[« Résistance abusive »] Appel à rassemblement pour le procès de la Mangouste à Lille

La Mangouste, saison 2, épisode 6 : Le Procès
Appel à rassemblement le jeudi 11 juin à 11h devant le TGI à Lille

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La Mangouste était un lieu squatté appartenant à l’Institut Pasteur et vide depuis 6 ans. Nous y avons vécu et fait des activités pendant 2 mois et demi, avant de nous faire expulser en grande pompe à 6 heures du matin, expulsion aussi absurde que disproportionnée : 150 keufs sur le boulevard Louis XIV et le GIPN dans notre salon, wesh !

Aujourd’hui, on nous réclame 10’000 balles d’amendes pour résistance abusive. Abusive parce que nous ne nous sommes pas contentés d’une résistance symbolique, mais que nous nous sommes organisés pour rester le plus longtemps possible dans cet endroit, en tenant les flics à l’extérieur de chez nous. La procédure n’a pas traîné. Il faut dire que Jacques Richir, président de l’Institut Pasteur et adjoint au maire a le bras long. Aujourd’hui, 3 mois après notre expulsion, le lieu est toujours vide et muré de toutes parts.

Pour d’autres maisons squattées, moins visibles, les choses se passent parfois différemment mais c’est pas mieux pour autant. Il y a à peine un mois, rue Jules de Vicq à Fives, le proprio vient déloger les habitants à la hache avec une quinzaine de potes, sous l’œil complice des keufs, en volant certaines affaires et en jetant les autres par les fenêtres. L’occupation avait été constatée la veille par la police et le propriétaire qui, apparemment, ne voulaient pas s’emmerder avec une procédure d’expulsion.

Ces histoires ne sont pas isolées. En pleine crise du logement et alors que 6000 maisons sont vides à Lille, la répression contre les squatteurs et locataires est organisée et s’intensifie. Les beaux jours marquent la fin de la trêve hivernale et la reprise des expulsions locatives.

Un député UMP vient de son côté de proposer une loi qui ferait de l’occupation de maisons vides un délit pouvant entraîner 1 an de prison et 15’000 euros d’amende ; plus, quand les procédures sont respectées, l’obligation d’expulser dans les 48 heures, une fois que le juge a prononcé l’avis d’expulsion.

En nous réclamant des thunes aujourd’hui, ils veulent créer un précédent à Lille : une occupation qui revient plus cher qu’une location, c’est sûr que ça pourrait en dissuader plus d’un… Nous n’allons pas nous laisser intimider par ces coups de pression. Ils pourront qualifier notre résistance d’abusive, nous entendons bien ne pas en rester là.

Si chaque visite des flics trouve les portes closes et solidement barricadées,
Si chaque proprio qui joue les gros bras voit des machines à laver passer par la fenêtre,
Si les huissiers et serruriers essuient des seaux d’urine à leur passage,
Si à chaque procès nous répondons par une ouverture,
Qui aura le dernier mot ?

« On se fout de nous ? On s’en foutra pas longtemps ! »

Débordons la ville !

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[Bas les pattes sur Iaata.info] 1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpg1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre

Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40’000 euros d’amende parce que je suis lecteur et solidaire de la presse libre…
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Parce que ce sont des traces numériques que le grand filet de la surveillance a relevées, des traces d’appareils électroniques.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Parce que je suis un parmi d’autre, des femmes et des hommes, qui ont plus à craindre qu’à espérer de l’action de l’État.
Je suis celui qui « faisait l’apologie de la violence » [La Dépêche du vendredi 8 mai 2015 page 21], qui rédige le « vade-mecum du parfait casseur » [20 minutess.fr en ligne le 7 mai 2015]. Pour les 755’000 lecteurs et lectrices de la Dépêche je serai toujours « un homme de 40 ans, qui avait incité sur un site internet à commettre davantage de casses… » [La Dépêche op.cit.]. Et ce au mépris d’un certain nombre de règles légales, la présomption d’innocence par exemple. Mais combien cela me coûterait-il de porter plainte ? Pour quel résultat au final ? Est-ce que cette justice qui m’attaque est capable de me défendre ? J’en doute.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. La police est venue me chercher à 6h30 du matin. J’ai passé 10 heures dans une geôle qui sentait l’urine, ils ont menacé de venir chercher mon fils au lycée, de m’inculper pour apologie de terrorisme… Parce que je lis et que je soutiens la presse libre.
Presse libre parce que libérée des intérêts marchands. Presse libre parce que diverse et déterminée, ancrée localement au plus près des luttes. Une presse qui ne me dit pas quoi penser mais qui me donne à voir, à comprendre, en prenant clairement position.

L’espace médiatique est la grande scène où se situent les scènes principales de la vie collective ; elle les compose et elle les reflète [Georges Balandier, Le pouvoir sur scènes, Paris, Fayard, 2006, p. 163].

Sans ces sites internet, ces radios libres, ces journaux il y a tout un tas de choses que je n’aurais sans doute jamais sues. Quelques exemples : Bilal Nzohabonayo tué par la police et qui a été présenté tout d’abord comme djihadiste, c’est grâce au travail du site laRotative.info que la version policière sera démentie ; les circonstances réelles de la mort de Rémi Fraisse sont révélées dans leur intégralité par Reporterre avant que cela soit admis officiellement ; la grève de Radio France en février qui annonçait la plus longue grève de la radio publique de son histoire a été relayée sur Canal Sud et d’une manière générale, ce sont des medias libres qui relaient les paroles des personnes qui luttent. La richesse et la diversité de cette presse est incommensurable. Si je n’ai plus la presse libre je deviens à moitié aveugle. Mon monde n’est plus exprimé que par des artistes et des journalistes, des économistes et des experts, avec qui j’ai, socialement, peu de chose à voir. Cette presse-là, ne me donne pas de prise sur le monde qui m’entoure. Au contraire, cette information me le rend distancié, flou, parce que sans correspondance avec ma vie et mes préoccupations. Comme si ce que je vivais n’avait pas de consistance collective. Le monde semble vivre à mille lieux de mon expérience concrète, du chômage, de la précarité, de l’injustice que je constate autour de moi.

À la façon des lunettes, les journaux fabriquent des non-vu à partir duquel le monde est vu [Patrick Champagne, Faire l’opinion : le nouveau jeu politique, Paris, les Éd. de Minuit, coll. « Le Sens commun », 1990, p. 244].

Ces derniers mois ont eu lieu de nombreuses manifestations à Toulouse. Systématiquement la presse locale et nationale a titré sur les « violences », le verre brisé, les courses poursuites. Ça manquait cruellement de certains détails. J’ai vu 500 policiers pour 300 manifestant.e.s, j’ai vu la violence et le mépris vis-à-vis de tout ce qui ne portait pas d’uniforme. J’ai vu des hommes cagoulés, armés, bloquer des rues. J’ai vu des citadin.ne.s gazé.e.s sans distinction. J’ai vu les condamnations judiciaires pleuvoir sur des personnes arrêtées au hasard. J’ai vu les entorses à la procédure. J’ai vu la violence du maintien de l’ordre.
Je n’ai rien lu de tout cela dans la presse dominante [Avec quelques exceptions notables le plus souvent des tribunes ou des blogs périphériques (Le Monde, Médiapart)… Finalement des points de vue qui ne rentrent pas dans la catégorie « information ».]. Il n’y a que la presse libre qui s’en est fait le relais. C’est seulement là que j’ai perçu que je n’étais pas seul à être scandalisé et en colère. Au bout de ces mois d’occupation policière et de procès expéditif, comme si cela ne suffisait pas, je me retrouve moi aussi pris dans la machine judiciaire.

Je sais que mon cas n’est pas isolé. Je sais que beaucoup, qui comme moi, luttent pour un monde débarrassé de l’exploitation et des dominations, connaissent la prison, les vexations, les mutilations… Je sais que beaucoup, parce qu’ilelles sont au mauvais endroit au mauvais moment, parce qu’ilelles ont la mauvaise couleur de peau, le mauvais passeport, parce qu’ilelles sont pauvres, connaissent aussi la prison, les vexations, les mutilations…
Je sais que ce système repose sur une part non négligeable de violence légale. Je le sais parce que je le vis, mais aussi parce que je peux connaître des cas semblables, savoir ce que beaucoup vivent. Parce que je lis la presse libre.

Est-il donc absolument impossible d’opposer aux puissances de l’élimination l’organisation des éliminés ? [B. Brecht, Théorie de la radio, 1932. La radio appareil de communication. Discours sur la fonction de la radio.]

Ces sites, ces radios, ces journaux sont une organisation concrète des éliminé.e.s, des exploité.e.s, des dominé.e.s, des opprimé.e.s. Et c’est pour ça qu’on les attaque, qu’on veut les faire taire.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40’000 euros d’amende pour faire taire la solidarité et la presse libre !

Quelques exemples de presse libre :
Rebellyon, Paris-Luttes.info, Brest-Info, Renverse.ch, la Rotative, Reims médias libres, IAATA ; Rennes Info, le Jura libertaire, Article 11, Soyons sauvages, Espoir Chiapas, collectif Bon pied bon œil, Atelier médias libres, Courant Alternatif, Éditions Acratie, Panthères enragées, Primitivi, éditions Albache, Jef Klak, le Numéro Zéro, la Brique, la Lettre à Lulu, Révolte numérique, Radio Zinzine, zad.nadir.org, Contre-faits, collectif Ciné 2000, l’Actu des luttes (FPP), journal Résister (Nancy), revue Lutopik, le collectif Contre Les Abus Policiers – CLAP33, l’Orchestre Poétique d’Avant-guerre – OPA, l’Envolée pour en finir avec toutes les prisons, Lundi Matin, Radio Canut, Lignes de force, Demain le Grand Soir, Archyves, revue Z, le Canard sauvage, Indymedia Nantes, Hors Sol, Confusionnisme.info, Mille Bâbords, Iacam, la Gazette de Gouzy, le Monde libertaire, Regarde à Vue, radio Canal Sud, La Horde, radio La Locale (Ariège), le collectif de Infoaut, éditions Entremonde, éditions Libertalia, Acrimed, radio Bartas (Lozère), la plate-forme Antifa-net.fr, Les Morbacks Vénères, CQFD journal, Indymedia Lille

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Lille sous surveillance

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Après plusieurs mois d’inactivité (à part pour l’enregistrement de caméras), la cartographie collaborative du site Lille Sous Surveillance se remet en marche. L’inventaire des cams sera plus régulier, ainsi que la veille locale d’infos autour du sujet. Un article sur le contexte lillois est également en préparation.

Lille sous surveillance

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[La Vache et l’irradié] Lettre de Fernandel suite à des incendies vENTlontaires

La vache et l’irradié

« Au lendemain de l’accident, la seule chose à laquelle j’ai pensé a été de sauver des animaux. Maintenant, je ne peux plus arrêter. »

Naoto Matsumara (Metronews, 10 mars 2014)

Naoto Matsumara, Le Dernier Homme de Fukushima, est le promoteur et le héros utile de la survie en milieu contaminé. Il y a quelques décennies, c’était la vache qui sauvait le prisonnier.

Les détecteurs de radioactivité suivants ont été soufflés par un vent mauvais incendiaire : Brennilis, Salives-Morvilliers et Belleville-sur-Loire.

Il y a deux raisons pour lesquelles ces détecteurs méritaient ce sort. La première est bien connue de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’industrie nucléaire, la seconde l’est bien moins.

La première raison est qu’ils ne tiennent pas la promesse de la transparence, mais la seconde est plus décisive : elle relève de ce que nous promet la transparence. Ce sont ces deux formes de mensonge que ces destructions livrent à la publicité.

Les nucléocrates comme les antinucléaires savent bien que « l’unité de mesure supportable » par l’homme varie selon les besoins du moment de l’industrie nucléaire. Les premiers parce qu’ils organisent le va-et-vient des doses administrées, leurs contestataires parce qu’ils dénoncent ce mensonge quantitatif.

Les habitants des environs de Fukushima – y compris les plus fragiles – sont légalement exposés aux doses naguère prévues pour les seuls travailleurs des centrales, les circonstances posent la norme. Les appareils de mesure installés par les autorités japonaises l’ont été de telle sorte qu’ils reflètent une quantité d’irradiation minorée, cela oriente les dissensions entre écolocrates et nucléocrates vers un devoir commun de transparence.

Le régime d’habituation est à l’œuvre depuis le début de l’histoire de la radioactivité industrielle et médicale. Les études effectuées depuis Hiroshima et Nagasaki partent du principe que l’homme s’adapte à la dose, c’est la définition même du sievert. L’OMS écrivait dès 1957 : « Cependant, du point de vue de la santé mentale, la solution la plus satisfaisante pour l’avenir des utilisations pacifiques de l’énergie atomique serait de voir monter une nouvelle génération qui aurait appris à s’accommoder de l’ignorance et de l’incertitude et qui, pour citer Joseph Addison le poète anglais du XVIIIe siècle, saurait “chevaucher l’ouragan et diriger la tempête”. » On sait lesquels font les fous.

Après l’effondrement des réacteurs de Fukushima, l’opacité idéologique était telle qu’elle avait laissé apparaître l’absence d’informations. Spontanément, quelques citoyens comblèrent cette lacune en organisant des campagnes de distribution de détecteurs de radioactivité individuels. Quelques mois plus tard, leur combat pour l’accès de tous à l’information s’institutionnalisa sous la forme du CRMS (Citizen’s radioactivity measuring station) avec l’adoubement de la CRIIRAD. Ce sont les mêmes intentions qui guidèrent les pionniers de la contre-mesure en France. Aujourd’hui, de la Biélorussie au Japon, les effets pervers de cette volonté de transparence qui complète celle des nucléaristes finissent de se révéler, le problème ne serait plus l’atome, mais la dose.

Venons-en à l’aspect qualitatif du mensonge. Nous sommes habitués et il s’agit de nous résigner plus encore. La France est constellée d’appareils de mesure de radioactivité non pas pour nous protéger – un thermomètre ne fait pas baisser la fièvre ni ne refroidit un corium – mais pour nous rendre ordinaire la présence même du nucléaire. Leur dispositif consacre une attente collective. Ils condensent la certitude d’une catastrophe à venir en maquillant celle qui est déjà là, en régime chronique, sinon aigu. L’IRSN, l’ACCRO et la CRIIRAD, chacun à sa sauce, préparent les citoyens à devenir acteurs de la catastrophe le moment venu. L’écologiste chevauchera l’ouragan pendant que l’État dirigera la tempête. L’autre solution est évidemment que l’industrie nucléaire cesse. C’est la seule façon de rendre réellement les détecteurs de radioactivité à leur inutilité.

Plus généralement, qu’il s’agisse de la gestion de l’argent en période de crise économique perpétuelle assumée ou d’autres formes de nuisances morbides comme les pesticides, les OGM, etc., les normes juridico-techniques, volontiers participatives, régulent l’attente de la catastrophe. Les chiffres et les codes désignant les seuils de la qualité de la vie traduisent la réalité de sa dégradation. Nous sommes sommés de nous contenter de ne pas être déjà demain quels que soient nos malheurs d’aujourd’hui.

On n’arrête pas plus l’émission de radioactivité d’une centrale nucléaire en pétant un compteur Geiger qu’on n’arrête le passage du temps en cassant sa montre ou une horloge. Mais contrairement au temps, la radioactivité est lourde de certitudes.

Fernandel, 10 mai 2015

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[Bas les pattes sur Iaata.info] Nous ne nous tairons pas parce que nous n’avons pas peur

Censure et répression à Toulouse, Iaata.info sur le grill

Comme beaucoup nous avons appris par la presse que le site d’information que nous animons est poursuivi en justice.

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgNous avons fouillé notre boîte aux lettres électronique et n’avons pourtant rien trouvé. Il aura fallu demander autour de nous pour apprendre qu’il s’agissait d’une personne militante à Toulouse, devenue, par la magie de l’enquête policière, notre « directeur de publication ». Faisons le point.

Iaata.info n’a jamais été contacté par les enquêteurs pour donner des informations concernant les auteur-es d’articles publiés. Les personnes en charge des serveurs de Mutu s’engagent de toute façon à ne pas enregistrer les adresses IP des utilisateur.ices de leurs services [Une protection des communications efficace ne peut venir que des utilisateur.ices. Aussi pour prendre le moins de risques possible, nous recommandons tout particulièrement la lecture des chapitres “Consulter des sites web” et “Publier un document” du Guide d’autodéfense numérique (Tahin Party). Tor est un moyen efficace de protéger son identité. On recommande donc l’utilisation du navigateur Tor Browser ou mieux de Tails pour participer ou consulter iaata.info. Il est aussi vivement recommandé de ne pas laisser de trace des articles que tu publies sur l’ordinateur que tu utilises.].

Le procès d’un article, un procès politique

Nous ne reviendrons pas sur l’article visé dans la procédure, le texte déjà publié le fait déjà suffisamment bien.

Nous ne dirons pas non plus que la répression s’abat sur nous comme jamais, ni qu’avant c’était mieux, que la justice et la police étaient sympathiques. La tendance depuis longtemps à Toulouse comme ailleurs, est au sécuritaire. On arrête plus, on enferme plus, on donne plus d’amendes, on installe plus de caméras… Il suffit de jeter un coup d’œil sur la rubrique “répression” de ce site pour voir qu’elle s’exerce avec toujours plus d’ardeur sur les pauvres, avec ou sans travail, avec ou sans papier, sur les travailleurs et travailleuses du sexe, sur les migrant.e.s, sur les jeunes racisé-es des cités… Pourtant ce constat d’ensemble ne doit pas nous conduire à minimiser ce qui ce passe actuellement sur le terrain des luttes sociales.

Entre 2014 et 2015, la répression des oppositions à la construction du barrage de Sivens, dans le Tarn, n’a fait que s’amplifier. C’est dans ce contexte que s’inscrit cet énième procès contre la personne devenue “directrice de publication” de Iaata depuis quelques jours.

Depuis le mois d’août dernier, nous avons localement été confronté-es à :

• La violence régulière et croissante des forces de l’ordre, jusqu’à la mort d’un manifestant en octobre ;

• L’encadrement militaire de la ville de Toulouse contre les manifestations de protestation. Ici, nous n’avions pas connu ça. Nous avons eu le sentiment d’être dans un laboratoire d’entraînement visant à tester les limites d’acceptation de la population au déploiement policier ;

• La poursuite et la condamnation d’un très grand nombre de personnes avec des peines très lourdes, distribuées en comparution immédiate, dont de la prison ferme pour beaucoup ;

• Aujourd’hui une personne se retrouve prise dans les griffes de la justice à propos d’un article sur iaata.info ;

• … la suite ?

Iaata.info, un espace de libre contestation…

Iaata.info ne vit que parce que nous nous en servons, tous et toutes, dans nos luttes ou pour nos coups de gueule, quand on doit se défendre — face à la police et à la justice oui, mais aussi face à nos patrons, à nos gouvernants, à nos médias dominants… — ou quand on veut créer, initier, essayer, gagner parfois, parfois se planter !

Ce sont toutes nos possibilités de contestation qui sont attaquées, brimées, conditionnées. Tenir un espace où puissent s’exprimer des points de vue, où puissent se réfléchir des choses en dehors (et en complément) des appartenances diverses, des listes internet privées ou pas, des facebook et autres réseaux, est un enjeu crucial pour visibiliser une position contestataire. Nous ne défendons pas une liberté d’expression creuse de toute réalité.

Nous voulons être visibles, sur internet comme dans la rue et sur les murs. Nous voulons contribuer à faire vivre ce lieu, à la fois virtuel et concret, où s’échangent et se confrontent les moyens de se battre contre l’ordre que défendent la police et la justice.

Nous utilisons la liberté d’expression, une expression anti-autoritaire, et c’est bien ça qu’on nous reproche. Si un procès n’était pas prévu le 29 juin prochain, nous aurions volontiers rigolé d’un titre tel que « directeur de publication ». Iaata est un espace au service des luttes, pas un organe de presse. Nous n’avons ni directeur, ni comité éditorial, nous fonctionnons en collectif. Iaata n’est ni un individu, ni une somme d’individus. Toi, moi, ta voisine de table au resto, le type que tu croises au bar … Iaata, c’est nous.

… dans un monde hostile

Cet espace que nous avons voulu construire et faire vivre, sur Iaata.info, n’est pas isolé. À Lyon, à Genève, à Paris, à Reims, à Tours, à Brest et ailleurs, nous sommes nombreuses à souhaiter propager les tribunes dont nous nous doterons pour nous exprimer. La répression de ces espaces n’est pas, elle non plus, une nouveauté. Le Jura Libertaire jusqu’à récemment ou Rebellyon, il y a quelques années, ont aussi eu à goûter aux procédures judiciaires intentées par les pouvoirs publics. Nous pourrions encore citer l’acharnement judiciaire qui dure depuis sept ans contre le livre L’insurrection qui vient, ou la criminalisation par la justice italienne de l’écrivain Erri de Luca pour ses propos concernant la lutte contre le TAV du Val de Susa. Les exemples ne manquent pas. Ici aussi, c’est bien de censure politique dont il s’agit. Mais au delà, c’est aux espaces de création et de contestation que l’État, insatisfait de nos écarts de conduite à l’heure de l’Union nationale antiterroriste, s’en prend. Sa dernière trouvaille, la loi dite sur le Renseignement, actuellement en discussion au Parlement en “procédure d’urgence”, laisse rêveuse… Consistant à généraliser à outrance la surveillance, nous allons dorénavant devoir redoubler d’imagination et d’inventivité pour garder privées quelques portions de nos vies. Car nous ne sommes pas prêt.e.s à nous taire, à nous soumettre. Iaata.info libre et anti-autoritaire, tient à le rester…

Aujourd’hui une personne semble devoir payer pour les autres. Nous ne laisserons pas individualiser ce procès, ni sur le fond, ni sur la forme. Ce sont les pratiques d’auto média, d’expression et de contestation qui sont attaquées de front. Nous constatons jours après jours les attaques contre les maigres acquis de plusieurs décennies de luttes et la continuité de l’exploitation et des dominations séculaires. Nous ne nous tairons pas parce que nous n’avons pas peur.

Le collectif de modération de Iaata.info journal collaboratif d’information, sans maître et sans “directeur de publication” – 18 mai 2015

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[Le management a colonisé nos vies] Noires tempêtes n° 1 – mai 2015

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CNT 38

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[Écran Total] Qu’est-ce que l’école numérique ?

Le groupe lyonnais Écran Total vous invite à une
Réunion Publique
destinée à alimenter une réflexion critique sur les transformations du travail par l’informatique et le management et à discuter des moyens de s’y opposer
le vendredi 5 juin à 19 h
à la librairie La Gryffe, 5, rue Sébastien Gryphe à Lyon (7 e )
Des personnels de l’Éducation nationale décriront les effets qu’y produisent l’informatisation et l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette présentation sera suivie d’une discussion collective.

Qu’est-ce que l’école numérique ?

Très très loin des salles de classe, l’État poursuit la réforme permanente : nouveaux programmes, nouveaux équipements, nouveaux objectifs (classement PISA, éco citoyenneté, prévention du djihadisme, etc.). Dans une indifférence générale bien compréhensible, le ministère a organisé une concertation sur le numérique pour savoir si les enseignants le jugent plutôt bénéfique, utile, attractif ou indispensable.

Le numérique est le remède à tous les maux – et plus personne ne nie qu’ils sont nombreux dans l’Éducation nationale. Les marabouts du ministère promettent que les Tices vont redonner du sens aux cours, les rendre attrayants, réduire les inégalités, pallier les handicaps, restaurer la communication entre l’école et les familles, les profs et les élèves, les profs et les parents, les parents … et les élèves ?

Pour l’instant, l’informatique c’est surtout l’obligation de remplir le cahier de textes numérique, la formation en ligne obligatoire pour les professeurs des écoles, le fichage de Base élèves, les affectations et l’orientation automatisées…

Avant de nous en prendre à cette mascarade, nous souhaitons comprendre ce qui se passe plus près de nous, dans les salles de classes, les salles de profs, les établissements et les foyers. Comment se fait-il qu’autant d’enfants peinent à assimiler l’écriture, la lecture, le calcul et la numération ? Que se multiplient les diagnostics hasardeux mais définitifs : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, troubles de l’attention, trouble du comportement, hyperactivité, retard, précocité, etc. Et les incapacités supposées qui vont avec : il ne peut pas lire, écrire, compter, comprendre, suivre, rester sur sa chaise, se concentrer, répondre aux questions, etc.

De ce point de vue, l’utilisation de l’informatique et de ses produits dérivés accentue essentiellement, plus ou moins fortement, des tendances déjà présentes, quand elle ne sert pas à les masquer.

Lecture-écriture

Depuis les années 70, la querelle des méthodes de lecture a masqué la situation réelle qui prévaut aujourd’hui, en dépit des discours. Dans les manuels et donc dans les classes s’impose de façon hégémonique une non-méthode, dite « idéo-visuelle », qui retarde ou empêche l’apprentissage du code alphabétique au profit de la reconnaissance et de la mémorisation de formes, comme si le français s’écrivait en idéogrammes. L’apprentissage de la lecture et de l’écriture sont disjoints, ce qui rend plus difficile leur maîtrise à laquelle le geste est essentiel. Les élèves n’ont au mieux qu’une approche intuitive de l’écrit, ce qui rend impossible pour beaucoup la compréhension du fonctionnement de la langue, et difficile pour tous celle du sens des textes. Les problèmes de graphie sont tels que plusieurs pays renoncent à l’écriture cursive : États-Unis, Finlande et peut-être bientôt certains länder allemands. L’utilisation du clavier avant que l’écriture ne soit pleinement maîtrisée ne peut qu’accentuer ces problèmes, puisque son usage repose justement sur le fait de mobiliser chaque caractère par un geste identique.

Le type de lecture induit par l’écran et l’utilisation d’internet a fait l’objet de nombreuses études. Personne ne nie aujourd’hui sérieusement que cela n’affecte pas la capacité à se concentrer sur un texte, activité désormais appelée « lecture profonde » pour la différencier du survol superficiel ou du balayage par mots clés. On peut rappeler à ce propos ce fait révélé par plusieurs reportages et bien connu désormais, mais sans conséquence notable, que les cadres de la Silicon Valley restreignent ou prohibent l’usage des objets connectés pour leurs enfants, et les scolarisent de préférence dans des établissements qui font de même. En effet, expliquent-ils quand on leur en demande la raison, concevant des objets et applications en vue de distraire et capter sans cesse l’attention des consommateurs, ils savent qu’ils empêchent la concentration et donc tout apprentissage réel.

Savoir et compétence

La conception même du savoir est remise en cause par son assimilation à l’information, et l’approche par compétences. Une information n’est pas quelque chose que l’on s’approprie et qui prend sens en fonction de ce que nous savons déjà. Valoriser l’information en soi revient à privilégier l’accès par rapport au contenu, c’est-à-dire la technologie : en ce sens, une connexion internet, qui donne accès à la plus grande masse d’informations existante, vaut plus que le meilleur enseignement. Quant aux compétences, elles ne sont pas comprises comme le savoir vivant, qu’on peut utiliser dans la résolution d’un problème, mais comme une aptitude générale à mobiliser les savoirs qu’on ne maîtrise pas. En France, on assiste surtout à un morcellement artificiel des disciplines qui les vide de leur sens et augmente encore l’écart entre l’évaluation et la situation réelle des élèves.

L’idée même qu’on puisse apprendre quelque chose à l’école paraît désuète. Et de fait, avec des programmes sans progression ni cohérence, il est de toute façon impossible d’enseigner réellement quoi que ce soit, les élèves n’ayant pas les pré-requis nécessaires (par exemple, savoir ce qu’est un déterminant avant de l’apprendre en anglais, maîtriser les opérations avant d’apprendre à factoriser, savoir qu’il y avait un roi avant qu’il ait la tête coupée, savoir écrire et lire avant … tout le reste). On organise donc, consciemment ou non, des simulations. On feint d’enseigner quand on montre des trucs, des procédures, des protocoles. Les exercices sont rabâchés jusqu’à pourvoir être à peu près exécutés sans les comprendre et le bachotage commence dès la 6e pour le brevet, dès la seconde pour le bac. Les gadgets numériques offrent d’infinies possibilités pour feindre la complexité. Des élèves qui ne peuvent se servir d’un dictionnaire faute de manier avec aisance l’ordre alphabétique peuvent ainsi « faire des recherches » sur internet, de même qu’ils peuvent grâce à l’ordinateur rendre un devoir lisible qu’on dit « mis en page », alors que beaucoup n’écrivent pas sur les lignes, et ignorent l’usage d’un titre.

Enseignement et autonomie

C’est une très vieille idée que celle de se débarrasser de l’enseignant tirant son autorité de la maîtrise de sa discipline, et pouvant donc choisir comment la transmettre, au profit d’un parcours individualisé de l’élève construisant ses savoirs [Expression qui peut apparaître comme une jolie métaphore, mais qui prise littéralement n’a aucun sens. Un rapport de l’OCDE de 1974 prévoyait déjà « un glissement d’accent d’un enseignement conçu comme transmission d’un savoir vers un enseignement conçu comme organisation de l’acte d’apprendre ».]. L’ordinateur pourrait permettre sa réalisation complète. Les divers rapports officiels sur le sujet réclament la formation d’« ingénieurs pédagogiques » qui ne seraient que des intermédiaires entre l’élève et la machine.

Alors que dans tous les référentiels qui président maintenant à l’évaluation des élèves comme des enseignants, la maîtrise des Tices est associée à l’autonomie, c’est évidemment le contraire que l’on constate. Si les mots ont un sens, on ne gagne pas en autonomie en faisant à l’aide d’une machine ce qu’on pouvait faire soi-même auparavant. Et il est bien difficile de se plaindre de la banalisation du copier/coller chez les élèves quand beaucoup d’enseignants trouvent des cours prêts à l’emploi sur internet.

Gestion des stocks

Quiconque assiste avec un peu de recul à un conseil de classe ne peut qu’être saisi par le détachement et la froideur avec lesquels sont abordés les résultats, les problèmes et l’orientation des élèves. L’administration se réduit de plus en plus à la gestion des flux exigée par l’État et l’Union européenne : les effectifs, les dotations horaires, les places disponibles comptent alors bien davantage que de savoir si l’élève a appris quelque chose. L’ordinateur donne le moyen de traiter toujours plus de données, et donc de diminuer les rapports humains en privilégiant les chiffres, indices, quotas, budgets et autres statistiques.

Adaptation

Pourquoi donc, en vérité, encourager l’utilisation de l’informatique et des TICES ? Parce que, contrairement à ce qu’on peut entendre à ce sujet depuis une trentaine d’années au moins, la prétendue économie de la connaissance, outre le chômage structurel qui l’accompagne, produit surtout des emplois sous-qualifiés, où l’informatique intervient de plus en plus souvent, mais uniquement via des interfaces très simples qui ne demandent aucune compréhension de leur fonctionnement : rentrer un prix, « flasher » un code-barres, appeler le numéro qui s’affiche, utiliser un GPS, etc.

Plus généralement, l’informatisation servant la mise en valeur marchande de tous les aspects de l’existence, l’essentiel de celle-ci est désormais consacrée au travail et à la consommation assistés par ordinateur, auxquels seront effectivement bien préparés des jeunes gens livrés dès le plus jeune âge aux produits des géants du secteur numérique.

Écran Total
Nous nous réunissons régulièrement depuis un an pour critiquer l’évolution du travail, notamment à travers les modifications qu’engendrent la mécanisation, l’informatisation et les nouvelles méthodes de gestion dans nos différents métiers. Sans idéaliser ce qu’était le travail à un stade antérieur du capitalisme, nous jugeons qu’il est important de prendre la mesure des transformations à l’œuvre aujourd’hui, qui, outre les marges de liberté que chacun parvenait à conserver tant bien que mal, font perdre leur sens aux activités qui en conservaient encore. Si défavorable que soit le contexte, nous croyons que seule cette réflexion peut permettre d’envisager de sortir de la résignation qui gagne nécessairement ceux qui ne voient pas dans quel but ils se battent.

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[À Pierre fendre !] Message du Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs lu à la Marche des possibles, à Grenoble, le 2 mai 2015

Message du Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs
lu à la Marche des possibles, à Grenoble, le 2 mai 2015

Bonjour à toutes et à tous,

Nul besoin d’un historique très long : dans le Jura à Poligny, comme au Rousset en Saône-et-Loire, Pierre & Vacances précise ses ambitions pour et sur nos territoires ― sur nos vies. Ici comme là-bas, le tourisme de masse tente d’étendre son territoire et ses logiques.

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VOIR L’ARTICLE DE LEUR PRESSE (Daubé, 3 mai 2015)

Voilà quelques mois, l’association le Pic Noir ― qui regroupe des citoyens du secteur de Poligny ― a commencé à demander des éclaircissements, puis exigé « du débat » autour de la possible création d’un futur Center Parcs. Si sa démarche affichait une certaine neutralité dans un premier temps ― ses demandes étant cantonnées à la possibilité d’être informée afin de se forger une opinion ―, elle a progressivement affirmé une opposition résolue à ce projet. Ainsi, un travail de collecte d’information, de diffusion de contre-information, d’organisation de réunions publiques a été mené par cette association.

Ce travail a sans doute permis de mettre une certaine pression sur le groupe Pierre & Vacances, qui ne souhaitait pas réitérer les erreurs stratégiques faites dans les Chambarans, et a sollicité la Commission nationale du débat public (CNDP) en 2014. Cette dernière a nommé une Commission particulière unique pour les deux sites du Rousset et de Poligny. Elle est donc en charge depuis le 23 avril d’organiser le « débat » jusqu’en juillet prochain. Sachant que Pierre & Vacances souhaite attaquer les travaux en 2017 pour ouvrir en 2019 ses deux nouveaux Center Parcs, on comprend mieux la nécessité pour eux d’en passer par l’illusion du débat pour en finir au plus vite, et passer enfin aux choses sérieuses…

Notre sentiment est que cette Commission est en réalité un instrument visant à la modification à la marge du projet dans le seul but de le rendre acceptable. Sa présidente Claude Brévan ne déclare-t-elle pas le 23 avril dernier (Le Progrès) que « l’objectif du débat est d’informer les gens et de leur permettre de réagir assez tôt aux éventuels problèmes, puis de faire des suggestions pour améliorer le projet » ?…

De notre côté, nous ne sommes pas là pour ça, et nous ne nous faisons aucune illusion sur la pertinence de ce débat « encadré », dont les manières, les sujets et le calendrier sont exclusivement aux mains d’une structure commanditée par Pierre & Vacances. Cette Commission définit le périmètre de la pensée et de la parole, les protocoles, en fait respecter « la charte » (cf. le site de la Commission). Elle veut en maîtriser le temps et les usages.

Nous souhaitons rappeler à toutes fins utiles que la possibilité du débat public n’a pas attendu ― et n’a pas à attendre ― un promoteur à qui l’État donne discrètement la main, pour avoir lieu. Ce cadre n’est pas le nôtre, et le périmètre du débat est pour le coup notoirement sous-dimensionné.

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Selon nous, la lutte contre Center Parcs ne peut se dissocier d’une réflexion et d’une action plus larges sur les questions du travail, du chantage à l’emploi, de la croissance. Refuser Center Parcs, c’est aussi, collectivement, s’autoriser à interroger l’utilité ou la nocivité de ce travail, de son sens, de sa finalité. À Poligny, il ne s’agit pas tant de dénoncer le risque de mise en danger d’un espace protégé ― ou à protéger ―, que de soulever ces questions. Pierre & Vacances ne s’y est d’ailleurs pas trompé : la parcelle qu’il convoite se trouve hors zone Natura 2000, hors ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique), et ne laisse pas le moindre espoir de zone humide à brandir face aux engins de chantier. Mais quand bien même ce serait le cas, n’aurions-nous que cela à leur reprocher ?

Par ailleurs, cette parcelle de forêt est presque exclusivement composée de sapins plantés sur un sol acidifié par des décennies de monoculture obéissant à une gestion industrielle de la forêt. Autour du Fied, les tumulus et les murets de pierres sèches n’ont pas attendu Pierre & Vacances pour disparaître sous les assauts des pelles mécaniques et des subventions à une agriculture productiviste. Ce sont ces logiques déjà à l’œuvre que nous dénonçons aussi dans cette lutte. Center Parcs n’est pas seulement une menace, c’est la consolidation et l’intensification d’un monde marchandisé et artificialisé, dans lequel nous n’avons pas ― et ne voulons pas ― de place.

Fin avril, le représentant de Center Parcs expliquait que le choix de cette parcelle de conifères correspondait aussi au fait qu’il jugeait inenvisageable d’imposer à sa clientèle la présence d’arbres défeuillés durant plusieurs mois d’hiver, rappelant son souci de « l’habillage arbustif ». Nous voulons redire à Pierre & Vacances ― pour qui la nature est un habillage, un décor, un support commercial ―, que nous ne voulons pas habiter, fréquenter, travailler, façonner, vivre et subir un monde dans lequel l’eau coule à 29° toute l’année, et dans lequel les arbres ne perdent plus leurs feuilles pour raison de marketing appliqué aux loisirs. Ce monde est stérile, mort. Il n’a pour nous aucun attrait. Nous n’en voulons pas ; même contre la promesse d’y trouver trois cent emplois ― précaires de surcroît ―, ni même contre l’assurance d’y manger ou d’y écouler des produits locaux, bio, entre deux panneaux solaires.

C’est aussi la raison pour laquelle nous n’en appelons pas au développement durable face à Pierre & Vacances. Leur vocabulaire transpire le capital, ils sont le développement durable. Nous ne reconnaissons pas le périmètre vert de la tête de gondole du capitalisme comme pertinent pour tenter de le mettre en échec. Ce périmètre est défini pour nous par les gestionnaires et, à leur suite, par des élus zélés qui s’empressent de nous en vanter les mérites. À l’intérieur de celui-ci, nous ne respirons pas, nous suffoquons : le grillage ne convient pas à nos vies. Nous ne voulons plus nous ressourcer, mais comprendre, et dire pourquoi le travail nous y contraint.

Contrairement à ce que nous rabâchent les communicants de Center Parcs à Poligny, ce projet n’est pas celui de la population, mais le leur, et nous réfutons l’idée que nous soyons tous sur le même bateau, et l’idée selon laquelle nous pourrions ― ou devrions ― co-construire ce projet ensemble. Les salariés qui travaillent pour Center Parcs le savent, ils ne seront jamais ses « collaborateurs » ― comme on nous l’a martelé à longueur de discours à Poligny ― mais ses obligés, parfois ses esclaves. Nous savons d’ores et déjà ― n’en déplaise au président de la CNDP, qui n’imagine pas qu’on puisse avoir une idée toute faite avant la fin du « débat » ― qu’avec Center Parcs, on n’a pas seulement affaire à des « développeurs » et des « exploitants », comme ils aiment à se qualifier, mais bien plutôt à des développants et des exploiteurs.

Certes, nous ne voulons pas bosser pour 320 euros par mois, mais nous voulons avant tout reprendre la main sur le sens que nous donnons à nos métiers, et à nos vies. Pour cela, nous sommes légitimes sans autre forme de procès (ou de commission).

À un univers clos, aseptisé, climatisé à 29°C, nous préférons le givre, les doigts gours dans les gants mouillés. Au confort de la bulle qui progresse à coup de bulldozers, nous opposons, parfois à tâtons, la possibilité d’une marche. Au travail obligatoire, nous préférons tenter l’autonomie. À l’exutoire, nous préférons la liberté. Center Parcs est l’émanation d’un tourisme doux ? Alors, qu’il gèle à Pierre fendre ! Nous n’avons chaud que de nous tenir ensemble, sur les ZAD … et ailleurs ― avec les gens d’ici … et d’ailleurs.

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[Bas les pattes sur Iaata.info] La menace judiciaire la plus inquiétante de ces dernières années contre un média alternatif français

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgMenacé de prison pour avoir relayé sur Internet des conseils en manif

C’est de loin la menace judiciaire la plus inquiétante de ces dernières années contre un média alternatif français. Mercredi 7 mai, un Toulousain a été placé en garde à vue puis convoqué au tribunal le 29 juin. Il risque jusqu’à cinq ans de prison et 45’000 € d’amende, la peine la plus grave pour une affaire qui ressort du droit de la presse. Il est accusé de « provocation à la commission d’un crime ou d’un délit ». À titre de comparaison, l’apologie de crime contre l’humanité, est punie de la même peine.

Mais qu’a donc bien pu faire cette personne pour vivre durant deux mois avec la menace de plusieurs années de prison ? Il est accusé (sans preuve quasiment) d’être le responsable éditorial de Iaata.info, un site d’info participatif, anti-autoritaire et au fonctionnement horizontal à Toulouse. Sur cette plate-forme collaborative, un article a été publié relayant quelques conseils connus et rabâchés face aux techniques de maintien de l’ordre en manifestation, ce fameux savoir-faire que les gouvernants français souhaitent exporter partout, en particulier dans les dictatures.

Jusqu’à présent, les procès contre des médias alternatifs portaient en écrasante majorité sur des diffamations [Comme « Le Jura libertaire », poursuivi par Hortefeux pour diffamation contre la police. Le récit de son procès mercredi 7 mai est d’ailleurs édifiant.] Nous n’avons jamais eu connaissance à ce jour de l’utilisation du délit de « provocation à la commission d’un crime ou d’un délit ». Les conseils pour faire face à la police sont pourtant légions sur l’ensemble des médias proches des mouvements sociaux. Ils se multiplient au fur et à mesure que la violence policière s’aggrave, occasionnant chaque année en manifestation des centaines de blessé·e·s parfois graves, des incarcérations de plus en plus fréquentes, voire des fins tragiques comme celle de Rémi Fraisse. Menacer de prison ce qui constituait jusqu’alors une pratique courante et légitime est une étape supplémentaire dans la collusion entre la justice et la police [Et puis, à partir du même article de loi, pourquoi ne pas aussi poursuivre les réalisateurs de films qui montrent favorablement des personnes qui résistent à la police, en utilisant les mêmes techniques de renvoi de lacrymos à l’envoyeur ou de solidarité active face à des arrestations, ou même des cambrioleurs ?].

Ces conseils face à la répression sont d’autant plus nécessaires que le maintien de l’ordre est de plus en plus politique. Les flics, CRS, gardes mobiles et autres « bakeux » dispersent violemment la moindre manifestation qui contrevient à la très singulière conception de « l’ordre » des autorités. Une répression sans cesse accrue qui tend à limiter radicalement « le droit de manifester » par l’exercice de la terreur (la mutilation au flashball par exemple) et de la répression aveugle (les peines de prison distribuées à tour de bras après les manifs qui dépassent le strict cadre de la promenade).

Dans ce contexte, les poursuites judiciaires faites à nos camarades de Iaata sont d’une gravité extrême. Que les médias « dominants » ou « bourgeois » ne s’en inquiètent pas ne serait pas étonnant, vu la lecture très restrictive qu’ils font souvent de la liberté d’expression [Notons que les scandaleuses peines de prison pour apologie de terrorisme n’ont pas ému les défenseurs de « Charlie »] ou des manières convenables de s’opposer à des situations insupportables. Ils pourraient pourtant eux aussi, à l’occasion, faire les frais de la judiciarisation de tels propos.

Mais que les sites, journaux, maisons d’éditions, radios etc. « alternatifs » [Et les collectifs, organisations ou individus qui les utilisent au quotidien !] ne se saisissent pas massivement de cette affaire serait extrêmement grave. Une telle condamnation nous placerait en permanence sous la menace de poursuites similaires. Un texte de soutien est déjà diffusé sur toute une série de sites : Face à la répression, l’information est une arme : soutien à Iaata.info. Le signer et le relayer est le plus évident des premiers gestes.

On ne peut que souhaiter que mille Iaata fleurissent. Et face à la violence du maintien de l’ordre, que mille conseils en manifestation soient diffusés partout !

L’Atelier médias libres, 12 mai 2015

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[ACAB] Le procès du Jura Libertaire

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpg[ACAB] Le procès du Jura Libertaire

Dans l’après-midi du mardi 5 mai 2015, après presque cinq ans d’enquête et de procédure, le Jura Libertaire – en la personne de son responsable légal – passait en procès devant les juges de la 17e chambre du Palais de justice de Paris, pour avoir informé ses lecteurs, en juillet 2010, des menées policières qui furent la cause directe de la révolte des habitants du quartier de la Villeneuve à Grenoble, en republiant simplement la seule « enquête journalistique » digne de ce nom sur ces événements, autopubliée anonymement sur Indymedia Grenoble – et qui entre autres vérités déplaisantes pour la flicaille grenobloise, contenait ces quelques lignes présumées « injurieuses et diffamatoires » envers la maison Poulaga tout entière, qui donc, porta plainte en bonne et due forme, et l’annonça même publiquement par voie de presse (faisant ainsi exploser les compteurs de fréquentation du Juralib) en la personne du ministre de l’Intérieur alors en exercice, ce dégoûtant Hortefeux incapable de réfréner ses éructations racistes, plainte relayée par le procureur de la République :

« On en oublierait presque que la BAC est une bande (armée) de criminels » ;
« L’IGPN, le service d’inspection de la police nationale (aussi appelé “police des polices”), dont la principale fonction est de couvrir les poulets qui assassinent a déjà pondu son rapport » ;
« L’occasion pour le ministre de la police de témoigner tout son soutien à ses troupes d’assassins » ;
« Les flics, eux, ont non seulement eu l’intention de tuer, mais ils tuent. »

À en juger par la mine outrée des magistrats, ces propos on ne peut plus consensuels parmi le peuple au nom duquel ils officient, pourraient donc être condamnables, et peut-être même plus choquants et scandaleux que l’infiltration massive de fascistes dans les rangs des forces de l’ordre dit « républicain », les contrôles au faciès et les insultes racistes, les tortures dans les commissariats, les adolescents terrorisés laissés passivement griller dans le transformateur électrique où ils espéraient trouver refuge contre l’arbitraire, l’alliance sinon la fusion avec le crime organisé pour arrondir les fins de mois, l’IGPN qui est à la BAC ce que la BAC est aux dealers de rue qu’elle rackette, sans oublier l’instrumentalisation de la justice par l’abus caractérisé des notions d’outrage et rébellion visant à transformer les victimes de la police en délinquants.

Après avoir rappelé que l’auteur des phrases incriminées n’a pu être identifié par les enquêteurs, ni non plus aucun responsable de leur publication originale, et que le Jura Libertaire est donc poursuivi en quelque sorte par hasard, en manière de bouc émissaire de l’impuissance du ministère, le président ergote sur le terme d’« assassins » employé pour désigner les tueurs de la BAC, terme qui équivaudrait à dénoncer perfidement la préméditation du meurtre de Karim Boudouda, autrement dit à diffamer ses meurtriers en les traitant d’assassins. On croit rêver.

Le Jura Libertaire répond qu’étant donné les circonstances dramatiques et la nécessité de l’information dans un contexte où tous les médias reproduisaient sans le moindre recul critique les communiqués de la police, il n’a certes pas plus songé que l’auteur aux précautions oratoires, qualificatifs précis et autres conditionnels qu’emploient les professionnels du journalisme (et qui soit dit en passant leur permettent de diffamer allégrement n’importe qui).

Il semble que quelque malicieux esprit invisible se soit décidé à achever de tourner tout à fait ce procès en ridicule : deux gendarmes armés d’un parapluie pour cette mission spéciale, interviennent alors pour repousser le battant d’une petite fenêtre ouverte à près de quatre mètres de hauteur, cause probable d’un désagréable courant d’air qui, depuis quelque temps, faisait s’agiter les magistrats.

Le plaignant, c’est-à-dire le ministre de l’Intérieur, désormais Bernard Cazeneuve, l’homme à tout faire de la Marine nationale et du lobby nucléaire – ayant à ce titre moins de goût que ses dignes prédécesseurs pour flatter les bas instincts des syndicats de flics –, qui il y a peu proclamait à l’Assemblée que « par principe » il ne croit rien de ce qui paraît dans la presse, n’ayant évidemment pas prévu de venir s’abaisser à expliquer au tribunal pourquoi il lui fait perdre son temps en ayant relayé jusqu’au procès une plainte aussi mal fondée, Bernard Cazeneuve donc, ayant pris soin de ne pas se constituer partie civile, la parole est donnée aux deux témoins de la défense.

Le même courant d’air frais rouvre soudain la même petite fenêtre, réduisant à néant les efforts gendarmesques.

Amal Bentounsi est là pour rappeler comment son frère Amine a été assassiné par la BAC d’une balle dans le dos, comment l’enquête de police a été trafiquée et sabotée, comment elle-même a été accusée de « diffamation envers une administration publique » pour avoir appelé, dans une parodie de clip de recrutement, « ceux qui veulent être au-dessus des lois » à s’engager dans la police, puis relaxée à la demande même du ministère public qui reconnaissait par-là le caractère attentatoire à la liberté d’expression de cette répugnante procédure menée à l’encontre d’une jeune femme révoltée contre l’impunité dont jouissent le meurtrier de son frère et ses complices – impunité qui encourage évidemment la récidive. « Il y a encore eu trois morts au mois de mars », déplore Amal Bentounsi. Mais ce sont des réalités plus triviales qui font frissonner les magistrats.

Débarque alors, pour remettre dans le droit chemin cette fenêtre rebelle, ce qui ressemble à un commando des services techniques du Palais, trois ouvriers en bleu de travail et un expert en costard équipés d’une échelle et – sait-on jamais – d’une perceuse et d’un rouleau de gaffeur, qui ne mettent pas cinq minutes à comprendre toutes les données du problème, et à y remédier sans se tromper d’outil. Ce procès nous aura ainsi au moins offert cet exemple vivant et curieux de l’action de l’État, capable de mobiliser un total de six fonctionnaires pour tourner la poignée d’une fenêtre, comme pour illustrer la justesse des thèses anarchistes les plus radicales qui affirment qu’une seule personne aurait suffi, sans qu’il soit même besoin de la salarier aux frais de la collectivité.

Mathieu Rigouste prend la parole en tant que « chercheur en sciences sociales », pour remettre en cause le qualificatif de « bavure » accidentelle et fortuite pour un phénomène qui se répète environ une fois par mois en moyenne depuis de trop nombreuses années. Il revient rapidement sur les origines de la BAC, issue des unités de « pacification » des bidonvilles qui furent en première ligne de la « bataille de France » pendant la guerre d’Algérie, et évoque la restructuration de l’appareil militaro-policier, dit « sécuritaire », qui est allé jusqu’à théoriser une stratégie « proactive » consistant à générer des désordres localisés pour les réprimer, dans le but de soutenir la croissance industrielle du secteur. Les meurtres commis par la police seraient donc bien qualifiables d’assassinats, en ce sens qu’ils sont prévus et souhaités par les marchands de matériel anti-émeute, de la matraque à l’hélicoptère en passant par le flash-ball et le canon à eau, qui s’enrichissent de l’extension de la souffrance et de la violence. On peut douter qu’un tel raisonnement puisse trouver son chemin dans une cervelle de juge ; toujours est-il que les magistrats de la 17e firent ce jour-là bonne figure, et même honneur à leur corporation, en se montrant très attentifs, et en ne trouvant rien à redire aux propos de Mathieu Rigouste (quoique le plus jeune d’entre eux sembla un moment sur le point d’en manger ses lunettes).

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VOIR LE DOCUMENT

On passe à l’examen de la personnalité du prévenu, chômeur déjà condamné à une amende en 2008 pour délit d’outrage à nabot pétainiste, aucune mention n’étant faite des opinions politiques défendues par le Jura Libertaire, ni même de sa désinvolture en matière de respect du droit d’auteur. Manifestement, rien de tout ce qui aurait pu servir à étayer un tant soit peu le dossier d’accusation n’est reproché au Jura Libertaire, renforçant l’impression d’une enquête officielle franchement bâclée. Mais que fait la police ? Ah oui c’est vrai, elle est trop occupée à tuer et mutiler dans les quartiers, afin de soutenir la croissance du CAC 40.

La jeune procureure se décidant enfin à lever le nez de sa Pratique du droit de la presse de Maître Bigot, passe à l’attaque, ambitieuse : « Il s’agit dans cette affaire, madame et messieurs les magistrats, de définir l’écart entre la liberté d’expression et le respect dû aux fonctionnaires de police. » S’employant à faire refuser au Jura Libertaire le bénéfice de son évidente bonne foi, elle revient sur les quatre critères jurisprudentiels qui définissent cette « bonne foi » : la légitimité, la prudence dans les propos, le préalable d’une enquête sérieuse et l’absence d’animosité personnelle. Elle reconnaît dans cette affaire la légitimité de la publication et l’absence d’animosité personnelle contre les baqueux de Grenoble, mais prétend contester le sérieux de l’enquête et ne voit aucune prudence dans le propos. À l’en croire, on n’aurait le droit d’être un peu véhément dans la dénonciation des crimes de la police que si celle-ci a abattu au préalable un de nos proches : « Amal Bentounsi n’a pas à faire preuve de prudence, et n’avait pas à faire d’enquête sérieuse car sa liberté de ton est un cri de douleur, dans cette affaire c’est différent ! » (On voit ici comment la relaxe dont a bénéficié Amal Bentounsi sert maintenant à nier qu’elle ait pu faire une « enquête sérieuse », alors que l’enquête qu’elle a menée sur les conditions de la mort de son frère fut précisément la seule sérieuse – au contraire de la pseudo-enquête bidon de l’IGPN.) Étant donné le niveau de revenus du prévenu, la proc réclame sa condamnation à une amende de deux cents euros.

Maître Dominique Noguères, avocate de la défense, rappelle les détails les plus choquants de la mort de Karim Boudouda, qui après avoir reçu une balle en pleine tête fut laissé agonisant au sol pendant quatre heures, sous le regard des flics se félicitant de leur exploit – détails qui furent la cause directe de la révolte des habitants de la Villeneuve et de la haine envers ces monstres qui, craignant de légitimes représailles, demandèrent en urgence leur mutation loin du quartier. Elle revient sur le contexte, cette campagne médiatique « sécuritaire » qui culmina dans l’hystérique « discours de Grenoble » prononcé par l’autre pantin présidentiel (où il déclara la « guerre » aux délinquants, aux sans-papiers et aux Roms, ces derniers comme boucs émissaires de l’attaque de la gendarmerie de Saint-Aignan par d’excellents citoyens français), contexte d’outrance verbale généralisée qui ne pouvait que produire quelques écarts de langage en réplique, de la part de ceux qui se refusaient à hurler avec les loups. Quant à la confiance qu’il faudrait accorder aveuglément à la police des polices : « Nous autres praticiens savons bien qu’il est impossible de mener à terme les procédures contre l’IGPN. » (Les praticiens baissent la tête.) Répondant à l’argumentaire de la procureure, Maître Noguères s’inquiète d’une définition trop restrictive de « l’enquête sérieuse » basée sur des « sources sérieuses », qui dans le cas de crime policier risquerait d’entraver la manifestation de la vérité ; et conteste « l’imprudence » de propos qui ne faisaient que refléter la réalité vécue par un grand nombre d’habitants du quartier de la Villeneuve, et la libre opinion de bon nombre d’habitants de ce pays.

Fin du spectacle. Le verdict sera rendu dans l’après-midi du 16 juin 2015.

Les amis du Jura Libertaire, le 12 mai 2015

 

Procès du site Le Jura libertaire

Faisant suite à une plainte déposée en juillet 2010 par Hortefeux ministre de l’intérieur de Sarkozy pour « injure et diffamation publiques contre la police », le procès intenté à ce site militant a finalement eu lieu le 5 mai au tribunal de Paris. Visé par la même plainte, Indymédia Grenoble échappe au procès étant donné l’impossibilité de repérer les auteurs du site (adresse IP, hébergeur dispersé aux 4 coins du monde). En cause la publication d’un article sur l’assassinat de Karim Boudouda, commis par la BAC à la Villeneuve (Grenoble). L’accusation se focalise sur l’utilisation du terme « assassinat » jugé inadapté. Le Jura libertaire choisit un mode de défense politique (intervention d’Amal Bentounsi et de Mathieu Rigouste). Le procureur a requis 200 euros d’amende. Verdict le 16 juin.

Résistons Ensemble n°141, mai 2015

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Résistons Ensemble n° 141 – mai 2015

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Résistons Ensemble

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[Soutien à IAATA.info] Nous continuerons à soutenir et diffuser tous contenus relatifs à l’autodéfense face à la police et à la justice ! Nous continuerons à porter des projets de medias indépendants et anti-autoritaires face aux intimidations de l’État !

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgFace à la répression, l’information est une arme : soutien à IAATA.info

Soupçonnée d’être responsable de la publication d’un article sur IAATA.info, site collaboratif et anti-autoritaire toulousain, une personne est poursuivie par la justice. Parce qu’informer face à la répression policière est légitime et nécessaire, communiqué de soutien dénonçant la criminalisation et l’intimidation des médias libres.

Ce jeudi 7 mai, la presse [Cf. notamment 20minutes.fr et actu.cotetoulouse.fr] a annoncé qu’un Toulousain était poursuivi par la justice pour « provocation publique à la commission d’un délit ou d’un crime ». Il est soupçonné d’être un « administrateur » de IAATA.info, un site d’information anti-autoritaire basé à Toulouse.

Cette poursuite serait liée à la publication d’un compte-rendu de la manif du 21 février 2015 à Toulouse. Cette manifestation était organisée un an après la manifestation nantaise contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes où 3 personnes avaient été éborgnées par des tirs de flashball. Elle avait pour mot d’ordre « Contre les violences policières et en soutien aux ZAD ».

L’article en question propose quelques pistes de résistance contre les techniques de maintien de l’ordre employées par la police. Ce sont ces mêmes techniques qui ont conduit à la mort de Rémi Fraisse le 26 octobre 2014 et qui entraînent la mutilation de nombreuses personnes, dans les manifestations et dans les quartiers populaires.

Rappelons que, suite à la mort de Rémi, rien qu’à Toulouse sur l’ensemble des manifestations de novembre ce sont près de 60 personnes qui ont déjà été poursuivies et 4 sont encore en prison.

Rappelons aussi que la police tue une dizaine de personnes chaque année.

En 2014, Amadou Koumé à Paris, Abdelhak Gorafia à Roissy, Pierre Cayet à Saint-Denis, Abdoulaye Camara au Havre, Morad à Marseille, Houcine Bouras à Colmar, Bilal Nzohabonayo à Tours, Rémi Fraisse sur la ZAD des Sivens, Timothée Lake à Toulouse sont morts entre les mains de la police, sans compter les nombreuses et nombreux mutilé-e-s et blessé-e-s par les armes policières.

Un grand nombre de personnes se battent depuis plusieurs années contre la police et sa violence. Les médias libres, les collectifs militants, les associations et les familles des victimes relaient régulièrement sur internet, par voie de tracts et d’affiches, des guides d’auto-défense juridiques, des conseils pour se protéger pendant les manifestations et des conseils pour sécuriser nos communications sur internet ou par téléphone.

Les pratiques d’automedias sont d’autant plus importantes aujourd’hui que la police continue à mutiler et à tuer dans l’impunité. Il est inacceptable d’être poursuivi-e et arrêté-e pour « provocation publique à la commission d’un délit ou d’un crime », lorsqu’on appelle à se défendre face aux violences policières.

Depuis toujours, les mouvements sociaux et les personnes en lutte se réapproprient des medias pour permettre la diffusion de l’information alternative, la coordination dans les luttes, l’émergence d’une voix autre que celle des medias dominants. IAATA.info en est un exemple parmi d’autres.

IAATA est un site ouvert à la participation de tous et toutes, qui garantit l’anonymat des contributeur-ices et qui représente l’émanation collective d’une ville.

La police cherche à identifier un-e responsable auquel-le faire porter le chapeau, à l’isoler en individualisant les poursuites. Il n’y a pourtant nulle responsabilité éditoriale individuelle à trouver puisque ce site s’appuie comme d’autres sur un fonctionnement collectif, participatif, sans hiérarchie, dans la continuité d’une ligne anti-autoritaire.

À l’heure où l’État vote de nouvelles lois antiterroristes et la loi sur le renseignement, à l’heure où la liberté d’expression paraît n’appartenir qu’à certain-e-s, à l’heure où la justice relance l’affaire de Tarnac, à l’heure où les tribunaux poursuivent Le Jura Libertaire, il faut avoir une position claire.

L’armada sécuritaire du gouvernement nous concerne tou-te-s ! Montrons-leur notre détermination. Nous continuerons à soutenir et diffuser tous contenus relatifs à l’autodéfense face à la police et à la justice ! Nous continuerons à porter des projets de medias indépendants et anti-autoritaires face aux intimidations de l’État !

Attaquer l’un d’entre nous, c’est nous attaquer tou-te-s !
Solidarité avec les médias libres et avec tous les réprimé-e-s !

Le 9 mai 2015 – Premiers signataires : Les collectifs d’animation et de modération de Rebellyon, Paris-Luttes.info, Brest-Info, Renverse.ch, la Rotative, Reims médias libres. Les sites Rennes Info, le Jura libertaire, Article 11, Espoir Chiapas, Primitivi, le Numéro zéro, la Brique, Jef Klak, Courant Alternatif, éditions AcratieCollectif Bon Pied Bon Œil
Si vous souhaitez ajouter la signature de votre site, journal ou collectif, écrivez à paris-luttes-infos.

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] « Des groupes ayant adopté un mode de vie communautaire »

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgTarnac : le parquet requiert le renvoi de Julien Coupat en correctionnelle pour terrorisme

Après sept ans d’une enquête mouvementée et largement médiatisée, le parquet de Paris a rendu son réquisitoire définitif dans l’affaire dite de « Tarnac ». En novembre 2008, dix jeunes gens issus de l’ultragauche gravitant dans ce petit village corrézien autour d’un intellectuel fédérateur, Julien Coupat, avaient été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Les services de police et de renseignement les soupçonnaient d’être impliqués dans une série de sabotages de lignes TGV commis dans les nuits du 25 au 26 octobre et du 7 au 8 novembre 2008.

Dans son réquisitoire, que Le Monde a pu consulter, le ministère public demande que seuls les trois principaux mis en examen – Julien Coupat, sa compagne Yildune Lévy et son ex-petite amie Gabrielle Hallez – soient renvoyés devant le tribunal correctionnel pour des sabotages « en relation avec une entreprise terroriste ». Il requiert un non-lieu pour deux de leurs compagnons, ainsi que pour trois des cinq sabotages, dont l’enquête n’a « pas permis d’identifier les auteurs ».

Pour les cinq autres membres présumés de cette « association de malfaiteurs », le parquet, qui reconnaît manquer d’éléments les reliant aux dégradations, rejette la circonstance aggravante d’« entreprise terroriste ». Il requiert néanmoins leur renvoi pour des « tentatives de falsification de documents administratifs », des « recels » de documents volés ou des « refus de se soumettre à des prélèvements biologiques ». C’est la juge d’instruction, Jeanne Duyé, qui décidera au final de renvoyer ou non devant le tribunal tous ces mis en examen. Elle devrait signer l’ordonnance de renvoi avant l’automne.

Flot de critiques sur l’enquête

Politisé dès sa genèse par le gouvernement Fillon, qui avait fait de l’« ultragauche » une priorité policière, le dossier Tarnac est devenu au fil de l’instruction un objet médiatico-judiciaire incontrôlable. Procès-verbal après procès-verbal, les méthodes d’enquête de la toute nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), créée le 1er juillet 2008, ont été éreintées par voie de presse, fragilisant chaque jour un peu plus l’instruction.

Si ce dossier a provoqué tant de passions et de remous, c’est en raison de sa charge politique et parce qu’il interroge les fondements mêmes de l’arsenal antiterroriste à la française. Dans ce contexte houleux, le ministère public savait son réquisitoire attendu. Aussi a-t-il pris le soin de revenir en détail sur le flot de critiques qui s’est abattu sur cette enquête et sur la plus épineuse des questions qu’elle soulève : Julien Coupat est-il un terroriste ?

Les fers à béton usinés posés sur les caténaires de cinq lignes TGV en octobre et novembre 2008 avaient occasionné de nombreux retards, mais aucun blessé. De l’aveu même des experts, ce dispositif, emprunté aux méthodes employées dans les années 1990 par les militants antinucléaires allemands, ne peut engendrer aucun déraillement ni porter atteinte à la sécurité des voyageurs.

Sabotage similaire en août 2014

Le caractère relativement bénin de ces dégradations avait été soulevé lors de l’instruction par les avocats de la défense, qui en contestaient le caractère « terroriste ». Le ministère public leur répond que « la finalité terroriste du groupuscule ne saurait être nuancée par l’absence de victimes humaines », l’article 421-1 du code pénal disposant que « les atteintes aux biens » peuvent constituer en droit français des actes de terrorisme pour peu qu’elles aient « pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».

En août 2014, un sabotage en tout point similaire – la pose d’un crochet sur une caténaire de la ligne du TGV Lyon-Paris – a pourtant été considéré comme un simple « acte de malveillance ». Selon les informations du Monde, c’est le parquet de Châlons-sur-Saône qui a ouvert une enquête préliminaire dans cette affaire, la section antiterroriste du parquet de Paris n’ayant pas jugé utile de se saisir du dossier.

Si Julien Coupat, Yildune Lévy et Gabrielle Hallez sont renvoyés pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », c’est donc uniquement à la lumière de leur idéologie et de leurs relations mise au jour par la surveillance dont ils faisaient l’objet avant le début des sabotages. Un contexte qui permet à l’accusation de projeter une intention terroriste sur des dégradations qui relèveraient en d’autres circonstances du droit commun.

« Structure clandestine anarcho-autonome »

L’enquête préliminaire visant les membres du groupe de Tarnac a été ouverte le 16 avril 2008, soit six mois avant les sabotages. Elle se fondait sur une note de la sous-direction antiterroriste décrivant cette communauté comme une « structure clandestine anarcho-autonome entretenant des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l’étranger et projetant de commettre des actions violentes ».

Les services de renseignement étaient destinataires d’une information selon laquelle Julien Coupat avait rencontré des anarcho-autonomes « dans un appartement new-yorkais » en janvier 2008. C’est ce voyage qui, sur la fois d’un renseignement des autorités américaines, a déclenché l’ouverture de l’enquête. Selon le ministère public, ces liens avec la « mouvance anarchiste internationale » constituent un des arguments justifiant la qualification de « terrorisme ».

Mais le pivot de l’accusation repose sur la pensée du principal mis en cause, c’est-à-dire sur ses écrits. Le ministère public considère comme acquis que Julien Coupat est la « plume principale » – ce que l’intéressé a toujours démenti – d’un « pamphlet » intitulé L’Insurrection qui vient, publié en 2007 par le Comité invisible. Ce texte préconise un « blocage organisé des axes de communication », au premier rang desquels les chemins de fer, par des groupes ayant adopté un mode de vie communautaire, afin de faire tomber « l’architecture de flux » qu’est devenu le monde moderne.

« Sentiment de terreur et d’intimidation »

Pour le parquet, cet « opuscule présenté de façon faussement béate par plusieurs témoins comme un simple livre de philosophie » est en réalité un guide théorique visant à « renverser par la violence l’État ». S’il reconnaît que le passage à l’acte violent « apparaît dans un premier temps de relativement faible intensité », le ministère public estime qu’il ne s’agissait que d’une « phase initiale » que l’interpellation des suspects a permis d’interrompre, évitant que ne s’installe « un sentiment de terreur et d’intimidation » dans le pays.

Le 25 mars 2009, les avocats de la défense avaient contesté la définition très large de l’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » au regard du droit international, estimant qu’elle s’appliquait abusivement à leurs clients. « Il ne suffit pas à la partie poursuivante de mettre en perspective des infractions de droit commun avec un discours politique critique pour caractériser l’existence d’une infraction terroriste, argumentaient-ils. Affirmer l’inverse permettrait de qualifier d’entreprise terroriste toute action portée par un discours politique ou syndical visant à dénoncer des choix politiques ou à exprimer une exaspération, voire une colère. »

« Si la promotion idéologique d’une nécessité de changer de société est une position politique protégée par la liberté d’opinion, sa mise en œuvre par l’intimidation ou la terreur relève de la délinquance, rétorque le ministère public. L’infraction terroriste est par nature politique puisque instiller l’intimidation ou la terreur a comme finalité l’exercice d’une forme de pouvoir sur la société. »

Au secours de la cote D104
Le parquet de Paris répond dans son réquisitoire à « la tentative de discréditer la cote D104 », pierre angulaire de l’accusation. Ce procès-verbal, qui retranscrit la filature du véhicule de Julien Coupat et de sa compagne Yildune Lévy durant la nuit du 7 au 8 novembre 2008, est censé attester de leur présence sur les lieux d’un sabotage. Or le PV de cette surveillance comporte plusieurs incohérences qui ont conduit les avocats à porter plainte pour « faux et usage de faux ». Ils contestaient la présence de certains policiers cette nuit-là, soupçonnés d’avoir rédigé leur PV à partir d’une balise posée illégalement sur la voiture du couple. L’information a conclu à un non-lieu. Le parquet s’appuie sur cette décision pour souligner que cette filature est « avérée par des éléments objectifs » et rappelle que les deux personnes mises en cause n’ont jamais contesté « leur présence sur les lieux de la surveillance ».

Leur presse (Soren Seelow, LeMonde.fr, 7 mai 2015)

 

Tarnac : le parquet demande le renvoi de Julien Coupat en correctionnelle

Le parquet de Paris requiert le renvoi en correctionnelle de huit militants libertaires, soupçonnés d’être à l’origine de sabotages de lignes SNCF dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008.

Le parquet de Paris a demandé le renvoi en correctionnelle de huit militants libertaires, dont Julien Coupat, dans le dossier du groupe de Tarnac sur des sabotages de lignes TGV survenus en 2008. Si la juge antiterroriste chargée de l’affaire suit ces réquisitions, seuls trois d’entre eux, dont le leader présumé Julien Coupat, seront jugés pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Le «groupe de Tarnac», présenté comme proche de l’ultra-gauche, est soupçonné d’être à l’origine de sabotages de lignes SNCF dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 sur des caténaires, dans l’Oise, l’Yonne et la Seine-et-Marne. Julien Coupat, 40 ans, et son épouse, Yildune Levy, 31 ans, ont reconnu leur présence cette nuit-là à Dhuisy (Seine-et-Marne) aux abords de la voie ferrée où passe le TGV Est, mais ont toujours nié avoir participé à la pose d’un fer à béton, retrouvé plus tard sur le caténaire. Tordu en forme de crochet, il avait causé d’importants dégâts matériels au premier TGV le 8 au matin, et fortement perturbé le trafic. Pour les agents SNCF interrogés par les enquêteurs, cet acte pouvait entraîner des dégâts matériels, sans menacer la sécurité des voyageurs.

Le parquet a requis le renvoi du couple notamment pour dégradations en réunion et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Lors d’un procès, ils encourraient jusqu’à dix ans de prison. «Retenir la qualification terroriste dans le dossier Tarnac prêterait à sourire, surtout aujourd’hui, s’il ne s’agissait pas d’un aveuglement judiciaire inquiétant», ont dénoncé les avocats des huit mis en examen, William Bourdon et Marie Dosé.

Détention provisoire

En revanche, le ministère public réclame l’abandon de l’incrimination de direction ou organisation d’un groupement terroriste, initialement retenue contre Julien Coupat, qui a effectué un peu plus de six mois de détention provisoire jusqu’en mai 2009. Ce chef d’accusation, qui peut encore être retenu par le magistrat instructeur, pourrait lui valoir jusqu’à vingt ans de réclusion et un renvoi aux assises.

Souvent présenté comme brillant intellectuellement, ce fils de famille aisée est considéré comme le fondateur et inspirateur d’un groupe d’une vingtaine de jeunes aux idéaux d’extrême gauche, qui gravitaient autour d’une propriété agricole proche de Tarnac (Corrèze).

Pour le parquet, l’enquête a mis en évidence le «basculement dans le terrorisme» du groupe, baptisé officieusement «comité invisible, sous-section du parti imaginaire». À l’appui de cette vision, il relève des extraits du livre L’Insurrection qui vient (2007), attribué à Julien Coupat, qui fait l’apologie de modes de sabotage propres à «finaliser la chute de l’État» et désigne notamment le réseau TGV comme cible «aisée». Les éléments de l’enquête ont mis au jour, selon le ministère public, «l’existence d’un plan concerté contre le réseau ferré».

Polémique

Outre les faits de Dhuisy, il impute à Julien Coupat une participation à un autre sabotage du TGV Est, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2008 à Vigny (Moselle), également au moyen d’un fer à béton accroché au caténaire. Il aurait été assisté par Gabrielle Hallez, 36 ans, son ex-compagne, dont le parquet a requis le renvoi pour dégradations en réunion et association de malfaiteurs terroriste. Tous deux ont reconnu leur présence à proximité (une heure de route) mais ont nié toute participation au sabotage. Les cinq autres personnes que le parquet voudrait voir jugées le seraient, si le magistrat instructeur suivait le réquisitoire, pour des faits bien moins graves, essentiellement liés à des faux documents et au refus de se soumettre à des prélèvements judiciaires.

Cette affaire a suscité une vive polémique au cours des six années de procédure, le gouvernement et la ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, ayant été accusés de l’instrumentaliser en insistant sur son caractère terroriste. Accusé par la défense d’informer les journalistes, le juge Thierry Fragnoli avait dû se dessaisir début 2012. Quant aux membres du groupe, qui affirment leur innocence et dénoncent une manipulation policière, ils ont mené une rude bataille procédurale mais ont été déboutés de leurs nombreux recours. Dans son réquisitoire, le parquet a souligné «la recherche de déstabilisation de l’instruction par tous les moyens disponibles qu’ils soient purement procéduraux, ou, de façon plus discutable, par une instrumentalisation des médias».

Leur presse (Agence Faut Payer, 7 mai 2015)

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[Révolution ukrainienne] Aperçu de la situation en Ukraine, par deux camarades ukrainiens

Paroles d’anarchistes ukrainiens

Le 7 mars 2015 à Paris, le public était convié à la librairie-local syndical « L’Émancipation » pour y rencontrer deux acteurs et témoins clés du mouvement social, dit « Euromaidan », qui a ébranlé le monde en libérant l’Ukraine des valets de Moscou qui la rackettaient au nom de la loi, mouvement de la société civile auto-organisée, indépendamment de tout parti politique ou leader charismatique, dans un but de défense des droits humains et des droits civiques : précisément ce que prônaient et faisaient déjà, depuis des années, de trop rares individus, parmi lesquels Maxime Boutkévitch, à Kiev, et Constantin Réoutsky à Louhansk.

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« Libérez Kolchenko et tous les prisonniers politiques de Crimée ». Place Maïdan à Kiev, juin 2014. Photo/Barbara Serré-Becherini

Chacun conviendra que la parole de tels hommes de principe et de terrain, vaut infiniment mieux que celle de cent journalistes de passage, de mille politiciens ou de cent mille Bernard-Henri-Lévys ; et qu’elle mérite donc d’être entendue au-delà du cercle restreint d’ultra-minoritaires déjà relativement bien informés qui formait ce jour-là l’essentiel de l’auditoire. L’intégralité de la rencontre ayant duré cinq heures (dont une partie a été filmée et peut être consultée en ligne), le montage son ici publié en trois parties/fichiers par Radio.Graphie se propose d’en rendre l’écoute plus aisée et confortable, en une heure vingt environ, dans la traduction française faite à l’attention des non-russophones par deux interprètes bénévoles, Igor et Anna. La prise de son et le montage sont l’ouvrage de Barbara.

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Maxime Boutkévitch, militant anarchiste, antifasciste et antiraciste de Kiev. À Paris le 7 mars 2015. Photo/Barbara Serré-Becherini

Dans la première partie, Maxime Boutkévitch, militant anarchiste, antifasciste et antiraciste de Kiev, cofondateur en 2006 de l’association « No Borders Project » de soutien et d’assistance aux migrants, évoque ce qu’a été pour lui le Maïdan, et développe comment il a été amené à mettre son expérience et ses connaissances au service de la grande masse de « déplacés internes » ayant fui la Crimée et le Donbass, dans le cadre d’un Comité d’assistance aux déplacés internes qui, prenant acte de la faillite de l’État ukrainien, s’est trouvé prendre en charge le plus gros de l’aide d’urgence indispensable aux plus démunis de ces réfugiés, et directement confronté à d’autres questions sociales brûlantes. Maxime Boutkévitch présente aussi rapidement l’activité du Comité de solidarité avec les otages de Crimée (qui soutient notamment la cause d’Alexandre Kolchenko, ce jeune activiste de sensibilité libertaire et écolo, illégalement incarcéré à Moscou depuis mai 2014, inculpé sans rire d’avoir pris part au complot terroriste nazi du Praviy Sektor caché dans les manifestations pacifiques de protestation contre le coup d’État militaire « antifasciste » des amis du gang des Loups de la Nuit), la poursuite du travail de documentation des abus et crimes policiers de l’ancien régime, enfin le cas méconnu de ces Russes qui, en nombre croissant, se réfugient en Ukraine.

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Constantin Réoutsky, médiactiviste de l’association « Vostok-SOS » de Louhansk. Paris 7 mars 2015. Photo/ Barbara Serré-Becherini

Dans la deuxième partie, Constantin Réoutsky, médiactiviste de l’association « Vostok-SOS » initialement créée pour venir en aide aux enfants des rues de Louhansk, et dont l’activité s’est élargie à la défense plus générale des droits humains, raconte comment il a contribué à l’« Euromaidan » de Louhansk – réputé n’avoir pas pu exister –, comment les pseudo-« séparatistes », en réalité les hommes de main de l’« oligarque » local Efremov, ont surgi pour que rien ne change dans ce bastion de la puissante Mafia connue sous le nom de « Parti des Régions », et comment les négociations menées dans l’espoir d’éviter une escalade de la violence ont été sabotées par l’intervention directe de l’État russe, qui envoya ses chiens de guerre en « touristes » missionnés pour réceptionner les premières livraisons d’armes et lever ces milices présentées comme « antifascistes » qui régnèrent par la terreur et le chaos jusqu’à ce que, mises en déroute par la contre-attaque des bataillons de volontaires ukrainiens, elles furent réduites au rôle de supplétifs des divisions blindées de l’armée russe accourues à la rescousse. La description de la vie des habitants de cette région en proie à une guerre qui ne dit pas son nom sert ici d’ouverture à la communication de Constantin Réoutsky.

Dans la troisième partie, Maxime Boutkévitch et Constantin Réoutsky répondent avec précision à diverses questions qu’ont posées diverses personnes dans le public, d’ordre principalement sémantique et politique. Ils signalent plusieurs sources d’information ukrainiennes dignes de foi, et concluent en appelant de leurs vœux le réveil de la société russe, seul espoir d’enrayer la machine de guerre contre-révolutionnaire et le bourrage de crânes totalitaire.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont rendu possible cette rencontre. Ce n’est pas si fréquent d’entendre s’exprimer publiquement à Paris des combattants de la dignité et de la vérité.

F.W. – Radio.Graphie, 1er mai 2015

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Doux sabotage (récit-recette)

DOUX SABOTAGE, récit, recette

À part un sac à dos, contenant la bombe d’hélium, on était partiEs les mains dans les poches.
Pleines de ballons.
D’humeur festive, nous nous étions bâti un itinéraire de goguette :
le métro et ses couloirs à l’acoustique étourdissante, ses rond-points pédestres brutaux, ses bousculades mollasses, les mains au cul, la RATP, quoi.

… Dans la rue des Bons Enfants…

Car nous chantions, nos refrains favoris.
Mais sans oublier notre mission : vérifier la véracité, et l’efficacité, des caméras de surveillance dans notre moyen de transport quotidien.
L’itinéraire ? Populaire, sans courants d’air de préférence.
ArrivéEs à trente, avec un seul ticket, on chante, on chante, on gonfle, on gonfle, on gonfle nos ballons de baudruche,  sous les caméras repérées de nos yeux de lynx.
À Strasbourg-Saint-Denis, des rebelles s’échappent : trop  de courants d’air. Ils s’échappent, trimballant leur poésie incongrue au nez des affiches publicitaires.

… On vend tout au plus offrant…

Flattés, pincés, caressés, mais jamais éclatés, ils s’échappent…
On serre le reste, en grappes, en groupe : par dix, ou quinze,
Hop, Hop !
Ils investissent les carrefours : Montparnasse ; Franklin Roosevelt; Champs Élysées (ouais, ouais…) ; Gare du Nord ; Odéon -( ouin-ouin)
Ils sourient, les ballons, ils sont filmés !
La caméra, ils aiment ça !
Mais c’est nous qu’on commande.
On les lâche, on les laisse, sans laisse.
Mais…
Hop ! Hop !
Ya du bruit en face, sur les quais…
c’est la merde sur les écrans,
Allez, chasse aux coupables…
À la chasse aux ballons ?

… Et maintenant il est plus là…

BOUM !

le 28 avril 2015

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Le 1er mai à Istanbul … la place Taksim une nouvelle fois interdite d’accès

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Reçu le 3 mai 2015

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[« Insulte à l’autorité de l’État »] Le procès du Jura Libertaire (2)

Reporté il y a six mois, le procès du Jura Libertaire se tiendra mardi 5 mai 2015 à 13 heures 30 devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Le Jura Libertaire est poursuivi par le procureur de la République suite à une plainte pour « injure et diffamation publiques envers la Police nationale », déposée en juillet 2010 par le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux afin de couvrir l’assassinat de Karim Boudouda, commis par la BAC à la Villeneuve (Grenoble).

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Maintenant que « 1000 Jura Libertaire et Indymedia Grenoble fleurissent » effectivement partout sur la Toile, sur les ondes, sur papier comme dans toutes les têtes, c’est après neuf ans de publications quasi quotidiennes que le Jura Libertaire mettra fin à ses activités en ligne, une fois rendu le jugement à venir.

Le Jura Libertaire – 16 avril 2015

P.-S. : La police travaille. Les trois ordinateurs innocents, saisis par la brigade de recherches de la gendarmerie de Limoges dans le cadre de l’enquête sur un obscur incendie antinucléaire, ont été restitués après six mois d’investigation.

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[On n’en a pas fini avec vous] Au front — pas ex

AU FRONT — pas ex

Aux NoBorders, depuis des années, et sur toute la planète, on dénonce la politique migratoire des nations soumises, ces riches qui pointent à l’Omc.
Dans un silence médiatique absolu.
Silence sur les sans-papiers, les migrants, qui meurent sous la botte policière, en Belgique, en Allemagne, en France, et partout ailleurs, même où Schengen n’a pas frappé.
Silence sur les militantEs, rouges, verts, noirs, écraséEs sous les bottes policières pour les protéger/défendre sur ces camps précaires relégués en périphéries.
Silence sur les flottes de Frontex, harnachées comme à la guerre, qui sont tiré sur des radeaux de migrants, dans la mer Égée, et ailleurs.
Au contraire : maintenant que le quota de morts alerte — l’équivalent d’un … pays ? —, on cherche des coupables : les passeurs ? Créés de fait par la situation de détresse voulue par les pays nantis ?
Qui d’autre ?
Certainement pas elleux, nos gouvernantEs, qui nous ont accoutuméEs au fait de se planquer dès qu’illes ont le dos au mur.
Pas elleux, qui ont créé et fait perdurer la situation dans les banlieues, par exemple, en laissant s’installer des zones de « non droit » pour favoriser d’autres quartiers, à coups de culture bidon.
Tout ça pour applaudir la police-qui-tue dans des rassemblements compassionnels.
Allez, redonnez des thunes à Frontex.
Augmentez la sécurité sur le web, en officialisant les débordements sur notre liberté d’expression, déjà existants — l’exemple est sous vos yeux.
Prenez tous les alibis possibles pour essayer de nous aliéner.
La solidarité et l’entraide est possible, sans vous.
Gardez vos embrouilles, fliquez-vous entre vous.

Quant à nous, on reste, entre nous : même pas peur !
On va continuer nos luttes.

On vous laisse à vos désastres calculés et vos magouilles d’initiés.
On n’en a pas fini avec vous !
Sans nationalité, ni dieu, ni maître !

abalaloi – 20 avril 2015

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[Contre Center Parcs] Samedi 2 mai à Grenoble

CONTRE CENTER PARCS : Samedi 2 mai à Grenoble

Bonjour à  tou-te-s,

Vous trouverez ci-joint l’appel à  rejoindre la journée de mobilisation contre Center Parcs le 2 mai prochain à  Grenoble. Il est à  l’initiative des collectifs de l’Isère contre Center Parcs et concerne la forêt des Chambarans à côté de Roybon.

http://juralib.noblogs.org/files/2015/04/Appel_2Mai-.jpg

Vous le savez peut-être, la lutte contre Center Parcs s’organise dans le même temps dans le Jura (Poligny) ainsi qu’en Saône-et-Loire (Le Rousset) où Pierre et Vacances souhaite également implanter ses usines à loisirs de masse, destructrices des lieux et à l’occasion des humains (et des animaux) qui y vivent en utilisant une fois de plus le chantage à l’emploi (précaire qui plus est) et des méthodes de barbouzes. Nous refusons ce chantage.

Nous n’avons pas lutté dans le Jura contre les pétroliers durant quatre ans et fait reculer la Celtic Energie (l’État a dernièrement rejeté la demande de renouvellement du permis dit “des Moussières”) pour laisser s’installer Pierre et Vacances et son Center Parcs.

Les logiques à l’œuvre sont les mêmes : que le pétrole ou les touristes coulent à flots, il s’agit d’asservir la nature et les humains, de privatiser les biens collectifs et de soumettre tout ce qui vit, pense, respire ou fleurit au règne de la marchandise et du capitalisme.

Les délais sont un peu courts mais il est important que cette mobilisation soit réussie. Merci de diffuser le plus largement possible : amis, syndicats, journaux, radios, sites militants, associations, etc… Joignons-nous le plus nombreux possible pour dire notre solidarité avec les opposants à Center Parc en Isère (et ailleurs) et notre opposition à ce projet nuisible et imposé.

De Sivens à Notre-Dame-des-Landes, du Val de Suze à Roybon, de Poligny à Gardane, du Rousset à la ferme des 1000 vaches, opposons nos solidarités à leur monde de béton et de profits.

Déplaçons nous à Grenoble le 2 mai, 11 heures parc Hoche.

Center Parcs : ni ici, ni ailleurs !

Salutations rouges et noires,

le syndicat CNT Interco 39 – 20 avril 2015

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Tir de flashball sur Yann : sa plainte classée sans suite

Un an après le tir de flashball de Yann à Toulouse : sa plainte contre la police est classée sans suite…

Le 21 avril 2014 deux maisons sont réquisitionnées par la CREA pour des familles rue Louis Plana à Toulouse.

Mais très vite les propriétaires et les flics débarquent pour empêcher toute installation. Plusieurs camions sont sur place et dans les rues alentours, la police nationale, les CRS, le SDIG (Renseignements Généraux) et la BAC sont sur place. Bref, c’est le déploiement de l’artillerie lourde pour empêcher qu’on puisse se loger en dehors des règles établies.

Ce n’est pas une première pour la CREA : les flics ont déjà déployé l’hélico et tiré au taser sur un toit pour expulser.

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Les flics posent alors un ultimatum : une sortie volontaire ou par la force. Face à cette violence ostensible, les familles choisissent de sortir par elles mêmes. Mais pour les flics ce n’est pas suffisant il leur en faut plus ; la BAC procède à quatre interpellations qui aboutiront sur des rappels à la loi et un procès pour violences (pour lire le soutien à notre camarade qui passe le 29 avril 2015 cliquez ici).

Armés de matraques mais aussi d’un LBD 40x46mm, ils n’hésitent pas à le pointer à hauteur de visage sur des passants ou des soutiens aux familles mais aussi à le faire passer de mains en mains, une technique policière bien rodée chez les flics pour rendre difficile l’identification d’un tireur.

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Plusieurs minutes après les arrestations, c’est Yann, 26 ans, qui prendra en pleine tête le tir de LBD par la BAC alors qu’il ne représentait aucun danger et était menacé d’un coup de matraque par un autre policier.

“La BAC nous a chargés sans raison, je me suis réfugié derrière une poubelle. Un policier de la BAC m’a vu et m’a dit de sortir de là en levant sa matraque pour me frapper. Je suis sorti en levant les mains et c’est à ce moment que je me suis écroulé. J’étais tellement sonné qu’au début je n’ai pas compris ce qui m’était arrivé. À l’hôpital le médecin m’a dit qu’à 3 centimètres près j’étais mort … J’ai eu tous les os de la joue cassés ou broyés et une partie d’un nerf touché dont je n’ai retrouvé la sensibilité qu’au bout de presque 1 an. Il a fallu attendre que mon hématome dégonfle pour m’opérer. On devait me poser une plaque pour aider les os à se remettre. Je me suis réveillé de l’opération avec 5 plaques dans le visage. Quelques semaines après  j’ai commencé à faire des infections. Au début les médecins ne voulaient pas croire à un lien avec l’opération, on m’a même enlevé les amygdales ! Mais ça n’a servi à rien et l’infection est revenue. Un an après j’ai toujours un gonflement au niveau de la joue et je retrouve petit à petit une sensibilité du nerf perdu, mais cela occasionne une douleur, comme des décharges électriques. Dans quelques jours je dois subir ma quatrième opération de l’année, on va me retirer les plaques et les infections devraient s’arrêter.”

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Yann

Yann a déposé une plainte par le biais de son avocat qui a été classée sans suite par le procureur de Toulouse “faute d’infraction caractérisée“. Selon Pierre-Yves Couilleau, le procureur, il n’ y a pas d’infraction caractérisée alors que les tirs de flash-ball et LBD sont strictement interdits au niveau du visage et à moins de 10 m. Sur les photos prises le jour même et les jours d’après, on voit clairement l’impact de la balle du LBD sur la joue de Yann, que faut-il de plus à un procureur pour voir que ce tir n’est ni dans les règles, ni proportionné ?

Classement sans suite : la loi des séries !

Ces derniers temps, les classements sans suite s’enchaînent : Damien, Quentin et Emmanuel, éborgnés par des tirs le 22 février 2014 pendant une manifestation à Nantes ont eux aussi vu leur plainte classée sans suite, tout comme Ayoub, éborgné à Montbéliard en 2011 pendant qu’il attendait le bus.

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Si Geoffrey, touché pendant qu’il mettait une poubelle devant le blocus de son lycée à Montreuil en 2010, a vu le policier qui lui a tiré dessus passer en procès et en plus être condamné, ce qui est extrêmement rare, ce dernier n’a eu qu’une peine minime, c’est-à-dire du sursis. Seulement deux autres policiers ont été condamnés pour des faits similaires, l’un pour avoir éborgné Sékou en 2005 et un autre condamné à 2 ans avec sursis pour avoir tiré sur Steeve, 9 ans, à Mayotte…

Si toutefois ces peines ne sont pas à la hauteur des mutilations et de la violence institutionnalisée de la police, nous savons à quel point c’est un véritable parcours du combattant pour traduire un policier au tribunal face à la bureaucratie judiciaire lorsqu’on est qu’un ou une simple individu-e.

Nous pensons aussi à ces policiers que la justice a acquitté alors qu’ils ont tiré et mutilé à vie ; ce fut le cas pour Pierre, éborgné en 2007 dont le policier tireur a été relaxé mais aussi Théo, éborgné en 1996.

L’autodéfense en accusation

Depuis, face à l’autodéfense des mutilé-e-s et des familles d’assassiné-e-s, les institutions de l’État ripostent pour faire taire toutes les voix dissidentes : à Nantes la procureure porte plainte pour une affiche la mettant en scène et dénonçant le classement sans suite des plaintes de Damien, Quentin et Emmanuel. Au Havre c’est le frère d’Abdoulaye Camara, assassiné de 10 balles dans le corps dans la nuit du 15 au 16 décembre 2014, qui s’est vu accusé d’avoir collé 7 stickers anti-police et a reçu une lettre de la mairie lui demandant de payer la facture du nettoyage, c’est-à-dire 105,93€ … bref du beau foutage de gueule !

Nous nous souvenons aussi d’Amal Bentounsi, dont le frère Amine a été assassiné d’une balle dans le dos qui avait été traînée en justice par Manuel Valls pour “diffamation publique envers une institution publique” suite à une vidéo dénonçant l’impunité policière. Procès qu’elle avait d’ailleurs brillamment gagné !

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Ces mesures ne visent qu’à une chose : faire perdre courage, mettre des bâtons dans les roues et tenter d’isoler les victimes et les familles. Mais il en faut plus pour faire taire les voix qui veulent la justice et la vérité !

Nous ne sommes pas seul-e-s, nous sommes ensemble ! Jusqu’au bout !

À tout-e-s les mutilé-e-s : Yann, Pierre, Ayoub, Davy, Casti, Nassuir, Sékou, Quentin, Damien, Emmanuel, Joachim, Bouch-B, Steve, Salim, Quentin, Fatouma et Mohamed, John, Jimmy, Daranka, Mohammad, Guillaume, Geoffrey, Nordine, Elias, Clément, S.N., Bruno, Alexandre, Samir, Halil, Joann, Maude, Jiad, Amine, Théo et les autres…

La police mutile, la justice est complice !

À tout-e-s les assassiné-e-s par la police : Abou Bakari Tandia, Mostefa Ziani, Rémi Fraisse, Bertand Nzohabonayo, Abdoulaye Camara, Morad, Abdelhak Gorafia, Houcine Bouras, Thimotée Lake, Yassin Aïbeche Souilah, Lahoucine Ait Omghar, Loic Louise, Fahmi, Abdel, Wissam El-Yamni, Amine Bentounsi, Youcef Mahdi, Mahmadou Marega, Nabil Matboul, Steve, Mohamed, Balé Traoré, Samir Abbache, Zyed&Bouna, Eric Blaise, Eric Mourier, Fethi Traoré, Taoufik El-Amri, Raouf et Tina Sebba, Lamine Dieng, Lakhamy et Mushin, Abdelhakim Ajimi et les autres …

La police assassine, la justice est complice !
Ni Oubli Ni pardon ! Justice et Vérité !

Liens : CREA – Toulouse | Urgence notre police assassine ! | Justice pour Wissam ! | Collectif du 8 juillet – Montreuil | Blog du 27 novembre 2007 – Nantes

Pris pour cible, 19 avril 2015

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[Toulouse] « L’Humain au cœur de l’habitat » … dixit les Chalets !

“L’Humain au cœur de l’habitat” … dixit les Chalets !

Nous écrivons aujourd’hui ce texte parce que nous avons besoin d’expliquer notre situation à celles et ceux qui voudront bien nous entendre. Nous sommes des gens en galère, des chômeurs, des femmes seules, des familles avec enfants, des travailleur-se-s pauvres, des étudiant-e-s précaires, des personnes âgées et des personnes de différentes régions du monde. Notre point commun est celui de ne pas avoir de logement depuis bien trop longtemps. Nous avons donc décidé de nous organiser par nous-même pour appliquer, ici et maintenant, notre droit à vivre dignement. Nous n’attendons plus rien de l’État ou des institutions qui se moquent bien de nous.

Nous avons pris l’initiative de réquisitionner les bâtiments situés au 44 et 46 boulevard Lascrosses, vides et abandonnés depuis plus d’un an, propriété de la Société Anonyme Le Groupe des Chalets, un des plus gros bailleurs sociaux en Midi-Pyrénées. Selon les Chalets, ces bâtiments  d’une vingtaine d’appartements sont non habitables en l’état, ils préfèrent donc laisser les lieux vacants tout en sachant que de plus en plus de gens dorment à la rue toutes les nuits sur Toulouse : drôle de politique sociale ! Nous, nous répondons le contraire. Dès notre arrivée, nous avons collectivement fait les travaux nécessaires avec l’aide de professionnels, et nous avons nettoyé les lieux pour rendre ce bâtiment habitable, et cela dans des conditions décentes.

Au lieu de tenter de comprendre notre situation, les Chalets, “bâtisseurs d’émotion” sur leur plaquette, ont préféré s’organiser en quelques jours pour nous assigner au tribunal dès le 10 avril (notre report a eu lieu le 17 avril pour un rendu qui tombera le 30 avril…), afin d’exiger et d’obtenir notre expulsion dans les plus bref délais. Ainsi, les Chalets prennent aujourd’hui la responsabilité active de mettre une soixantaine de personnes à la rue. Ils leur suffit de quelques jours pour organiser notre expulsion quand dans le même temps des dossiers de demande de logement prennent plusieurs années à aboutir !

Nous voulons simplement avoir un toit au-dessus de notre tête, des chambres pour nos enfants, de l’eau courante, pouvoir être en sécurité avec nos familles, bref, vivre dignement. Nous nous mettons donc en lutte pour rester chez nous ! Détourner les yeux, c’est cautionner les actions que les Chalets, “bailleurs sociaux”, sont en train d’appliquer afin de faire toujours plus de profit sur le dos des plus pauvres. Nous invitons celles et ceux qui souhaiteraient soutenir notre combat, sous quelques formes que ce soit, à venir nous rencontrer.

Pour venir prendre le café, aider à l’installation, transmettre des lettres de soutien etc. : c’est quand vous voulez au 44 et 46 boulevard Lascrosses – Métro B Arrêt Compans Caffarelli – Bus L16 Arrêt Héraclès

Pour téléphoner / écrire une lettre / envoyer un mail au Groupe des Chalets : 05.62.13.25.75 (ligne directe service de communication) – 29, bd Gabriel Koenigs 31000 Toulouse

Le collectif d’habitants du 44 et 46 boulevard Lascrosses – 20 avril 2015

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[Urgence notre police assassine] Commémoration de la mort d’Amine Bentounsi, le 2 mai

Commémoration de la mort de Amine Bentounsi
Le 2 mai 2015 à 14h30 départ de la gare de Noisy-le-Sec au tribunal de Bobigny

Voilà déjà 3 ans que mon frère Amine a été tué d’une balle dans le dos par un policier Damien Sabounjian à Noisy-le-Sec le 21 avril 2012.

Damien Saboundjian a été mis en examen pour homicide volontaire, son avocat Merchat (avocat des policiers dans la mort de Zyed et Bouna) plaide la légitime défense comme dans toutes les affaires ou des policiers sont responsables dans la mort d’une personne c’est leur premier argument systématiquement.

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En octobre 2014 nous avons appris la requalification des faits d’ “homicide volontaire” à “violence volontaire ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner” ce changement s’appuie sur un expert en balistique qui dit “qu’un homme aurait pu se retourner en une fraction de seconde et mettre la vie de ce policier en danger.

Dans cette affaire nous n’avons malheureusement pas eu l’aide de la vidéo comme aux États-Unis, pour démontrer que ce policier a abattu mon frère volontairement, il est quand même révoltant que les familles doivent se battre avec acharnement pour demander justice quand il s’agit de policiers mis en cause, malgré tous les témoignages et les éléments à charge contre ce policier.

La déqualification des faits nous laisse un goût amer, néanmoins ce policier sera traduit devant les assises et sera jugé par un jury populaire au tribunal de Bobigny. En attendant son procès il a obtenu sa mutation dans la région de Grenoble dont il est originaire, suspendu de ses fonctions mais continue à percevoir son salaire par le ministère de l’Intérieur, à la suite des pressions faites par les syndicats policiers pour le maintien de son salaire. L’avantage d’être au dessus des lois, on obtient beaucoup plus de privilèges de la part de la justice et de l’État quand un manifestant qui s’indigne de la mort d’un militant écologiste (Rémi Fraisse) qui écope six mois de prison dont deux mois ferme. Justice égale pour tous ? Réalité ou utopie ?

Depuis un an que le dossier de l’instruction est clos nous attendons une date de jugement qui ne vient pas.

Pour toutes ces raisons nous seront déterminés à jamais pour la vérité et la justice.

Amal Bentounsi
Collectif Urgence notre police assassine

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Comment échapper à la surveillance des « services » lorsque nous marchons dans la rue

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgNouvelle loi « sur le renseignement »

Ce lundi 13 avril, l’Assemblée Nationale examinera une nouvelle loi dite « sur le renseignement ». Ce texte visant à limiter les effets indésirables du terrorisme national et mondial, aura pour vocation première de faciliter le travail de nos agents du renseignement. Selon le ministre de l’Intérieur B. Cazeneuve, il s’agit d’abord de « légaliser » des pratiques dont les « services » n’usaient jusqu’à présent qu’au risque de poursuites judiciaires mais aussi d’étendre leurs capacités de surveillance, notamment sur l’Internet.

Prémonition ou anticipation ? De nombreux confrères ont choisi ces derniers mois, d’informer leur lecteurs quant aux techniques qui permettent d’échapper à la surveillance sur l’internet. De l’aveu même de la NSA des dispositifs tels que Tails semblent effectivement en mesure de tenir en échec le gratin des services secrets.

Mais qu’en est-il de la vie hors du cyber-monde ? Comment échapper à la surveillance des « services » lorsque nous marchons dans la rue ? Le piéton, n’aurait-il pas, lui aussi, le droit d’être informé des dispositifs mis en place pour suivre le moindre de ses faits et gestes ?

C’est sur cette question épineuse que lundimatin a choisi de se pencher. C’est finalement, sur le « net » que nous avons pu trouver des réponses à nos questions. De forums en canaux IRC, nous avons pu discuter avec des internautes qui depuis plusieurs années prétendent avoir récolté bon nombre d’informations quant aux tactiques policières de surveillance. Face à notre insistance, ils ont accepté de nous donner accès à l’un de leurs documents de travail inédit et d’une rigueur impressionnante. À la manière du sociologue, ces anonymes ont compilé enquêtes de terrains et observations des « manières » de la police, tant en France qu’en Allemagne.

Le document que nous sommes en mesure de partager avec vous n’est pas finalisé mais au vu de sa qualité, de son intérêt pour le débat public ainsi que de son actualité, nous avons décidé de le rendre accessible au moment même où de nouvelles dispositions législatives semblent le rendre (très) partiellement caduque.

Si vous avez toujours voulu savoir comment échapper à une filature, lisez ce qui suit.

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LundiMatin #18, 13 avril 2015

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Résistons Ensemble n° 140 – avril 2015

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Résistons Ensemble

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[Contre l’idéologie zadiste] De prétendues occupations révolutionnaires de terres le long du Guadalquivir

Marinaleda  : Mythe et réalité du coopérativisme en Andalousie

Ces dernières décennies, l’une des principales victoires des gestionnaires de la domination en Europe, ce n’est pas seulement d’avoir embastillé, parfois même tué, des individus qui avaient osé remettre en cause leur pouvoir dans la période précédente, marquée à des degrés divers par des poussées subversives. C’est aussi d’avoir joué, en partie du moins pour les plus modernisateurs d’entre eux, le rôle d’exécuteurs testamentaires des illusions de la période révolue, en les adaptant aux exigences actuelles de la société capitaliste. Et, en même temps, d’avoir neutralisé, vidé de leur sens, voire occulté, les idées, les conceptions, etc., subversives qui étaient partie intégrante de telles poussées. L’Espagne n’y fait pas exception. L’amnésie entretenue par le pouvoir d’État issu du franquisme et, de façon générale, par l’ensemble des États européens, ainsi que la faiblesse concomitante de la critique actuelle du capital contribuent à faire passer des vessies réformistes, en particulier celles qui relèvent de l’idéologie alternative, déjà combattue à maintes reprises, pour des lanternes révolutionnaires inédites. Deux facteurs qui expliquent pourquoi des opérations promotionnelles, en Andalousie, de syndicalistes et de politiciens d’opposition, en quête de reconnaissance et de notoriété, puissent être assimilées, à travers l’Europe, à des tentatives de reprise révolutionnaire des terres, renouant avec l’esprit de celles qu’elles existèrent à l’époque de la révolution espagnole, en Aragon. L’objet de la lettre que je diffuse aujourd’hui, datée de l’automne 2013 et que j’avais envoyée à des connaissances séjournant en Espagne, est de contribuer à dévoiler la véritable nature de pareilles impostures.

André Dréan
Printemps 2015

Cher Z, je comprends ta déception après ton séjour dans la plaine du Guadalquivir, en particulier au village coopérativiste de Marinaleda, la prétendue « utopie locale » mise en place il y a des décennies sous la houlette du cacique historique du SOC (Sindicato de Obreros del Campo), Gordillo, maire du bled et député de Izquierda Unida, l’équivalent du Front de gauche en version régionaliste et nationaliste andalouse. Gordillo participe d’ailleurs au gouvernement de la région autonome d’Andalousie aux côtés du PSOE (Partido Socialista Obrero Español). Sa notoriété découle de son double langage et de sa double attitude : membre de l’institution, il n’hésite pourtant pas à lancer des opérations coups de poing avec ses groupies du SOC, rebaptisé le SAT (Sindicato Andaluz de Trabajadores), par exemple des « reprises » dans des supermarchés de la région de Séville et de Cadix avec convocations des journalistes à la clé. Ce n’est pas pour rien que ce malin démagogue est parfois surnommé le Chavez andalou. Avec lequel il entretenait, jusqu’au décès de ce dernier, les relations les plus étroites.

En réalité, au-delà de ses poses de révolutionnaire, sous le portrait de Guevara accroché à la mairie du village de Marinaleda, situé dans la région de Séville, et de ses références au Marcos de l’EZLN, il pratique l’habituel clientélisme andalou. Ainsi, le maintien en survie suspendue de la coopérative de Marinaleda, touchée de plein fouet par la crise en Espagne, dépend aussi de sa position parlementaire et de la discrète distribution, via les institutions andalouses, de subventions, y compris en provenance de Bruxelles, pour soutenir cette « remarquable » expérience d’économie locale et alternative placée sous le signe de la prétendue « souveraineté alimentaire ». Après le « socialisme dans un seul pays », qui constituait l’idéologie officielle du SOC à l’époque héroïque du franquisme, voici venu le temps « des utopies andalouses qui étonnent le monde », pour citer l’abominable démagogue du SAT, interviewé dans l’un des hôtels cotés de Caracas, par des journalistes à la solde de Chavez. Ici, en France, tous les sociologues façon citoyenniste, les naïfs et autres adeptes du tourisme révolutionnaire en Europe, reçus en grande pompe à la mairie de Marinaleda et qui visitent ses annexes avec quelques cornacs, comme on visitait autrefois les fermes d’État modèles en Chine populaire, n’ont pas la moindre idée de ce qui s’y trame. Signe des temps, on va aujourd’hui à Marinaleda comme on allait hier au Chiapas. Mais, il faut dire que, crise oblige, c’est bien moins cher, beaucoup moins dangereux et bien plus rapide de s’y rendre.

Au lendemain de la fin du franquisme, l’idéologie du SOC était le marxisme-léninisme revu et corrigé en fonction du mythe nostalgique du « commarcalisme » andalou, issu des insurrections républicaines dans le sud de l’Espagne, au XIXe siècle. L’idéologie « commarcaliste » consistait alors, pour l’essentiel, à opposer à la domination de la monarchie bureaucratisée installée à Madrid, les restes d’administration, plus ou moins idéalisés, municipales et régionales en Andalousie, considérés comme des bases d’appui pour instaurer la république, y compris par les armes. À l’époque de la transition démocratique donc, le drapeau du SOC était rouge et, à la façon stalinienne, l’image de l’ouvrier agricole brandissant la faucille et le marteau y était en bonne place avec, en prime, le slogan racoleur relatif à « l’expropriation des expropriateurs ». Bref, du capitalisme d’État aux couleurs du communisme. Ce qui n’empêchait pas des caciques du SOC d’appeler à suspendre des grèves spontanées de salariés agricoles en période d’élections municipales, comme j’ai eu l’occasion de m’en rendre compte de visu à Xérès (Jerez de la Frontera) vers la fin des années 1980, lorsque je séjournais dans la province de Cadix.

Aujourd’hui, la page du marxisme-léninisme est tournée. Pour l’essentiel, il a fait faillite, du moins sous ses formes antédiluviennes. De toute façon, l’Espagne en général et l’Andalousie en particulier ne sont plus ce qu’elles étaient, restructuration et intégration accélérée à l’Europe obligent, sur fond de disparition des anciennes relations de classes. Même l’immigration saisonnière des bras nus andalous à travers l’Europe, dont la défense de la force de travail était l’une des raisons d’être principale du SOC, a presque disparu et, en Andalousie même, ils sont déjà remplacés par des sans-papiers originaires du Maghreb. La descendance des campesinos d’antan s’entasse bien souvent dans des quartiers pourris de villes comme Séville et n’a, comme tu le soulignes à juste titre, nulle envie d’aller cultiver les terres locales, parfois très polluées dans la plaine ainsi que sur les plateaux entourant le Guadalquivir, même lorsqu’elles sont en friche. Elle préfère, jusqu’à preuve du contraire, voler le nécessaire dans les supermarchés ou dépouiller les riches touristes et les branchés des quatre coins de l’Europe venus s’installer dans les quartiers historiques des centres villes andalous. Je les comprends.

Bref, la quasi-disparition de la base de classe traditionnelle du SOC, associée au ressentiment de la population pauvre et déclassée andalouse envers le pouvoir central de Madrid et envers Bruxelles, explique la montée en puissance du sentiment régionaliste et nationaliste, auquel le SOC, transformé en SAT, a bien dû s’adapter sous peine de disparaître. Le rouge a donc cédé la place au vert et au blanc du drapeau andalou, les symboles marxistes-léninistes, à commencer par la noble figure du campesino, ont disparu pour céder la place au sobre acronyme SAT, et le reste à l’avenant. Il n’est même plus fait référence à « la fin du salariat » et les proclamations réalisées dans le cadre de Via Campesina, en particulier avec la Confédération paysanne, reconnaissent la « nécessité du travail salarié » dans l’agriculture et ne dénoncent que les formes les plus extrêmes du travail au noir ! Rien d’étonnant que des opérations promotionnelles comme l’occupation récente de quelques fincas, en particulier celle de Somonte, située entre Cordoue et Séville, sous l’œil des journalistes et des politiciens de gauche et d’extrême gauche, y compris français, convoqués, aient comme slogan le mot d’ordre populiste : « Andalous, la terre est à vous, récupérez-la ! »

Comme je l’ai déjà dit à de multiples reprises, récupérer des terres n’est pas en soi négligeable, encore moins condamnable au nom de je ne sais quel idéal de pureté révolutionnaire. À condition que ceux et celles qui décident de les occuper n’aient pas la moindre illusion envers l’État, au plein sens du terme. Lequel ne se limite pas au pouvoir central, ici domicilié à Madrid, mais inclus tous les pouvoirs locaux, municipalités comprises. Or, en Andalousie, avec le SAT comme maître d’œuvre et Gordillo le député démagogue comme promoteur, on peut craindre le pire, en matière de liquidation de la moindre tentative d’activité en rupture avec le monde du capital et de l’État. À terme, l’action liquidatrice du SAT sera plus efficace sans doute que l’intervention brutale de la police pour évacuer la finca, même si celle-ci n’est pas à exclure. En France, même L’Humanité y va de son apologie des prétendues occupations sponsorisées par le SAT et du coopérativisme, à la suite, bien entendu, de la Confédération paysanne, de Longo Mai, j’en passe et des meilleures ! Voilà qui devrait faire réfléchir nos révolutionnaires hors sol, y compris du côté de Notre-Dame des Landes, à la recherche de causes improbables à défendre et de rencontres exotiques à portée de TGV, dans le genre des appellistes et assimilés, qui reconduisent, sur des terrains qu’ils reconnaissent eux-mêmes comme ne relevant plus de la lutte de classe d’antan, tous les tics du militantisme à la papa.

Post scriptum. Alors que j’étais en train de rédiger cette lettre, des tensions commençaient à apparaître au sein du collectif d’occupation à Somonte. Car les responsables locaux du SAT, qui avaient dirigé l’opération, n’avaient pas tardé à apparaître comme de vulgaires caciques, autoritaires et centralisateurs, ne tolérant pas la moindre tentative visant à sortir du carcan qu’ils avaient délimité. Il est par contre dommage que les critiques qui leur furent adressées, à Somonte même, aient porté essentiellement sur leur bureaucratisme, sans remettre en cause, à ma connaissance, le coopérativisme qui présida à l’occupation, pas plus que la revendication réformiste appelant à réaliser quelque « réforme agraire » en Andalousie. C’est la principale limite du texte que j’ai reçu en 2014, « Aider Somonte à résister », actuellement disponible sur le Web. Or, dans l’Andalousie d’aujourd’hui, la reprise de l’appel d’antan « La terre à ceux qui la travaillent » est pour le moins obsolète et ne remet rien d’essentiel en cause, à commencer par le travail salarié lui-même.

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