[Vive la grève sauvage !] « Ce ne sont ni l’AMCU, ni le NUM qui nous ont dit de faire grève, c’est nous les tra­vailleurs, pas les syn­di­cats, et ce ne sont pas eux qui nous diront ce que nous devons faire »

Les mineurs sud-africains veulent porter plainte contre la police

Les syndicats de 12’000 mineurs, licenciés vendredi par Anglo American Platinum pour des grèves sauvages, accusent la police d’avoir abattu un des leurs jeudi soir.

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Plus une semaine ne passe sans que l’Afrique du Sud soit rattrapée par des violences meurtrières sur fond de conflit social. Ce lundi 8 octobre, les mineurs ont décidé de passer à l’offensive. Ils ont annoncé leur intention de porter plainte contre la police nationale sud-africaine pour meurtre et tentatives de meurtres après la mort jeudi d’un des leurs à Rustenburg.

L’homme a été tué lors d’affrontements avec les forces de l’ordre qui entendaient disperser un rassemblement sur le site d’extraction minière d’Anglo American Platinum (Amplats). « Ils ont tiré sur les gens jusqu’à ce qu’ils tuent un de nos collègues, a raconté à l’AFP George Tyokeba, un de leur représentant. Les mineurs ne se battaient pas, ils étaient juste assis sur la colline ».

Amplats avait convoqué cette semaine tous les grévistes de Rustenburg en conseil de discipline, et menacé de licencier ceux qui refuseraient de comparaître. Menace mise à exécution dès vendredi : 12.000 employés ont été mis à la porte par le numéro un mondial du platine. Au moins huit personnes sont mortes aux alentours de Rustenburg dans des violences liées aux grèves cette semaine.

Meurtre à Marikana

Dans la ville voisine de Marikana, un syndicaliste a également été tué samedi soir dans des circonstances troubles. C’est là-bas que la crise sociale avait été exacerbée par une fusillade sur un site de platine exploité par Lonmin. La police avait abattu 34 mineurs grévistes le 16 août.

Depuis l’été dernier, le mouvement social des mineurs pour de meilleurs salaires ne faiblit pas. En représailles, les majors de l’or et du platine brandissent et mettent à exécution des menaces de licenciements massifs. Au total 100.000 personnes, mineurs mais également transporteurs routiers, sont actuellement en grève.

Presse esclavagiste (Metro, 8 octobre 2012) via Solidarité ouvrière


Afrique du Sud : la police abat le cousin d’un syndicaliste … par erreur

Le secteur minier en Afrique du Sud est secoué par de violents conflits sociaux depuis l’été dernier.

Un homme a été tué samedi soir, apparemment par erreur en lieu et place de son cousin syndicaliste, en marge des violents conflits sociaux qui agitent le secteur des mines en Afrique du Sud depuis l’été dernier, a-t-on appris dimanche de source syndicale. La victime a été tuée dans la maison de son cousin syndicaliste, « dans ce qui semble être une erreur d’identité », a déclaré le porte-parole du syndicat national des mineurs (NUM), Lesiba Seshoka, dans un communiqué.

« Selon un ami présent au moment de l’incident, des hommes armés ont surgi de nulle part, dans le foyer des travailleurs de Marikana, et ont immédiatement tiré sur le cousin du syndicaliste, assis sur un lit », a-t-il ajouté. Le meurtre a eu lieu à Marikana, une ville minière du nord-ouest de l’Afrique du Sud, où le conflit social pour de meilleurs salaires a déjà fait 46 morts, essentiellement dans des affrontements entre la police et les grévistes.

Jeudi, un travailleur avait trouvé la mort sur un site d’Anglo American Platinum, non loin de Rustenburg, ville minière voisine de Marikana, lors d’affrontements avec la police. Au moins huit personnes ont été tuées dans la région de Rustenburg cette semaine, à la suite des violences liées à la grève des mineurs. Parmi elles, deux personnes étaient liées au syndicat national des mineurs. Depuis le début des conflits sociaux dans les mines, les grévistes expriment une vive défiance envers le NUM, accusé d’être trop proche du pouvoir et du patronat.

Presse esclavagiste (LePoint.fr / Agence Faut Payer, 7 octobre 2012)


Bien crevée, vieille taupe ? (1)

45 morts lors d’une grève sauvage dans les mines les plus dangereuses du pays le plus inégalitaire et le plus violent (hors conflit — sic !) du monde, « business as usual » dira-t-on, tout comme les coups de grisou qui se produisent encore régulièrement en Chine ou en Russie, lointains et inévitables « revival » de la préhistoire carbonifère d’un capitalisme voué à moyen terme à l’immaculé et au numérique… Et pourtant, le supplément économique d’un grand quotidien adepte de l’austérité et des gaz de schiste, ne titrait-il pas dernièrement : «  la France doit-elle rouvrir ses mines ? ».

En tout cas, au-delà des vaticinations futurologiques, la question du secteur minier, de son évolution récente et des luttes qui s’y sont déroulées et s’y déroulent, ne méritent pas de passer par pertes et profits sous prétexte d’un déclin inexorable, chaque jour un peu plus démenti.

Restructuration, mines en abîme

Les débuts de la restructuration ont été notamment marqués par deux grandes luttes de mineurs, l’une aboutissant à une victoire en demi-teinte (grève des mineurs américains en décembre77/mars 78) et l’autre à une cuisante défaite (la grève des mineurs anglais de 84/85). Si la première semblait marquer un coup de frein à la contre-offensive du capital, la seconde a signifié l’écrasement de toute résistance au roll back. Quoiqu’on pense du rôle des « bastions de combativité » (cf. la SNCF en 95), ils incarnaient une continuité des luttes qui donnait à l’affrontement une forte charge symbolique et stratégique. Comme le résumait à l’époque un mineur de Virginie occidentale : « Je fais ça pour tout le monde. La plupart des mineurs ressentent la même chose. S’ils brisent notre syndicat, les compagnies feront pareil aux autres. S’ils nous mettent par terre, ils casseront aussi les reins de ceux qui travaillent dans l’usine d’à côté. » Auquel semble répondre en écho un mineur anglais au moment de la reprise du travail : « Au moins, nous nous sommes bien battus pendant un an. » Et si, vu d’aujourd’hui, ces combats peuvent paraître « d’arrière-garde », c’est bien parce que ce secteur était, d’une certaine manière, déjà à « l’avant-garde ».

En effet, la substitution du pétrole au charbon qui visait notamment à briser la centralité de ce groupe ouvrier combatif et très organisé, avait commencé bien plus tôt. Ainsi en France, c’est dès 1961 que des mines ferment ce qui provoquent des mouvements massifs (occupation de fond à Decazeville et ailleurs, « grande marche sur Paris » en 63) qui obtiendront diverses mesures de reclassement dont une promise à un grand avenir, les préretraites. C’est dans ce secteur minier, par essence rivé à un territoire et corseté par de lourds coûts d’investissement (en quelque sorte l’inverse de l’industrie textile), qu’a commencé, en Occident, ce fameux « abandon » du travail par le capital qui fait encore tant pleurnicher syndicalistes et politiciens. Bien sûr, le passage au « tout pétrole », qui s’est effectué à une vitesse jamais vue dans l’histoire (en 1950 le charbon assurait encore 65% de l’approvisionnement en énergie dans le monde occidental) participait aussi du nouvel équilibre fordiste, à travers notamment à la stabilité des prix garantie par le cartel des « sept sœurs », et symbolisait le plein déploiement de la subordination réelle et de la seconde révolution industrielle [Sur la question du rapport entre énergie et lutte des classes, on trouve de nombreuses analyses dans le n°13 (hiver 08/09) de la revue en ligne The Commoner]. En ce sens, le secteur minier était effectivement destiné au rayon des archaïsmes en voie de disparition. Mais mieux vaut laisser le déterminisme technique aux apologues du capital, aux tenants du marxisme momifié et autres libérateurs des « forces productives », car dans le jeu réciproque entre système technique et rapports sociaux, il n’y a pas de place pour une quelconque neutralité supra historique (progrès ou autre).

La relative (voire très relative cf. par exemple Suède ou Pologne) disparition du secteur minier au nord dans la restructuration est d’abord venu entériner une défaite prolétarienne, et ce dans ce qu’elle a eu de plus décisif, c’est à dire ses limites internes non dépassées (identité ouvrière, affirmation du travail). Les mineurs anglais inondant les puits dont ils voulaient justement empêcher la fermeture ont eux aussi incarnés cette contradiction et son potentiel explosif.

Restructuration sans fin – Blog des séditions asymétriques, 7 octobre 2012


[Grèves sauvages des mineurs en Afrique du Sud] « S’ils disent qu’ils nous licencient, nous allons nous battre contre eux. Il y a déjà des gars qui projettent de brûler la fonderie », Rustenburg, 6 octobre 2012

Crise minière sud-africaine : un nouveau mort, 12’000 grévistes licenciés

Le numéro un mondial du platine Amplats a annoncé vendredi le licenciement de 12 000 de ses 28’000 mineurs en grève sauvage du site de Rustenburg dans le nord de l’Afrique du Sud, au lendemain de la mort d’un gréviste tué par la police.

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« Environ 12’000 employés ont décidé de ne pas se présenter (devant les conseils de discipline), de ne pas assister aux audiences, et ont donc été licenciés en leur absence », annonce un communiqué d’Amplats, filiale d’Anglo American, qui avait clairement menacé de licencier les grévistes refusant de comparaître devant les conseils de discipline.

Ces conseils, convoqués depuis mardi, se sont tenus comme prévu, explique Amplats. « Les employés concernés connaîtront aujourd’hui (vendredi) le verdict de leur audience. Ils auront trois jours ouvrables pour faire appel ».

L’entreprise, dont tous les puits du bassin de Rustenburg sont bloqués depuis le 12 septembre, avait déjà lancé plusieurs ultimatums à ses employés, les sommant de reprendre le travail sous peine de licenciement. Les ultimatums avaient jusqu’à présent été repoussés à chaque fois.

Les grévistes, dont le mouvement ne respecte pas les procédures du droit du travail sud-africain, réclament 16’000 rands (1843 $) mensuels, une substantielle augmentation.

Les violences à Amplats témoignent de la tension qui règne toujours dans nombre de mines sud-africaines, paralysées depuis presque deux mois par des grèves sauvages.

Jeudi soir, un mineur a de nouveau été tué dans des affrontements entre employés d’Amplats et policiers à Rustenburg.

Les policiers affirment avoir utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser un rassemblement illégal, assurant que les mineurs avaient commencé à jeter des pierres sur les forces de l’ordre.

« On ne reculera pas »

Tous les témoignages recueillis auprès des mineurs indiquent au contraire que la police a ouvert le feu avant qu’il y ait eu la moindre marque d’hostilité de la part des mineurs.

« Ils n’ont rien jeté sur les policiers », a souligné Mikael Rafuza, un mineur proche du comité de grève soutenu par une poignée de militants trotskystes.

Un autre mineur, qui a demandé à garder l’anonymat, a conduit l’AFP sur les lieux, un hameau de logements en tôle ondulée, où selon lui, un groupe de mineurs a refusé d’obtempérer lorsque les policiers les ont sommés de se disperser, comptant jusqu’à dix pour les faire partir.

« 1, 2, 3, 4… et ils ont tiré. La balle l’a touché lui et les autres (mineurs) quand ils ont vu ça se sont enfuis », a-t-il dit.

Les grévistes, très déterminés, répètent sur tous les tons qu’ils veulent 16’000 rands mensuels et qu’ils ne savent pas quand la grève prendra fin.

« On ne reculera pas, peu importe ce qu’ils disent ou ce qu’ils font, on se battra jusqu’à la dernière goutte de sang », a déclaré l’un des animateurs du mouvement, Mametlwe Sebei.

Depuis une semaine, les mineurs d’Amplats, relativement pacifiques jusque-là, semblent s’engager dans un bras de fer sans merci.

Des violences avaient déjà fait cinq morts en début de semaine.

Les menaces à peine voilées proférées vendredi aux non-grévistes n’augurent rien de bon. « Ceux qui vont au travail sont responsables de la mort des autres », a lancé l’un des leaders du mouvement, promettant que « personne ne dormirait la nuit prochaine, car nous devons contrôler les gens qui vont au travail ».

Il a ensuite donné rendez-vous à tous samedi à 7h (1h, heure de Montréal) pour un nouveau rassemblement suivi d’une marche jusqu’au lieu du décès de la victime de jeudi pour y prier.

Tandis que l’impasse semble totale chez Amplats, une lueur d’espoir est apparue cette semaine pour les mines d’or où le mouvement a fait tache d’huile.

La Chambre des mines a accepté, sous la pression, de tenter de débloquer la situation et de proposer sans tarder des hausses de salaire.

La crise sociale a été exacerbée par la fusillade de Marikana, où la police a abattu 34 mineurs en grève le 16 août sur un site de platine exploité par Lonmin.

Depuis deux semaines, les transporteurs routiers ont également cessé le travail pour réclamer de meilleurs salaires, ce qui porte à environ 100’000 le nombre de salariés en grève dans le pays, selon un décompte de l’AFP.

Presse esclavagiste (La presse canadienne / Claudine Renaud de l’AFP, 5 octobre 2012)

Le Chat Noir Émeutier, 7 octobre 2012


Afrique du Sud : « S’ils ne veulent pas nous parler, beaucoup de choses vont brûler à partir d’aujourd’hui »

Les mineurs sud-africains d’Amplats rejettent avec force un licenciement massif auquel vient de s’ajouter la majorité des 3.500 mineurs qui menaient une grève illégale chez Atlatsa Resources Corporation

« S’ils ne veulent pas nous parler, beaucoup de choses vont brûler à partir d’aujourd’hui », « S’ils disent qu’ils nous licencient, nous allons nous battre contre eux. Il y a déjà des gars qui projettent de brûler la fonderie » ont lancé à l’AFP des mineurs sud africains.

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La police veille pendant que des mineurs prennent le chemin d’une colline après la mort d’un de leur collègue dans des affrontements, le 6 octobre 2012 à Bleskop en Afrique du Sud.

RUSTENBURG (Afrique du Sud) — Des centaines de mineurs sud-africains du site de Rustenburg (nord) d’Amplats, numéro un mondial du platine, ont tenu samedi un rassemblement pacifique pour protester contre le licenciement massif de 12.000 personnes, mais brandi la menace d’un recours à la violence.

« C’est le début de la guerre », a ainsi lancé l’un des responsables syndicaux des mineurs, Gaddhafi Mdoda, sous les acclamations.

Regroupés dans un stade de Rustenburg, les mineurs ont été encouragés par leurs leaders à rejeter le licenciement prononcé par Anglo American Platinum (Amplats) et continuer les protestations jusqu’à l’obtention d’une augmentation salariale.

« Si Anglo American n’est pas prêt à négocier, ils doivent faire leurs bagages et partir », a déclaré M. Mdoda à l’AFP.

Les mineurs de différents puits d’extraction s’étaient rendus au stade sous escorte policière, scandant des slogans, tandis qu’un hélicoptère survolait la zone.

Les mineurs ont également observé un moment de silence à la mémoire d’un de leurs collègues, tué jeudi dans des affrontements avec la police.

Amplats, filiale d’Anglo American qui emploie 28.000 personnes à Rustenburg et y produit près d’un quart du platine mondial, a mis vendredi à exécution sa menace de licencier tous les mineurs en grève sauvage, depuis le 12 septembre, qui refuseraient de comparaître devant un conseil de discipline.

Plusieurs d’entre eux, totalement déterminés à obtenir les substantielles augmentations de salaire qu’ils réclament depuis le début de leur mouvement, menaçaient de recourir à la violence pour forcer l’exploitant de la mine à les réembaucher.

« S’ils ne veulent pas nous parler, beaucoup de choses vont brûler à partir d’aujourd’hui », a lancé à l’AFP Hendrick Mpondo, 27 ans. « S’ils disent qu’ils nous licencient, nous allons nous battre contre eux. Il y a déjà des gars qui projettent de brûler la fonderie ».*

En dépit de ces menaces, les mineurs se sont dispersés dans le calme, à l’issue de ce rassemblement. Ils ont néanmoins promis de poursuivre leurs protestations.

Pour la majorité d’entre eux, ils n’étaient pas armés, à l’inverse d’autres manifestations où des bâtons et d’autres formes d’armes avaient été brandies.

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Les mineurs grévistes, le 5 octobre à Rustenburg.

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Dans la journée, l’agence de presse sud-africaine SAPA a également annoncé le renvoi de la majorité des 3.500 mineurs grévistes de la compagnie Atlatsa Resources Corporation, en partie détenue par Amplats.

À l’instar des travailleurs de Rustenburg, les mineurs du site d’extraction de platine de Bokoni, dans la province voisine du Limpopo (nord-est), ont été renvoyés pour leur absence à une audience disciplinaire, après deux semaines de grève sur les salaires.

Signe des tensions qui persistent, trois véhicules ont été incendiés vendredi soir juste à côté du puits de Thembelani, l’un des site d’Amplats.

Par ailleurs, un dirigeant local du syndicat national des mines (NUM) a été abattu chez lui vendredi soir dans la ville de Marikana, à quelques kilomètres de là.

Marikana, un site exploité par Lonmin, a été le théâtre en août et septembre du plus violent conflit social en Afrique du Sud depuis la chute de l’apartheid en 1994 : 46 personnes au total y ont trouvé la mort, dont 34 mineurs en grève sauvage abattus par la police le 16 août.

Depuis le début des conflits sociaux dans les mines, les grévistes expriment une vive défiance envers le NUM, accusé d’être trop proche du pouvoir et du patronat.

Selon les informations des syndicats, au moins sept personnes ont trouvé la mort en marge du conflit social d’Amplats, depuis une semaine.

Près de 100.000 personnes, mineurs mais également transporteurs routiers, sont en grève actuellement en Afrique du Sud pour réclamer des hausses de salaires.

Le président Jacob Zuma, assez peu présent depuis le début de la crise, a répété cette semaine que ces conflits sociaux étaient dangereux pour l’économie, et risquaient de faire fuir les investisseurs.

« Nous ne devrions pas chercher à nous montrer nous-mêmes comme une nation perpétuellement en train de se battre », a-t-il lancé jeudi.

Les investisseurs redoutent une paralysie totale du secteur minier, poumon économique du pays, qui contribue à presque 20% du PIB sud-africain.

« Le gouvernement ne fait rien », constatait vendredi Peter Attard Montalto, analyste stratégique à la banque japonaise Nomura, affirmant que les grèves avaient déjà coûté entre 0,2 et 0,3% de croissance au troisième trimestre.

Presse esclavagiste (Agence Faut Payer, 6 octobre 2012)


Afrique du Sud : des milliers de mineurs supplémentaires licenciés

Atlatsa Resources Corporation, en partie détenue par le numéro un mondial du platine Anglo American Platinum, a licencié la majorité des 3.500 mineurs qui menaient une grève illégale en Afrique du Sud pour réclamer une augmentation salariale, ont annoncé samedi les médias.

Presse esclavagiste (Belga, 6 octobre 2012)

Reçu le 6 octobre 2012


Afrique du Sud : Amplats licencie 12’000 mineurs grévistes

Le numéro un mondial du platine Amplats a annoncé vendredi 5 octobre le licenciement de 12’000 de ses 28’000 mineurs en grève sauvage du site de Rustenburg, dans le nord de l’Afrique du Sud, alors qu’un homme a été tué jeudi soir dans des affrontements entre la police et les employés.

« Environ 12’000 employés ont décidé de ne pas se présenter [devant les conseils de discipline], de ne pas assister aux audiences, et ont donc été licenciés en leur absence », précise un communiqué du groupe. Cette filiale d’Anglo American avait clairement menacé de licencier les grévistes illégaux qui refuseraient de comparaître devant les conseils de discipline. Les conseils de discipline, convoqués depuis mardi, se sont tenus comme prévu, explique Amplats. « Les employés concernés connaîtront aujourd’hui [vendredi] le verdict de leur audience. Ils auront trois jours ouvrables pour faire appel ».

L’entreprise, dont tous les puits du bassin de Rustenburg sont bloqués depuis le 12 septembre, avait déjà lancé plusieurs ultimatums à ses employés, les sommant de reprendre le travail sous peine de licenciement. Les ultimatums avaient jusqu’à présent été repoussés à chaque fois.

ENVIRON 80’000 MINEURS SONT ACTUELLEMENT EN GRÈVE SAUVAGE

Les grévistes, dont le mouvement ne respecte pas les procédures du droit du travail sud-africain, réclament une augmentation de salaire substantielle à 16’000 rands mensuels (1450 euros). La « ceinture de platine » de Rustenburg a été touchée par plusieurs grèves sauvages chez les plus gros producteurs mondiaux depuis août, dans la foulée du conflit social sanglant du site de Marikana, exploité par Lonmin, où 46 personnes ont trouvé la mort.

Lonmin a finalement concédé des augmentations de salaires de 11 à 22 % aux grévistes, suscitant l’espoir d’obtenir de substantielles hausses chez les mineurs des autres sites. Environ 80’000 mineurs sont actuellement en grève sauvage en Afrique du Sud, dans les mines de platine et d’or essentiellement.

Presse esclavagiste (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 5 octobre 2012)


Mineurs d’Afrique du Sud : Une nouvelle victime de la répression

Un homme a été tué jeudi soir à Rustenburg (nord) dans des affrontements entre policiers et mineurs en grève sauvage d’un site d’Amplats, numéro un mondial du platine, a-t-on appris vendredi matin de sources concordantes.

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« Hier, les flics ont tiré sur beaucoup de gens, une personne est morte. Le corps est encore là où il était hier soir, il n’a pas été emporté », a indiqué à l’AFP par téléphone un représentant des grévistes, Gaddhafi Mdoda, confirmant une information donnée par deux radios.

Un porte-parole de la police a confirmé avoir entendu parler d’un mort dans le secteur de Rustenburg, et a affirmé que des investigations étaient en cours.

« Nous avons reçu des témoignages. Pour l’instant, nous essayons à voir si nous pouvons retrouver le corps, mais nous n’avons pas de rapport de police » faisant formellement état d’un décès, a indiqué le porte-parole Thulani Ngubane. « La situation est tendue, tout peut arriver », a-t-il ajouté.

« Les policiers tiraient des balles réelles », selon le représentant des grévistes. La police soutient en revanche que seules des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser un rassemblement illégal sur une colline près du site d’Amplats.

Amplats est le numéro un mondial du platine, filiale du géant anglo-sud-africain Anglo American, coté en Bourse à Londres et à Johannesburg. Des grèves sauvages bloquent tous les puits du bassin de Rustenburg depuis le 12 septembre, où le groupe emploie 28.000 personnes. Les grévistes réclament une forte augmentation de salaire jusqu’à 16.000 rands mensuels (1.450 euros).

Des violences se sont produites depuis vendredi dernier, faisant cinq morts en début de semaine selon le syndicat national des mineurs NUM.

Les arrêts de travail sauvages se sont étendus cette semaine à deux puits exploités dans la province voisine du Limpopo (Union Mine et Bokoni).

Les grèves sauvages pour obtenir des augmentations de salaires, accompagnées de violences, paralysent une bonne partie du secteur minier sud-africain depuis la mi-août. Le mouvement a été exacerbé par la fusillade de Marikana, lorsque la police a abattu 34 mineurs en grève le 16 août sur un site de platine exploité par Lonmin.

Presse esclavagiste (Agence Faut Payer, 5 octobre 2012) via Solidarité ouvrière


Afrique du Sud : le visage réel du capital

Derrière la réalité du mas­sa­cre d’une cin­quan­taine de mineurs sud-afri­cains en août der­nier, tout un réseau com­plexe d’expli­ca­tions peut se résumer par la crise mon­diale prés­ente du capi­tal, où l’on retrouve les impé­rat­ifs finan­ciers, la compé­tition inter­na­tio­nale autour des matières pre­mières et l’exa­cer­ba­tion d’une situa­tion sociale propre à l’Afrique du Sud. Le sec­teur des mines est au cœur même du dével­op­pement capi­ta­liste, requérant des capi­taux énormes pour des extrac­tions, dans des condi­tions extrêmes, tant dans les condi­tions natu­rel­les (des mines d’or jusqu’à 5000 mètres de pro­fon­deur) que dans la surex­ploi­ta­tion de la main-d’œuvre (0,55 euro par jour pour les mineurs de dia­mants de Sierra Leone). Ces condi­tions reflètent la compé­tition féroce entre grou­pes capi­ta­lis­tes et États, où la cor­rup­tion règne en maître et où les capi­taux engagés requièrent une ren­ta­bi­lité supéri­eure à 15 %. Face aux mul­ti­na­tio­na­les minières, dont les pro­fits d’une seule sont 20 fois supérieurs au budget d’un de ces Etats miniers, que pèsent les pou­voirs poli­ti­ques locaux, sinon d’être les lar­bins de ces grou­pes miniers et de leur garan­tir leur profit par le main­tien de condi­tions ter­ri­bles d’exploi­ta­tion des tra­vailleurs, au besoin par la vio­lence ? Les 15 % de profit des énormes capi­taux néc­ess­aires aux infra­struc­tu­res et autres engins d’exploi­ta­tion sur­di­men­sionnés dép­endent essen­tiel­le­ment de la surex­ploi­ta­tion de la main d’œuvre locale. L’Afrique du Sud n’éch­appe pas à une telle situa­tion, malgré la richesse de son sous-sol en minéraux de toutes sortes (depuis le char­bon jusqu’aux mines de dia­mants, en pas­sant par l’or et le pla­tine), ou plutôt à cause de cette richesse. Mais le fait d’avoir été parmi les pre­miers pays à exploi­ter en grand ces riches­ses – depuis 1866 pour la pre­mière mine de dia­mants – la place dans une posi­tion d’infér­iorité, eu égard à ses concur­rents mon­diaux exploi­tant des mines plus réc­entes, plus moder­nes, et plus faci­le­ment exploi­ta­bles. Comme il faut tou­jours aller au plus pro­fond (jusqu’à 5000 mètres), la ren­ta­bi­lité dimi­nue si les autres condi­tions d’exploi­ta­tion – celle de la main-d’œuvre notam­ment – res­tent cons­tan­tes. Les capi­taux à la recher­che d’inves­tis­se­ments plus ren­ta­bles vont ailleurs ou, s’ils s’inves­tis­sent, vont exiger de cette main d’œuvre des ren­de­ments crois­sants donc des condi­tions de tra­vail plus exi­gean­tes. Par exem­ple, la pro­duc­tion des mines d’or a dimi­nué de moitié en dix ans et si les mines d’or pro­dui­saient annuel­le­ment 200 tonnes d’or en 1970, elles n’en pro­dui­sent plus en 2011 que 100 tonnes. Même si la pro­duc­tion minière représ­ente encore 20 % du PIB et 50 % de la balance du com­merce extérieur, l’Afrique du Sud n’occupe plus que la 5e place mon­diale dans la pro­duc­tion des métaux précieux, après la Chine, l’Australie, les USA et la Russie. Nous ver­rons que cette situa­tion devient un pro­blème poli­ti­que qui divise les différents partis, orien­tant cer­tains vers une radi­ca­li­sa­tion. Mais les condi­tions par­ti­cu­lières de l’Afrique du Sud sont un obs­ta­cle sup­plém­ent­aire à cette recher­che de ren­ta­bi­lité. Si l’apar­theid et le main­tien de la popu­la­tion noire dans une situa­tion de semi escla­vage garan­tis­saient l’accep­ta­tion de condi­tions d’exploi­ta­tion par­ti­cu­liè­rement misé­rables, la fin de l’apar­theid il y a vingt ans a seu­le­ment trans­formé un apar­theid racial en un apar­theid social. De plus, la lutte anti-apar­theid mas­quait et déviait en quel­que sorte le conflit social ; la fin de l’apar­theid a mis sur le devant de la scène ce conflit social mais tou­jours dans des condi­tions spé­ci­fiques. Le sec­teur minier emploie encore 1 mil­lion de tra­vailleurs, la moitié d’entre eux direc­te­ment exploitée dans les mines, l’autre moitié dans le trai­te­ment des mine­rais. Le pro­blème majeur quant à cette exploi­ta­tion – et cela est aussi un frein aux inves­tis­se­ments – est que la situa­tion de l’ensem­ble des tra­vailleurs, notam­ment ceux de ce sec­teur, n’a guère changé depuis vingt ans et que les trou­bles sociaux réc­urrents ne tou­chent pas seu­le­ment les rela­tions de tra­vail mais l’ensem­ble des condi­tions de vie. La fin de l’apar­theid a signi­fié l’ascen­sion, avec l’acces­sion au pou­voir d’une coa­li­tion ANC – Parti com­mu­niste d’Afrique du Sud sou­tenu par le syn­di­cat unique COSATU –, d’une petite mino­rité noire qui s’est par­fai­te­ment intégrée dans l’appa­reil poli­tico-finan­cier, simi­laire en cela à ce que l’on peut voir dans cer­tains pays d’Afrique ayant des riches­ses exploitées par les mul­ti­na­tio­na­les. En août 2011, cette mino­rité de pri­vilégiés a paru être pour un bref temps la garan­tie de la paix sociale mais aujourd’hui, le fossé est tel entre cette bour­geoi­sie noire et la masse des Noirs vic­ti­mes de cet apar­theid social que cela ne se mani­feste pas seu­le­ment par des cli­va­ges poli­ti­ques et par la for­ma­tion de grou­pes plus radi­caux, ten­tant de s’appuyer sur tout un ensem­ble de rés­ist­ances, tant dans l’ensem­ble de la popu­la­tion dans les faits de la vie quo­ti­dienne que dans les rela­tions de tra­vail. En août 2011, les ¾ des mem­bres du gou­ver­ne­ment ANP-SACP ont des intérêts finan­ciers dans les affai­res, de même que 50 % des par­le­men­tai­res. Ramaphosa, un des fon­da­teurs du syn­di­cat des mineurs NUM affi­lié au COSATU est membre du conseil de direc­tion de Lonmin, la société possédant la mine de Marikana, là où ont eu lieu les tue­ries de prolét­aires mineurs. Shandaka, un des hommes les plus riches d’Afrique du Sud, a été, comme d’autres, un des diri­geants de l’ANC ou du COSATU qui aujourd’hui font partie de l’élite mul­ti­mil­lion­naire du pays, et qui ont des liens étroits avec le monde des affai­res. En regard de cette poi­gnée de pro­fi­teurs, la grande masse de la popu­la­tion vit dans une misère faite de pri­va­tions quo­ti­dien­nes autour des four­ni­tu­res d’élect­ricité et/ou d’eau pota­ble, des écoles, des trans­ports : rien qu’en 2012, on a dén­ombré près de 113 émeutes impli­quant près de 3 mil­lions de par­ti­ci­pants. À la vio­lence de la répr­ession poli­cière répond la vio­lence des popu­la­tions loca­les : chaque année, près de 100 flics trou­vent la mort dans ces trou­bles. Si le pla­tine est un des métaux les plus recher­chés (plus cher que l’or), c’est pour une bonne part à cause de son uti­li­sa­tion indus­trielle (piles à com­bus­ti­ble, verre… 20 % des pro­duits indus­triels en contien­nent), notam­ment comme cata­ly­seur dans les pots d’éch­ap­pement des moteurs Diesel : la crise de l’auto­mo­bile ayant réduit cet emploi, l’effet redes­cend au niveau de l’exploi­ta­tion du tra­vail, notam­ment, pour les cas de l’Afrique du Sud, dans les « vieilles » mines où déjà les coûts sont supérieurs à ceux des mines plus réc­entes. Le pays détient quand même en 4 mines 80 % des res­sour­ces mon­dia­les de ce métal. L’ensem­ble – réd­uction d’acti­vité, pres­sion sur la pro­duc­ti­vité et sur l’ensem­ble des salai­res et acces­soi­res – fait que des rés­ist­ances ouvrières sur­gis­sent, mais qu’en face de reven­di­ca­tions conséqu­entes, les rés­ist­ances patro­na­les sont tout aussi fortes et que l’emploi de la manière forte devient de plus en plus iné­vi­table. D’autant plus qu’en 2011, le prix du pla­tine a baissé de 17 %. Arriver au « métal pla­tine » est un pro­ces­sus com­plexe : il faut extraire une tonne de mine­rai pour en tirer entre 4 et 7 gram­mes de métal avec un pro­ces­sus com­plexe. Le fait qu’il faille ainsi extraire une quan­tité énorme de roche pour une faible quan­tité de métal donne une impor­tance déci­sive dans le pro­ces­sus d’extrac­tion aux drill ope­ra­tors, ceux qui, au fond, per­cent la roche avec des mar­teaux-piqueurs pour y ins­tal­ler des explo­sifs qui feront tomber inlas­sa­ble­ment des masses de pier­res qui doi­vent être ensuite évacuées vers des trai­te­ments de sur­face. Sans leur tra­vail, toute l’acti­vité de la mine est stoppée. Le tra­vail de ces mineurs est par­ti­cu­liè­rement dur et dan­ge­reux, entre huit et neuf heures passées sous terre six jours sur sept par une tempé­ra­ture de plus 40°C, pour un salaire men­suel d’à peine 600 euros et dans des condi­tions de sécurité mini­ma­les (notam­ment quant à l’inha­la­tion de pous­sière, en 2009, on dén­omb­rera 288’000 ex-mineurs atteints séri­eu­sement de sili­cose). Propos d’un de ces drill ope­ra­tors : « Quand on est au fond on est en face de la mort, de la bles­sure ou de toute autre chose. » La mine offre par­fois le choix entre le loge­ment dans les dor­toirs (sept dans une seule pièce) de la com­pa­gnie, mais beau­coup pré­fèrent tou­cher l’allo­ca­tion de loge­ment pour com­pen­ser le faible salaire et vivre dans les condi­tions exces­si­ve­ment préc­aires des bidon­vil­les pro­ches. On doit ajou­ter qu’une bonne partie des mineurs sont des émigrés des États voi­sins dont le salaire sert à faire vivre les famil­les restées au pays. On doit dire ici quel­ques mots de plus sur ces conflits : les riva­lités syn­di­ca­les. Depuis la fin de l’apar­theid, les liens se sont ren­forcés entre la coa­li­tion au pou­voir – ANC-SACP – et la fédé­ration syn­di­cale COSATU dont le syn­di­cat des mineurs NUM (300’000 mem­bres) est une des pièces essen­tiel­les. Son secrét­aire général Boleni empo­che, rien que pour cette fonc­tion, 140’000 euros par an, ce qu’un drill ope­ra­tor mettra vingt-neuf ans à gagner ; mais il est aussi rémunéré comme membre des conseils de la Banque de dével­op­pement de l’Afrique du Sud, de la Rand Mutual Assurance et membre de la Fédération inter­na­tio­nale des syn­di­cats de la chimie, de l’énergie et des mines. En 1998, des cri­ti­ques sont nées dans ces orga­ni­sa­tions noires, reflétant la montée des cri­ti­ques contre l’intég­ration poussée de ces « élites » dans le système d’exploi­ta­tion. Mathenjwa a été expulsé du NUM pour « indis­ci­pline » et a fondé un syn­di­cat « indép­endant » : l’Association des tra­vailleurs de la mine et de la cons­truc­tion, AMCU, qui se trouve nor­ma­le­ment conduit à sou­te­nir, à exploi­ter dans son intérêt les grèves sau­va­ges. De son côté, l’ANC a expulsé un oppo­sant interne, Malema, qui se trouve contraint d’adop­ter une même atti­tude. Les affron­te­ments entre les mili­tants de ces orga­ni­sa­tions dis­si­den­tes tour­nent sou­vent à une guerre des gangs dont le seul rés­ultat est d’engen­drer une méfi­ance géné­rale à l’égard des syn­di­cats quels qu’ils soient. Lors de la grève sau­vage de la mine de pla­tine de Marikana, Bodlani, un des cinq représ­entants man­datés par les mineurs pour les représ­enter dans les pour­par­lers, a déclaré : « Ce ne sont ni l’AMCU, ni le NUM qui nous ont dit de faire grève, c’est nous les tra­vailleurs, pas les syn­di­cats, et ce ne sont pas eux qui nous diront ce que nous devons faire. » Quelques mots main­te­nant de la mul­ti­na­tio­nale Lonmin qui contrôle la mine de Marikana, à quel­que 150 kilomètres de Johannesbourg. Elle est l’héritière du déman­tèlement d’un conglomérat d’un mil­lier de sociétés très diver­ses assem­blées dans les années 60 par un de ces for­bans capi­ta­lis­tes, Tiny Rowland, aujourd’hui décédé. Il affir­mait : « Je n’ai pas besoin de res­pec­ta­bi­lité mais de béné­fices et d’affai­res qui tour­nent », mais avec des mét­hodes de ges­tion « mus­clées ». Méthodes de ges­tion ren­forcées par les dif­fi­cultés finan­cières de Lonmin, cri­blée de dettes, notam­ment avec la crise et la chute du prix du pla­tine, bien qu’on ne sache pas trop qui, entre les fonds de pen­sion ou les hedge funds possède réel­lement la mine parmi des grou­pes capi­ta­lis­tes divers pour qui seule compte cette ren­ta­bi­lité de 15 % et l’aban­don de tout inves­tis­se­ment, voire de la mine, si cette ren­ta­bi­lité n’est pas atteinte. La grève sau­vage des 3000 drill ope­ra­tors de Marikana ne tombe pas du ciel mais d’une situa­tion glo­bale du prolé­tariat sud-afri­cain aggravée par la crise mon­diale. Début 2012, une grève de six semai­nes dans la plus grande mine du monde, à Rustenburg (du trust Impala Platinum), a fait 4 morts mais s’est ter­minée par une aug­men­ta­tion de salai­res. Une des spé­ci­ficités des mines de pla­tine d’Afrique du Sud est que, contrai­re­ment aux mines d’or, elles ne sont pas cou­ver­tes par des contrats col­lec­tifs mais par des négoc­iations mine par mine ; ce qui fait que toute conces­sion dans une mine à la suite de luttes peut faire école dans une autre mine, mais tou­jours loca­lisée. Ultérieurement, dans une autre grève, dans une autre mine de Lonmin, il y eut 10 morts dont 2 flics, et devant la ten­sion plus de 3000 flics ont été déployés dans la région, sans doute avec une cer­taine volonté d’en déc­oudre. C’est dans ces condi­tions que les 3000 drill ope­ra­tors de Marikana (28’000 tra­vailleurs au total) décident de se mettre en grève le 10 août 2012 avec une reven­di­ca­tion cen­trale d’un salaire men­suel de 1200 euros, pres­que trois fois leur salaire actuel : bien sûr ils se heur­tent à un refus caté­go­rique de leur employeur. Il est dif­fi­cile de démêler ce qui va se dér­ouler la semaine sui­vante : les grév­istes, assem­blés sur une col­line (qui devien­dra la « col­line de l’hor­reur ») près de la mine, armés de lances, de machet­tes et – peut-être – de quel­ques armes à feu, haran­gués depuis une voi­ture de police par le pré­sident du NUM, fina­le­ment expulsé du site, mais pour être eux-mêmes expulsés sans ména­gement, une partie d’entre eux est fina­le­ment poussée dans une sorte de nasse dans les bras de tueurs qui tire­ront dans le tas sans aucun préavis. D’un côté les mineurs, dont cer­tains diront qu’ils « pré­fèrent mourir que de conti­nuer à tra­vailler dans de telles condi­tions », de l’autre des flics vou­lant une revan­che et tirant dans le dos des grév­istes en fuite ou les abat­tant au sol d’un tir à bout por­tant. Épilogue sur le nombre de morts (plus de 50), de blessés (plus de 80), d’arres­ta­tions (259 dont cer­tains blessés à leur sortie de l’hôpital). Les oppo­sants syn­di­caux et/ou poli­ti­ques ten­tent d’exploi­ter le mas­sa­cre : 3000 se retrou­vent le 18 août pour être haran­gués par Malema, l’exclu de l’ANC. Ce qui permet au secrét­aire général de l’ANC de déc­larer : « Marikana a été confis­quée et des contre-révo­luti­onn­aires vin­rent pour miner notre mou­ve­ment. » Le 30 août, l’annonce que les 270 mineurs arrêtés vont être inculpés de « meur­tre » en vertu d’une loi datant de l’apar­theid pro­vo­que une tel tollé qu’elle doit être annulée, le plu­part des mineurs arrêtés sont libérés tout en res­tant inculpés de trou­bles à l’ordre public. La grève de Marikana touche d’autres mines dans les jours qui sui­vent et c’est la han­tise des auto­rités qu’une explo­sion sociale ne s’étende aux autres mines et à l’ensem­ble du pays. Pour Marikana, malgré les com­mu­ni­qués don­nant des chif­fres de reprise déris­oires, il semble qu’une orga­ni­sa­tion de la grève se soit mise en place avec des contrôles, dans les bidon­vil­les mêmes ou dans les trans­ports, pour empêcher les jaunes de gagner la mine, contrôles dénoncés par les auto­rités comme des mena­ces et des pres­sions. Au moment où nous écrivons, la situa­tion reste confuse, et si les grèves dans le sec­teur minier per­sis­tent, elles ne se sont pas étendues aux ser­vi­ces publics ou au sec­teur indus­triel, pas plus qu’à la popu­la­tion noire engagée sou­vent des actions de pro­tes­ta­tions loca­les.

On ne peut que retra­cer les der­niers épi­sodes de cette lutte dans le sec­teur minier, qui lui-même n’est pas tota­le­ment touché par une grève géné­rale. 23 août : les drill ope­ra­tors de Royal Bakofong (7000 tra­vailleurs) blo­quent la mine avec les mêmes reven­di­ca­tions que ceux de Marikana. 26/8 : les 12’000 mineurs de Gold Fields sont en grève et repren­dront le tra­vail le 19/9 avec des conces­sions sur des ques­tions d’assu­rance. 3/9 : mine de Modder East près de Johannesbourg, suite à une grève sau­vage en juin der­nier, 1044 mineurs ont été licen­ciés. 500 d’entre eux ont été réemb­auchés depuis, quel­ques cen­tai­nes des laissés pour compte se ras­sem­blent à l’entrée de la mine ten­tant d’en inter­dire l’entrée : 4 blessés. 11/9 : seconde grève de 15’000 mineurs à la Gold Fields. 13/9 : lockout : Anglo American Platinum décide de sus­pen­dre toute acti­vité dans les cinq mines de Rustenburg exploi­tant 26’000 tra­vailleurs. 14/9 : refus des mineurs de Marikana d’une aug­men­ta­tion de 80 euros. 14/9 : ras­sem­ble­ment de mil­liers de mineurs aux­quels il est pro­posé par différents grou­pes de décl­encher une grève géné­rale des mineurs. 15/9 : Marikana : la police dis­perse sans ména­gement un ras­sem­ble­ment de plu­sieurs cen­tai­nes de mineurs en grève près du site minier. Ceux-ci se replient dans le bidon­ville voisin où ils sont pour­chassés. Dans la nuit qui suit, des­cente de 500 flics dans les foyers d’héb­er­gement de la mine pour saisir des « armes » (bâtons et machet­tes). 12 arres­ta­tions. ; Le 20/9 un accord pour une aug­men­ta­tion des salai­res entre 11 et 22% et une prime de 200 euros semble amor­cer la reprise du tra­vail mais, dans les mines, la situa­tion reste préc­aire en raison de l’impact de cet accord sur les reven­di­ca­tions des autres mineurs et de la situa­tion éco­no­mique mon­diale qui met les mines sud afri­cai­nes notam­ment du pla­tine en dif­fi­cultés finan­cières ?

Dans le monde, une classe en lutte, septembre 2012

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1 Response to [Vive la grève sauvage !] « Ce ne sont ni l’AMCU, ni le NUM qui nous ont dit de faire grève, c’est nous les tra­vailleurs, pas les syn­di­cats, et ce ne sont pas eux qui nous diront ce que nous devons faire »

  1. A.D. says:

    Ce n’est pas bon pour le tourisme;-)
    Ce n’est pas bon pour l’économie qui est l’exploitation des hommes et des femmes, chacun-e- assigné-e- à son genre et à sa place.
    Pour un dépassement des genres, un dépassement de l’économie, pour un dépassement de l’économie, un dépassement des assignations.
    Pour la communisation.

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