[Russie] « Si le pouvoir tombe, personne ne sera en mesure de le ramasser »

St-Pétersbourg : des manifestants arrêtés

Une centaine de manifestants qui protestaient contre les fraudes ayant marqué les législatives russes de dimanche ont été interpellés aujourd’hui [mercredi 7 décembre] à Saint-Pétersbourg, a annoncé la police de la deuxième ville de Russie. Environ 250 personnes, essentiellement des jeunes, ont manifesté dans le calme sur un des trottoirs de la Perspective Nevski, la principale artère du centre-ville, pour dénoncer le déroulement des élections remportées par le parti au pouvoir Russie unie, a raconté une correspondante de l’AFP.

La police de Saint-Pétersbourg, citée par l’agence de presse Interfax, a indiqué dans la soirée avoir interpellé une centaine de personnes. « Je suis venue voir de mes yeux cette honte. On arrête les gens pour rien, j’ai l’impression qu’on n’est pas loin de 1937 », l’année des pires répressions de l’époque stalinienne, a déclaré Galina Stepanova, 45 ans. Des militants de l’opposition distribuaient dans la foule des feuillets expliquant la conduite à adopter en cas d’interpellation, rappelant le droit de faire appel à un avocat et donnant les numéros de téléphone d’organisations de défense des droits de l’Homme.

Environ 200 personnes avaient été interpellées mardi soir au cours d’une manifestation à Saint-Pétersbourg. À Moscou, aucune manifestation n’a eu lieu mercredi soir en dépit d’un appel lancé sur l’internet. Des membres des forces de l’ordre étaient présents en très grand nombre place Trioumfalnaïa, où près de 600 personnes ont été interpellées la veille au soir pendant une manifestation.

Le mouvement Autre Russie, cité par Interfax, a cependant fait état de l’interpellation d’une dizaine de ses militants dans le centre de Moscou. La police de la capitale, également citée par Interfax, a indiqué de son côté avoir procédé à l’interpellation de cinq personnes sur la place Trioumfalnaïa.

Leur presse (Agence Faut Payer), 7 décembre 2011.


La police russe interpelle des centaines d’opposants

Déployée en nombre à Moscou mercredi, elle a douché les ardeurs des manifestants.

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Arrestation d'un manifestant, mercredi, à Moscou

Trois jours après les élections parlementaires russes, marquées par des accusations de fraudes massives, la tension est montée d’un cran à Moscou. Pour la troisième fois consécutive, des rassemblements ont eu lieu mercredi soir près de la place du Triomphe, haut lieu de la contestation politique dans la capitale, aux cours desquels 70 personnes ont été arrêtées, selon l’opposition. À Saint-Pétersbourg, une manifestation, qui avait rassemblé quelque 250 personnes sur la perspective Nevski, s’est soldée par 100 interpellations. L’appel avait été lancé sur Facebook par un groupe baptisé « Contre le parti des escrocs et des voleurs », en référence à Russie unie, la formation de Vladimir Poutine, qui a subi un sérieux revers électoral dimanche.

L’ampleur de la mobilisation policière n’a pas empêché une autre formation d’opposition, intitulée « Pour des élections libres et honnêtes », d’appeler à un nouveau meeting samedi, à Moscou : une invitation qui était relayée mercredi par près de 10.000 internautes. Mardi déjà, 569 opposants avaient été interpellés dans la capitale et 200 à Saint-Pétersbourg, dont l’ancien vice-premier ministre Boris Nemtsov et le nationaliste Edouard ­Limonov. La foule a été dispersée et plusieurs journalistes ont été appréhendés. Pour sa part, le blogueur Alexeï Navalny, l’une des nouvelles figures de la contestation, a écopé de quinze jours de prison, la peine maximale prévue dans le Code administratif.

Cette bouffée de ­colère a surpris en premier lieu les Moscovites, traditionnellement apathiques. Aux côtés des habituels opposants au régime de Vladimir Poutine, qui étaient depuis plusieurs mois en voie de marginalisation, apparaissent désormais des jeunes « sans aucune culture politique », observe Ian Ratchinski, le vice-président de l’organisation Memorial.

« Citadelle assiégée »

La manifestation de lundi a rassemblé au moins 2000 personnes (10.000 selon les organisateurs), une ampleur sans précédent depuis des années. « Ces deux groupes n’ont rien en commun, mais, s’ils devaient s’agglomérer, ça pourrait devenir dangereux pour le régime », estime Mikhaïl Vinogradov, directeur du Fonds de la politique pétersbourgeoise.

Si la question d’un « printemps arabe » est désormais posée, très peu d’experts croient en l’avènement d’un tel scénario. Pire, instruits par les désordres démocratiques des années 1990, la majo­rité des Russes le redoute. Les leaders traditionnels d’une opposition farouche à Poutine ne bénéficient quasiment d’aucun crédit dans la population, tandis que les militants historiques se méfient des nouvelles vedettes de la contestation comme Alexeï Navalny. « Si le pouvoir tombe, personne ne sera en mesure de le ramasser », craint Ian ­Ratchinski. À l’instar de l’ancien président Mikhaïl Gorbatchev, les opposants appellent sans y croire à une annulation du résultat des élections et à un nouveau vote. En face, tout aussi désemparé, le Kremlin n’a pas encore trouvé la parade. Vladimir Pou­tine cherche à se distancier de Russie unie, qui l’a pourtant officiellement adoubé, il y a dix jours, pour l’élection présidentielle.

Mercredi, le premier ministre est allé lui-même à la commission électorale déposer sa demande d’enregistrement pour le scrutin de mars 2012. « Poutine va augmenter les pensions et les salaires, histoire d’élever sa cote de popularité. Parallèlement, le pouvoir va recourir à la fameuse rhétorique de la citadelle russe assiégée par l’Occident, mais je doute que ce genre de propagande soit encore effi­cace », prédit Alexeï Malachenko, expert à l’institut Carnegie. Exemple : la commission électorale a accusé l’ONG Golos, qui recense les fraudes, d’être « financée par l’étranger ». Dans l’immédiat, c’est la manière forte qui est privilégiée face aux manifestants dont la télévision d’État ignore les mouvements.

Leur presse (Pierre Avril, LeFigaro.fr), 8 décembre 2011.

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