badreddin Hassoun. Dès le mois d’octobre 2011, il menaçait les États-Unis et l’Europe d’opérations suicide sur leur sol, ce qui détonne de la part d’un responsable dit “religieux”, et, quelques jours avant l’attaque contre Charlie Hebdo, il avait affirmé que des cellules dormantes étaient en place dans toute l’Europe et passeraient à l’action si l’Occident s’en prenait au régime syrien. Or, selon un observateur averti , “de tels propos, pour qui connaît la nature du système en place, ne peuvent être tenus sans l’aval des services de sécurité ou sans avoir été inspirés par eux”.

Ils font valoir par ailleurs que, sous le règne de Hafez comme sous celui de Bachar al-Assad, ces mêmes services n’ont jamais hésité à passer à l’acte, en se dissimulant évidemment derrière des proxys ou en manipulant des groupes terroristes. Ils ont ainsi commandité des attentats dans plusieurs pays occidentaux … dont la France. Ils ont fait procéder un peu partout à l’élimination de ceux qui se mettaient en travers des intérêts ou des projets de leur pays. Et ils citent à l’appui de leur affirmation le florilège suivant :

• la tentative d’assassinat du politicien libanais Raymond Eddé (1976),
• l’assassinat du leader libanais Kamel Jounblatt (1977),
• celui du président du syndicat des journalistes libanais Riyad Taha (1980),
• ceux des Libanais Selim al-Louzi, Mousa Chouaïb, Ali al-Zin et Adnan Sinno,
• l’enlèvement d’un attaché de l’ambassade de Tunisie à Beyrouth Farah Belabdi,
• l’assassinat du Mufti de la République libanaise Hasan Khaled (1989),
• la tentative d’assassinat du Premier ministre jordanien Mudar Badran,
• la tentative d’attentat contre un appareil de la compagnie israélienne El Al au départ de Londres (1986),
• l’assassinat à Paris de l’un des fondateurs du Parti Baath Saleh Bitar (1980),
• l’attentat contre le siège parisien de la revue Al-Watan al-Arabi (1982),
• la préparation d’un attentat à l’explosif contre une association de la société civile au Koweït (1980),
• le plasticage d’un restaurant syrien de Doubaï (1981),
• l’assassinat en Allemagne de Binan Ali al-Tantawi, femme de l’ancien Contrôleur des Frères Musulmans syriens Isam al-Attar (1981),
• l’envoi d’armes à des cellules terroristes en Turquie (1981),
• la liquidation d’un étudiant syrien en Yougoslavie (1981),
• celle d’un prédicateur musulman en Espagne (1981)…

Ils rappellent qu’une série d’attentats s’est déroulée au Liban depuis l’accession au pouvoir de Bachar al-Assad, et que, avant et après l’assassinat de Rafiq al-Hariri, elle a tué ou blessé une douzaine d’intellectuels de renom et de militants politiques : Samir Kassir, Georges Hawi, Gebran Tueni, Pierre Gemayel, Walid Eïdo, Marwan Hamadeh, Elias Murr, May Chidiac… Tous étaient connus pour leur opposition résolue à la présence et à l’intervention de la Syrie dans les affaires de leur pays.

Ils ne manquent pas d’avantage d’exemples s’agissant de la manipulation des groupes terroristes islamistes, mais ils se contentent, dans ce cadre, de renvoyer aux propos tenus par le général Ali Mamlouk, directeur général des Renseignements généraux, devant un haut responsable américain en visite à Damas. Pour convaincre son interlocuteur de l’intérêt des États-Unis et des autres États occidentaux à coopérer avec son pays dans la lutte contre les organisations terroristes, il avait expliqué que les moukhabarat ne cherchaient ni à attaquer immédiatement les groupes qu’ils repéraient, ni à tuer leurs membres. Au contraire, ils les infiltraient, ils les accompagnaient, et ils ne se retournaient contre eux qu’au moment opportun … après les avoir utilisés, comme le Fath al-Islam de Chaker al-Absi pour les groupes armés, ou comme le cheykh alépin Abou al-Qaaqaa, pour les individus.

===

Nul n’est obligé d’entendre ce que disent ces Syriens.

Mais nul ne peut nier que ces éléments, qui sont loin d’épuiser le sujet, méritent d’être gardés en tête dans les circonstances présentes.

Ignace Leverrier, blog du Monde.fr Un œil sur la Syrie, 14 janvier 2015

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] À qui profite Facebook ?

Apologie du terrorisme : leurs « amis » Facebook ont prévenu la police

M. M., 21 ans, habite Courtalain (Eure-et-Loir), 625 habitants, et vient d’être condamné à dix-huit mois de prison, dont douze ferme, pour apologie d’acte de terrorisme. « Ça m’a mis dans la merde », lâche-t-il au téléphone. Dans le petit village, tout le monde se connaît et la décision de justice s’est ébruitée aussi sec.

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« Le regard des gens, on le ressent sur nous », raconte-t-il. Alors qu’il faisait une course avec sa copine, un homme l’a fixé jusqu’à ce qu’il quitte le parking. Les gens se retournent, regardent par sa fenêtre. Il vient de terminer un CDD de six mois dans le bâtiment et son patron ne préfère pas le reprendre.

« Ça m’a catalogué terroriste. »

Après les attentats du début du mois, M. M. a publié sur sa page Facebook une vidéo de décapitation qu’un de ses amis avait partagée depuis la Syrie (« Pour pratiquer sa religion, et non pour faire le djihad »).

Il a aussi commenté une publication apparue sur son fil d’actualité (il ne se souvient plus comment) : « Un coup de crayon et un coup de kalach, c’est la même chose. » Alors, quelqu’un avec qui il était « ami » sur Facebook s’est déplacé à la gendarmerie.

« C’est ma sœur qui a porté plainte [qui a prévenu la police, ndlr]. »

Un gros différend familial

L’homme est confus quand il explique qu’il voulait faire apparaître le décalage entre les réactions à l’attentat de Charlie Hebdo et les réactions à ce qui se déroule en Syrie. « Je ne voulais pas faire l’apologie du terrorisme », assure-t-il. « Je ne dis pas que c’était bien fait pour eux. »

À la barre du tribunal correctionnel de Chartres, le 15 janvier dernier, il a regretté.

« J’aurais dû réfléchir avant. »

Depuis, M. M. a supprimé son compte Facebook. « Je ne compte pas m’en recréer un de sitôt », ajoute-t-il avec empressement.

« Si c’est pour être surveillé, mieux vaut communiquer avec mes vrais amis par téléphone. »

Le jeune homme et sa sœur ont un gros différend familial. Lui n’explique pas son geste : « Elle aurait pu me venir me parler. »

Signalés à la police plutôt qu’à Facebook

Depuis les 7, 8 et 9 janvier, la liste des condamnations pour apologie d’actes de terrorisme s’allonge. Elles varient fortement d’un tribunal à l’autre. Quand le message est relayé sur Internet, via les réseaux sociaux par exemple, la peine encourue est plus lourde : jusqu’à sept ans de prison et 100’000 euros d’amende.

Ces affaires soulèvent une question gênante : quand il s’agit de Facebook, où la frontière entre vie publique et vie privée est ambiguë, comment les publications sont-elles signalées ?

Un bouton permet de rapporter les posts faisant « l’apologie de la violence », sur Facebook. Ces signalements sont traités dans les 72 heures, les cas d’apologie au terrorisme étant examinés en priorité par un modérateur et retirés dans la foulée, si la publication enfreint la loi locale.

Dans certains cas, et ce n’est pas systématique, Facebook en informe directement les autorités judiciaires. « Lorsque la situation l’exige », précise un porte-parole de la firme américaine qui, « pour raison de sécurité », ne veut donner aucun détail.

Le réseau social collabore avec la justice : il peut supprimer sur demande et après examen toute publication mais aussi communiquer des informations sur ses utilisateurs.

Mais dans la plupart des affaires jugées ou en cours pour apologie du terrorisme, ce n’est pas Facebook qui a contacté la police. Plutôt les utilisateurs eux-mêmes.

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Principaux services de lutte antiterroriste selon leur mission

Sur les murs des amis de nos amis

Pour ce Valettois de 27 ans, condamné en comparution immédiate à un an de prison dont trois mois ferme pour apologie du terrorisme par le tribunal correctionnel de Toulon (Var), c’est l’ami d’un de ses 157 amis Facebook qui a prévenu la police, en joignant des captures d’écran.

Lui avait publié des photos de djihadistes sur son compte. « On a bien tapé, mettez la djellaba, on ne va pas se rendre, il y a d’autres frères à Marseille », écrivait-il, laissant sous-entendre qu’un autre attentat allait se produire.

Parce que ses publications étaient visibles par ses amis et leurs amis, elles sont apparues sur le mur Facebook d’un tiers, qui a contacté les autorités. « Je ne critique pas la personne qui a eu ce geste citoyen », balaie l’avocat du jeune homme, Me Arnaud Lucien.

« Sorti de son contexte, on pouvait le croire. »

« Une forme d’humour sans talent, absurde et abjecte », dit-il encore pour qualifier les propos de son client.

« On n’a pas affaire à un dangereux terroriste mais à un jeune homme un peu fragile qui pensait faire une mauvaise blague à ses copains. Il a voulu se rendre intéressant d’une mauvaise manière, sans se rendre compte de la portée des réseaux sociaux. »

Me Arnaud Lucien ne l’a pas évoqué dans sa plaidoirie mais avec un compte de 157 amis, « on est à la frontière de la communication privée ».

« J’ai plaidé la stupidité »

Le commissariat de Castres (Tarn) a reçu plusieurs appels la semaine dernière de personnes signalant des commentaires Facebook. Deux internautes, amis sur le réseau social, ont été poursuivis :

• le premier, âgé de 24 ans, a été condamné devant le tribunal correctionnel à cinq mois de prison ferme pour apologie d’un acte terroriste. Il avait écrit, en commentaire d’un statut, que l’attentat à Charlie Hebdo était un « jour de fête » et sur son mur, avait partagé la vidéo de la mort du policier Ahmed Merabet, accompagnée d’un commentaire ironique.

« J’ai plaidé la stupidité », rapporte son avocat, Bertrand Tomasini.

« Il n’a pas le profil d’une personne en train de se radicaliser. »

• Le second, mineur et auteur de la première publication commentée, est convoqué le 20 février devant le tribunal pour enfants à Castres.

Surveillance mutuelle ou « sousveillance »

Sans juger du fond de ces affaires, ces histoires soulèvent deux aspects des réseaux sociaux.

La limite entre vie privée et vie publique, s’il fallait le rappeler, est souvent floue et mal maîtrisée par ceux qui les utilisent.

Et si ces réseaux sont accusés d’être des lieux propices à la radicalisation (à cause des algorithmes), ce sont avant tout des lieux de surveillance mutuelle. Depuis décembre dernier, les internautes sont d’ailleurs incités à signaler des comportements illicites sur Internet sur la plateforme Pharos.

Dans Voir et pouvoir. Qui nous surveille ? (éd. Le Pommier, 2009), Jean-Gabriel Ganascia proposait de donner un nom à ce nouveau phénomène : la « sousveillance ». Non plus une surveillance exercée depuis le haut par une puissance désincarnée et invisible, mais une observation et un contrôle de tout le monde par tout le monde. Nous y sommes.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Émilie Brouze, Rue89, 23 janvier 2015)

 

« Notre société a produit ce qu’elle rejette aujourd’hui comme une monstruosité infâme »

Après le temps de la sidération, le temps de la communion et le temps du recueillement autour des victimes des assassinats des 7, 8 et 9 janvier, devra venir le temps de la réflexion sur ces événements tragiques. Or l’émotion légitime et l’apparent consensus qui en a résulté tendent à délimiter l’espace du pensable et a fortiori du dicible. Un périmètre de sécurité idéologique impose ce qu’il est acceptable d’interroger et ce qui ne saurait l’être.

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Les députés observent une minute de silence en hommage aux victimes des attentats avant le discours du premier ministre Manuel Valls sur la poursuite de l’engagement des forces armées françaises en Irak, le 13 janvier 2015

Condamner est nécessaire, analyser devient suspect. « Il y en a assez de toujours essayer de comprendre. À force de trop vouloir expliquer, nous avons fait preuve de complaisance depuis trop longtemps », me disait une personnalité de gauche connue pour ses engagements citoyens. Comprendre, ce serait déjà justifier. Ne plus comprendre, donc : se contenter de juger. Non seulement les tueurs, mais aussi les lycéens de Seine-Saint-Denis qui ne veulent pas respecter la minute de silence, les musulmans qui refusent de dire qu’ils sont Charlie, les personnes qui n’ont pas manifesté le 11 janvier, les collectivités qui offrent la possibilité de repas hallal dans les cantines des écoles – et les chercheurs qui essaient, justement, de comprendre.

« Excuses sociologiques »

On devine en effet le danger qu’il y aurait à tenter d’expliquer : ce serait s’exposer au risque de découvrir en quoi notre société a produit ce qu’elle rejette aujourd’hui comme une monstruosité infâme. Les causes sociales n’ont certes jamais eu bonne presse dans la pensée libérale, pour laquelle le sujet est le seul responsable de ses actes, mais elles ont longtemps nourri la réflexion socialiste, du moins jusqu’à ce qu’un Premier ministre les assimile à des « excuses sociologiques ».

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TÉLÉCHARGER LE TRACT

Exeunt les causes sociales – et avec elles tous les travaux de sciences sociales qui s’efforcent de les analyser. Ne restent que des individus, démonisés et pathologisés, dont un commentateur décrit les « tares morales », incluant dans un même diagnostic les meurtriers et tous ceux qui leur ressemblent par leurs caractéristiques sociales, ethniques et religieuses supposées : les « jeunes de banlieue ». Prenons pourtant le risque d’éclairer l’expérience qu’ont ces derniers de notre société tant célébrée pour sa défense des valeurs républicaines.

Vivant dans des quartiers fortement ségrégués dans lesquels les taux de chômage et de précarité sont particulièrement élevés, ils prennent très tôt l’habitude de la stigmatisation et des discriminations. En guise d’éducation civique, leurs parents leur enseignent qu’ils doivent subir sans broncher les provocations des policiers lorsqu’ils sont soumis à des contrôles d’identité en raison de leur apparence. Quand ils recherchent un emploi, ils observent que, quelque diplômés qu’ils soient, leur couleur et leur patronyme érigent des obstacles difficilement franchissables, et quand ils sont en quête d’un logement, ils constatent que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Prier dans des lieux indignes

Les informations glanées dans les médias leur apportent quotidiennement leur lot de commentaires racistes, xénophobes et islamophobes de la part de responsables politiques, solennellement réprouvés par les autorités qui ajoutent néanmoins que ces formules extrêmes sont « de mauvaises réponses à de bonnes questions ».

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TÉLÉCHARGER LE TRACT

S’ils sont musulmans, ils prient dans des sous-sols ou des préfabriqués, faute d’avoir obtenu une autorisation pour construire un lieu de culte digne, et bénéficient de jours fériés à Noël et à Pâques, pour le jeudi de l’Ascension et le lundi de Pentecôte, pour l’Assomption de la Vierge et la Toussaint, tandis qu’on les rappelle à l’ordre de la laïcité s’ils viennent à manquer l’école ou le travail le jour de l’Aïd.

À l’occasion, ils découvrent que, dans les prisons irakiennes et afghanes, des GIs urinent sur les corans des détenus pour les humilier ; ils constatent que la persécution des chrétiens par l’État islamique suscite bien plus de réprobation internationale que la torture des musulmans par l’armée des États-Unis ; ils apprennent que, dans les territoires palestiniens, une opération militaire soutenue par le gouvernement de la France fait des milliers de victimes parmi la population civile et que les manifestations de protestation contre ces bombardements sont interdites par le ministère de l’Intérieur.

Fait remarquable au regard de ces circonstances, dans leur très grande majorité, tous ces jeunes se taisent pourtant ; ils essaient de s’en sortir ; ils apprécient les efforts méritoires de professionnels et d’associations qui s’efforcent de les y aider ; et comme leurs parents avant eux, ils espèrent que leurs enfants auront plus de chance. En somme, ils respectent un pacte républicain et une promesse démocratique que la société n’honore guère à leur égard. Et lorsqu’un hebdomadaire satirique tourne en dérision ce qu’ils ont de plus sacré et qu’ils se sentent insultés au nom de ce qu’on leur dit être la liberté d’expression, ils détournent simplement le regard.

Prédicateurs illuminés ou cyniques

Cependant, quelques-uns parmi eux entrent dans la délinquance ou la criminalité, voire, au contact de prédicateurs illuminés ou cyniques, basculent dans la radicalité religieuse et la violence meurtrière, quand d’autres, peut-être tentés de les suivre, vivent par procuration ces carrières de révolte dans lesquelles ils n’entrent heureusement jamais.

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Alors, se réclamant de valeurs dont ils oublient qu’eux-mêmes les appliquent sélectivement tandis qu’elles sont reconnues par la plupart des musulmans, celles et ceux qui considèrent qu’il serait dangereux de comprendre s’indignent. Contrairement à ce collectif d’enseignants et de citoyens qui déclare lucidement que « nos enfants ont tué nos frères », eux pensent qu’analyser serait risquer de dévoiler un passé problématique, un présent difficile et un futur compromis – risquer de devoir reconnaître une responsabilité dans une tragédie qui meurtrit mais rassemble. Décidément, mieux vaut juger, c’est-à-dire condamner – à l’opprobre, à la prison, au silence, peu importe pourvu que ce soit dans la conscience du devoir accompli.

« Nous sommes un peuple », titre avec enthousiasme un quotidien au lendemain de la manifestation du 11 janvier. Et tous ceux qui savent qu’ils n’en sont pas, de ce peuple, qu’ils n’y sont pas les bienvenus, tolérés tout au plus, continuent de se taire. Ils voient se mettre en place une protection policière aux abords des synagogues mais non des mosquées où profanations et agressions se multiplient. Ils regardent le président de la République aller prier aux côtés du chef de cet État israélien auquel il avait naguère déclaré son « amour » et se demandent quand il en fera de même dans un de leurs lieux de culte. Ils entendent le Premier ministre affirmer, dans un bel élan de solidarité : « Sans les Juifs de France, la France n’est plus la France ». Et, sans guère d’illusion, ils rêvent du jour où un chef de gouvernement français oserait prononcer ces mots : « Sans les musulmans de France, la France n’est plus la France ».

Didier Fassin, professeur de sciences sociales à l’Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey) – LeMonde.fr, 15 janvier 2015

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Une vidéo d’appel pour la semaine de résistances, du 16 au 22 février à Nantes

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VOIR LA VIDÉO

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La police travaille à Calais

Violences policières à Calais : Human Rights Watch condamne

L’ONG internationale Human Rights Watch, après une mission d’enquête à Calais, vient de publier un communiqué de presse et une vidéo sur la situation générale des exilés et en particulier sur les violences policières, dont elle met à nouveau en lumière le niveau alarmant, y compris contre les enfants.

Le préfet et le ministère l’intérieur répondent, comme ils le font depuis des années, qu’ils ne sont au courant de rien.

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VOIR LA VIDÉO

Voici le texte du communiqué :

“France : Les migrants et les demandeurs d’asile victimes de violence et démunis
Il faut enquêter sur les allégations de mauvais traitements par la police à Calais et fournir un abri à tous

(Paris, le 20 janvier 2015) – Les demandeurs d’asile et migrants vivant dans le dénuement dans la ville portuaire de Calais sont victimes de harcèlement et d’exactions de la part de la police française, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les abus décrits à Human Rights Watch comprennent des passages à tabac et des attaques au gaz lacrymogène alors que les migrants et demandeurs d’asile marchaient dans la rue ou se cachaient dans des camions dans l’espoir de se rendre au Royaume-Uni.

Plusieurs milliers de demandeurs d’asile et migrants, la plupart en provenance du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie, vivent dans des camps de fortune ou dans les rues de Calais. Certains ont affirmé que leur traitement par la police, le manque de logements pour les demandeurs d’asile et les retards dans le traitement des demandes d’asile les avait dissuadés de demander l’asile en France.

« Les demandeurs d’asile et les migrants ne devraient pas être victimes de violences policières en France et aucun demandeur d’asile ne devrait être condamné à vivre dans la rue », a déclaré Izza Leghtas, chercheuse de la division Europe de l’Ouest à Human Rights Watch. « Offrir des conditions d’accueil adéquates et un traitement humain aux demandeurs d’asile n’est pas seulement une question de respect des obligations légales, c’est également ce qu’il y a lieu de faire pour mettre fin à la situation dans laquelle se trouvent de nombreux demandeurs d’asile à Calais. »

En novembre et décembre 2014, Human Rights Watch s’est entretenu avec 44 demandeurs d’asile et migrants à Calais, dont trois enfants. La plupart des entretiens ont été menés en groupes. Les migrants et les demandeurs d’asile ont décrit ce qui semble être des exactions de routine par des policiers alors qu’ils tentaient de se cacher dans des camions ou alors qu’ils marchaient dans la ville.

Dix-neuf personnes, dont deux des enfants, ont déclaré que la police les avait maltraitées au moins une fois, notamment par le biais de passages à tabac. Huit ont eu des membres fracturés ou d’autres blessures visibles, qui, selon leurs dires, ont été causées par la police à Calais et dans les environs. Vingt et un, dont deux enfants, ont confié que la police les avait aspergés de gaz lacrymogène.

En novembre 2014, le directeur départemental de  sécurité publique, s’adressant aux journalistes, a nié les allégations de mauvais traitements. Dans une réunion avec Human Rights Watch le 16 décembre 2014, des conseillers membres du cabinet du ministre de l’Intérieur ont assuré qu’ils n’étaient pas au courant de cas de violences policières contre les migrants et demandeurs d’asile à Calais, mais qu’ils mèneraient des enquêtes si les allégations étaient fondées sur des « faits précis ». Le 14 janvier 2015, le préfet du département du Pas-de-Calais a nié tout usage injustifié de la force par la police à l’encontre des migrants à Calais.

La France est confrontée à une crise de l’hébergement pour les demandeurs d’asile. Actuellement, seulement un tiers des personnes qui demandent l’asile en France sont logées dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). En décembre 2013, 15’000 demandeurs d’asile étaient sur une liste d’attente pour obtenir une place dans un centre d’accueil. Le temps d’attente était de 12 mois en moyenne. Un projet de loi devant le Parlement vise à accélérer les procédures d’asile et à augmenter les hébergements disponibles dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile dans tout le pays.

Bien qu’il y ait eu des demandeurs d’asile et des migrants à Calais depuis plus d’une décennie, en raison de sa proximité avec le Royaume-Uni par train et par bateau, leur nombre a fortement augmenté depuis le printemps 2014. Le 14 janvier 2015, Denis Robin, préfet du Pas-de-Calais a déclaré à Human Rights Watch qu’il y avait environ 2 300 demandeurs d’asile et migrants dans la région de Calais. À la mi-décembre 2014, des organisations non gouvernementales locales ont estimé que 200 femmes et jeunes enfants vivaient dans des campements et que 50 femmes et jeunes enfants se trouvaient dans un centre géré par une organisation locale.

La plupart des migrants et des demandeurs d’asile à Calais n’ont pas d’abri contre le froid et la pluie, pas d’accès à des installations sanitaires et un accès très limité à l’eau courante. Un grand nombre d’entre eux dépendent de la nourriture fournie par des organisations de solidarité et des bénévoles locaux.

Pourtant, la réponse du gouvernement français aux mauvaises conditions de vie à Calais a été insuffisante et lente. Le ministre de l’Intérieur avait annoncé en novembre qu’un centre d’accueil de jour serait mis à disposition pour fournir des douches, des repas ainsi qu’une assistance juridique à 1 500 demandeurs d’asile et migrants à partir de janvier 2015. Mais le 15 janvier 2015, seuls des services limités étaient disponibles sur le site jusqu’en avril 2015. D’après l’association Vie Active qui gère le centre, l’hébergement de nuit ne serait disponible qu’en mars 2015 et ne concernera que 100 femmes et jeunes enfants.

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Turner : La Plage de Calais (1830)

Le gouvernement finance une autre association, Solid’R, pour gérer un hangar à Calais dans lequel des migrants peuvent dormir la nuit, dont l’ouverture est obligatoire lorsque la température ressentie est de moins cinq degrés Celsius ou inférieure. Les autorités ont la latitude de le laisser ouvert même lorsque la température est au-dessus des moins cinq degrés ressentis. Ce hangar a ouvert le 26 décembre 2014 et a été fermé le 2 janvier 2015, puis a ouvert à nouveau le 14 janvier 2015 du fait de vents violents dans la région. Le 5 janvier 2015, l’association qui gère ce hangar a informé Human Rights Watch que sa capacité maximale était de 500 places, soit un tiers des 1 500 places promises par le gouvernement. M. Denis Robin a informé Human Rights Watch que, si nécessaire, la capacité du hangar pourrait être augmentée pour atteindre les1 500 places promises par le gouvernement, mais que des travaux de rénovation seraient nécessaires. Une installation similaire était disponible les années précédentes, mais avec une capacité limitée à 120 places.

Des officiels ont informé Human Rights Watch en décembre 2014 et janvier 2015 que des mesures avaient été prises pour inscrire et traiter les demandes d’asile rapidement. Ils ont déclaré que le nombre de demandes d’asile avait fortement augmenté en 2014. Ils ont également affirmé que 422 places dans des centres d’accueil avaient été proposées a des demandeurs d’asiles venant de Calais, et que 500 places additionnelles allaient été mises à disposition dans des centres d’accueil en dehors de Calais pour accueillir les personnes qui demandent l’asile à Calais, bien que l’on ignore comment ces places seront attribuées et quand elles seront toutes disponibles.

Bien que ces mesures constituent une amélioration, la situation demeure éprouvante pour de nombreux migrants et demandeurs d’asile et les nouvelles installations sont rudimentaires. Le gouvernement français doit intensifier ses efforts pour faire en sorte que tous les demandeurs d’asile – y compris ceux qui sont couverts par le Règlement Dublin – soient logés sans délai comme l’exige la législation européenne, selon Human Rights Watch. Le gouvernement devrait envisager de rendre l’abri d’urgence disponible indépendamment de la température ressentie et s’assurer qu’il y ait suffisamment de places pour tous les migrants sans papiers qui dorment dehors.

Le gouvernement français devrait également enquêter immédiatement sur les témoignages de violence policière à l’encontre des demandeurs d’asile et des migrants à Calais et garantir que toute personne reconnue responsable de tels actes soit amenée à rendre des comptes. Le gouvernement devrait fournir des directives claires aux policiers spécifiant l’interdiction de l’utilisation injustifiée et disproportionnée de la force, notamment des gaz lacrymogènes.

« Le gouvernement français devrait mettre un terme à toute violence policière et honorer son engagement à fournir rapidement un logement aux demandeurs d’asile », a conclu Izza Leghtas. « Une solution durable à la crise à Calais est attendue depuis longtemps. »”

Passeurs d’hospitalités, 20 janvier 2015

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] Aux armes etcetera

Opération à Comines : les armes des attentats de Paris seraient liées à un habitué de l’extrême-droite flamande

Mardi soir, une opération policière d’envergure menée à Comines visait à fouiller le domicile de Claude Hermant, figure notoire de l’extrême droite radicale française. Ce trafic d’armes aurait un lien avec les actes terroristes qui ont secoué la France en ce début d’année, porte de Vincennes, dans le magasin Hyper Cacher. Entre les mains de Coulibaly, des armes de guerre fournies par un radical installé chez nous, en Belgique.

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Le domicile cominois de Claude Hermant a été ciblé par les autorités car il était suspecté d’être une cache d’armes. Si l’opération n’a pas permis de mettre la main sur les armes recherchées, plusieurs « documents pouvant intéresser l’enquête » ont été saisis.

Selon certains riverains, évacués parmi les derniers, il s’agirait de deux gilets pare-balles et de 4 caisses en carton au contenu toujours inconnu.

Le trafic d’armes organisé par Claude Hermant concernerait principalement des armes démilitarisées importées de Tchéquie. Notamment de puissants fusils-mitrailleurs de type « Skorpion ».

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Éric Ciotti travaille.

Selon de nouvelles informations fournies par nos confrères de la Voix du Nord, certaines armes de ce trafic auraient servi aux actes terroristes survenus à Paris entre le 7 et le 9 janvier. La police judiciaire de Lille se penche sérieusement sur l’affaire de la prise d’otage dans l’Hyper Cacher. Les armes en possession de Coulibaly pourraient provenir des stocks de Claude Hermant.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (NordEclair.be, 23 janvier 2015)

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Nouvelle fuite de tritium à Bugey

Communiqué de presse de Sortir du nucléaire Bugey suite à la nouvelle fuite de tritium à Bugey et l’annonce de la prolongation de Bugey 5 jusqu’en 2022

Un communiqué du CNPE (en date du 9 janvier) révèle l’existence d’une nouvelle fuite de tritium dans les eaux souterraines du site de Bugey.

Nouvelle fuite ?… Oui, car, déjà, fin 2012, début 2013 la centrale avait « laissé échapper » des quantités très importantes de cette forme d’hydrogène radioactif.

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, la centrale nucléaire du Bugey ne serait pas fiable et laisserait fuir des éléments radioactifs en quantité ?

Dans la communication du CNPE, on peut lire que le tritium « présente une très faible énergie et une très faible toxicité́ pour l’homme et l’environnement ».

Or, le tritium, qui est un élément gazeux ou liquide, est très difficilement confinable ; il traverse les métaux et le béton. L’industrie nucléaire a longtemps considéré cet élément radioactif — et continue de le présenter — comme inoffensif, mais des études récentes montrent que la toxicité du tritium a largement été sous-évaluée, notamment quand il est absorbé par l’organisme. Il pénètre alors dans l’ADN des cellules.

Ce n’est effectivement pas la première fuite de tritium à la centrale du Bugey, une affaire juridique est en cours pour la fuite survenue en 2012.

Le 15 octobre 2012, l’exploitant de la centrale nucléaire du Bugey avait déclaré à l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) un événement ayant des conséquences  pour l’environnement, relatif à une évolution très anormale de la teneur en tritium dans les eaux souterraines au droit du site. Il est à rappeler que la centrale se situe en amont de Lyon.

Le 22 février 2013, le Réseau “Sortir du nucléaire” a déposé une plainte pour pollution des eaux. Le Parquet de Bourg-en-Bresse a décidé d’engager des poursuites. L’affaire sera audiencée très prochainement.

Alors que l’ASN vient de prendre sa décision d’autoriser la prolongation du réacteur n° 5 jusqu’en 2022 [Ce réacteur n°5 est reconnu par cette même ASN comme … fuyard ! Il devra ainsi être soumis à de nouveaux tests d’étanchéité avant fin 2016 ! Mais, cela ne pose apparemment aucun problème : l’ASN autorise le fonctionnement d’un réacteur qui fuit… En 2022, il aura 43 ans, si tout va bien jusqu’à là…], nous apprenons l’existence de cette nouvelle fuite de tritium. De toute évidence, cette installation nucléaire, qui a largement dépassé son temps initial de fonctionnement, est de plus en plus vétuste, et présente des signes très inquiétants en termes de sécurité et de santé publiques. Mais EDF s’acharne à maintenir coûte que coûte en activité cette installation alors que des signaux très alarmants se multiplient depuis des mois… Faut-il réellement attendre une véritable catastrophe pour réagir ?… NON, la centrale du Bugey n’est NI propre, NI fiable.

SDN Bugey réclame et exige l’arrêt de Bugey qui, en plus d’être un gouffre financier, représente un véritable danger pour les populations et les travailleurs.

Mailing, 20 janvier 2015

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[Toulouse, 23-24-25 janvier] Festival de la Caisse antirep de la CREA Vol.2

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] Grigny, 8 mai 2007

Prison avec sursis pour un policier ayant tiré à balles réelles vers des émeutiers à Grigny

Près de huit ans après les faits, un policier de l’Essonne a été condamné, vendredi 16 janvier, à trois mois de prison avec sursis pour avoir fait croire qu’il n’avait tiré avec son arme qu’à trois reprises, au lieu de six, lors de violences urbaines dans le quartier de la Grande Borne, à Grigny, en 2007. La cour d’appel de Paris l’a déclaré coupable du délit de « modification de l’état d’un crime ou d’un délit ». Sa condamnation ne sera pas inscrite à son casier judiciaire.

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Vers 22h20, le 8 mai 2007, trente à quarante jeunes gens attaquent avec des pierres et des cocktails Molotov des policiers venus surveiller le tournage d’un clip vidéo. L’affrontement est qualifié de « particulièrement dur » par les forces de l’ordre, rapidement débordées. Celles-ci tirent avec leurs Flash-Ball et utilisent des grenades lacrymogènes. Sans effet. « Nos munitions n’avaient aucune conséquence sur la détermination de nos assaillants », raconte le chef de la brigade anticriminalité (BAC) devant les enquêteurs de l’inspection générale de la police nationale (IGPN).

SIX COUPS DE FEU

La vingtaine de policiers est obligée de se replier dans une station-service un peu plus loin. Les violences se poursuivent. Sur des images de la vidéosurveillance, on voit notamment un individu en train de saisir le pistolet d’une pompe à essence puis tenter de l’allumer avec un briquet — sans y parvenir. Dans la panique, selon le récit donné par les forces de l’ordre, un des policiers tombe. Un émeutier qui se trouve à une dizaine de mètres le voit et se prépare à lancer un cocktail Molotov.

Le brigadier-chef [Yanneck Pageaud], fait alors feu avec son arme de service pour protéger son collègue. À trois reprises, assure-t-il. Le jeune homme, âgé de 17 ans, est touché au bras, mais il parvient à s’enfuir. Interpellé à l’hôpital peu après, il reconnaît, après seize heures de garde à vue, avoir lancé un cocktail Molotov éteint sur les policiers alors qu’il se trouvait à une cinquantaine de mètres. La justice décide de l’écrouer et ouvre une information judiciaire pour tentative de meurtre.

Mais l’enquête menée par l’inspection générale de la police nationale révèle finalement que six coups de feu ont été tirés par le policier. Trois caméras de vidéosurveillance ont également démenti la version des policiers. Confronté aux découvertes sur le nombre de tirs, le brigadier-chef de la BAC revient sur ses déclarations.

MENSONGE DU POLICIER

Devant l’IGPN, il reconnaît avoir utilisé dans la « panique » les six cartouches de son revolver Manhurin. Il avoue aussi s’être débarrassé de trois douilles « dans une bouche d’égout ou dans un terrain vague » pour tenter de dissimuler ses tirs. « J’ai craint que l’administration trouve mon comportement excessif et que d’avoir tiré six cartouches était trop par rapport à la situation vécue », assurait le policier, bien noté par sa hiérarchie.

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Le procureur de la République d’Évry de l’époque, qui en a eu connaissance, ne transmet pourtant ces éléments ni au juge d’instruction ni à la défense du jeune homme blessé par les tirs et placé en détention provisoire. Ils ne leur seront révélés que neuf mois après les faits, de façon fortuite, lorsque le juge demandera de nouvelles expertises.

Le mensonge du policier révélé, le jeune homme est remis en liberté, le 22 février 2008, « avec les excuses de la justice ». Le doute subsiste sur ses agissements ce soir-là, mais il lui profite aujourd’hui. « Même si sa présence aux abords de l’émeute comme simple spectateur paraît peu crédible, résume l’ordonnance de non-lieu, il n’en demeure pas moins qu’aucun élément, ni matériel ni de témoignage, ne permet d’affirmer le contraire. »

Une fois hors de cause, il se constitue partie civile. En première instance, le tribunal correctionnel d’Évry avait jugé, le 12 septembre 2011, sa constitution de partie civile irrecevable. Le jeune homme avait fait appel. Vendredi, la cour d’appel a donc condamné le policier, mais a débouté le jeune homme, qui demandait des dommages et intérêts.

Presse antiémeute (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 16 janvier 2015)

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] « Éprouver la politique comme une réalité dont ils sont partie prenante »

Ce n’est pas des élèves que nous avons peur

« De nouveau, la laïcité et la Marseillaise resurgissent comme une thérapeutique idéale, espérant formater les élèves selon un modèle standardisé et docile », constatent pour le regretter les enseignant.e.s et chercheurs/ses sur l’école Vincent Casanova, Grégory Chambat, Laurence De Cock, Laurent Ott, Ugo Palheta, Irène Pereira, Valentin Schaepelynck, Emmanuel Valat et Viviane Vincente, alors que les élèves ont besoin « d’éprouver la politique comme une réalité dont ils sont partie prenante ».

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Les attentats ignobles et injustifiables des 7, 8 et 9 janvier ont déclenché une émotion populaire d’une ampleur inégalée, mais aussi une tentative – de la part du gouvernement, des partis institutionnels, relayés par les « grands » médias – d’imposer à marche forcée une « Unité  nationale », rendant quasiment inaudibles toutes voix discordantes.

Par décision du président de la République, le jeudi 8 janvier est ainsi devenu « jour de deuil national » et la minute de silence organisée ce jour-là dans les établissements scolaires a parfois suscité des questions, des remous voire des rejets. Nous ne cherchons pas à les ignorer, bien au contraire, mais nous aimerions en rétablir les justes proportions – il y a 64’000 établissements scolaires en France – et en discuter le sens. Certaines déclarations qui ont suivi les « incidents » indiquent de fait une orientation inquiétante :

le 13 janvier, la journaliste qui dirige le service politique de France 2, Nathalie Saint-Cricq, a affirmé à l’antenne : « Il faut repérer et traiter ceux qui ne sont pas Charlie ». Ne pas s’identifier à Charlie serait donc déjà, sinon un délit, du moins un « trouble » ou, comme l’a écrit récemment le sociologue Hugues Lagrange, l’expression des « tares morales et des inconduites (…) des minorités issues des pays colonisés » ? Cette stigmatisation ne peut qu’alimenter l’idée d’une liberté d’expression réservée à quelques-uns ; une idée qui est probablement pour beaucoup dans le refus manifesté par une minorité d’élèves de se plier au rituel du recueillement collectif ; une idée nourrie aussi par la trop fréquente absence de condamnation des propos racistes et islamophobes qui irriguent régulièrement les débats publics. En outre, le mot d’ordre contestataire « Je ne suis pas Charlie » peut prendre des significations très variables. Toutefois, pour la grande majorité des élèves, il ne s’agit certainement pas d’un refus de condamner les attentats, mais d’une mise en question de l’évidente sélectivité de l’émotion médiatique et d’une critique des tentatives (réelles) de récupération politique.

• le 14 janvier, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, a déclaré à l’Assemblée nationale : « Même là où il n’y a pas eu d’incidents, il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves. Et nous avons tous entendu les “Oui je soutiens Charlie, mais”, les “deux poids, deux mesures”, les “pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ?” Ces questions nous sont insupportables, surtout lorsqu’on les entend à l’école, qui est chargée de transmettre des valeurs ». Questionner serait donc devenu insupportable. Pourtant, pour nous, il n’y a pas d’enseignement possible sans le questionnement d’un certain nombre d’évidences partagées. C’est sur cette base qu’il est possible d’amener les élèves à penser autrement qu’ils ne l’auraient fait spontanément, au terme d’un échange de paroles, d’arguments impliquant une relation, une écoute réciproque. Il s’agit là d’un travail difficile, et dont les résultats ne sont jamais acquis, mais y renoncer équivaudrait à abandonner toute ambition pédagogique. En outre, cela ne peut guère se produire sous la pression d’une injonction institutionnelle, en condamnant a priori les propos dissonants ou sous la menace de la répression. Le métier d’enseignant n’est pas de « faire silence », puisqu’il implique bien au contraire de travailler avec les mots. Le silence effraie les plus petits et frustre les plus grands. Si le partage de l’émotion a sa place dans les salles de classe, notre travail reste bien d’interroger le réel.

De plus, dans un contexte où l’« unité nationale » est censée s’étendre jusqu’au domaine éducatif, les valeurs de la République sont présentées comme un catéchisme d’autant plus éloigné de l’expérience des élèves que ses valeurs sont concrètement niées. De nouveau, la laïcité et la Marseillaise resurgissent comme une thérapeutique idéale, espérant formater les élèves selon un modèle standardisé et docile. Pour notre part, ce n’est pas des élèves ou des adolescents que nous avons peur, et nous avons confiance dans leur capacité à développer une pensée autonome et généreuse. Notre considérons en effet que notre rôle d’enseignant et d’éducateur ne consiste ni dans un exercice de dressage ni dans une entreprise d’adaptation au monde tel qu’il va (mal), mais de rendre les jeunes capables d’une pensée critique, exigeante, nourrie d’entraide et d’idéaux collectifs.

Si l’école dysfonctionne, ce n’est pas en raison d’élèves aux paroles provocatrices qu’il faudrait « détecter » et « traiter », mais parce qu’elle a été notamment dévastée par des économies budgétaires opérées sur le dos des personnels et des élèves, particulièrement dans les quartiers populaires comme le rappellent depuis des mois les mobilisations pour le maintien des réseaux d’éducation prioritaire. Des zones entières du pays concentrent un chômage endémique et n’offrent que des services publics dégradés, une partie importante de leurs populations subissant un racisme structurel. La République « une et indivisible » est ainsi une formule qui se vide quotidiennement de son sens. Nous refusons donc la stigmatisation et la criminalisation des adolescent.e.s qui se dessinent aujourd’hui. Elles se sont déjà traduites par l’ordre donné aux établissements de faire remonter la liste des « récalcitrants », et parfois par une répression policière et judiciaire disproportionnée. Les effets de ces mesures ne peuvent être que délétères et augmenter encore plus, et à juste titre, la défiance des jeunes envers l’institution.

Aussi, pour remédier à cette situation, les élèves n’ont-ils pas besoin comme on l’entend un peu partout d’un surcroît d’éducation civique ou cours de « fait religieux » qui ne seront qu’un inutile pansement supplémentaire sur un cadre et des programmes scolaires déjà largement inadaptés ; ils ont besoin au contraire d’éprouver la politique comme une réalité dont ils sont partie prenante. Ils ont besoin de saisir qu’ils sont les co-bâtisseurs de la société de demain.

D’autres l’ont dit avant nous, il est temps de redonner du sens à la principale mission de l’école : l’émancipation, individuelle et collective. La démocratie de demain se prépare dans l’école d’aujourd’hui. Mais qui parie encore, au jour le jour, dans la démocratie et dans l’école ? Nous et tant d’autres avec qui nous travaillons !

Vincent Casanova, Grégory Chambat, Laurence De Cock, Laurent Ott, Ugo Palheta, Irène Pereira, Valentin Schaepelynck, Emmanuel Valat et Viviane Vincente – Mediapart, 20 janvier 2015

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[Montpellier, samedi 24 janvier] Rassemblement contre la violence d’État et celle de sa police

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