21 février

Le 21 février, tous et toutes à Toulouse, pour une manifestation d’ampleur nationale.

Un an après la manifestation du 22 février à Nantes, les mots d’ordre et les craintes n’ont toujours pas changés.

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Malgré la mort d’un homme et les mobilisations qui l’ont suivie, malgré la multiplication des zones à défendre contre l’appétit des bétonneurs et cela comme autant de points de ruptures, de lieux d’organisation et de vie, malgré les éborgnés et les blessés de toute nature qui garderont des séquelles à vie, malgré tout les gens incarcérés ; nous réentendons toujours le même couplet mortifère :

Les travaux reprendront, les occupants seront évacués et tout rentrera dans l’ordre.

Les menaces sont claires, le pouvoir destructeur de l’État et de ses miliciens est connu, nous ne pouvons pas rester dans l’attente.
La proposition est là, que nos luttes locales se rassemblent enfin en un seul point pour faire du 21 février une journée de puissance collective contre l’État bétonneur et sa répression policière.

Toutes vos idées et pratiques de lutte sont la bienvenue.

Nous ferons une première réunion pour l’organisation de cette journée avec le comité zad 31, mardi 13 janvier à 19 heures, au CASC, 10bis rue du Colonel Driant à Toulouse.

Reçu le 9 janvier 2015

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[Toulouse] Festival antirépression du 22 au 24 janvier

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Mais de quelle “bonne année” nous parlent-ils ?
Communiqué de la CREA – 8 janvier 2015

De Mexico à Ouagadougou, des États-Unis à Toulouse, ces derniers mois la colère populaire s’est mise en mouvement contre l’oppression policière.
Les États, dans une logique répressive se militarisent aux quatre coins du monde, leurs bras armés contrôlent, harcèlent, ségrèguent, mutilent, et tuent en toute impunité. La police, soumet et punit les pauvres, les opprimé.e.s, celles et ceux des ghettos, des favelas et des cités, celles et ceux issu.e.s de l’immigration, de la colonisation, de l’esclavage…
En collaboration avec les médias et la justice, elle veille à empêcher tout bouleversement de l’ordre social, économique et politique établi. Les médias stigmatisent, la justice condamne, la police exécute.

À Toulouse,
Le 17 octobre 2014, un flic de la BAC a assassiné Timothée Lake d’une balle dans la poitrine dans une supérette du centre ville. Les vidéos de surveillance du crime ont disparu et la garde à vue du policier a duré 6 heures. Il a ensuite été envoyé en vacances rémunérées.

Dans la nuit du 25 au 26 octobre, sur le chantier du barrage de Sivens, Rémi Fraisse a été abattu par un garde mobile. Il a reçu une grenade dispersante qui a explosé dans son dos !

Les 1, 8 et 22 novembre, des rassemblements massifs ont été organisés pour dénoncer les violences policières. La réponse de la police et de l’État a été féroce : manifestations interdites, plus de 50 interpellé.e.s, et des condamnations lourdes prononcées en comparution immédiate.
Et dans ce contexte, le maire de Toulouse vient d’armer la police municipale nuit et jour, il est en train de doubler ses effectifs et installe un vaste réseau de caméras de surveillance !

La rénovation urbaine, c’est la guerre aux pauvres !

Les habitant.e.s des camps de Montaudran, au début installés par la mairie suite à d’autres expulsions, sont à nouveau expulsables. 250 personnes dont de nombreux enfants, subiront encore le démantèlement de leurs habitations sans espoir de relogement et dans l’indifférence presque générale.

Le 7 juillet, la mairie de Toulouse a signé un arrêté anti prostitution qui renforce la marginalisation, la répression, et toutes sortes de violences à l’égard des travailleuses du sexe et des prostitué.e.s. Puis elle a réprimé dans la foulée les protestations des premier.e.s concerné.e.s.

Du 13 au 26 octobre s’est déroulée une vaste opération policière contre les migrant.e.s, à l’échelle européenne. L’industrie de la chasse aux sans-papiers fonctionne toute l’année à plein régime. Elle force à vivre dans la peur des contrôles, de plus en plus nombreux dans les gares, les transports, aux abords des écoles…
Cet hiver, un habitant de la CREA, marié et père, a été raflé par la police et enfermé en centre de rétention pendant 45 jours. Cette année encore, plusieurs d’entre nous ont subi l’enfermement et pour certains l’expulsion.

Dans la lutte pour le logement aussi la répression est féroce et quotidienne. Toutes celles et ceux, en collectifs ou en solo, qui s’auto-organisent pour ouvrir, habiter des bâtiments vides, sans rien attendre de l’État, se font expulser à la chaîne, avec mépris et toutes sortes de brutalités.
À la CREA, on a déjà subi plus de 70 expulsions en 3 ans 1/2. Alors que nous ne lui coûtons rien puisque nous nous autogérons, l’État dépense un fric monstre pour nous refoutre à la rue plusieurs fois par an.
Pour les juges, le droit des proprios à posséder des bâtiments vides prévaut toujours sur celui de se loger pour les personnes à la rue. Car les lois et la justice sont faites par et pour les riches.

Pour faciliter le nettoyage de nos villes, le Sénat a adopté en première lecture, le 10 décembre, une proposition de loi visant à accélérer les procédures d’expulsion des lieux réquisitionnés. L’assemblée devra bientôt se positionner, nous avons appelé à lutter partout contre les lois anti-squat et toutes les expulsions. [En réalité, cette nouvelle loi ne vise que les occupations de domiciles et non l’occupation de bâtiments vides, elle n’aggrave donc que très symboliquement la juridiction anti-squat. Pour les squats que nous ouvrons (des bâtiments vides), concrètement, ça ne change rien du tout. — Note de Squat!net].

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Il y a des liens entre tous ces faits : la misère est produite et entretenue par le capitalisme, l’État qui protège ce système économique doit absolument détruire toute forme d’auto-organisation des opprimé.e.s. C’est le rôle de la police.

Nous on veut abolir toutes les formes de dominations.
Alors on s’organise avec détermination, à Toulouse et ailleurs.
Le 17 décembre, des actions ont eu lieu en soutien aux inculpé.e.s des manifestations contre les violences policières. Le 22 décembre, nous nous sommes rassemblés en hommage à Ali Ziri, tué par la police à Argenteuil (la justice avait confirmé l’impunité de ses assassins), pour Timothée Lake et contre toutes les violences d’État.

Pour commencer cette nouvelle année, nous organisons un festival antirépression du 22 au 24 janvier, avec plein de concerts, d’activités, rencontres, tables de presse … pour s’unir face aux attaques de la police et de la justice. Soyons nombreu.ses !

Les Assemblées Générales de la CREA continuent le lundi à 14h et le jeudi à 18h au Centre Social Autogéré, les vendredis de la solidarité aussi, c’est toujours une occaz’ de se rencontrer.
Il y a des cantines populaires, des projections, des ateliers pour les gosses, des cours de boxe, des ateliers langues… Et tout ça, toujours libre et gratuit. Venez proposer plein d’autres activités, nous indiquer les adresses de bâtiments vides et prendre part au mouvement.

On reste offensi.ve.s et determiné.e.s,
Tout pour tou.tes, pouvoir au peuple !

CREA – Campagne de Réquisition, Entraide et Autogestion

Centre Social Autogéré : 71 bv de la Marquette (ex resto Annabells)
N° d’urgence pour recevoir les alertes expulsions … envoyer un sms “inscris-mois stp” au 0632491161

Liste francophone de diffusion d’infos relatives aux squats

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L’histoire du terrorisme est écrite par l’État

(…) Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique.

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Dernier dessin de Charb dans Charlie Hebdo.

La modernisation de la répression a fini par mettre au point, d’abord dans l’expérience-pilote de l’Italie sous le nom de « repentis », des accusateurs professionnels assermentés ; ce qu’à leur première apparition au XVIIe siècle, lors des troubles de la Fronde, on avait appelé des « témoins à brevet ». Ce progrès spectaculaire de la Justice a peuplé les prisons italiennes de plusieurs milliers de condamnés qui expient une guerre civile qui n’a pas eu lieu, une sorte de vaste insurrection armée qui par hasard n’a jamais vu venir son heure, un putschisme tissé de l’étoffe dont sont faits les rêves.

On peut remarquer que l’interprétation des mystères du terrorisme paraît avoir introduit une symétrie entre des opinions contradictoires ; comme s’il s’agissait de deux écoles philosophiques professant des constructions métaphysiques absolument antagonistes. Certains ne verraient dans le terrorisme rien de plus que quelques évidentes manipulations par des services secrets ; d’autres estimeraient qu’au contraire il ne faut reprocher aux terroristes que leur manque total de sens historique. L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés ; et même encore plus facilement que d’autres. Il est aussi plus facile d’amener à « se repentir » quelqu’un à qui l’on peut montrer que l’on savait tout, d’avance, de ce qu’il a cru faire librement. C’est un effet inévitable des formes organisationnelles clandestines de type militaire, qu’il suffit d’infiltrer peu de gens en certains points du réseau pour en faire marcher, et tomber, beaucoup. La critique, dans ces questions d’évaluation des luttes armées, doit analyser quelquefois une de ces opérations en particulier, sans se laisser égarer par la ressemblance générale que toutes auraient éventuellement revêtue. On devrait d’ailleurs s’attendre, comme logiquement probable, à ce que les services de protection de l’État pensent à utiliser tous les avantages qu’ils rencontrent sur le terrain du spectacle, lequel justement a été de longue date organisé pour cela ; c’est au contraire la difficulté de s’en aviser qui est étonnante, et ne sonne pas juste.

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L’intérêt actuel de la justice répressive dans ce domaine consiste bien sûr à généraliser au plus vite. L’important dans cette sorte de marchandise, c’est l’emballage, ou l’étiquette : les barres de codage. Tout ennemi de la démocratie spectaculaire en vaut un autre, comme se valent toutes les démocraties spectaculaires. Ainsi, il ne peut plus y avoir de droit d’asile pour les terroristes, et même si l’on ne leur reproche pas de l’avoir été, ils vont certainement le devenir, et l’extradition s’impose. En novembre 1978, sur le cas de Gabor Winter, jeune ouvrier typographe accusé principalement, par le gouvernement de la République Fédérale Allemande, d’avoir rédigé quelques tracts révolutionnaires, Mlle Nicole Pradain, représentant du ministère public devant la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris, a vite démontré que « les motivations politiques », seule cause de refus d’extradition prévue par la convention franco-allemande du 29 novembre 1951, ne pouvaient être invoquées :

« Gabor Winter n’est pas un délinquant politique, mais social. Il refuse les contraintes sociales. Un vrai délinquant politique n’a pas de sentiment de rejet devant la société. Il s’attaque aux structures politiques et non, comme Gabor Winter, aux structures sociales. » La notion du délit politique respectable ne s’est vue reconnaître en Europe qu’à partir du moment où la bourgeoisie avait attaqué avec succès les structures sociales antérieurement établies. La qualité de délit politique ne pouvait se disjoindre des diverses intentions de la critique sociale. C’était vrai pour Blanqui, Varlin, Durruti. On affecte donc maintenant de vouloir garder, comme un luxe peu coûteux, un délit purement politique, que personne sans doute n’aura plus jamais l’occasion de commettre, puisque personne ne s’intéresse plus au sujet ; hormis les professionnels de la politique eux-mêmes, dont les délits ne sont presque jamais poursuivis, et ne s’appellent pas non plus politiques. Tous les délits et les crimes sont effectivement sociaux. Mais de tous les crimes sociaux, aucun ne devra être regardé comme pire que l’impertinente prétention de vouloir encore changer quelque chose dans cette société, qui pense qu’elle n’a été jusqu’ici que trop patiente et trop bonne ; mais qui ne veut plus être blâmée. (…)

Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle (1988)

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[Sud-Algérien] « Qu’y a-t-il après la misère, la mort ? Le gaz de schiste nous prendra le peu que nous avons et nous n’en voulons pas »

Manifestation anti-gaz de Schiste
In Salah, toujours dans la rue

Des renforts policiers et militaires aéroportés sont arrivés à In Salah hier. Le wali de Tamanrasset, qui a ignoré le cri de détresse des habitants depuis 6 jours, a enfin daigné se déplacer pour parler aux délégués de la société civile à l’hôtel Tidikelt.

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Arrivé en pompier, par vol militaire, le wali a entamé sa visite par une rencontre avec les autorités locales de la commune et de la daïra d’In Salah avant de partir en tournée à Dar Lahmar, où les puits de gaz de schiste sont contestés. Dernière information, un changement de la configuration de la délégation de la population, dont des ingénieurs en pétrole ont été écartés à la dernière minute.

Ville paralysée

Les gens semblaient impatients et peu enclins à croire que les autorités du pays ont répondu favorablement à leurs doléances. La population, n’a pas changé d’attitude. Même mobilisation, même détermination. Hommes, femmes et enfants sont toujours rassemblés devant le siège de la daïra d’In Salah.

On donne un chiffre. 2500 à 3000 personnes au même endroit en même temps. Les commerces sont fermés, les écoles, les administrations aussi. La ville est comme paralysée, encore sous l’onde de choc de cette mobilisation extraordinaire, cette colère, ce cri du cœur que les villes voisines ont repris en chœur.

In Ghar, Iguestene, Sahla Fougania, Sahla Tahtania, Aoulef, Tit, El Ménéa, Tamanrasset où une vague de solidarités a été déclenchée le plus naturellement du monde, mais encore plus au nord, dans les oasis sahariennes, à Oued Souf, Ouargla, Ghardaïa… Ceux qui connaissent In Salah savent que l’adhésion au mouvement anti-gaz de schiste est réelle, ces forages ont allumé un étincelle que certains croyaient éteinte depuis la révolte des Deghamcha en 1900, mais la peur de cette mort annoncée a profondément ébranlé une population paisible, fidèle au FLN de la Révolution, au pouvoir central et peu encline au changement brusque.

Elle a touché les foyers, les vieilles, les ménagères présentes aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur et qui donnent le la à cette manifestation non-stop depuis 6 jours. Un cri du cœur, la peur d’un avenir incertain dans une région connue pour être le couloir des vents les plus forts, la chaleur la plus torride d’Algérie et peut-être du monde. Des extrêmes qui viennent de donner l’élan à la plus spectaculaire, la plus forte et la plus inédite manifestation pour la préservation du Sahara.

Presse antiémeute (Houria Alioua, ElWatan.com, 6 janvier 2015)

 

Imposante marche contre le gaz de schiste à Tamanrasset

Les étudiants du centre universitaire de la wilaya de Tamanrasset se sont joints au large mouvement de protestation préparé par les opposants à l’exploitation du gaz de schiste dans le sud.

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Une imposante marche à laquelle ont participé plusieurs centaines de personnes, entre étudiants et enseignants, a été organisée, ce mardi 6 janvier, du centre universitaire vers le siège de la wilaya. Les organisateurs font état de plus de 2000 marcheurs qui ont pris part à cette action, en signe de solidarité avec les habitants d’In Salah qui ont investi la rue depuis le 31 décembre, pour manifester contre l’extraction du gaz piégé dans cette région où se trouvent les trois puits pilotes, dont deux sont récemment mis en service.

L’arrêt des travaux dans ce site implanté à quelques toises des périmètres agricoles des deux localité de Sahla, à 35 km de la capitale de Tidikelt, est la revendication des protestataires ayant brandit plusieurs banderoles où l’on peut lire « Le gaz se propage et le Sud agonise », « non au gaz de schiste », « ayez pitié en nos enfants, on en a marre de la marginalisation », « nous ne sommes pas contre l’économie de l’État, mais contre les projets nuisibles au citoyen ».

Les protestataires exigent sans condition l’instauration d’un moratoire et l’extinction des torche de puits lancés à titre d’expérimentation dans le site de l’Ahnet. Rien ne semble altérer leur détermination à faire valoir cette revendication quitte à “bloquer les zones pétrolières et fermer les importants axes routiers menant de et vers Tamanrasset” menace-t-on. Les participants à cette marche, quadrillée par un impressionnant dispositif de sécurité en prévision de la réunion du CEMOC (comité d’État-major opérationnel conjoint) qui se tient parallèlement à la VIe région militaire, se disent prêts à durcir leur action si les autorités se murent encore dans le silence.

« Cette protestation de soutien aux manifestants d’In Salah n’est qu’un début. Nous n’allons pas nous taire jusqu’à l’aboutissement de notre plate forme de revendication » lancent les protestataires à l’adresse des responsables de la wilaya. Et de poursuivre : « Nous refusons de cautionner un projet polluant et qui ne profite, de surcroît, qu’aux pays étrangers. Les populations du Sahara ont été longtemps exploitée par la France qui tenait de concrétiser sa stratégie nucléaire au détriment de la vie des milliers de personnes utilisées comme cobayes. Aujourd’hui et après 52 ans d’indépendance on n’acceptera jamais qu’on soit traité de la sorte ».

Plus scientifiques, ils ont expliqué que le précédé adopté pour l’extraction du gaz de schiste, outre le fait qu’il contribue à augmenter les émissions de gaz à effet de serre (GES), est susceptible d’augmenter le taux de radon — un gaz radioactif incolore et inodore présent dans les sous sols — dans toute la région et localités environnantes. Ce qui accroît inévitablement le risque de cancer du poumon. Après l’eau inflammable, les microséismes et la pollution des nappes phréatiques, la hausse du radon représente ainsi une conséquence redoutable des gaz de schiste.

Joint par téléphone, le secrétaire de l’association des victimes des essais nucléaires d’In Eker, Ibba Boubekeur a mis en garde contre les dangers et les différentes menaces qui pèsent sur les populations de Tidekelt et l’Ahaggar. « En matière de technologie, l’Algérie n’est pas meilleure que les USA qui jouissent d’une expérience capitale en matière l’exploitation du gaz de schiste, et encore moins la France où le projet avait fait objet d’une large contestation eu égard à son impact négatif sur l’environnement et la santé publique. Il faut comprendre que le gaz de la roche-mère, devant être fracturé avec une grande quantité d’eau et de produits toxiques, est une source de cancers qui s’ajoute à la liste encore plus longue de craintes et de répercussions néfastes. Les riverains sont exposés à de hauts risques et des préjudices écologiques incommensurables. L’État doit se raviser avant que la situation ne prenne d’autres allures encore plus scandaleuses, » a conclu notre interlocuteur.

Presse antiémeute (Ravah Ighil, ElWatan.com, 6 janvier 2015)

 

Le Sud se mobilise contre le gaz de schiste
Le gouvernement recule ?

Le chef de daïra d’In Salah a annoncé hier, en fin d’après-midi, la suspension de l’exploitation des deux puits de gaz de schiste de Dar Lahmar, le premier champ de gaz de schiste d’Algérie.

Sur le point kilométrique 30 de la RN1, la fameuse transsaharienne, une bifurcation, à 18 km vers l’ouest, mène aux trois premiers puits de gaz de schiste. Deux sont entrés en exploitation dix jours plus tôt alors que le troisième serait en cours de réalisation, selon nos informations. Pendant ce temps, la mobilisation populaire prenait de l’ampleur à travers les villes voisines. Plusieurs localités du Sud se sont portées solidaires du mouvement de protestation contre l’exploitation du gaz de schiste entamée le 31 décembre par la société civile d’In Salah.

In Ghar, Tit, Tamanrasset et El Ménéa ont décrété hier la paralysie totale des commerces et administrations publiques pour rejoindre ceux d’In Salah où la mobilisation a atteint toutes les franges de la société. Même les grossistes et autres commerçants installés dans cette ville ont baissé rideaux en signe d’adhésion et rejoint la foule qui s’est regroupée dès les premières lueurs d’hier matin devant le portail de la daïra. La population de la daïra d’In Salah a fortement répondu aux appels d’une vingtaine d’associations de quartiers et de protection de l’environnement.

Quand les femmes donnent l’exemple

Des dizaines d’hommes, des jeunes, des vieux, des enfants mais aussi et surtout une cinquantaine de femmes, se sont énergiquement opposés à l’exploitation du gaz de schiste dans le Sahara algérien, en tenant tête aux autorités et en maintenant leur mouvement de protestation. Ils se sont mobilisés durant toute la matinée de dimanche devant le siège de la daïra d’In Salah, où une délégation a fini par être reçue par le chef de daïra. L’annonce de la venue, mercredi prochain, d’une délégation ministérielle pour discuter avec la population n’a pas convaincu.

Les manifestants ont décidé de camper devant leur daïra où ils ont dressé une immense kheima pour continuer à sensibiliser la population acquise à cette action citoyenne pacifique s’opposant à l’entrée en production des puits de gaz de schiste dans l’Ahnet. Ainsi, après un sit-in grandiose qui a regroupé différentes franges de la société, venues des quatre coins de la ville d’In Salah, les citoyens étaient très déterminés à avoir des réponses concrètes, voire immédiates. « Nous attendrons ici même cette délégation d’Alger qu’on nous annonce avec autant de cérémonie », nous dit un des organisateurs, joint par téléphone.

Une délégation qui n’a pas pris la peine de se déplacer avant la fin de semaine, alors que la population n’a quasiment pas déserté la rue depuis le 31 janvier et qui a redoublé de manifestations depuis, bloquant des axes névralgiques de la ville, y compris ceux menant aux fameux puits de gaz de schiste, dont le lancement de la production une semaine plus tôt par le ministre de l’Énergie a eu l’effet d’une bombe parmi les habitants.

Poursuite des négociations

C’est à cet endroit qu’un deuxième round de négociations a été programmé en fin d’après-midi. Une nouvelle délégation de citoyens, une nouvelle attente. Le verdict est arrivé peu avant 17h. Le gouvernement aurait décidé la suspension de l’exploitation du gaz de schiste dans les deux puits en production. Une annonce qui laisse la foule perplexe. Comment en être sûr ? Que va-t-on décider ?

Des pétroliers du cru décident alors de se porter volontaires pour un déplacement sur le site même de Dar Lahmar, histoire de constater de visu que les torches ne brûlent plus. L’idée est de suspendre la production jusqu’à la venue, mercredi prochain, d’une délégation d’experts dépêchés par le ministère de l’Énergie afin d’organiser un forum populaire le lendemain. Le ministère veut donc expliquer sa démarche à une population hostile à tout ce qui a trait au forage de puits de gaz de schiste. Les manifestants restent sceptiques.

Les gens savent qu’In Salah n’est pas une région anodine sur l’échiquier national. « In Salah, zone stratégique, est la vraie capitale du gaz algérien, le plus grand réservoir d’eau du Sahara ne montre aucun signe de développement ou d’autosuffisance. Nous avons dit au chef de daïra, qu’il nous sera difficile de maîtriser la fougue juvénile, des gens qui attendent des réponses tangibles, un développement réel », nous répond Djouan Mohamed, président de l’association environnementale Shams. Et d’ajouter : « Nous n’avons pas profité du gaz conventionnel, ni des retombées de la manne pétrolière. Qu’y a-t-il après la misère, la mort ? Le gaz de schiste nous prendra le peu que nous avons et nous n’en voulons pas. »

Presse antiémeute (Ravah Ighil, ElWatan.com, 5 janvier 2015)

 

Gaz de schiste, la fracture

Les foyers de la contestation sociale se multiplient dans le sud du pays. Après Ghardaïa, secouée par une crise intercommunautaire qui s’est inscrite dans la durée, et Ouargla où le collectif des jeunes chômeurs s’est distingué tout au long de l’année qui vient de s’achever par des actions spectaculaires de protestation pour l’accès à l’emploi, c’est au tour de la localité d’In Salah d’être sous les feux de l’actualité.

Les citoyens de cette région riche en gaz et en eau souterraine sont sortis, ce week-end, dans la rue pour exiger l’arrêt du programme d’exploitation du gaz de schiste, dont le premier forage, mis en service à titre expérimental dans cette partie du grand Sud, a été inauguré la semaine dernière par Youcef Yousfi, ministre de l’Énergie.

Pour bien montrer leur détermination à ne pas lâcher prise jusqu’à la satisfaction de leur revendication, les contestataires ont tenu à frapper les esprits par cette initiative lourde de conséquences de bloquer symboliquement, lors de cette journée de protestation, l’accès aux champs gaziers. Les pouvoirs publics ont été surpris par la réaction de la population locale que l’on a sous-estimée et considérée peu encline à se mobiliser autour de préoccupations aussi « doctes » que l’on croyait être le seul apanage des politiques.

Il est dommage que les pouvoirs publics n’aient pas perçu ce signal fort de la population d’In Salah comme un signe de vitalité de la société et une action citoyenne pour leur envoyer, comme de coutume, les forces antiémeute érigées en instrument de dialogue dans le traitement des conflits ! La symbolique de ce mouvement est en effet forte pour n’entrevoir que des tentations velléitaires de quelques mains manipulatrices qui ne voudraient pas que l’Algérie figure, de par ses réserves prouvées en gaz de schiste, dans le gotha des pays producteurs.

Les habitants d’In Salah sont sortis dans la rue non pas pour réclamer des logements, du travail, leur part de la rente pétrolière, mais pour un combat existentiel. Ont-ils raison ? Ont-ils tort ? Leurs craintes quant aux conséquences du recours au procédé technique de la fracturation hydraulique sur l’environnement et les nappes phréatiques qui constituent une source de vie vitale pour ces régions désertiques sont-elles fondées ? Sont-elles exagérées ?

Comment pourrait-on le savoir alors que ce dossier si sensible, qui fait polémique partout dans le monde où le débat est sur la table, est géré chez nous dans le plus grand secret ? On a vu comment en France les partis politiques, la société civile, les écologistes, les experts, les parlementaires, le gouvernement se sont emparés de ce dossier à travers un débat public intense pour enfin trancher de manière consensuelle en faveur du rejet de l’option du gaz de schiste.

Face à la démission de la classe politique, du Parlement, du mouvement associatif que l’on n’a pas beaucoup entendu sur ce dossier, le gouvernement a tenté un passage en force en imposant le fait accompli en dehors de toute concertation avec les forces vives du pays et les experts. Les événements d’In Salah gagneraient à être médités par les décideurs pour ouvrir avec courage, lucidité et responsabilité un débat public sur ce dossier controversé afin de prendre les décisions, les plus appropriées, qui soient conformes aux intérêts stratégiques du pays. Loin de tout dogmatisme.

Presse antiémeute (Omar Berbiche, ElWatan.com, 5 janvier 2015)

 

 

Un blessé et quatre arrestations à In Salah
Affrontements entre manifestants et gendarmes

In Salah ne décolère pas. Bien au contraire, l’indifférence des autorités locales – qui ont répondu par des renforts de gendarmes à la manifestation pacifique qui s’est vite mue en blocage de la transsaharienne depuis 3 jours – n’a fait que renforcer la détermination et la mobilisation citoyennes.

Il s’agit d’un fait inédit à plus d’un titre dans une région où l’allégeance au pouvoir central n’est pas à prouver, une région qui a attendu patiemment et en silence un vrai programme de développement, surtout après les dernières découvertes gazières qui étaient censées rehausser tout le Tidikelt vers le statut de zone énergétique pourvoyeuse de richesse et dont les retombées devaient bénéficier en premier à ses habitants.

Or, l’attente n’a pas donné grand-chose, estiment les habitants. Pis encore, après le gaz conventionnel, l’exploration puis l’entrée en exploitation du premier puits de gaz de schiste, quasiment en catimini, en présence du ministre de l’Énergie et d’un gradé de l’armée ont accentué le sentiment de mépris et la colère nourrie par des manques à tous les niveaux et l’absence d’une communication institutionnelle envers les populations concernées par ces nouveaux projets.

Des projets qui apportent leur lot d’appréhensions et de peur sur l’avenir de la région, son environnement, une eau de qualité contestée mais dont les seuls dangers se résument à l’hypertension et à la fluorose dentaire et osseuse. Rien, en somme par rapport aux effets toxiques des produits chimiques injectés depuis juin dernier dans les nappes phréatiques du Sahara.

Mobilisation

Le collectif d’associations et des citoyens anti-gaz de schiste à In Salah a appelé hier à une grande manifestation, qui se tiendra aujourd’hui devant la daïra d’In Salah. Toutes les franges de la société ont été conviées à ce nouveau rassemblement qui survient au lendemain de l’arrestation de quatre jeunes manifestants de la localité de Sahla, appréhendés par les gendarmes d’In Salah alors qu’ils bloquaient l’accès au site du premier puits de gaz de schiste de la région d’Ahnet, située à quelque 35 km de la ville d’In Salah. Les manifestants ont été violemment réprimés et conduits en ville, l’un d’eux a été gravement blessé après une chute sur un pneu qui brûlait, ce qui lui a causé de graves brûlures, d’où son évacuation en urgence à l’hôpital d’In Salah.

La déviation empruntée par les camionneurs, qui voulaient éviter le blocus de la zone pétrolière sur la transsaharienne sur l’axe reliant In Salah à Tamanrasset a en outre été rouverte à la circulation, quand les éléments de la Gendarmerie nationale, qui observaient jusque-là en retrait les manifestants ayant opté pour la radicalisation du mouvement en bloquant les issues, ont décidé d’intervenir au lever du jour.

Plusieurs comités de sages, de notables et d’imams pourtant très écoutés dans la région se sont succédé au carrefour des deux Sahla, pour faire fléchir les contestataires et les appeler à rentrer dans le rang de la majorité des habitants d’In Salah qui préfèrent l’action pacifique et tiennent à manifester et exprimer leurs doléances aux autorités locales.

Après le grand rassemblement du 1er janvier auquel ont pris part quelque 1500 personnes, selon des témoignages concordants de la ville d’In Salah, la lecture de la plateforme de revendications remise au chef de daïra chargé de la transmettre à la présidence de la République, les manifestants estiment que les pouvoirs publics ont eu le temps de préparer une réponse convaincante à une population qui demande un moratoire concernant l’exploitation du gaz de schiste dans le Sahara et l’organisation de manifestations scientifiques publiques et un débat ouvert à l’opinion nationale concernant l’exploitation des énergies non conventionnelles en Algérie. Pour l’heure, une grande campagne de sensibilisation est actuellement menée, des équipes font du porte-à-porte pour distribuer des tracts et des affichettes appelant à une mobilisation citoyenne très forte aujourd’hui.

Sitôt relâchés, les 4 manifestants arrêtés hier matin ont repris leurs positions au niveau du blocus de Sahla, arguant que « les autorités ont été destinataires d’une lettre officielle à laquelle aucune réponse n’a été donnée au moment où la rue bouillonnait à In Salah ». À In Salah-centre, le comité de pilotage de l’action citoyenne anti-gaz de schiste tenait une réunion pour décider de la suite des événements et coordonner les actions. Pendant ce temps, des renforts de la Gendarmerie nationale ont pris le départ de Ouargla pour In Salah pour contenir de nouvelles manifestations.

Presse antiémeute (Houria Alioua, ElWatan.com, 4 janvier 2015)

 

In Salah : Très forte mobilisation populaire contre le gaz de schiste

La mobilisation citoyenne anti gaz de schiste gagne du terrain. Après In Salah, c’est au tour de In Ghar, Tit, Tamanrasset et El Ménéa de se joindre à la protestation en décrétant la paralysie totale des commerces et administrations publiques. Tous les axes routiers situés desservant la RN 1 sont également bloqués.

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Ainsi, après un sit-in imposant qui a regroupé toute la matinée, différentes franges de la société, venues des quatre coins de la ville d’In Salah et l’annonce d’une visite ministérielle mercredi prochain, la population d’In Salah n’a pas renoncé à son piquet de grève générale lancé le matin même.

Une kheima a été dressée en face du siège de la daïra ou des dizaines de manifestants se sont regroupé des les premières lueurs du matin. « Nous attendrons ici même cette délégation d’Alger » nous dit un des organisateurs, joint par téléphone en début d’après-midi.

Une délégation qui n’a pas pris la peine de se déplacer avant la fin de semaine alors que la population n’a quasiment pas déserté la rue depuis le 31 janvier et qui a redoublé de manifestations depuis, bloquant des axes névralgiques de la ville y compris ceux menant au fameux puits de gaz de schiste, dont le lancement de la production une semaine plus tôt par le ministre de l’énergie a eu l’effet d’une bombe au sein de la population locale.

Presse antiémeute (Houria Alioua, ElWatan.com, 4 janvier 2015)

 

Les pouvoirs publics devancés par la société civile de In Salah

L’association Shams pour la préservation de l’environnement, la promotion de l’usage des énergies renouvelables et le développement durable d’In Salah a été la première à attirer l’attention du gouvernement sur les dangers de l’exploitation de certains gaz toxique sur les nappes phréatiques et l’environnement en général.

Dans une correspondance datant du 18 août 2014, son président faisait part des appréhensions de la population quant à l’injection, au niveau du champ gazier de Hassi Moumen, à 35 km au Nord de la ville d’In Salah « d’eaux extraites du Gaz ». Un procédé par lequel, Sonatrach et ses associés procéderont à l’injection de l’eau extraite (par déshydrations) du Gaz Humide.

Un puits injecteur et des installations de pompage était alors en construction avec une entrée en exploitation prévue durant le premier trimestre de l’année 2015. Shams exprimait dés lors une « inquiétude forte, justifiée et due au faits que cette eau est forcément contaminée par des produits chimiques, qu’elle est très salée (eau de saumure), en grande quantité, et que l’injection sera opérée á une profondeur de 1400 m ».

Les même appréhensions quant aux garanties concernant l’exploitation du gaz de schiste ont été formulées quelques mois plus tard au directeur de l’environnement de Tamanrasset et mêmes les ministères de tutelle et les entreprises étrangères activant dans la région notamment après la persistance des infiltrations dans les nappes phréatiques constatées en 2013 et les débordements d’égouts d’El Barka.

Des sujets qui ont été couverts au moment opportun par El Watan dans son édition destinée à la région Sud. Cette association œuvrant pour l’action citoyenne a également interpellé les autorités sur les différents problèmes relatifs à la situation économique catastrophiques de la région, aux conditions climatiques rudes exacerbées par les problèmes d’électricité qui ont causé une trentaine de morts l’été dernier, mais aussi la dégradation de la qualité de vie des citoyens.

Le risque de la dégradation de l’eau, ressource vitale, fossile non renouvelable au Sahara a poussé l’association à appeler à une forte mobilisation contre le gaz de schiste. Un mouvement qui a depuis, atteint plusieurs wilayas du sud du pays, brassant un vaste élan de solidarité et de sympathie à travers tout le pays ou un sentiment d’avenir bradé s’installe. En tant que mouvement de la société civile, les habitants d’In Salah ont prouvé un haut sens de la citoyenneté et de la conscience environnementale qui forcent l’admiration.

Et dans l’attente de la suite des événements maintenant que le gouvernement a décidé de suspendre l’exploitation du gaz de schiste dans l’Ahnet, Shams demande aux pouvoirs publics d’appliquer le principe n 15 de la déclaration de Rio ratifiée par l’Algérie, à savoir les principes de prudence et de prévention. Bien avant la mobilisation, les cadres de Shams, avaient proposé leur contribution à une solution écologique, durable qui permettra á Sonatrach d’exploiter le champs gazier d’In Salah sans atteinte irréversible à cette ressource stratégique. Ni le gouvernement, ni Sonatrach n’y ont prêté attention.

Presse antiémeute (Houria Alioua, ElWatan.com, 4 janvier 2015)

 

Gaz de Schiste à In Salah : La population demande un moratoire au Président

Des dizaines de citoyens d’In Salah ont poursuivi, vendredi, leur mouvement de protestation entamé le 31 décembre. Après quelques heures d’ouverture, la Transsaharienne, au carrefour des deux Sahla, à 35 km de la ville, a encore été fermée à la circulation. Depuis deux jours, les manifestants arborent des banderoles et scandent des slogans en arabe et en français : « Oui au solaire thermique, non au gaz de schiste », « Non à l’extermination du Sud par le gaz de schiste », « In Salah agonise »…

Les jeunes semblent déterminés. La délégation qui s’est entretenue jeudi avec le chef de daïra a expressément demandé que ses doléances soient transmises directement au président de la République. Ce courrier, signé par les représentants d’une vingtaine de quartiers d’In Salah, demande un moratoire contre le gaz de schiste.

Prenant la parole à tour de rôle, les présidents des associations locales de protection de l’environnement se disent choqués par l’attitude du ministre de l’Énergie à In Salah. « Il est arrivé et est parti comme un voleur », disent-ils. Il a seulement constaté que le forage fonctionnait et il est reparti. Aucune consultation de la population, aucun contact avec le maire, le chef de daïra ou les élus locaux.

À In Salah, à quoi sert le gaz ?

Pour des membres actifs de la société civile, In Salah renaît de ses cendres et compte peser sur cette décision aussi brusque que méprisante de commencer l’exploitation du gaz de schiste avant la date annoncée par le gouvernement l’été dernier, à savoir l’horizon 2020. « Le Tidikelt fait le décompte de ses acquis : rien », écrit une activiste de la région. In Salah est le gisement ouvert à toutes sortes de pompages : le gaz vers l’étranger, l’eau vers Tamanrasset, l’électricité vers d’autres régions et rien pour In Salah où le vent de sable, la canicule et le néant mettent la population dans une situation que personne ne leur envie.

À In Salah, la situation est tellement invivable que les habitants ressentent cette offense gouvernementale comme une humiliation de trop. Conjuguée à l’oubli et à la négligence des décideurs depuis l’indépendance, la capitale du Tidikelt, cette paume de la main ouverte et hospitalière, l’humiliation donne envie de tout fermer et d’attendre de voir venir. Les habitants donnent un ultimatum au gouvernement.

Moratoire

Le gouvernement est devant un exercice difficile de communication et de conviction. Les gens d’In Salah veulent de vrais arguments. « Si l’État veut forer pour extraire le gaz de schiste, il faudra qu’il nous démontre, via des experts au-dessus de tout soupçon, que cette activité est sans risque pour l’humain, la faune et la flore », disent-ils.

Un député a dit qu’il a voté contre la loi des hydrocarbures, mais que les voix des élus restent insignifiantes dans une configuration qui pousse à l’unanimisme. Certains citoyens ont réalisé, cette semaine, qu’ils travaillaient pour l’entreprise qui compte les assassiner. Quelques intervenants ont été plus radicaux : c’est un non définitif au gaz de schiste, une fermeture immédiate du forage qu’ils exigent. Et devant l’absence de réaction des autorités, les manifestants bloquent toujours la RN1.

Presse antiémeute (Houria Alioua, ElWatan.com, 3 janvier 2015)

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[Grenoble] Repères paysans

Lancement du site Repères paysans

Les cafés paysans de Grenoble lancent un nouveau site d’informations paysannes locales : Repères paysans

Ce site est destiné à toutes les personnes qui s’intéressent de près ou de loin à la paysannerie en Rhône-Alpes, le jardinage, l’autonomie alimentaire, les luttes paysannes, l’agriculture bio-locale.

Il rassemble des brochures pratiques et politiques sur des thèmes paysans, ainsi que les dates des formations et événements paysans dans la région.

Les premières brochures disponibles sont :

• Pourquoi devenir paysan ou paysanne ?

• Où en est-on des OGM en France et en Isère ?

• Petit guide pratique des adresses paysannes

• Comment s’installer progressivement et “hors-cadre” ?

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à nous rencontrer lors des cafés paysans de Grenoble, chaque premier mardi du mois à 20h à la MJC des Eaux Claires, 33 rue Bouchayer.

Indymedia Grenoble, 4 janvier 2015

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[Opération Pandore en Espagne] « La provocation vis-à-vis des libertaires, bonnes gens qui ne se laissent pas intimider facilement, est le premier pas d’une stratégie de la tension qui vise plus loin »

La sécurité n’est pas un crime

Mardi 16 décembre, une opération policière d’envergure a eu lieu en Espagne. 14 domiciles et centres sociaux ont été perquisitionnés à Barcelone, Sabadell, Manresa et Madrid. Livres, brochures et ordinateurs ont été saisis. 11 personnes ont été arrêtées et déférées devant l’Audiencia Nacional espagnole, un haut tribunal à Madrid s’occupant des affaires d’“intérêt national”. Elles sont accusées de recrutement, promotion, organisation et appartenance à une organisation terroriste. Toutefois, les avocats de la défense dénoncent un manque de transparence, précisant que leurs client·es ont été interrogé·es sans savoir de quoi ils ou elles étaient accusé·es. “[Ils] parlent de terrorisme sans préciser les crimes reprochés, ni même les actes individuels attribués à chacun d’entre eux”. Interrogé, le juge Bermúdez répond : “Je n’enquête pas sur des faits spécifiques, j’enquête sur l’organisation, et le danger qu’ils peuvent représenter à l’avenir” ; créant ainsi un nouvel exemple d’arrestation préventive.

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« Nous ne sommes pas tou-te-s là, il manque les prisonnier-e-s ! »

Quatre des détenu·es ont été libéré·es, mais 7 restent en détention préventive pour leur procès à venir. Les motifs présentés par le juge pour leur incarcération sont la détention de certains livres, “la production de publications et de moyens de communication”, et le fait que les accusé·es “utilisent les emails avec des mesures de sécurité extrêmes, comme les serveurs RISE UP”.

Nous rejetons cette criminalisation kafkaïenne des mouvements sociaux, ainsi que l’implication que la protection de la vie privée sur internet est équivalente au terrorisme. Cela est absurde et extrêmement alarmant.

Riseup, comme d’autres fournisseurs de courrier électronique, a l’obligation de protéger la confidentialité de ses utilisateurs et utilisatrices. Beaucoup des “mesures de sécurité extrêmes” utilisées par Riseup sont de bonnes pratiques communément admises en termes de sécurité sur Internet et sont aussi utilisées par des fournisseurs de services comme Hotmail, GMail ou Facebook. Toutefois, contrairement à ces fournisseurs, Riseup ne veut pas permettre la mise en place de portes dérobées illégales, ni vendre les données de ses utilisateurs et utilisatrices à des tierces parties.

Le rapport du  Parlement européen sur le programme de surveillance de la NSA “souligne que le respect de la vie privée n’est pas un droit de luxe, mais constitue la pierre angulaire d’une société libre et démocratique”. Des révélations récentes sur l’étendue des violations de la vie privée par les États montrent que tout ce qui peut être épié le sera. De plus, nous savons que la criminalisation de l’usage des outils de protection de la vie privée a un effet dissuasif sur toutes et tous, en particulier les défenseurs des droits humains, les journalistes et les activistes. Abandonner ses droits fondamentaux à la vie privée par peur d’être identifié·e comme terroriste est inacceptable.

Riseup newsletter, 6 janvier 2015

 

Que dissimule l’Opération Pandora ?

S’il est une chose dont nous sommes certains, c’est que le gouvernement espagnol ne vit pas ses meilleurs jours. Englué jusqu’au cou dans un marécage de corruption et incapable de résoudre, d’une part, la restructuration imposée par la sauvegarde de la souveraineté de l’État espagnol et, d’autre part, les problèmes économiques urgents qui noient des secteurs de plus en plus larges de la population, il craint que son manque de crédibilité et son impuissance n’aboutissent à une crise d’État qui, si la réaction populaire ne se limite pas au vote, aurait pour lui de dangereuses conséquences.

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L’État se durcit, comme le montre la tentative du ministère de l’Intérieur de créer un fichier de personnes arbitrairement qualifiées de « suspectes » et d’imposer une Ley de Seguridad Ciudadana [La Ley de Seguridad Ciudadana a reçu le sobriquet de « ley Mordaza » (bâillon)] qui donne les mains libres à la police pour réprimer n’importe quel mouvement de protestation de la rue. Face à ceux qui se proposent de le réformer constitutionnellement, ou même de le « démocratiser » pour le sauver, il y a un secteur politique qui prétend le cuirasser avec toute une série de mesures répressives. Derrière lui se dissimule la majorité des pouvoirs de fait qui ont beaucoup à perdre dans la crise. Ils ont commencé à paniquer, et c’est pour cela que l’État se dispose à donner un coup de gouvernail sécuritaire, avec pour objectif de préparer le terrain. Les médias ont été les premiers à se mettre à la tâche, bien avant les policiers et les juges. Des nouvelles fantastiques concernant de mystérieux voyageurs internationaux, messagers de l’anarchie, circulent depuis un moment, tandis que d’autres, du même niveau alarmiste, visent à criminaliser l’unique milieu opaque au Pouvoir qui existe, ce qui en soi est déjà scandaleux, celui des squats, des athénées libertaires et des centres autogérés.

Le message est clair : nous ou le chaos. Les stratèges du Pouvoir ne croient pas que les libertaires et les squats soient leurs ennemis les plus redoutables, bien qu’ils gardent à l’esprit l’exemple de Can Vies ; bien au contraire, ils estiment que ce maillon est assez faible pour leur servir de bouc émissaire, comme une sorte de rappel à l’ordre aux opposants officiels. Le montage grossier du juge de l’Audience nationale, Gómez Bermúdez, n’est pas une simple manœuvre d’intimidation contre eux et les éventuels conflits que pourrait susciter la défense de la banque expropriée de Gràcia [Banc expropiat de Gràcia : il s’agit d’une agence bancaire vide qui fut occupée il y a trois ans par des jeunes, des chômeurs, des retraités ou simplement des habitants du quartier barcelonais de Gràcia, et où s’organisent des activités culturelles, des ateliers et une cantine populaire], menacée d’expulsion. Il n’est pas nécessaire de savoir lire entre les lignes : l’arrestation d’une douzaine de jeunes, presque tous de Barcelone, la vieille Rosa de Foc [Rosa de Foc (Rose de feu) : nom donné à Barcelone par un journaliste hispano-argentin, Antonio Loredo, qui, en août 1909, écrivit dans le journal La Protesta un éloge de la ville des révoltes], sous le prétexte que trois pétards ont éclaté, il y a deux ans, dans des distributeurs automatiques, actes ridiculement qualifiés de « terroristes », ou le déploiement de quatre cents « mossos » autour de la Kasa de la Muntanya [La Kasa de la Muntanya est un très ancien squat], sont des faits si incongrus et disproportionnés qu’ils ne peuvent dissimuler une intention infâme. Il y a déjà eu des faits similaires, il n’y a pas si longtemps.

Soit ceux qui tirent les fils d’une trame si évidente sont des imbéciles ou des cinglés, soit ils essaient seulement d’avertir les autres – l’opposition légale – qu’ils devront abandonner les balivernes, applaudir la « loi Mordaza » et faire front commun avec le système. Il est possible que les deux choses soient vraies. La provocation vis-à-vis des libertaires, bonnes gens qui ne se laissent pas intimider facilement, est le premier pas d’une stratégie de la tension qui vise plus loin. Le Pouvoir encourage le vacarme pour introduire la peur chez le citoyen téléspectateur. L’État affaibli craint pour sa stabilité, il est au bord de la crise de nerfs, et c’est pourquoi il compte sur la multiplication de troubles mineurs pour forger l’unité du parti de l’ordre. À en juger par les manifestations dans plusieurs villes, et principalement l’énorme manifestation d’hier dans le quartier de Gràcia, nous doutons qu’il l’obtienne.

Liberté pour les détenus !

Revue Argelaga, le 17 décembre 2014

 

Directorio de presos

Estad atentos a los posibles cambios, ya que uno de ellos está de paso y es posible que a los demás también los trasladen. Para más información :

efectopandora.wordpress.com

Beatriz Isabel Velazquez Dávila
Lisa Sandra Dorfer
P. Madrid VII – Estremera
Ctra. M-241
28595 Estremera
Madrid
España

Alba Gracia Martínez
Noemí Cuadrado Carvajal
Anna Hernandez del Blanco
P. Madrid V – Soto del Real
Carretera M-609, Km 3,5
28791 Soto del Real
Madrid
España

Enrique Balaguer Pérez
P. Madrid VI – Aranjuez
Ctra. Nacional 400, Km. 28
28300 Aranjuez
Madrid
España

David Juan Fernández
P. Madrid III – Valdemoro
Ctra. Pinto-San Martín de la Vega, km. 4,5
28340 Valdemoro
Madrid
España

Mónica Andrea Caballero Sepúlveda
Ávila-Prisión Provincial
Ctra. de Vicolozano s/n Apdo. 206
05194 Brieva (Ávila)
España

Francisco Javier Solar Domínguez
C.P. de Villabona Finca Tabladiello
33480 Villabona-Llanera (Asturias)
España

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[Serait-ce le devenir des comicos partout ?] Des nouvelles du bassin minier de Gafsa

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/013.jpgLa police disperse des jeunes bloquant le transport du phosphate à Redeyef

Des heurts ont éclaté, hier, entre la police et des jeunes de Redeyef qui ont tenté de bloquer le transport du phosphate dans le bassin minier.

Un groupe de jeunes ont bloqué, dans la soirée du lundi 5 janvier 2015, les camions devant transporter le phosphate vers les usines du Groupe chimique tunisien (GCT) à Sfax.

Les forces de l’ordre ont eu recours au gaz lacrymogène pour disperser ces jeunes, qui ont riposté par des jets de pierres et mis le feu au poste de police.

Les manifestants dénoncent des faits de corruption dans le secteur du transport du phosphate et exigent d’être recrutés par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG).

Le bassin minier est souvent le théâtre de grèves, manifestations et blocages de routes, provoquant d’énormes pertes à la CPG, qui se sont élevées à 20 millions de dinars (MD) au cours de 2014, en raison de la baisse de production.

Leur presse (Kapitalis, 6 janvier 2015)

 

Gafsa : Un siège sécuritaire incendié à Redaïef

Plusieurs jeunes ont incendié un siège sécuritaire dans la ville de Redaïf, relevant du gouvernorat de Gafsa, ce mardi 6 janvier 2015, en protestation contre le transport du phosphate par un propriétaire d’une société de transport privée, en raison de la grève des agents de la société de transfert des produits miniers.

Dans le même contexte, les agents de sécurité à Redaïf ont procédé à la dispersion des protestataires en utilisant du gaz lacrymogène, après que ces derniers aient interdit les camions de transporter le phosphate, en raison de leur non recrutement au sein de la société de phosphate de Gafsa.

Leur presse (MosaiqueFM.net, 6 janvier 2015)

 

Tunisie. Le bassin minier s’embrase à nouveau

C’est l’un des premiers dossiers socio-sécuritaires brûlants qui attendent le chef du gouvernement fraîchement désigné, Habib Essid. Dans la nuit de lundi à mardi 6 janvier, la région de Redeyef a connu de violents accrochages entre habitants travailleurs dans le secteur des mines d’un côté et les forces de l’ordre. Des sources locales nous ont expliqué les éléments déclencheurs.

Selon l’activiste Moudhafer Labidi, cela fait plusieurs mois que le cheminement du précieux phosphate produit par la région pose problème. Au lieu d’être transporté en train, le phosphate est acheminé via des camions poids lourds. Pour la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), qui emploie 6000 personnes, cela résulte en un manque à gagner estimé à plus de 80 millions de dinars pour chaque 4 millions de tonnes (environ 102 millions de dinars, contre près de 22 millions).

Pour sa défense, la CPG évoque « un choix douloureux » : en plus d’équipements vétustes, la Société Nationale des Chemins de Fer Tunisiens ne serait plus en mesure de garantir la sécurité des chemins de fers, régulièrement sabotés. Les habitants de Redeyef accusent les lobbies des transporteurs de monnayer ces sabotages pour pérenniser le business du transport routier. Un député du parti Moubadara, Lotfi Ali, est en particulier accusé de coordonner ces opérations avec des hommes d’affaires locaux.

Le 5 janvier, date anniversaire des évènements de 2008 qui avaient déstabilisé le régime de Ben Ali, le transport routier du phosphate sous étroite escorte policière a déclenché le courroux des riverains à Redeyef ainsi que dans la ville voisine d’Om Larayes. Un poste de police a été incendié et les tensions restent vives après que les autorités aient fait appel à des renforts.

Leur presse (lecourrierdelatlas.com, 6 janvier 2015)

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Comment renverser les Illuminati ?

“Comment renverser les Illuminati ?” : un document qui démonte la théorie du complot

Depuis plusieurs années, la propagation du conspirationnisme fait la part belle à la théorie du complot Illuminati.

Nous publions un document (format PDF) dans lequel nous faisons la lumière sur cette funeste supercherie, et proposons de nécessaires arguments à sa réfutation :

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GARAP

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Les porte-clefs travaillent aux Baumettes

Prison des Baumettes à Marseille : la page Facebook qui fait tache

C’est durant la semaine des fêtes de Noël que les publications, photos et vidéos, ont soudainement abondé sur cette page qui a rapidement bénéficié de près de 4800 “j’aime”.

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Avec des billets, au téléphone, avec du shit, dans la cour pour une pose genre “boy’s band”, les détenus exhibent des sourires radieux.

“Ils ont tous des téléphones portables, le sport, l’école, des activités, la télévision avec en prime Canal+ (pour 9 euros par cellule et par mois, Ndlr), alors que la majorité des gens à l’extérieur n’ont pas les moyens de se payer l’abonnement : cela n’est plus une prison, c’est un centre de vacances”, peste d’emblée Catherine Forzi, du syndicat Force Ouvrière. Il faut bien admettre que cette page Facebook — créée il y a quelques semaines et que la direction a fait supprimer le 31 décembre après en avoir eu connaissance — avait davantage les allures d’une publicité pour un Club Med d’un nouveau genre que celles de la mythique prison de la deuxième ville de France…

Si en 2008, des détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) avaient publié sur Youtube — 945’822 vues à ce jour — des images vidéo tournées pendant des mois à l’intérieur de leur établissement pour en dénoncer les conditions de détention, ceux des Baumettes affichent des sourires radieux. “Très franchement, seule une infime partie a l’air de souffrir d’être en prison”, percute de nouveau la syndicaliste FO.

C’est durant la semaine des fêtes de Noël que les publications, photos et vidéos, ont soudainement abondé sur cette page qui a rapidement bénéficié de près de 4800 “j’aime”, et autant de fans des provocations affichées à visages découverts. Au fil de la page, on découvrait une bonne dizaine de détenus se mettant en scène dans leurs cellules, fumant la chicha, faisant la popote, exhibant du shit et des liasses de billets — interdits en détention puisque chaque détenu possède un compte pour “cantiner” —, des selfies au beau milieu des coursives étaient également proposés ainsi que des clichés genre boy’s band énervé dans la cour de promenade.

“Quand la direction a découvert cette page, elle nous a tout de suite demandé ce que faisaient les agents pour ne pas avoir vu ce cinéma ! Mais le problème c’est que nous ne sommes plus assez nombreux, nous le répétons depuis des années. Ils n’ont plus peur de rien, et nous, nous n’avons pas les moyens de lutter. Cette page n’a rien de valorisant pour nous, pour le travail fait chaque jour par les surveillants, mais c’est un fait, les détenus sont livrés à eux-mêmes”, dénonce David Cucchietti, le secrétaire local de la CGT, majoritaire aux Baumettes.

“Les détenus sont livrés à eux-mêmes”

Ce qui saute aux yeux — qui se dit depuis longtemps mais sans en avoir réellement la preuve —, c’est l’impression fâcheuse que tout et n’importe quoi peut entrer en détention aux Baumettes. “Entre la faille, l’été dernier, dans le chantier Baumettes 2 qui n’était pas surveillé et qui a permis des projections en pagaille dans la cour de promenade, mais aussi l’interdiction — depuis l’article 57 de la loi pénitentiaire de 2009 — des fouilles corporelles systématiques et enfin le refus de la direction des Baumettes — pour des raisons budgétaires puisque cela nécessiterait de faire venir des agents de toute la France pour nous aider — de lancer une fouille générale de l’établissement qui n’a pas eu lieu depuis plusieurs années, on a l’impression que tout est fait pour nous compliquer la tâche et leur laisser toujours plus le champ libre. Les surveillants sont démoralisés…”, balance le CGTiste.

Chaque jour, les surveillants en étage ont la mission de fouiller quelques cellules ciblées par le chef de détention. “Le problème est qu’on leur a laissé ramener tellement d’affaires que leurs cellules de 9 mètres carrés, pour deux détenus en majorité, sont surencombrées. Chercher des choses interdites là-dedans relève du défi, et comme nous avons bien d’autres tâches à effectuer, et bien on fait ces fouilles rapidement”, décrit Jérémy Joly, du syndicat des surveillants (SPS). “Au-delà des téléphones portables, de l’argent liquide et de la drogue qui entrent, c’est surtout les couteaux qui nous inquiètent. Et on ne peut plus assurer la sécurité des détenus, ce qui fait pourtant partie de nos missions, enchaîne David Cucchietti, de la CGT, certains prisonniers, quand ils vont en cour de promenade, se constituent une sorte d’armure avec des morceaux épais de plastique qu’ils placent au niveau des parties vitales, au cas où.”

Malgré nos appels réitérés, la direction des Baumettes et la direction interrégionale des services pénitentiaires n’ont pas souhaité réagir. Selon nos sources, les détenus reconnaissables sur la page Facebook, et qui pour la plupart travaillaient, ont perdu leurs petits jobs et ont été changés de bâtiment. Visiblement démunis, notamment face à l’entrée de téléphones portables, les patrons de la pénitentiaire attendent peut-être avec impatience qu’une loi — comme la contrôleure générale des lieux de privation de liberté en a évoqué l’idée — les autorise purement et simplement [sic – NdJL].

Presse carcérale (Romain Capdepon, LaProvence.com, 5 janvier 2015)

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[Besançon, lundi 12 janvier] Occupons Wall Street, Discussion avec Mark Bray

[Resto Trottoir] 12 janvier 2015 : discussion sur “les indignés” de New York, Occupy Wall Street

Afin de célébrer ce début de nouvelle année, ce lundi 12 janvier, le Resto Trottoir vous convie à une discussion avec Mark Bray, auteur du livre : “Occupons Wall Street, L’anarchisme d’Occupy Wall Street”.

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Mark nous expliquera comment les pratiques anti-capitalistes et anti-autoritaires du mouvement Occupy Wall Street ont pu être diffusées à un public plus large, de façon accessible et révolutionnaire.

Son livre, sorti aux éditions Noir & Rouge en 2014, rend compte du rôle prépondérant qu’a joué l’anarchisme dans l’émergence, les stratégies et l’essor rapide d’Occupy Wall Street à New York. Il y explique pourquoi les médias n’ont pu conceptualiser ces manifestations sans chefs et parle de l’incompréhension d’un public peu formé à autre chose qu’à des concepts électoraux, à la hiérarchie et à des élites à qui il faut ressembler.

Au cours de ces dernières années, l’anarchisme est devenue l’une des idéologies radicales les plus dynamiques dans le nouveau siècle. Les anarchistes ont joué un rôle central dans de nombreuses vagues de résistance : opposition au néolibéralisme et à l’austérité, luttes pour l’écologie radicale, la libération transpédégouine, l’antimilitarisme, l’abolition des prisons, la liberté d’information, la libération animale, l’antiracisme, l’antifascisme, le syndicalisme, etc. Comme le montre Occupy Wall Street, il est impossible de comprendre la direction prise par les mouvements sociaux du XXe siècle sans prendre en compte l’horizontalisme, l’action directe et l’entraide prônés par les mouvements anarchistes.

Mais le mieux est encore de venir discuter de tout ça au Grenier du 4B place du Jura (autrement appelée Place De Lattre de Tassigny) à 20h. Nous vous y attendons autour d’une collation végétalienne.

à bientôt,

les trottant.e.s – mailing, 5 janvier 2015

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[Révolution tunisienne] Des nouvelles du bassin minier de Gafsa

Bassin minier : Confrontation entre les habitants et la police

Selon plusieurs sources du bassin minier, des affrontements ont eu lieu, tôt ce matin, entre les habitants et les forces de police.

Les forces de l’ordre veulent protéger les convois de transport du phosphate de la région, alors que les transporteurs du phosphate en grève veulent bloquer ces opérations.

D’importants renforts policiers ont été dépêchés de la ville de Gafsa afin de faire face à toute opposition.

Leur presse (African Manager, 5 janvier 2015)

 

Gafsa : 1700 agents de la Société de transport de la CPG en grève

Depuis le 13 décembre, 1700 agents de la Société de transport de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), soit près de 90% du personnel, sont en grève, nous a indiqué ce samedi 3 janvier Ali Houchati, responsable de l’information à la CPG. « Ils demandent à être intégrés à la CPG« , nous explique-t-il.

Depuis la révolution, suite à l’abolition du statut de la sous-traitance dans la fonction publique, la CPG a tenté de régulariser la situation de certains salariés en créant une société parallèle à la CPG, chargée du transport du phosphate depuis les carrières jusqu’aux unités de transformation.

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VOIR LA VIDÉO | The Phosphate Curse — Leur presse (Yasmine Ryan, Al-Araby, 18 décembre 2014)

Les employés se sentent fragilisés, sans statut clair

D’après Ali Abdallah, de l’UGTT à Gafsa, les employés de la Société de transport demandent à intégrer la Compagnie des Phosphates pour avoir une situation où leurs droits syndicaux soient garantis.

« Il y a une différence salariale mais ce n’est pas pour ça qu’ils demandent à être intégrés à la CPG, car ils y seront payés la moitié de leur salaire… Par contre avec la CPG, ils auront aussi les primes et surtout une situation plus rassurante. »

M. Abdallah explique qu’il y a eu un accord avec le gouvernement pour annuler la sous-traitance et intégrer les employés dans « la société mère », mais ces 1700 employés constituaient « l’exception ».

« Pour le moment, nous finalisons la loi organique de la société de transport des produits miniers, il est prêt à 90 % mais il reste quelques points encore à régler avec le ministère des Affaires sociales. L’un des points les plus importants est de savoir si cette société de transport sera affiliée au ministère du Transport ou au ministère de l’Industrie. C’est pour cela que les employés font grève, leur situation n’est pas claire pour eux mais nous continuerons les négociations avec le gouvernement pour garantir leurs droits syndicaux. »

Cette grève touche « presque tous les sites, mais surtout Metlaoui », précise Ali Houchati, de la CPG.

« La direction [de la CPG] a refusé de les intégrer, parce qu’il n’y a aucune raison de les intégrer« , tranche le chargé de l’information de la compagnie, reconnaissant pourtant que les employés de la CPG ont « plus d’avantages » et « un meilleur statut » que ceux de société de transport.

Pertes de 20 millions de dinars depuis le début de la grève

En attendant, le transport du phosphate est « totalement paralysé« , affirme Ali Houchati, qui assure que la direction de la CPG a tenté de négocier, mais que les grévistes campent sur leur position et refusent de revenir sur leur revendication d’intégrer la compagnie.

Les salariés grévistes considèrent le syndicat relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), en cours de négociations avec le gouvernement, « conciliant » avec la direction de la CPG qui souhaiterait mettre fin à la grève. De son côté, M. Abdallah estime que les employés exagèrent puisque la centrale poursuit la défense de leur droit vis-à-vis du gouvernement.

Dans un communiqué relayé par l’agence TAP hier, vendredi 2 janvier, la Compagnie des phosphates de Gafsa affirme avoir perdu 20 millions de dinars depuis le début de la grève.

Leur presse (Perrine Massy & Lilia Weslaty, Webdo, 3 janvier 2015)

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[Cyberpolice] Fuck Off, Google

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ÉCOUTER LA CONFÉRENCE | Chaos Communication Congress, Hambourg, 28 décembre 2014

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Nique la cyberpolice

Le Chaos Communication Congress, place forte de la contre-culture numérique

« Sans le savoir, sans le vouloir, ils ont battu la NSA ! » C’est par ces mots que le journaliste américain Jacob Appelbaum félicite à la tribune du Chaos Communication Congress (CCC), à Hambourg, les développeurs d’outils de protection des communications sur Internet qui résistent encore à la puissante Agence nationale de sécurité (NSA) américaine.

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Le Chaos Communication Congress, grand rassemblement de hackers, fête cette année ses 30 ans.

Il n’a pas à les chercher bien loin : certains d’entre-eux sont devant lui, dans le public. Presqu’à contre-cœur, ils se lèvent de leur fauteuil pour recevoir les applaudissements de la foule. Certains travaillent sur ces outils depuis dix ou vingt ans.

Cette scène résume à sa façon le Chaos Communication Congress, un vaste rassemblement de hackeurs, bidouilleurs, ingénieurs et autres passionnés d’informatique dont la trente-et-unième édition vient de s’achever, mardi 30 décembre. Cette édition aura attiré, selon les organisateurs, plus de 12’000 personnes.

À l’image de ces développeurs acclamés par la foule, cela fait cette année 30 ans que ses habitués réfléchissent aux implications d’Internet et des nouvelles technologies en général sur la société. Souvent avant-gardistes, anticipant les évolutions de la société numérique, ils ont réfléchi à la surveillance d’Internet bien avant que cette dernière ne fasse la Une des journaux.

L’ombre des multiples révélations d’Edward Snowden sur les capacités de surveillance numérique des États-Unis et de ses alliés flotte sur les discussions des participants et sur les 186 conférences de très grande qualité étalées sur quatre jours. L’une d’elle a d’ailleurs été le cadre de la révélation de nouveaux documents, éclairant la guerre que mène la NSA aux outils de protection sur Internet.

On aura aussi entendu James Bamford, le journaliste ayant révélé l’existence de l’agence au début des années 1980, ou la journaliste Laura Poitras, documentaliste américaine dépositaire des documents d’Edward Snowden. La projection devant 4500 personnes de son film sur sa rencontre avec le lanceur d’alerte, intitulé « Citizenfour », a été l’un des moments marquants de ce Congrès.

Le Congrès des « solutions »

L’édition précédente, qui se tenait à la même date, était intervenue au plus fort des révélations d’Edward Snowden. Dérogeant à la tradition, le 30e Congrès n’avait alors pas eu de slogan. « Nous sommes sans voix. D’un cauchemar, nous nous réveillons dans une réalité encore pire. Nous devons réinventer Internet », avait lancé l’artiste allemand Tim Pritlove lors de la conférence d’ouverture.

Un an plus tard, il a été entendu. De retour, le slogan de cette édition, « Une nouvelle aube » reflète la tendance d’un Congrès qui a fait la part belle à la riposte aux activités des services de renseignement occidentaux. De nombreux ateliers et conférences ont en effet mis en lumière les projets et les initiatives, de plus en plus nombreux, d’un monde post-Snowden. « Nous construisons des solutions, plutôt que de lister ce qui ne va pas », s’est félicité un des organisateurs en clôturant l’événement.

On aura par exemple vu Ladar Levison, l’ancien gérant de Lavabit, un service de courriel utilisé par Edward Snowden qui avait dû fermer pour éviter de céder à une demande du FBI, présenter son projet de réinvention du courrier électronique, Darkmail. Les participants se sont aussi massés pour entendre une explication extrêmement technique du cadre légal de la surveillance de la NSA ou une présentation de recherches en sociologie tentant de déterminer si les utilisateurs de Facebook avaient changé leurs comportements depuis les révélations sur les pratiques de l’agence de renseignement.

Dans ce qui pourrait être le « off » du festival, plusieurs rencontres informelles ont rassemblé des développeurs autour de projets pour contrecarrer la surveillance du réseau. L’un de ces projets connaîtra peut-être le même destin que Wikileaks. C’est au CCC que Julian Assange, alors inconnu, a présenté sa plateforme permettant de collecter anonymement des documents sensibles, bien avant que cette organisation ne mette à nu une partie de la diplomatie et de l’armée américaine.

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Julian Assange, joué par Benedict Cumberbatch dans le film Le Cinquième Pouvoir, sur la scène du Chaos Communication Congress de 2007.

Les questions de surveillance d’Internet ne représentaient qu’une partie du riche programme de ce Congrès, souligne Linus Neumann, l’un des porte-parole du Chaos Computer Club, qui organise l’événement : « Les deux tiers de notre programme concernent la politique, l’éthique ou la science. »

Les participants auront ainsi pu entendre des experts de la neutralité du Net, du vote électronique, des vulnérabilités du réseau téléphonique, de l’informatique en Corée du Nord, de la réforme du régime du copyright ou des dernières avancées en matière de cryptographie.

Rassemblement de hackeurs

Ce Congrès est surtout l’occasion pour toute une communauté de se rassembler. Leur point commun ? L’attachement à certains idéaux : liberté d’expression, défense de la vie privée, neutralité du Net, partage de la connaissance, transparence… Bref, les valeurs de ce que l’on appelle la culture « hacker », un concept forgé en 1984 par l’auteur américain Steven Levy.

Cette communauté reste encore majoritairement blanche, masculine et trentenaire, même si les femmes sont de plus en plus nombreuses, et que 400 enfants ont participé cette année au Congrès.

Ce grand raout de la contre-culture numérique, quelque part entre Woodstock et les JMJ, ne fait pas de profit. « L’argent que nous gagnons est utilisé pour les frais de déplacements de certains intervenants, la nourriture pour les volontaires et les frais de location du centre des congrès », explique Linus Neumann. L’organisation est assurée par plus d’un millier de bénévoles, qui paient même leurs tickets d’entrée.

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Le Chaos Communication Congress propose des dizaines de conférences sur les implications politiques et sociales des nouvelles technologies.

Un joyeux chaos

En parallèle des conférences, les couloirs du très rigoureux centre des congrès de Hambourg se transforment en fourmilière. Ici, on apprend la couture, la programmation ou le « lockpicking » (activité qui consiste à déverrouiller des serrures sans disposer de la clé), avant de s’initier à la dégustation du thé ou du café. Là, des enfants jouent à des consoles deux ou trois fois plus vieilles qu’eux, avant d’aller se jeter dans une piscine à bulle.

Un couloir a été transformé en vaisseau spatial, tandis que non loin trônent des imprimantes 3D et des piles de circuits informatiques. Au dernier étage, une cabane faite de draps et de couvertures (dans laquelle on ne peut entrer qu’après avoir ôté ses chaussures), très courue par les principaux conférenciers, abrite des discussions enflammées jusque tard dans la nuit.

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Sur une table du CCC

C’est cette coloration alternative, militante et déjantée qui distingue le CCC des autres conférences dédiées à la sécurité informatique, comme la Defcon, qui se tient aux États-Unis (Texas) tous les étés, explique M. Neumann : « Les autres conférences de hackers sont plus sérieuses, très professionnelles, et fonctionnent main dans la main avec les forces de police et les services de renseignement. Ici, nous n’avons pas de sponsor [excepté le fournisseur du matériel utilisé pour les réseaux de communication], et notre public est très pro-liberté et anti-surveillance. »

Pendant longtemps, ces hackeurs ont eu le sentiment de mener leur combat dans leur coin. Depuis plusieurs années, les enjeux qui leur tiennent à cœur, comme la protection des droits en ligne ou la lutte contre la surveillance d’Internet, se sont frayés un chemin dans les médias et, dans une certaine mesure, l’opinion publique. À entendre M. Neumann, cela n’a pas changé grand-chose : « Nous attirons davantage l’attention des médias, mais pour la communauté hacker, la politique a toujours été un aspect crucial. C’est ça qui rend le CCC différent. »

Martin Untersinger, envoyé spécial à Hambourg, LeMonde.fr, 3 janvier 2015

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Les « Brèves du désordre » sont de retour !

Autour du 15 novembre 2014, l’ensemble du site qui hébergeait les archives du journal Cette Semaine (1992-2009) et les Brèves du désordre depuis 2003 a subi une attaque informatique massive. Notre hébergeur l’a alors suspendu sine die et sans mot dire. Que derrière cette volonté d’éliminer le contenu du site se trouvent des hackers en manque d’expériences avant de pouvoir se vendre au plus offrant, des fascistes vindicatifs ou quelque service de l’État désireux d’effacer d’un coup une des expressions anarchistes au sein de la guerre sociale, nous ne le savons pas. Et peu importe, au fond.

Même si tout n’a pas été récupéré, la grosse dizaine de milliers de pages d’archives de brèves, journaux, brochures, affiches, tracts et traductions est à nouveau disponible. Et bonne nouvelle, les Brèves du désordre ont été mises à jour tout le mois de décembre dernier et insérées dans une interface plus commode !

On peut désormais retrouver l’ensemble ici :

• Site du journal « Cette Semaine » et ses annexes

• Site des Brèves du désordre (2003-2013)

• Site des « nouvelles » Brèves du désordre (2013 à maintenant)

Pour finir, ce petit épisode fâcheux aura au moins eu l’avantage de rappeler à chacun la fragilité d’internet, un système de communication bâti par l’ennemi et dont il a le contrôle. La lutte continue donc loin des écrans, de jour comme nuit, seuls ou à plusieurs, contre toutes les dominations et pour l’anarchie !

Des contributeurs occasionnels, 3 janvier 2015

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Tuer pour la croissance

Tuer pour la croissance
Tribune pour une organisation entre les ZAD et contre les violences policières

Le groupe MARCUSE (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie) est un collectif d’auteurs critiques apparu au début des années 2000. En 2004, ils publiaient De la misère en milieu publicitaire, toujours disponible aux éditions de La Découverte, et en 2012 La liberté dans le coma aux éditions de La Lenteur. À Sivens, ils ont pu suivre et prendre part à la contestation envers le conseil général et le projet de barrage inutile qui a causé la mort de Rémi Fraisse. Dans un contexte de manifestations contre les crimes policiers qui réunissent lycéen-ne-s, écologistes et habitant-e-s de cités, voici leur analyse, mise en affiche et en tract.

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VOIR LE TRACT

Un jeune homme de 21 ans est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre à Sivens. Personne ne conteste plus désormais que c’est une grenade offensive – une arme de guerre – lancée par un gendarme mobile qui l’a atteint et tué sur le coup.

Moins de 48 heures plus tard, la presse et l’élite politique du pays divulguaient les résultats d’un rapport d’experts, qu’elles connaissaient depuis plusieurs jours et qui éreintait le projet de barrage sur le ruisseau du Testet : trop grand, trop ravageur écologiquement et, au fond, d’une utilité contestable. Bref, il n’aurait pas fallu commencer les travaux. Dommage pour les nombreuses personnes blessées au mois de septembre, par flashball notamment, parce qu’elles tentaient de faire barrage de leur corps à la destruction de la forêt. Dommage pour Rémi Fraisse.

Ils avaient raison de contester ce projet, mais ils avaient raison trop tôt, car il était inconcevable pour messieurs Carcenac (président du conseil général du Tarn, commanditaire du projet) et Gentilhomme (le préfet) de suspendre les travaux en attendant la publication de ce rapport. Nous vivons dans un monde où le plus souvent, il ne sert à rien d’avoir raison.

Doublement dommage pour Rémi F., sa famille et ses amis qui le pleurent : non seulement il a laissé sa vie à un endroit où nombre de décideurs admettent aujourd’hui qu’il n’y avait pas lieu de déforester. Mais en plus, il a été abattu par des gendarmes qui n’avaient aucune raison d’être là … si ce n’est susciter des heurts avec les franges de manifestants qui ont pour coutume d’en découdre avec la police.

Rappelons qu’il n’y avait rien, ni machine ni matériel de chantier à défendre pendant le rassemblement d’opposants du 25 octobre. L’objectif était simplement que les télévisions aient leur lot d’images de guérilla à diffuser les jours suivants, pour au moins reconquérir une opinion locale que la violence employée par les autorités pour avancer les travaux avait émue. Messieurs Carcenac et Gentilhomme savaient qu’à l’issue de ce weekend de manifestation, plus aucun argument ne resterait en faveur de leur barrage, que Ségolène Royal allait les lâcher, etc. Il fallait donc d’urgence en fabriquer un nouveau : les contestataires sont des « violents », des « casseurs ».

L’opération médiatico-policière à laquelle on assiste depuis lors, à l’échelle nationale cette fois, est du même ordre : il s’agit de discréditer la multitude d’oppositions apparues en France ces dernières années contre des projets d’infrastructure telles que des autoroutes, des lignes TGV, des aéroports, ou encore un stade, une ferme-usine… Le message de Manuel Valls, de ses commissaires et de ses communicants est clair : ceux qui s’opposent à ces projets de manière résolue et conséquente (non, c’est non) sont des casseurs, des Bonnot ou des Ravachol qui sèmeront la violence et la désolation partout où on les laissera s’enkyster.

Pratique : cela permet de ne pas avoir à discuter et justifier la violence et les dévastations que nécessitent chaque jour, aux quatre coins de la terre, le fonctionnement de centrales nucléaires, la fabrication de téléphones portables ou la pulvérisation de pesticides – ici des mines d’uranium et de coltan où les conditions de travail sont infernales, là des guerres civiles et des paysans chassés de leur terre, partout des eaux souillées et des cancers à tire-larigot. Plutôt parler d’une vitrine cassée à Albi que du bouleversant paysage de forêt décimée à Sivens, ou des conséquences humaines et sanitaires du productivisme agricole. Plutôt jeter de nouveaux téléspectateurs dans les bras de Marine Le Pen en brandissant le spectre de l’anarchie, que laisser entrevoir à la population des manières de lutter qui permettent de sortir de l’impuissance et du désespoir politiques.

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VOIR L’AFFICHE

Au lendemain de la mort de Rémi F., Thierry Carcenac a eu cette phrase stupéfiante : « Mourir pour des idées, c’est une chose mais c’est quand même relativement stupide et bête. » À cette fripouille, nous rétorquons : « Tuer pour ses intérêts et pour la croissance, c’est abject, même si c’est relativement banal, à l’échelle de la planète. »

Car s’il faut voir dans cette mort la conséquence d’une idée, c’est de celle qui anime obsessionnellement tous les gestionnaires du monde, du cadre de PME aux chefs d’État en passant par le moindre élu local : la croissance à tout prix ; l’emploi même s’il est inutile ou nuisible ; le développement infini, pour rester ou devenir plus attractif que le voisin et consolider leur pouvoir.

Le même jour, Carcenac a aussi poussé ce cri du cœur : « Si tous les chantiers qui déplaisent doivent être protégés ainsi, où va–t-on ? ». Effectivement, où va-t-on si les gens se mêlent de leurs affaires et que les représentants ne peuvent plus s’en occuper à leur place, en s’en mettant plein les poches avec leurs petits copains entrepreneurs ? C’est la crainte qui se répand ces jours-ci dans l’oligarchie française : qu’il ne soit plus possible d’engager des travaux d’infrastructure industrielle dans le pays sans que surgissent des opposants informés, déterminés et librement organisés. Qu’il ne soit plus possible de faire tourner la machine à cash sans que de simples citoyens posent bruyamment les questions qui fâchent : ce projet, pour quoi faire ? au profit de qui ? et avec quelles retombées sur notre milieu de vie ?

C’est pour cela qu’il est si important, pour l’État, qu’un mouvement de jeunesse n’émerge pas, qui mettrait en question à la fois les moyens (policiers) et les finalités (capitalistes) de son action. Où irait-on si lycéens et étudiants réclamaient le désarmement de la police, en dénonçant de concert les crimes racistes commis ordinairement dans les banlieues et la répression sauvage des manifestations anti-capitalistes ? Où irait-on si les différentes Zones à Défendre contre les projets industriels et commerciaux scélérats continuent de se relier, de se coordonner, de se fédérer, en paroles et en actes ? Difficile pour sûr de savoir où cela nous mènera, mais s’engager sur ce chemin est la plus belle chose qui puisse nous arriver.

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VOIR L’AFFICHE

À quelques encablures de Sivens, mi-novembre 2014 – Groupe MARCUSE (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie) via Jef Klak

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[ZAD des Chambarans] Contourner les barrages de la genmerderie

Communiqué de la MaquiZAD du 3 janvier

Cela fait maintenant plus d’un mois que la Maison Forestière est occupée et que les cabanes remplacent les machines de destruction massive dans la forêt. Nous sommes là, et bien là.

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La genmerderie travaille sur les axes d’accès à la ZAD de Roybon, le 3 décembre 2014.

Malgré le froid et la neige, malgré la pression exercée par la gendarmerie, malgré les diverses agressions que nous avons subies, malgré les fréquents sabotages des constructions, la vie suit son cours à la Maquizad.

Grâce aux efforts de chacun-e, la vie quotidienne se déroule tranquillement, les aménagements de la maison et des cabanes continuent. Les différents habitats permettent d’héberger de plus en plus de monde, sans parler de la place pour les tentes et les camions.

Les deux dernières semaines ont été très riches en événements. De nombreuses personnes, de toutes générations et de tous milieux culturels sont passées nous voir, pour cinq minutes ou plusieurs jours. Des gens qui viennent régulièrement comme de simples curieux de passage, des enfants et des grands-parents, des Roybonais et des Suisses… Les uns et les autres ont pu trouver à échanger. Des idées et des opinions, des compétences et des expériences, de la solidarité et de la chaleur humaine. Ces deux semaines ont été agrémentées de nombreux petits plaisirs gustatifs et musicaux. Merci.

Le 23 décembre, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu l’arrêté préfectoral qui autorise les travaux du Center Parcs de Roybon. Depuis ce jour, diverses déclarations ont annoncé la reprise des travaux de défrichement à la date du 5 janvier. Constatant que l’arrêté préfectoral suspendu fait également état de ce même défrichement, nous sommes déterminés à maintenir notre présence aux différentes entrées du terrain afin d’empêcher la reprise dudit chantier.

Depuis le 27 décembre, nous faisons l’objet, en journée, d’un blocus de la gendarmerie qui empêche les véhicules d’arriver jusqu’à nous. Ce blocage de la route est « justifié » par un arrêté du Conseil Général, datant du 24 décembre, dont voici un extrait :

« Considérant que le département ne peut actuellement entretenir et assurer l’exploitation, notamment la viabilité hivernale d’une section de la RD20F, en raison des événements liés à la réalisation du Center Parcs, il y a lieu de réglementer la circulation (…). Cette partie de la RD20F (…) est fermée à toute circulation. »

Or, les « événements liés à la réalisation du Center Parcs » n’ont, à aucun moment, nui à la circulation sur la RD20F. L’entretien de la voirie n’a jamais été empêché par nous et tous les véhicules peuvent passer sans danger devant la maison. Par deux fois, dans un souci de sécurité, des chicanes ont été établies pour limiter la vitesse aux abords de la Maquizad.

La première après qu’un individu a eu un comportement dangereux au volant de sa voiture. La seconde, le week-end dernier, alors qu’il neigeait depuis deux jours, que le virage devant la maison était extrêmement glissant et que des véhicules roulant à vive allure y passaient régulièrement. Cela représentait un danger pour les personnes qui faisaient le guet à l’entrée pour nous prévenir de nouvelles attaques. Les chicanes ont été enlevées à la demande des gendarmes qui nous ont fait remarquer qu’elles entravaient les travaux de déneigement. Chicanes placées justement car la route n’était pas déneigée. Bref, encore une histoire tordue.

Depuis, point d’entretien de la route, ce qui n’empêche pas de nombreux « riverains » de passer devant, le camion des poubelles de faire sa tournée, le facteur de nous apporter du courrier. Les mesures prises n’ont pas empêché que des individus non identifiés arrivent jusqu’à nous pour « communiquer ». Individus qui ont fait irruption dans la cabane de l’entrée, faisant parler lacrymos et bâtons avant de disparaître. Que dire aussi des pétards lancés depuis des 4×4 sans immatriculation visible ? Si les routes sont restées glissantes et dangereuses à de rares endroits ombragés c’est uniquement car elles n’étaient pas dégagées. Et l’on nous a dit que les routes n’étaient pas dégagées car nous représentons un danger… Cherchez l’erreur.

Les seules personnes réellement bloquées sont celles qui tentent de nous apporter soutien moral et matériel. Quelques unes arrivent jusqu’à nous, après quinze minutes de marche, chargés de ce qu’ils ont pu transporter à dos d’homme, d’autres se voient contraints de faire demi-tour.

Nous considérons que cet arrêté est totalement infondé et abusif, et qu’il n’est qu’une banale excuse afin de mettre un peu plus de pression sur les occupants de la zone à défendre et tenter de décourager les soutiens d’arriver. Cette mesure est une entrave à la liberté de circuler et nous exigeons que les barrages soient levés.

Amis, amies, vous pouvez encore arriver à la Maquizad en voiture après le coucher du soleil, ou accéder directement à nos nouvelles installations tout confort, qu’on dirait presque un Center Parcs mais en mieux, en arrivant en journée par les accès nord et sud du chantier. Au sud comme au nord, vous pourrez vous décharger, partager un café, prêter vos bras à l’effort collectif. Sans vous, sans ce soutien quotidien, rien de tout cela n’est possible. Si vous venez de loin, tout est prévu pour vous héberger, n’hésitez pas à venir passer quelques jours avec nous.

À bientôt dans les Chambarans !

Le petit peuple dans la forêt

P.-S. : au vu des difficultés de communication, vous pouvez toujours nous envoyer du courrier à notre adresse postale.

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[ZAD du Testet] Lettre ouverte du collectif d’occupation de la vallée du Testet à Maryline Lherm, maire de Lisle-sur-Tarn

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[Mort aux el-Assad et à tous leurs complices !] Les ennemis de la révolution syrienne en janvier 2015

Chroniques du délitement. 12 / Bachar al-Assad s’inspire de méthodes jadis fatales à l’empire ottoman

En dépit des promesses qu’il réitère à intervalles réguliers à l’intention de ses men-hebbakjis — ses adorateurs — et de ses chabbiha — les voyous au service des intérêts mafieux des membres de sa famille —, Bachar al-Assad confirme jour après jour qu’il ne dispose plus des moyens d’emporter la partie et que la victoire qu’il fait miroiter à ses partisans ne lui tend pas les bras. Au contraire, lentement mais sûrement, les choses se gâtent pour lui. Il aurait été emporté depuis longtemps par la vague de violence qu’il a volontairement initiée sans l’aide de ses amis russes et iraniens, et sans l’afflux en Syrie de milliers de mercenaires chiites aussi sectaires et sanguinaires que les “terroristes” sunnites qui lui servent d’épouvantails face aux Occidentaux.

Pour reculer l’échéance et prévenir la débandade, il veille donc à dissimuler les failles et les faiblesses de son régime. Ce sont elles qui font l’objet de ces chroniques. Elles sont destinées à rendre courage aux Syriens qui perdent patience et à montrer à ceux qui s’interrogent que Bachar al-Assad, contesté dans sa propre famille et dans sa communauté, n’est pas dans une situation meilleure que l’opposition. Il n’y a donc aucun intérêt à le considérer comme un partenaire. Certes, il continuera à manœuvrer, à mentir et à tuer, puisque c’est ce qu’il sait faire. Mais il ne pourra rétablir avec l’ensemble des Syriens les relations qu’il n’aurait jamais perdues s’il avait accepté d’entendre les cris des jeunes, des femmes et des hommes qui sont sortis dans les rues, en mars 2011, pour réclamer le respect, la justice et la liberté auxquels ils avaient droit, mais dont ils avaient été privés par son père et lui-même durant près de 50 ans.

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Précédemment mis en ligne :
Syrie. Chroniques du délitement du régime
1 / La famille Al Assad entame son auto-nettoyage
2 / Règlement de comptes à Qardaha, antre de la famille Al Assad
3 / L’armée syrienne, colosse aux pieds d’argile
4 / Dans la famille Al Assad, après la fille, la mère…
5 / Damas réplique à une agression israélienne… en bombardant un car en Syrie
6 / Bachar Al Assad en appelle au jihad
7 / Une religieuse pour convaincre Israël de ne pas lâcher le régime en Syrie
8 / Des Alaouites appellent leur communauté à rejoindre la Révolution
9 / Le régime syrien en quête de chair à canon, en Syrie et à l’extérieur
10 / Hafez Makhlouf victime d’une querelle de chefs avec Maher al-Assad
11 / Les Syriens ne veulent plus se battre et mourir pour Bachar al-Assad

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Au cours des mois écoulés, les responsables syriens civils et militaires n’ont lésiné sur aucun moyen pour obliger leurs jeunes compatriotes à rejoindre les rangs de l’armée ou de l’une des organisations paramilitaires créées pour seconder les forces régulières. Malheureusement pour eux, les jeunes Syriens refusent de les entendre et, aussi peu désireux de participer au meurtre de leurs concitoyens que de connaître le sort des centaines de soldats abandonnés à eux-même et tués dans des conditions abominables par l’État islamique, ils se montrent plus que réticents à répondre aux appels sous les drapeaux.

Relevés sur les sites Internet syriens au cours des derniers jours, les exemples figurant ci-dessous confirment l’ampleur de la crise de recrutement à laquelle le régime de Bachar al-Assad se heurte dans ce domaine. Ayant perdu la confiance d’un certain nombre de ses partisans, jusque et y compris dans les rangs de la communauté alaouite, il recourt à des méthodes de plus en plus expéditives. Réveillant dans la mémoire collective des souvenirs douloureux, l’enlèvement de jeunes Syriens et leur envoi au front sans préparation suffisante, confirment aux yeux de beaucoup que Bachar al-Assad, comme son père et son régime, ne se distinguent pas des forces qui ont jadis occupé et asservi leur pays.

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Le 7 décembre, des habitants de Masyaf, une ville fidèle au pouvoir en place, ont manifesté contre le régime de Bachar al-Assad. Ils voulaient connaître le sort de leurs enfants ou de leurs proches, positionnés à l’intérieur de l’aéroport de Deïr al-Zor encerclé et menacé par l’Etat islamique. Ils craignaient en effet pour leur vie et redoutaient qu’ils soient victimes du même traitement que les soldats capturés par Da’ech lors de la prise de l’aéroport militaire de Tabqa. Abandonnés par leurs officiers, plusieurs centaines d’entre eux avaient alors été égorgés.

Selon un témoin oculaire, “la colère des manifestants n’a pas été apaisée mais exacerbée par les coups de feu tirés par les forces de sécurité. Les manifestants criaient que leurs enfants n’avaient pas vocation à protéger le trône de Bachar al-Assad, pour lequel ils n’étaient que de simples chiffres. Ils exigeaient aussi que, membres de la communauté alaouite, les soldats soient protégés par tous les moyens possibles par le régime au profit duquel ils se battaient”.

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Quelques jours plus tard, le 12 décembre, des éléments des forces gouvernementales ont hermétiquement bouclé le quartier al-Faïdh, dans la ville de Jableh, interdisant aux habitants de pénétrer sur les lieux ou de les quitter, que ce soit par voie maritime ou terrestre. Durant 6 heures, ils ont perquisitionné les maisons. Ils ont arrêté une cinquantaine de jeunes gens, qu’ils ont emmenés avec eux à bord de bus militaires pour les obliger à rejoindre l’armée régulière.

Selon le Réseau syrien des Droits de l’Homme, qui a rapporté cette opération dans un communiqué, au cours du mois de novembre, c’est la ville de Jableh qui aura connu, après la ville de Hama, le plus grand nombre de perquisitions et de rafles.

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Les Syriens, les plus nombreux à braver la Méditerranée en 2014

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Le même jour, on apprenait que les autorités syriennes avaient supprimé la desserte maritime, inaugurée entre le port de Tartous et la ville turque de Mersin au début du mois d’octobre 2014. Elles avaient constaté que celle liaison était surtout empruntée chaque semaine par des dizaines de jeunes alaouites pour quitter leur pays sans avoir accompli leur service militaire.

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Au même moment, les forces de sécurité ont saisi l’occasion d’un match de l’équipe de Barcelone, qui compte en Syrie de très nombreux supporteurs, pour envahir trois cafés populaires du quartier de Cheykh Dhaher, à Lattakié. Ils s’y sont emparés de plusieurs dizaines de jeunes gens, arrêtés et aussitôt emprisonnés pour être livrés à l’armée pour accomplir leur service militaire. Ils n’avaient pas répondu à l’appel sous les drapeaux.

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Les procédés aujourd’hui utilisés par les pouvoirs publics pour contraindre les jeunes Syriens à rejoindre les rangs de l’armée sont comparés par eux au safar barlek, une méthode de recrutement mise en œuvre au début du 20e siècle par l’Empire ottoman menacé d’écroulement. Dans une tentative désespérée de repousser l’ennemi, la Sublime Porte avait dépêché des gendarmes dans les pays sur lesquels s’exerçait encore son autorité, pour y enlever les jeunes gens dont elle avait besoin. Mais cette manière de faire s’était révélée désastreuse, les jeunes ainsi enrôlés n’ayant ni l’envie de se battre, ni la formation militaire qui leur aurait permis de résister aux troupes ennemies.

Nombre de Syriens espèrent aujourd’hui que les mêmes causes provoqueront les mêmes effets…

Ignace Leverrier, blog du Monde.fr Un œil sur la Syrie, 15 décembre 2014

 

Le Hizbollah syrien prend un caractère officiel

Le site d’information en ligne All4Syria a mis en ligne ce jour, de source propre, un article inquiétant sur la création en Syrie d’un Hizbollah syrien, dont on trouvera ci-dessous un résumé des principaux éléments.

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Drapeau du Hizbollah, “résistance islamique en Syrie”

Alors que la décision en Syrie est désormais à tous les niveaux entre les mains de l’Iran, la République islamique a effectivement créé dans ce pays un “Hizbollah syrien”. Conçue comme un bras armé et une force militaire iranienne en Syrie, cette organisation échappe totalement à l’autorité politique et militaire du régime en place à Damas.

Elle est structurée autour de quelques centaines de combattants iraniens du corps des Pasdaran. Les uns sont arrivés en Syrie depuis quelques mois, les autres y sont présents depuis près de deux ans. On leur a attribué des documents d’identité syriens et ils sont logés dans des appartements ou des locaux abandonnés par leurs propriétaires ou réquisitionnés par l’État. Ils se déplacent sans arme ni signe apparent. Ils constituent en effet, pour l’Iran, une force supplétive discrète qui ne prendra part aux combats qu’au moment voulu par Téhéran.

Ils sont assistés ou renforcés par des combattants syriens, membres de la communauté chiite et parfois alaouites, et par d’autres chiites en provenance de pays comme l’Irak, le Yémen ou l’Afghanistan. Ces derniers avaient auparavant combattu au sein des diverses milices progressivement acheminées en Syrie sur ordre de l’Iran, qui a finalement décidé de les unifier dans un nouveau corps à sa solde.

Les chefs de ce Hizbollah syrien sont Iraniens et Libanais. Avec leurs hommes, ils assurent la garde des dépôts d’armes de la région de Damas et celle de bases militaires importantes, se substituant ou assistant ainsi dans leurs missions les corps d’élite de l’armée régulière que sont la Garde Républicaine et la 4e Division placée sous l’autorité de Maher al-Assad.

Annoncé et engagé depuis de nombreux mois, ce développement confirme que l’Iran, ayant perdu confiance dans les capacités de l’armée syrienne et dans les compétences de ses chefs, y compris au sein de la famille al-Assad, met en œuvre les moyens qui lui permettront de garder la Syrie en otage.

Au cours des trois années écoulées, le comportement du Hizbollah libanais a permis de constater que son appartenance au chiisme prévalait sur son appartenance à la nation libanaise. Il a également permis de confirmer que les armes que ledit Parti de Dieu prétendait conserver pour affronter l’ennemi israélien lui servaient en réalité à imposer ses volontés dans le champ politique local, et à travailler comme mercenaire au service d’un régime despotique engagé dans une guerre confessionnelle contre sa population.

On ne peut donc exclure que, imaginé et créé par les mêmes idéologues et destiné à servir en priorité encore une fois les intérêts de l’Iran, le Hizbollah syrien se révolte un jour contre l’État syrien, paralyse ses institutions et prenne le pays entier en otage au profit de ses maîtres chiites étrangers.

Ignace Leverrier, blog du Monde.fr Un œil sur la Syrie,  30 décembre 2014

 

Les Russes invitent « leurs opposants syriens » à discuter à Moscou

Tirant profit de plusieurs facteurs — le désintérêt des Américains pour la situation en Syrie, qui ne les concerne que dans la mesure où elle met en cause leur propre sécurité, l’impuissance des Européens, incapables de s’entendre sur un soutien concret à une révolution qu’ils déclarent légitime, la volonté des États arabes du Golfe et du Moyen-Orient de se prémunir contre une montée du radicalisme religieux qui menace d’ores et déjà leur propre stabilité… — la Russie a récemment pris une initiative. Elle a annoncé qu’elle réunirait, à Moscou, le 26 janvier 2015, les “opposants syriens”. Une fois ceux-ci tombés d’accord grâce à un “dialogue” tenu sous la houlette d’un haut fonctionnaire russe, elle organiserait un face-à-face entre eux et des représentants du régime de Bachar al-Assad. L’objectif de cet exercice serait de permettre aux Syriens de régler “sans intervention extérieure”, par la consultation et la négociation, la crise qui endeuille et détruit leur pays depuis près de 4 ans.

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Message de Kafrenbel à Vladimir Poutine

Contredisant aussitôt ce beau principe, les Russes ont laissé filtrer une liste provisoire d’une petite trentaine d'”opposants” qu’ils avaient sélectionnés pour prendre part, s’ils le voulaient, à cette double rencontre. Ils se sont évidemment abstenus de préciser les critères ou les personnes qui avaient inspiré leur choix. Ils ont en revanche indiqué que les “invités”, qui pourraient finalement atteindre la quarantaine, le seraient à titre personnel et non en tant que représentants des partis politiques dont ils assumaient la direction ou des associations dans lesquelles ils militaient.

À cette heure, les caractéristiques majeures du projet sont l’obscurité et le flou : pas d’ordre du jour, pas de texte préparatoire, pas de préconditions, pas de mesures de confiance, pas de gestes de bonne volonté, pas de garanties sur la mise en œuvre de ses éventuelles conclusions… Comme s’il se suffisait à lui-même et qu’il était avant tout destiné, non pas à orienter le conflit vers une solution, mais à permettre au pays hôte d’occuper la place désertée par les Nations Unies, les États-Unis, l’Union européenne et les États de la région, et à démontrer que les difficultés de l’économie russe et l’effondrement du rouble n’affectaient pas les ambitions internationales de Vladimir Poutine.

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Certains se sont malgré tout empressés d’exprimer leur soutien et d’annoncer qu’ils prendraient part à cet exercice.

C’est le cas d’abord du gouvernement syrien. On sait que Damas exècre ce genre de réunions. Elles aboutissent en effet à mettre en question sa légitimité puisqu’elles le contraignent à siéger et à échanger avec des opposants que le pouvoir en place se refuse à considérer comme tels, qu’il assimile volontiers à des “terroristes” et qu’il tient, lorsqu’il les a contraints à chercher refuge hors de leur pays d’origine, pour des “agents de l’étranger”. Il avait été poussé par ses parrains russes à participer à la Conférence de Genève 2, au début de l’année écoulée. Mais, protégé par eux, moyennant le reniement de Moscou cosignataire de l’Accord de Genève 1 qui prévoyait la “création d’une instance exécutive paritaire dotée des pleins pouvoirs exécutifs”, il était parvenu à rendre l’exercice totalement stérile.

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Bachar al-Assad en route vers Genève…

Cette fois-ci, les conditions s’annoncent meilleures pour lui, puisque la rencontre ne se tiendra pas en terrain neutre mais dans un pays ami, sous le patronage direct d’un membre de l’administration russe, et que, au côté de représentants de la Coalition nationale — qu’il assimile pour la déconsidérer à une “opposition de l’extérieur” —, ses seuls interlocuteurs en Suisse, figureront cette fois-ci des “opposants de l’intérieur”. Or la sécurité de ces derniers, quand ce n’est pas leur intérêt, leur dicte de maintenir leurs revendications en-deçà d’un certain seuil. L’emprisonnement ou la disparition de plusieurs de leurs camarades — Abdel-Aziz al-Khayyer, Louaï Huseïn, Raja al-Naser, Fa’eq al-Mir, Gabriel Mouche Kouriyeh, Saïd Malki… — suffit à leur faire comprendre que, dans ce domaine-là en particulier, ils ne disposent d’aucune marge de parole et à plus forte raison de manœuvre.

En tout état de cause, pour ne pas être engagé malgré lui dans des négociations dont il ne veut pas, le régime ne dépêchera encore une fois, pour parler en son nom, que des lampistes — Walid al-Moallem, Bachar al-Jaafari, Bouthayna Chaaban, Louna al-Chebel… — dont le poids ou la taille sont inversement proportionnels à la réalité de leur importance dans la prise de décision politique en Syrie.

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Participeront également, avec enthousiasme, la majorité des opposants de l’intérieur et de l’extérieur, qui, pour des raisons diverses, avaient été écartés de la rencontre de Genève.

C’est le cas en premier lieu de la Coordination nationale pour le Changement démocratique (CNCD), dont quatre cadres dirigeants ont été conviés :

• Hasan Abdel-Azim, coordonnateur général pour l’intérieur,
• Haytham Manna, son homologue à l’extérieur… pourtant réputé démissionnaire,
• l’économiste Aref Dalileh
• et Mohammed Saleh Mouslim, dont on ne sait s’il n’est pas plutôt invité en tant que président du Parti de l’Union démocratique, aile syrienne du PKK d’Abdollah Ocalan.

En janvier 2014, la CNCD avait exigé sans être entendue d’être invitée sur un pied d’égalité avec la Coalition nationale des Forces de la Révolution et de l’Opposition syrienne (CN). Elle prétendait être seule habilitée à parler au nom de “l’intérieur”, alors que ses rivaux de la CN n’auraient eu le droit de s’exprimer qu’au nom de “l’extérieur”, où, du fait des circonstances, la majorité de ses membres résidaient effectivement depuis des temps plus ou moins lointains. Mais, pour les Amis de la Syrie, la reconnaissance de la Coalition comme le “représentant légitime” — voire comme le “seul représentant légitime” — de la révolution, n’imposait pas de faire siéger du même côté de la table, face à la délégation du régime, des opposants divisés sur un certain nombre de points fondamentaux.

En tête des désaccords figurait la revendication centrale des révolutionnaires : le départ de Bachar al-Assad et de son entourage à un moment ou un autre du processus politique. Or, quel que soit le fond de sa pensée, la CNCD, “opposition de l’intérieur”, ne pouvait se permettre de s’exprimer en termes clairs sur ce sujet en raison de la surveillance constante, des pressions et des menaces des services de renseignements syriens. Considérant implicitement que, à l’inverse des Occidentaux et des États arabes du Golfe, la Russie — comme l’Iran… — n’intervient pas dans le conflit en cours et respecte — puisqu’elle le dit… — la volonté des Syriens, la CNCD se rendra à Moscou, où, sans état d’âme, elle a multiplié les visites au cours des années écoulées. Que des centaines de milliers de manifestants, naguère, et les combattants de l’Armée syrienne libre, aujourd’hui, aient constamment dénoncé l’aide apportée par Moscou à la répression et aux massacres de l’armée syrienne contre les populations, ne l’a, semble-t-il, jamais émue…

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Vladimir Poutine réanime Bachar al-Assad

Bien que favorable sur le principe à “l’élargissement du dialogue à toutes les tendances de l’opposition de l’intérieur ouverte à une solution politique négociée”, la CNCD voit d’un mauvais œil la probable présence à ses côtés d’un certain nombre d’individus, hommes et femmes, également “oubliés” lors de la conférence de Genève. Leur opposition au régime, individuelle, vocale, récente, hésitante, ambiguë…, n’a en effet rien à voir avec celle des militants des partis du Rassemblement national démocratique qui forment, à la notable exception du Parti du Peuple démocratique (ex-Parti communiste / Bureau politique de Riyad Turk), l’ossature de la CNCD. Engagés dans le combat politique depuis des décennies, ils ont subi de ce fait, parfois à de multiples reprises, des périodes d’emprisonnement dans les geôles du pouvoir, et les formations auxquelles ils appartiennent ont eu le temps de se structurer dans la clandestinité avant de pouvoir travailler dans la pénombre entre le Printemps de Damas (2000) et l’arrestation des dirigeants de la Déclaration de Damas (2007).

On peut comprendre l’agacement du CNCD. Il est en effet cocasse, pour ne pas dire croquignolesque, de découvrir dans la liste des “opposants” et “opposantes” invités à Moscou des nouveaux venus dont l’audience ne dépasse pas la porte du siège damascène de leur parti, créé à la suggestion et avec le soutien du régime et lié par un contrat non écrit au pouvoir en place. Nul n’ignore en Syrie que, pour obtenir l’autorisation officielle de se réunir, de parler, de publier des communiqués et plus rarement de battre le pavé, les formations créées dans le cadre de la loi sur le multipartisme du 25 juillet 2011 ont accepté de n’être guère mieux loties que, jadis, les comparses du Parti Baath au sein du Front national progressiste (FNP). Imaginé en 1972, ce rassemblement n’était qu’un cache-misère destiné à créer, autour du “parti dirigeant de l’État et de la société”, une alliance de bénéficiaires et de parvenus dans un simulacre de pluripartisme. Comme eux, les formations créées depuis le début de la révolution ont dû maintenir leurs éventuelles critiques du pouvoir en place en-deçà de certaines limites. Elles ont été contraintes d’apporter leur contribution à la légitimité de Bachar al-Assad en participant ou en soutenant les différents processus électoraux, les législatives du 7 mai 2012, puis et surtout la présidentielle du 3 juin 2014, à laquelle la présence de deux comparses dépourvus de réelles ambitions n’était destinée qu’à donner l’apparence d’une consultation démocratique.

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Parmi les invités à Moscou, on relève à ce jour les “personnalités” suivantes :

• Fateh Jamous, dirigeant historique pur et dur d’un Parti de l’Action communiste aujourd’hui déserté par la majorité de ses anciens militants, et membre du Courant de la Voie du Changement,
• Nawwaf al-Moulhem, secrétaire général du Parti du Peuple en République arabe syrienne, dont l’inspiration baathiste transparaît dans le nom,
• Maïs Kridi, secrétaire du Comité d’Action nationale démocratique, “autorisée” à rentrer en Syrie après avoir flirté avec différentes organisations de l’opposition de l’extérieur et à lancer son propre mouvement,
• Majd Niazi, une actrice recyclée dans l’action politique, secrétaire générale du Parti Sourya al-Watan,
• Souheïr Sarmini, membre dirigeant du Parti de la Jeunesse nationale syrienne,
• Mazen Maghrabiyeh, chef du Troisième Courant pour la Syrie et de l’Alliance des Forces de Changement pacifique,
• Mouna Ghanem, ancienne présidente de la très officielle Commission syrienne des Affaires familiales, aujourd’hui vice-présidente du Courant de la Construction de l’État syrien, qui tentera de faire oublier l’absence de son initiateur, Louaï Huseïn, embastillé depuis quelques mois pour avoir pronostiqué un effondrement du régime syrien…

La plupart de ces personnalités sont inconnues du peuple syrien. Quant aux révolutionnaires, ils en considèrent certains comme de simples “agents du régime”. Ils auront le gros avantage, pour les hôtes de la future rencontre de Moscou, de contribuer à faire entendre des voix discordantes lors du “dialogue” préliminaire, et ils tireront inévitablement vers le bas les revendications de la rue dont les véritables opposants chercheront, eux, à se faire les porte-paroles.

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Pour ouvrir la participation à des représentants de la société civile, puisque celle-ci est aujourd’hui à la mode… et qu’elle permettra de contester aux politiques l’exclusivité de la représentation des Syriens, les Russes ont aussi invité quelques activistes ne croupissant pas encore — ou ne croupissant plus — dans les caves des moukhabarat. Parmi eux figurent en particulier

• un ancien syndicaliste et ancien dirigeant de l’Association syrienne des Droits de l’Homme, l’ingénieur Salim Kheirbek,
• un ancien membre des Comité de Relance de la Société civile en Syrie et de la CNCD, de longue date engagée dans la défense de la cause des femmes, le Dr Maya Rahabi.

D’autres pourraient les rejoindre, puisque, comme déjà signalé, rendue publique pour prendre le pouls des uns et des autres, la liste des invitations n’est pas encore close.

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Sur le papier et à ce stade, les membres et les anciens membres de la Coalition nationale restent majoritaires parmi les invités. On relève, parmi ceux que Moscou a “sélectionnés” en fonction de considérations non dépourvues d’arrière-pensées, les personnalités suivantes :

• Hadi al-Bahra, président en exercice de la CN, ancien chef de la délégation de l’opposition aux pourparlers de Genève,
• Badr Jamous, membre du Conseil national syrien (CNS) et ancien secrétaire général de la Coalition,
• Abdel-Ahad Stifo, dirigeant de l’Organisation démocratique assyrienne, lui aussi membre du CNS et de la CN,
• Abdel-Baset Sida, activiste kurde, également membre du CNS, dont il a été président après Burhan Ghalioun et avant Georges Sabra, et de la CN.

On peut ranger à leur côté, avec précaution, deux anciens membres de la CN :

• l’ingénieur Ahmed Moazz al-Khatib, ancien prédicateur de la Mosquée des Omeyyades de Damas et président de l’Association de la Civilisation islamique, signataire de la Déclaration de Damas, fondateur de la Ligue des Oulémas de Syrie et premier président de la Coalition, lors de sa création en novembre 2012,
• le Dr Walid al-Bounni, membre démissionnaire de la CN, qui avait été une figure de proue du Printemps de Damas et l’un des premiers signataires de la Déclaration de Damas.

On peut rapprocher de cette liste, avec plus de prudence encore, deux personnalités indépendantes :

• l’économiste Samir Aïta, ancien membre du CNCD, membre du Forum démocratique syrien et président de l’Appel démocratique, dont plusieurs camarades ont intégré la CN en 2013,
• et le richissime homme d’affaires Ayman al-Asfari, qui soutient financièrement l’Union des Démocrates syriens et qui avait été un temps pressenti, en juin 2014, pour prendre la succession du cheykh Ahmed al-Jarba à la présidence de la CN.

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Ce qui retient l’attention dans cette liste, ce sont moins les membres de la Coalition mentionnés que ceux qui ont été délibérément ignorés par les Russes.

On comprend que, pour satisfaire Bachar al-Assad, au profit de qui ils organisent en réalité ce “dialogue”, ils se soient abstenus de convier les Frères Musulmans qu’ils considèrent, eux aussi, comme des “faucons” et des “terroristes”. De toute manière, ceux-ci n’auraient pas répondu à leur invitation. D’une part parce qu’elle émane de ceux auxquels ils imputent, comme une grande partie des Syriens, une responsabilité partagée dans la mort de centaines de milliers de leurs compatriotes. D’autre part, parce que, comme ils l’ont rappelé dans un communiqué, ils “soutiennent sans restriction une véritable solution politique fondée sur les points suivants :

1. la disparition du régime de Bachar al-Assad et de ses appareils sécuritaires,
2. l’instauration d’un climat politique susceptible de mettre un terme à l’assassinat des simples citoyens, la libération des prisonniers et la levée du blocus des régions assiégées,
3. un accord préalable sur une feuille de route précisant les engagements et la période nécessaire à leur mise en œuvre, assortie de garanties internationales claires et précises”.

On comprend aussi que, pour épargner à la délégation du régime des interlocuteurs trop tenaces, les Russes aient écarté de leur liste quelques-unes des personnalités les plus marquantes de la Coalition :

• l’homme d’affaires et ancien membre de l’Assemblée du Peuple Riyad Seif, personnalité centrale du Printemps de Damas et cheville ouvrière de la première assemblée nationale de la Déclaration de Damas, qui fait partie du comité politique de la CN, et dont le mélange de fermeté et de modération est plus dangereux pour le pouvoir syrien que les propos à l’emporte-pièce d’autres personnalités,
• l’intellectuel Michel Kilo, ancien membre du Parti communiste, créateur des Comités de la Société civile lors du Printemps de Damas, principal rédacteur de la Déclaration de Damas et de la Déclaration Beyrouth-Damas Damas-Beyrouth, président de l’Union des Démocrates syriens, qui est un redoutable polémiste et un tribun à la verve impressionnante,
• le professeur Burhan Ghalioun, premier président du Conseil national syrien lors de sa création, qui bénéficie d’une image positive dans les milieux intellectuels arabes pour ses écrits sur la démocratisation et son engagement en faveur des Droits de l’Homme,
• l’analyste politique Yasin al-Hajj Saleh, emprisonné durant 16 ans pour son appartenance au Parti communiste / Bureau politique, qui est l’un des écrivains syriens les plus respectés dans son pays pour la clarté et l’équilibre de ses écrits,
• l’ingénieur et écrivain politique Mouwaffaq Nayrabiyeh, lui aussi ancien détenu politique, artisan de la transformation du Parti communiste / Bureau politique en Parti du Peuple démocratique, dont le Bloc des Démocrates avait fait son candidat à la succession d’Ahmed al-Jarba, au milieu de l’année 2014…

On pourrait citer ici des dizaines d’autres opposants n’appartenant pas ou n’appartenant plus ni au CNS, ni à la CN : Fida al-Hourani, Anwar al-Bounni, Bassma Kodmani, Radwan Ziyadeh, Rima Fleihan, Georges Sabra, Nahed Badawiyeh, Samir Nachchar, May Skaf… Certains auraient opposé aux Russes la même fin de non-recevoir que les Frères. Les autres auraient répondu à leur invitation avec la ferme intention de leur rappeler et de rappeler au monde pourquoi les Syriens sont sortis en mars 2011 et jusqu’où ils sont prêts à se battre aujourd’hui encore pour obtenir leur liberté et leur dignité.

On comprend encore que, pour prévenir toute mauvaise surprise, les Russes aient inséré dans la liste de leurs invités les noms de quelques-uns de leurs créatures et de leurs bons clients qui sont aussi pour eux des lobbyistes :

• Randa Qassis, présidente d’un Mouvement de la Société pluraliste plus que confidentiel, dont les opposants syriens ne comprennent toujours pas comment et pourquoi nos chaînes de télévision s’obstinent à l’inviter alors qu’elle ne représente qu’elle-même,
• et Qadri Jamil, un communiste enrichi dans les trafics entre la Syrie et la Russie, ancien quatrième vice-premier ministre pour les Affaires économiques dans le gouvernement de Wa’el al-Halqi, réfugié à Moscou avec ses économies depuis la disgrâce dont il aurait été victime à Damas pour avoir rencontré, à Genève, l’ancien ambassadeur américain pour la Syrie Robert Ford.

On comprend enfin et surtout pourquoi, peu désireux d’arriver à Moscou sans s’être au préalable concertés avec des “opposants qui leur ressemblent”, les dirigeants de la CN aient jugé nécessaire d’entamer avec ceux de la CNCD des discussions en amont, au Caire. S’ils décident finalement de répondre à l’invitation des Russes, elles leur permettront de s’entendre sur un socle commun de revendication, et, peut-être, sur un mode de négociation.

Ignace Leverrier, blog du Monde.fr Un œil sur la Syrie,  2 janvier 2015

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« Put ya guns up in the air / Guns up in the air »

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Helly Luv, Risk It All | VOIR LA VIDÉO

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« Se libérer de toutes les inhibitions en se permettant tout »

Annabelle déprogrammé de plusieurs salles françaises pour cause d’incidents

Le film d’horreur Annabelle, sorti la semaine dernière sur nos écrans, a été déprogrammé de plusieurs salles après avoir causé de nombreux incidents.

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Rarement un film projeté sur un écran aura connu autant de réactions exacerbées dans une salle.

Le film d’épouvante Annabelle, réalisé par John R. Leonetti, avec Annabelle Wallis et Ward Horton, et qui voit comment la fameuse poupée de The Conjuring (2013) a débuté son œuvre maléfique, ne semble pas laisser insensible ses jeunes spectateurs.

En effet, le site Metronews nous apprend qu’à Marseille par exemple, la direction du cinéma Les 3 Palmes a pris la décision de ne plus projeter Annabelle “pour des raisons de sécurité”, alors que l’équipe du cinéma du Prado, toujours à Marseille, explique que ce genre de films d’horreur “amène une clientèle de jeunes pas faciles”, sous-entendu, des jeunes spectateurs rendent la projection insupportable et notamment à cause de bagarres qui éclatent durant le film.

Mais ces spectateurs marseillais ne sont pas les seuls visés par cette déprogrammation, puisque des cinémas de Strasbourg (Bas-Rhin) et de Montpellier (Hérault) ont également retiré le film de l’affiche pour des raisons identiques. Annabelle se verrait-il alors comme un prétexte pour se défouler ?

(…) Le même genre de phénomène avait été observé lors de la sortie de Paranormal Activity 4 (voir notre news : Paranormal Activity 4 : “Dans la salle c’était Bagdad !”) qui avait été déprogrammé de plusieurs salles françaises (notamment à Paris) (…)

Leur presse (Premiere.fr, 13 octobre 2014)

 

TÉMOIGNAGES Au cinéma ce week-end, l’action était dans la salle plus qu’à l’écran…
Comment le film d’horreur «Annabelle» a retourné plusieurs cinémas de France

« Le public des films d’horreur est intelligent » assurait début octobre, John R. Leonetti, le réalisateur d’Annabelle dans une interview à Allociné. Depuis la sortie du film de série B sur les écrans français, on peine à le croire. Bousculades, crachats, cris, bagarres sont rapportés par de nombreux spectateurs. Des scènes confirmées par les salles de cinémas, au point que certaines déprogramment le long métrage. Mais que se passe-t-il pendant la diffusion d’Annabelle dans une salle de cinéma ? Les internautes de 20 Minutes racontent.

« Le film était inaudible »

Kristina s’attendait à un samedi soir ordinaire au Pathé de Plan de Campagne dans les Bouches-du-Rhône. Mais une séance aussi chaotique, elle n’avait « jamais vu ça. » La file d’attente était interminable, mais passe encore. L’agacement n’a pas tardé. « Une dispute a éclaté entre jeunes et parents, décrit-elle. Les gens poussaient pour rentrer et une fois à l’intérieur, courraient dans tous les sens. » Même scénario horrifique à « Parinor » à Aulnay-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis), selon Alison. « Dès la première seconde du film, les spectateurs ont commencé à hurler. Chaque sursaut était l’occasion de lancer du pop corn. C’était tellement bruyant que le film était inaudible. » Étudiant de 19 ans, Aboubacar, pourtant habitué des films d’horreurs, décrit un chahut mêlé de rires et de cris. « Des filles escaladaient les fauteuils pour ne pas avoir à faire le tour », se souvient-il, « très en colère ».

« Un jeune a giflé un vigile »

Les séances ont tourné à une cour de récréation dans laquelle les agents de sécurité tentaient de restaurer l’ordre. « Les téléphones portables s’allumaient sans arrêt, une personne est sortie deux fois pour téléphoner. Un vigile est venu pour faire ranger son mobile à un ado … qui a recommencé cinq minutes après. » Karin, arrivée 30 minutes après le début du film, a découvert des spectateurs assis par terre, par manque de place. Elle a alors réclamé de se faire rembourser. « C’est là que le vigile nous a dit qu’ils allaient mettre le film sur pause, ce qu’ils ont fait cinq minutes plus tard », rapporte-t-elle, interdite. Les plus amusés filmaient la scène avec leur téléphone pendant que d’autres en sont venus aux mains. « Un jeune a giflé le vigile, qui a appelé la police. Nous, nous sommes partis. »

« Plus jamais je n’irais voir ce genre de film »

Alizée, à Évry dans l’Essonne, a résisté jusqu’au bout, sans que les menaces de l’équipe du cinéma ne calment les plus agités. « À la fin de la séance, tout le monde s’est bousculé pour sortir, une femme a même couru pour rejoindre son fils qui était pris dans une bagarre, déplore-t-elle. Cela a continué avec des propos racistes et des violences verbales. À la sortie, au niveau du parking, des bandes de jeunes crachaient sur les voitures et attendaient cette fameuse mère qui s’est mise à les insulter. » Comme Mourad, qui écrit son incompréhension à « 12 euros la place », Laura est repartie, « outrée et déçue ». « Plus jamais je n’irais voir ce genre de film au cinéma et surtout pas le jour de la sortie. C’est bien dommage. »

Leur presse (Christine Laemmel, 20minutes.fr, 13 octobre 2014)

 

Annabelle : pourquoi les cinémas le déprogramment

Moins d’une semaine après la sortie de ce film d’horreur, plusieurs salles françaises ont été contraintes d’annuler les projections après des séances perturbées par des bagarres et des dégradations.

Sièges arrachés, hurlements, bagarres à l’intérieur des salles… Face à une excitation démesurée du jeune public pendant plusieurs projections du film Annabelle, il semblerait que le programmer soit devenu un risque pour la sécurité des salles françaises. Pour les dirigeants du cinéma Le Prado, à Marseille, le film amènerait « une clientèle de jeunes pas faciles », selon Metronews.

Un autre complexe de la ville de Marseille, le cinéma Les 3 Palmes, a dû faire une croix sur le film d’épouvante. Son directeur, Didier Tarrizo, considère que l’interdiction aux moins de douze ans est suffisante, mais il indique qu’il y avait lors des dernières séances : « Les bandes d’adolescents sont trop nombreuses pour ce film. Ils étaient tous surexcités : ils jetaient du pop-corn, ils criaient, ils changeaient de place… Trop de jeunes qui ont considéré le cinéma comme une cour de récréation, comme un terrain de jeu. Ce n’est pas possible » selon Non Stop People.

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Leur presse (cinema.JeuxActu.com, 9 octobre 2014)

Le même phénomène de débordement du public s’est produit au cinéma UGC Ciné Cité de Strasbourg mais aussi au Gaumont de Montpellier, lequel a dû faire appel à la police pour évacuer la salle. « Des jeunes de 14 ans et moins sont venus en bande, puis s’insultaient entre eux, se crachaient dessus, d’autres ont uriné sur les sièges. Un véritable zoo. On n’est pas là pour faire la police ni pour donner des baffes à des enfants » déplore un exploitant anonyme au Point.

(…) Le film distribué par la Warner devrait être reprogrammé. Mais certaines salles devront se soumettre à des mesures strictes de sécurité, notamment des contrôles d’identité. La présence d’un vigile en salle sera également nécessaire afin de surveiller le comportement abusif de ces jeunes qui viennent jouer à se faire peur.

Leur presse (Julia Beyer, LeFigaro.fr, 13 octobre 2014)

 

Violences lors des projections d’Annabelle : « Un effet de masse »

Le film d’horreur fait actuellement fureur chez les adolescents, mais est aussi prétexte à des incidents ayant entraîné sa déprogrammation dans plusieurs salles de cinéma. Le docteur Azzedine Menia, psychiatre, décrypte ces réactions excessives.

La poupée du film Annabelle est tout sauf un jeu d’enfant. Maléfique, elle hante le dernier film de John R. Leonetti sorti le 8 octobre. Les projections ont immédiatement attiré de nombreux adolescents, tentés d’aller voir ce film d’horreur après une promotion intense sur les réseaux sociaux. Malgré cet engouement, les séances ont néanmoins été fortement perturbées : sièges arrachés, hurlements, bagarres à l’intérieur des salles, crachats, urine… Des incidents qui ont poussé plusieurs salles, à Marseille, Strasbourg ou Montpellier, à déprogrammer la diffusion d’Annabelle dans leur programme.

Quelles sont les raisons qui expliquent ces débordements ? Pour le docteur Azzedine Menia, psychiatre et clinicien à Clichy, il est possible de comparer ce phénomène aux casseurs des manifestations ou à la violence dans les stades : « Certaines personnes se retrouvent à casser ou à perpétuer la violence alors qu’elles ne l’avaient pas prémédité, seulement parce qu’un individu a d’abord semé la pagaille ». Par « mimétisme et effet de masse », poursuit-il, les adolescents spectateurs d’Annabelle auraient ainsi pu avoir envie de se « défouler » en reproduisant les actes exagérés et violents de quelques perturbateurs.

« Libérés de toutes les inhibitions »

Ces démonstrations collectives inciteraient ainsi à « agir comme on pense que l’on devrait agir, en adaptant son comportement à celui des autres », et à « se libérer de toutes les inhibitions en se permettant tout », précise le psychiatre. De plus, Annabelle est un film d’horreur. Un genre qui « fait ressortir nos peurs et nos angoisses », résume le médecin. Il suffit alors « qu’une ou deux personnes soient fragiles psychologiquement face aux images pour que cela fasse tache d’huile », évoque le spécialiste qui mentionne également un « effet de contagion ».

Les salles, remplies quasi exclusivement d’adolescents, ont également probablement procuré un sentiment « d’entre soi » favorable à de tels comportements. « Les adolescents s’y sont sans doute rendus avec l’idée qu’ils pourraient déjà agir comme ils le voulaient », estime Azzedine Menia. Pour lui, le relais des événements violents sur les réseaux sociaux ont aussi dû favoriser l’attrait pour le film et les débordements suivants : « On va voir ce qui se passe et on participe ».

Leur presse (Mathilde Doiezie, LeFigaro.fr, 14 octobre 2014)

 

Annabelle : « Un film d’horreur qui ne remplit pas son contrat »

DÉCRYPTAGE – Depuis plusieurs jours, le long-métrage d’épouvante est déprogrammé dans plusieurs salles de cinéma françaises après avoir suscité d’importants débordements de violence. Selon l’historien et critique de cinéma Laurent Aknin, ce phénomène serait surtout dû à la médiocrité de la production.

« Légère impression de s’être fait avoir ». Voici le sentiment qu’a éprouvé Laurent Aknin, historien et critique de cinéma auteur des Classiques du cinéma bis (Nouveau Monde, 2009), à la fin de la projection d’Annabelle de John R. Leonetti. Un sentiment qu’ont sans doute dû ressentir à leur tour les nombreux adolescents qui se sont précipités dans les salles dès sa sortie, le 8 octobre. Une raison qui pourrait expliquer en partie, d’après ce grand amateur de cinéma d’horreur, les dégradations et violences qui ont eu lieu lors de plusieurs séances, poussant certaines salles à déprogrammer le film.

De prime abord, Laurent Aknin ne mâche pas ses mots : « Il faut quand même rappeler que le film est mauvais. » Et de continuer à lâcher ses flèches : « Annabelle est un film atrocement réactionnaire, avec une morale catholique faisandée. Il ne fait pas peur. Il n’y a pas d’effet gore. Il procure un sommeil de plomb mis à part une seule scène. » La critique du Figaro est d’ailleurs tout aussi cinglante. Ainsi, le film estampillé « d’horreur » ne correspondrait pas du tout à ce que ses spectateurs escomptaient suite à une promotion agressive sur les réseaux sociaux, qui le ventait comme « le terrifiant prequel de Conjuring », film d’horreur quant à lui réussi sorti en 2013. Sans oublier une campagne de pub le qualifiant de « limite traumatisant »…

« C’est un film d’épouvante qui ne remplit pas son contrat, résume Laurent Aknin. Rien d’étonnant alors à ce qu’il y ait un phénomène de mécontentement généralisé et des attentes déçues. » Pour lui, les réactions violentes des adolescents lors des projections du film correspondraient donc à cette impression d’escroquerie.

Rien à voir avec le genre du film mais avec le film lui-même : « Si on met un produit fort en face des yeux des adolescents, ils restent calmes, déduit-il. Mais livrés à eux-mêmes dans des salles où les adultes sont absents, c’est devenu un espace de récréation. » Le critique cinéma ne se souvient ainsi que d’un film seul film d’horreur, de la série Saw, qui avait créé des réactions démesurées liées à l’interdiction du film aux moins de 18 ans.

Laurent Aknin critique néanmoins les multiplexes de cinéma qui se sont faits déborder par ces jeunes : « C’est un cinéma de plus en plus aseptisé qui y règne, soit du cinéma français et américain de grande consommation, tandis que le cinéma transgressif est laissé de côté sur les écrans. Le public est donc en manque de ce genre de films davantage distribués avant. » Et quand l’un des uniques films d’horreur programmés dans ces salles est mauvais, cela peut créer des « clashs », résume le critique de cinéma qui ne se remet pas de l’engouement autour de ce film « qui ne fait même pas peur ».

Leur presse (Mathilde Doiezie, LeFigaro.fr, 15 octobre 2014)

 

« Annabelle » retiré de plusieurs salles nationales

Annabelle n’est plus à l’affiche dans certains cinémas de Marseille, Montpellier et Strasbourg. Les exploitants ont préféré se passer des recettes confortables que génère la poupée maléfique qui donne son titre au film américain de John R. Leonetti plutôt que d’abriter dans leurs murs les bagarres et les déprédations que génère sa vision. Des photos, prises au Gaumont multiplexe de Montpellier et à l’UGC de Strasbourg tournent sur twitter :

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Contactée par téléphone, la Warner, qui distribue le film, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette question. Les directeurs des cinémas indépendants sont plus loquaces : « Nous avons dû faire appel à la police à de nombreuses reprises et rembourser plus de 30 billets, ce n’était plus possible, explique Frédéric Perrin, directeur du Prado à Marseille. Nous étions confrontés à une situation de petite délinquance. C’est un film qui attire des jeunes entre 12 et 15 ans qui sont hystériques et ingérables ; ils s’interpellent dans la salle, bousculent les clients dans les couloirs et se battent dehors. Ils sont plus là pour foutre la merde que pour regarder un film. » (…)

Leur presse (Aïnhoa Jean-Calmettes, LeMonde.fr, 14 octobre 2014)

 

Annabelle : le rituel adolescent qui embarrasse les cinémas multiplexes

De nombreuses séances du film d’épouvante “Annabelle” ont été troublées par des groupes d’adolescents. Un phénomène qui permet de pointer la gestion irréfléchie de multiplexes seulement avides de nouveaux publics.

Annabelle a-t-il ensorcelé certains spectateurs ? Ce film d’horreur sur une poupée hantée par le diable attire les foules comme les ennuis. Scénario premier degré concentrant tous les clichés du genre, mise en scène aux abonnés absents mais production ultra rentable : cette série B, interdite en France aux moins de 12 ans, cartonne chez les ados séduits par une promo virale agressive.

Avec 78’000 spectateurs dès le premier jour, Annabelle a devancé de plus de 20’000 entrées ses concurrents, Mommy de Xavier Dolan et Gone Girl de David Fincher malgré un nombre de salles deux fois inférieur. À sa troisième semaine d’exploitation, il totalise 600’000 entrées. Bien qu’il fasse salle comble, plusieurs cinémas ont décidé de déprogrammer Annabelle comme les UGC de Toulouse, Lyon, Strasbourg ou bien encore le Prado et les 3 Palmes à Marseille. En cause : cris, discussions à voix haute mais aussi bagarres ou fauteuils arrachés. Annabelle n’est pas le premier à déclencher des rixes médiatisées de manière sensationnaliste : récemment, Paranormal Activity 4 ou Sinister avaient provoqué des débordements marginaux. Cette vague de films d’horreur mainstream et ludiques a refait du genre un rituel adolescent, comme les Freddy dans années 80 ou les Scream à la fin des années 90. Entre épreuve initiatique et défouloir, le film d’horreur est le terrain de jeu d’adolescents qui jouent à se faire peur.

“Ils sont là pour se fendre la gueule”

UGC Les Halles, mercredi 16h45. Ce cinéma est à la fois le plus important multiplexe de France, un carrefour parisien et un lieu de sociabilisation ado. La petite salle de cent places est pleine à craquer, remplie pour trois quarts de jeunes gens. Seau de popcorn et soda à la main, trois copines gloussent d’excitation. “J’ai trop peur”, lâche l’une d’elle collée serrée à sa pote. Quatre garçons arrivent en retard. Ils s’assoient par terre, au pied du premier rang et se chamaillent en faisant les cakes.

Presque aussitôt, le vigile entre et leur demande de prendre un siège. Les trois garçons rechignent pour le style mais obtempèrent. Dans la salle, on s’agrippe, on rigole, on parle fort. On entend quelques “chut” rigolards. “Avant, le théâtre et le cinéma étaient un spectacle populaire, les gens gueulaient, parlaient aux acteurs, c’est encore un peu comme ça avec les ados et le ciné d’horreur”, explique Rurik Sallé, ancien rédacteur en chef du magazine Metaluna, revue spécialisée de cinéma.

“Ils sont là pour vivre une expérience comme à la Foire du Trône, pour hurler, se fendre la gueule. Le cinéma d’horreur n’est pas intellectuel, c’est un cinéma du corps, des tripes, jugé avec condescendance en France. Les ados ne s’embarrassent pas de ce genre de préjugés, ils sont dans l’expérience physique.”

“L’âge où la peur est une expérience transgressive”

Le film commence. Le visage de la poupée Annabelle apparaît d’un coup, en gros plan, menaçante et laide. Sursaut et éclat de rire général. “T’es trop moche, Annabelle”, crie un garçon. On est à l’âge où la peur est une expérience transgressive. Le psychanalyste Brice Courty, spécialiste de l’adolescence, explique :

“Le film d’horreur a généralement une fonction positive pour les ados, équivalente à celle des contes pour enfants : apprivoiser les peurs de l’adolescence pour passer à l’âge adulte. Après le film d’horreur, le porno prendra éventuellement le relais. Dans cette affaire, il y a quelque chose d’une fascination malsaine des adultes pour la présumée pulsionnalité de l’adolescent.”

Presque tout, dans Annabelle et sa poupée diabolique, tourne autour du thème de l’enfance. Brice Courty confirme :

“C’est un rituel de passage : le film d’horreur est une sorte d’épreuve à passer – le marketing du film a poussé dans ce sens – liée à la peur de grandir, au fait d’affronter les limites et d’y survivre. Les garçons vont parfois surjouer la virilité et les filles une certaine version de la féminité. Le cas extrême de la destruction d’un fauteuil, c’est aussi montrer qu’on n’est pas impuissant, c’est surjouer sa masculinité en s’appuyant sur le groupe.”

Diffuser le film en VO pour éloigner “les plus excités”

Dans la petite salle de l’UGC Les Halles, quand s’affichent les premiers sous-titres, une ado visiblement flouée sur la marchandise peste tout haut : “Quoi ? C’est en anglais ?” “Au début, on passait Annabelle en VF mais à la suite des débordements, le directeur l’a projeté en VO pour éloigner les plus jeunes et les plus excités”, explique une employée à la sortie du film. Patrick [le prénom a été changé], le vigile, enchaîne : “Ici c’est tranquille, mais à l’UGC La Défense samedi soir, c’était plus chaud. Ça draine tout le public de banlieue. Je suis resté dans la salle pendant tout le film. Même si à la fin ils se calment – c’est des gosses –, on a quand même dû rembourser quelques spectateurs.”

“Les multiplexes ont voulu draguer à nouveau ce public mais sans s’interroger sur la manière de le gérer”, explique un exploitant. Ces multiplexes, type UGC-Gaumont-Pathé, financent en partie leur implantation grâce à des subventions publiques versées en échange de promesses d’activité et d’emploi dans des territoires sinistrés. Pour aider à séduire la cible “jeune public”, gros consommateurs de popcorn et futurs clients, un tarif unique de 4 euros a été mis en place pour les moins de 14 ans depuis le 1er janvier.

Ainsi, avec Annabelle, des groupes d’ados sans leurs parents viennent se payer à peu de frais leur première frayeur de cinéma. “Problème : les seuls visages adultes du multiplexe sont les bornes automatiques et le vigile, continue l’exploitant. Ces ados se moquent de foutre le bordel car ils n’ont pas l’impression d’être chez quelqu’un. À l’inverse, dans un cinéma art et essai, il y a de l’humain : l’exploitant va choisir le film, accompagner les jeunes, travailler avec les enseignants, les éducateurs, créer un dialogue autour du film.” 18h30, fin de la séance. Des garçons se chambrent : “Tu t’es chié dessus Hicham, retourne voir Tortues Ninja.”

Leur presse (Anne Laffeter, LesInrocks.com, 22 octobre 2014)

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[Cyberpolice] L’État nous espionne, coupons-lui les câbles !

Le cadeau de Noël du gouvernement aux internautes : la surveillance

Le 24 décembre, Matignon a publié un décret sur une mesure très contestée permettant aux agents de l’État de surveiller le Net français. Habile.

C’est un cadeau de Noël dont les internautes et les opérateurs français se seraient bien passés. Le gouvernement a publié mercredi 24 décembre, à la faveur des fêtes de Noël, le décret d’application du très contesté article 20 de la loi de programmation militaire (LPM). Ce texte prévoit un accès très vaste des services de l’État aux télécommunications (téléphone, SMS, Internet, etc.) des Français, et à toutes les informations qui transitent par les réseaux nationaux.

La mesure de surveillance, pudiquement nommée “accès administratif aux données de connexion”, avait été votée fin 2013 et entrera en vigueur le 1er janvier 2015. Dénichées par notre excellent confrère Next INpact, qui évoque “un décret qui sent le sapin”, ce sont les modalités de sa mise en œuvre, tout aussi importantes, qui ont été dévoilées pour Noël.

Comme dans de nombreuses démocraties, le spectre terroriste permet au gouvernement de faire passer des mesures très floues et de tirer pleinement parti des systèmes d’information de plus en plus performants afin de surveiller la population.

Qui chapeaute le système ?

Le décret du 24 décembre présente “le groupement interministériel de contrôle […], un service du Premier ministre chargé des interceptions de sécurité et de l’accès administratif aux données de connexion”. Ce groupement est chargé de centraliser les demandes des agents et de les transmettre aux opérateurs concernés, en les épurant de toute information sensible.

En effet, si les services de l’État doivent justifier leurs requêtes auprès du Premier ministre (qui nomme une “personnalité qualifiée”), il est hors de question de transmettre ces explications aux opérateurs. Les fournisseurs d’accès ne sauront même pas de quel service ou ministère émane une demande, ni à quelle date elle a été formulée.

Quelles données sont concernées ?

Sans surprise, le décret se réfère à l’article 20 de la LPM, sans vraiment le préciser. Peuvent donc être interceptés les “informations ou documents traités ou conservés par les réseaux ou services de communications électroniques, y compris les données techniques relatives à l’identification des numéros d’abonnement ou de connexion à des services de communications électroniques, au recensement de l’ensemble des numéros d’abonnement ou de connexion d’une personne désignée, à la localisation des équipements terminaux utilisés ainsi qu’aux communications d’un abonné portant sur la liste des numéros appelés et appelants, la durée et la date des communications”.

On notera l’utilisation de la formule “y compris”, qui n’est aucunement exhaustive : difficile de faire plus vaste.

Un contrôle démocratique insignifiant

Face aux critiques sur l’intrusion dans la vie privée, le gouvernement invoque la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), un organe très joli sur le papier mais qui n’a jusqu’à présent pas été doté d’un réel pouvoir. Cette commission “dispose d’un accès permanent aux traitements automatisés”, et “l’autorité ayant approuvé une demande de recueil d’informations ou de documents fournit à la commission tous les éclaircissements que celle-ci sollicite”, promet le décret, plein de bons sentiments.

Néanmoins, la CNCIS n’a toujours pas le pouvoir de sanction et ne peut même pas alerter la justice en cas de manquement sur un dossier couvert par le secret de la défense nationale. Habile…

Par ailleurs, le gouvernement se protège en supprimant ses archives en un temps record. Si l’on peut saluer la suppression des informations et des fichiers recueillis au bout de trois ans, on ne peut être que surpris par le fait que les registres mentionnant qui a autorisé telle ou telle surveillance soient eux aussi “automatiquement effacés” après trois ans. Le seul contrôle démocratique possible lorsqu’on jongle avec le secret défense, celui qui s’effectue a posteriori, est donc rendu impossible, pour la CNCIS comme pour la justice.

À quel prix ?

“Les coûts supportés par les opérateurs pour la transmission des informations ou des documents font l’objet d’un remboursement par l’État”, précise le décret. Pas un mot sur la grille tarifaire qui sera appliquée, car ils seront définis par les ministères concernés.

Qui peut demander les informations ?

Trois ministères sont habilités à émettre des demandes. Le décret détaille le nombre impressionnant de services pour lesquels les vannes du Web français sont ouvertes :

• Au ministère de l’Intérieur  : la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), la Direction générale de la police nationale (unité de coordination de la lutte antiterroriste, Direction centrale de la police judiciaire, Direction centrale de la sécurité publique, Direction centrale de la police aux frontières), la Direction générale de la gendarmerie nationale (sous-direction de la police judiciaire ; sous-direction de l’anticipation opérationnelle ; service technique de recherches judiciaires et de documentation ; sections de recherches), la préfecture de police (Direction du renseignement ; direction régionale de la police judiciaire ; service transversal d’agglomération des événements ; cellule de suivi du plan de lutte contre les bandes ; sûreté régionale des transports ; sûretés territoriales).

• Au ministère de la Défense  : la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), la Direction de la protection et de la sécurité de la défense, la Direction du renseignement militaire.

• Au ministère des Finances et des Comptes publics : la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières, le service de traitement du renseignement et d’action contre les circuits financiers clandestins.

Dans tous ces services, seuls les agents et officiers “dûment habilités” par leur directeur pourront réclamer des informations, assure le décret.

Des perspectives inquiétantes

La loi de programmation militaire a mis en place un outil de surveillance de la population française qui aurait fait pâlir d’envie les pires dictateurs de l’histoire. Si nous sommes très loin d’un régime totalitaire en France, il n’est pas exclu que des leaders extrémistes disent demain merci au gouvernement Valls pour leur avoir fourni un tel outil clé en main.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Guerric Poncet, LePoint.fr, 26 décembre 2014) via Brèves du désordre, 29 décembre 2014

 

Le SS7, le réseau des opérateurs qui permet de surveiller vos téléphones portables

Grâce à quelques lignes de code informatique, il est facile de localiser en temps réel votre téléphone portable, d’intercepter vos appels ou vos SMS, et ce depuis n’importe quel point du globe. C’est le constat pour le moins alarmiste de deux chercheurs en sécurité qui ont présenté leurs travaux, samedi 27 décembre, au Chaos Communication Congress, à Hambourg (Allemagne).

Cette possibilité est offerte aux agences de renseignement, à des entreprises ou à de simples individus grâce au réseau SS7. C’est ce réseau, interne aux opérateurs de téléphonie mobile, qui permet à ces derniers de diriger appels et SMS vers leurs clients, même quand ceux-ci se trouvent dans un autre pays. C’est en effet par le biais du SS7 que les opérateurs des deux pays échangent les informations nécessaires, notamment pour localiser l’abonné.

En théorie, l’accès au réseau SS7 est réservé aux opérateurs de téléphonie. Dans les faits, de nombreuses entreprises et individus peuvent s’y connecter : même si l’exploitation des failles de SS7 n’est pas à la portée du premier venu, elle ne présente pas de difficultés techniques majeures, ce qui inquiète beaucoup les experts.

« À partir du moment où vous avez accès au réseau, il n’y a quasiment plus aucun mécanisme de sécurité » explique Tobias Engel, l’un des deux chercheurs s’exprimant sur le sujet à Hambourg. Résultat : il est possible de se faire « passer » pour un opérateur et accéder à des informations concernant une majorité de détenteurs de téléphone mobile dans le monde.

La localisation est « très facile »

Pour Karsten Nohl, le deuxième chercheur, qui travaille au sein de l’entreprise allemande Security Research Lab, les principaux risques pour l’utilisateur sont sa localisation, qui peut être « très précise » et l’interception de ses appels et de ses SMS. « La localisation, par exemple, est très facile à mettre en œuvre » explique-t-il.

Lors de sa conférence à Hambourg, Tobias Engel a présenté les résultats d’une expérience. Il a localisé pendant plusieurs jours, dans plusieurs pays, les téléphones mobiles de certaines de ses connaissances, tous volontaires. A l’écran, des petits points représentent chacun des téléphones et dessinent avec précision les trajets des uns et des autres, y compris lorsque ces derniers se trouvent à l’autre bout du monde. Plusieurs entreprises américaines fournissent même ce service de localisation des téléphones à leurs clients, comme l’a récemment détaillé le Washington Post.

L’interception des appels n’est guère plus compliquée. Sur scène, Karsten Nohl a également mené une petite expérience, en appelant à deux reprises un même numéro de téléphone. Après un premier essai, il a manipulé le réseau SS7 à l’aide de quelques lignes de code, une opération de quelques secondes seulement. Lorsqu’il a renouvelé l’expérience, c’est un autre téléphone qui a sonné. Il aurait été simple, a-t-il expliqué, de remplacer ce deuxième téléphone par un ordinateur, lui permettant de transférer ensuite l’appel au numéro original en enregistrant au passage la conversation. La même opération peut être facilement reproductible pour les SMS, rendant, par exemple, les mécanismes de sécurité bancaire qui reposent sur des SMS – et qui sont présentés comme très fiables – complètement caducs.

Une application pour évaluer les risques

Les options offertes aux utilisateurs sont maigres. Tobias Engel ironise : « Il n’y a que deux solutions pour l’utilisateur. Avertir son opérateur, mais je ne suis pas certain qu’un appel à la hotline fonctionne, ou se débarrasser de son téléphone. »

Mais pour éviter de devoir en arriver là, M. Nohl a annoncé, à l’occasion de sa conférence, le lancement de SnoopSnitch, une application gratuite permettant notamment de détecter si un utilisateur est surveillé via le réseau SS7. « Vous recevez des avertissements dès que quelque chose sort de l’ordinaire », résume-t-il. « Par exemple, si je réclame à votre opérateur votre localisation à travers le réseau SS7, votre téléphone est sollicité mais rien ne se passe pour vous. L’application vous avertit si un tel événement se produit ». Cet outil permet aussi de détecter certains types d’interception.

L’application collecte des données tout au long de la journée, « comme un antivirus que les gens ont sur leur ordinateur ». L’utilisateur peut ensuite choisir de partager ces données avec Security Research Lab pour alimenter une carte, GSMMap.org.

Le but ? « Repérer les zones où se concentrent les problèmes, notamment si plusieurs membres d’un même groupe politique reçoivent les mêmes alertes, ou si plusieurs alertes sont émises au même endroit. Bien sûr, nous ne nous attendons pas à ce que la plupart des menaces soient détectées en Europe » précise M. Nohl.

Des questions encore en suspens

Cette application ne permet toutefois que de détecter une éventuelle surveillance, pas de la contrer. Le lancement de l’application SnoopSnitch ne doit donc pas faire oublier les questions posées par la sécurité du réseau SS7.

Quelques correctifs ont récemment été mis en œuvre sur le réseau, surtout en Europe. Cela n’a fait que compliquer, sans l’empêcher, la tâche de ceux qui utilisent les failles du réseau, explique M. Engel, qui résume de façon lapidaire : « Avant, votre opérateur laissait la porte de votre maison ouverte et en indiquait le chemin. Aujourd’hui, la porte est toujours ouverte mais le chemin n’est plus indiqué ».

L’âge de ce réseau, mis en place aux débuts de la téléphonie mobile il y a plus de vingt ans, est la première explication à ces failles. M. Nohl détaille : « Il ressemble à Internet avant les années 90, avant qu’il y ait des pare-feux, lorsque tous les ordinateurs connectés au réseau étaient accessibles de tous. Ce n’est plus le cas. Internet était aussi un vieux réseau qui n’avait pas été conçu dans une optique de sécurité. On l’a réparé ! On peut le faire avec SS7 ».

À qui profite le crime ?

Mais l’âge n’est pas la seule explication à ces défaillances de sécurité, selon M. Engel. « Beaucoup d’acteurs qui connaissent et utilisent ces failles n’ont aucun intérêt à les rendre publiques » affirme le chercheur. Difficile pour autant de savoir qui utilise réellement ce réseau à des fins de surveillance, tempère M. Nohl, qui précise qu’« il n’y a pas de statistiques ». « Ce que l’on sait c’est que des entreprises clientes d’agences de renseignement abusent de SS7 ».

Selon lui, certains documents soustraits à la NSA par Edward Snowden suggèrent même que l’agence de renseignement américaine profite de la faiblesse de SS7. M. Engel abonde en ce sens : « Quelqu’un travaillant au sein d’un opérateur téléphonique ukrainien m’a dit que plusieurs de ses abonnés étaient surveillés depuis la Russie, via SS7 ».

Mais l’espoir de voir les failles de ce réseau corrigées à court terme est bien maigre, explique M. Engel : « Il y aura du changement s’il y a une indignation publique, des gens qui se font vider leur compte en banque, ou des hommes politiques qui se font surveiller leur téléphone.

Martin Untersinger, envoyé spécial à Hambourg, LeMonde.fr, 29 décembre 2014, mis à jour le 30 décembre

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[Do It Yourself] Pour vivre libre, sortez couverts !

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[Nouvelles de la révolution ukrainienne] Lustration à Kharkov

UKRAINE | Un ancien pro-russe jeté dans une poubelle sous les yeux de la police

La veille de Noël, un conseiller municipal de la ville de Kharkov, dans l’est de l’Ukraine, a été jeté dans une poubelle par un groupe d’hommes cagoulés. La scène s’est déroulée sous les yeux des policiers impassibles et leur manque de réaction pousse à s’interroger sur l’impunité dont bénéficient certains groupes ultranationalistes [sic – NdJL] ukrainiens.

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Un conseiller municipal de Kharkov, dans l’est de l’Ukraine, est mis dans une poubelle par des hommes cagoulés. Capture d’écran de la vidéo ci-dessous.

La personne qui se fait agresser sur la vidéo est le conseiller municipal Vladimir Skorobagach, ancien membre du parti de Victor Ianoukovitch — le président ukrainien pro-russe déchu.

Contacté par France 24, Anatoli Mazhora, le journaliste de Radio Free Europe à Kharkov qui a filmé la scène explique son déroulement.

« Les manifestants voulaient rencontrer le conseiller, mais celui-ci a refusé. S’en est suivie une course poursuite qui l’a obligé à se cacher dans une pharmacie. Quelques activistes sont rentrés dans le bâtiment pour négocier avec lui, et comme il refusait toujours de leur parler ils l’ont jeté dans une poubelle.

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VOIR LA VIDÉO amateur de la scène publiée sur Youtube et relayée par Russia Today.

La police ne s’est pas interposée, expliquant que c’était un conflit entre activistes et hommes politiques. Elle a simplement empêché que cela ne tourne à l’émeute, avant d’acheminer l’homme politique à l’hôpital. Les manifestants étaient des proches de l’organisation Secteur droite [un groupe ultranationaliste ukrainien anti-russe] ainsi que des supporters “ultras” du club de football de Kharkov. »

L’appartenance de certains des agresseurs à Secteur droite [sic – NdJL] est corroborée par une autre vidéo publiée par le media russe Svoboda, où l’on aperçoit qu’un des manifestants arbore un brassard aux couleurs du groupe.

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Capture d’écran d’une vidéo de la scène publiée par Radio Svoboda et filmée par Anatolii Mazhora. Sur celle-ci, on aperçoit un homme cagoulé avec un brassard rouge, signe distinctif du groupe “Secteur droite” en Ukraine.

“Intervenir pour les policiers, ça serait se mettre les ‘pro-Ukrainiens’ à dos”
Taras Revunets est un blogueur ukrainien qui vit à Kiev.

« Le ‘défi de la poubelle’ [#DumpsterChallenge en anglais] est l’une des marques d’action des groupes nationalistes comme Secteur droite. Ils ont déjà mis plusieurs politiciens à la poubelle [près d’une dizaine ont subi le même sort à Kiev ou à Odessa depuis l’été dernier. La veille de l’incident de Kharkov, une scène similaire s’était déroulée à Ternopol]. Sur la vidéo, on les entend scander “Lustration”, un terme qui fait référence au “nettoyage” d’une partie de la classe politique ukrainienne demandé par les pro-Maidan.

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Ternopol

Le geste de mettre une personnalité politique dans une poubelle est radical et peut choquer, mais beaucoup d’Ukrainiens soutiennent ces actions car ils considèrent que ceux qui finissent dans la benne à ordures sont corrompus et le méritent. C’est également pour ça que la police n’intervient pas dans ce genre d’incident : elle a peur de se mettre à dos des groupes nationalistes [sic – NdJL] et leurs sympathisants. »

En septembre dernier, le nouveau président ukrainien Porochenko a promulgué une loi permettant de “faire le ménage” au sein de l’appareil de l’État. Le texte prévoit d’empêcher les politiciens ayant appartenu à l’administration ukrainienne sous Viktor Ianoukovitch d’accéder de nouveau au pouvoir.

Vladimir Skorobagach fait en théorie parti des gens visés par la loi. Ce dernier a toutefois gardé son poste de conseiller municipal en affirmant qu’il était aujourd’hui ‘pro-Ukraine’.

Presse panrusse (observers.france24.com, 29 décembre 2014)

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[Cyberpolice] La NSA travaille

Les énormes progrès de la NSA pour défaire la sécurité sur Internet

Depuis plusieurs mois et le début des révélations d’Edward Snowden, les experts en sécurité informatique et les défenseurs de la vie privée en ligne ne savent plus à quel saint se vouer.

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Les abords du centre des congrès de Hambourg, dans le Nord de l’Allemagne, où est organisé le Chaos Communication Congress, un rassemblement dédié aux implications politiques des nouvelles technologies.

Révélation après révélation, les documents exfiltrés par le lanceur d’alerte américain au sujet de la NSA témoignent de la puissance de l’agence de renseignement et de sa capacité à percer les protections les plus robustes sur Internet. La question qui revenait sur toutes les lèvres était à la fois simple et complexe : quel outil lui résiste encore ?

Au Chaos Communication Congress de Hambourg, un festival de quatre jours traitant notamment de sécurité informatique, les deux journalistes américains Jacob Appelbaum et Laura Poitras ont finalement apporté, dimanche 28 décembre, des réponses à cette question.

Lors d’une conférence, les deux journalistes ont présenté de nouveaux documents – également et simultanément publiés dans Der Spiegel – issus du stock soustrait par Edward Snowden. Ceux-ci révèlent que plusieurs outils, programmes ou langages informatiques posent de gros problèmes à la NSA lorsqu’il s’agit de les percer à jour. Ces documents datent de 2012, mais le magazine allemand explique qu’ils ont de grandes chances d’être encore valables aujourd’hui.

Des outils résistent

Les outils dont la robustesse résiste à la NSA sont peu nombreux : GnuPG, qui sert à la protection des courriels, Tails, un système d’exploitation « amnésique », OTR, un protocole informatique protégeant la confidentialité des discussions instantanées, les applications développées par le collectif Whispersystems (comme Signal), Truecrypt, un système de chiffrement des documents dont l’interruption mystérieuse a suscité de nombreuses interrogations et Tor, un navigateur permettant notamment une navigation anonyme sur Internet.

Les efforts de la NSA à l’encontre de Tor étaient déjà connus. Les nouveaux documents publiés montrent que ces efforts sont restés, pour le moment et jusqu’en 2012 au moins, sans effets.

« Je voulais faire une conférence positive » explique Jacob Appelbaum, qui a fait applaudir par les 3500 personnes massées dans l’auditorium du centre des congrès de Hambourg les développeurs de certains de ces outils.

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Vidéoconférence avec Edward Snowden après qu’il ait reçu la médaille Carl von Ossietzky avec Laura Poitras et Glenn Greenwald, à Berlin le 14 décembre 2014.

De nombreux outils peu fiables

Lui et Laura Poitras n’ont cependant pu éviter l’énumération de quelques-uns des outils de protection des communications qui n’ont pas résisté à la NSA. Cette liste témoigne de l’ampleur des ressources consacrées par la NSA et certains de ses alliés à défaire certains des principaux moyens de protection des communications sur Internet.

Der Spiegel écrit par exemple que les connexions dites « https », où le « S » signifie « sécurisé » n’ont « plus grand-chose de vraiment sécurisé ». Selon un des documents publiés par le magazine allemand, la NSA prévoyait de « casser 10 millions de connexions en https d’ici la fin de l’année 2012 ». Ce type de protection permet à un internaute d’être certain de se connecter à un site authentique (de sa banque par exemple), et empêche un intermédiaire d’intercepter des informations qu’il lui transmet. Elle est utilisée quotidiennement par des centaines de millions d’internautes dans le monde entier, parfois sans même qu’ils s’en aperçoivent.

D’autres moyens de protection sont également à portée de la NSA, comme SSH, une technique pour connecter de manière sécurisée deux ordinateurs entre eux, largement utilisés par les informaticiens. Plus inquiétant, les documents indiquent que la NSA peut s’attaquer avec succès aux VPN (« réseaux privés virtuels »). Cette technologie, derrière son nom obscur pour le grand public, est pourtant centrale pour la sécurité de nombreuses entreprises, qui les utilisent par exemple pour accéder depuis l’extérieur à leur réseau interne. Douze agents de la NSA ont ainsi été chargés de passer outre le VPN utilisé par le gouvernement grec, indique un des documents.

Une « guerre contre la sécurité sur Internet »

Pour contourner ces robustes protections, la NSA a recours à « tous les moyens disponibles », écrit Der Spiegel, des super-ordinateurs capables de milliards de calculs à la seconde à l’envoi d’agents sous couverture pour tenter d’influencer le développement de ces moyens de protection. Ces moyens déployés ne sont pas surprenants : selon un document de la NSA reproduit par Der Spiegel le chiffrement des communications (et donc la confidentialité d’une part croissante des échanges sur Internet) est aujourd’hui « une menace » pour l’agence.

Ces nouveaux documents éclairent un peu plus ce que le magazine allemand décrit comme « une guerre contre la sécurité sur Internet ». Une sécurité, rappelle-t-il encore, qui est loin d’être l’apanage des terroristes ou des criminels, mais qui protège des centaines de millions d’internautes dans leur utilisation quotidienne d’Internet.

Les centaines d’activistes et militants qui ont applaudi, debout pendant plusieurs minutes, à la fin de la présentation de ces documents ont donc de quoi avoir la migraine devant les capacités de la NSA. Mais aussi de quoi se réjouir : « ce n’est pas sans espoir, la résistance est possible » a ainsi lancé M. Appelbaum. « Le logiciel libre et une cryptographie bien implémentée fonctionnent.

Martin Untersinger, envoyé spécial à Hambourg, LeMonde.fr, 28 décembre 2014, mis à jour le 29 décembre

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La stratégie anti-manif de la police britannique

La stratégie anti-manif de la police britannique

Selon le Guardian, la police procède à des arrestations et mise en liberté sous caution sans charge retenue, contre des personnes ayant seulement l’intention de participer à des manifestations.

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An anti-fracking campaigner, dressed as a riot policeman, takes part in a protest march near to the Barton Moss fracking exploration rig in January 2014.

“La mise en liberté sous caution est devenue un instrument utilisé (…) pour punir les manifestants et nier leur droit à manifester. La police mène sa propre justice extra-judiciaire sans aller devant aucun tribunal”. Interrogée par le Guardian, Rachel Harger, du cabinet d’avocats des droits de l’homme Bindmans, ne mâche pas ses mots alors que le quotidien britannique révèle des chiffres alarmants concernant la “tentative de la police de museler les mouvements de protestation” dans le pays.

Le Guardian publie jeudi 25 décembre les documents appuyant cette accusation. Depuis 2008, au moins 732 personnes ont été arrêtées en Angleterre et Pays de Galles sans jamais avoir été poursuivies ensuite pour aucune accusation, alors que ces derniers se rendaient à des manifestations autorisées.

Selon le Guardian, “les données montrent que près de 85% des personnes interdites de manifester de la sorte, n’ont pas été par la suite mises en accusation”. Les groupes de défense des libertés civiles accusent la police de recourir à leur propre justice et réclament un changement de la loi en matière d’arrestation et de mise en liberté sous caution.

Pour une réforme

Pour le “Network for Police Monitoring” (Réseau pour la surveillance de la police), un groupe d’activistes et de juristes qui accumulent les preuves de la stratégie policière : “La caution policière est utilisée comme un moyen de perturber l’activité de protestation sans faire face aux inconvénients de devoir passer par un processus juridique formel. En raison de la longue expérience de la police d’avoir abusé des modalités de conditions préalables à l’inculpation contre les manifestants de manière irresponsable, nous croyons que la seule solution est le retrait complet de ce pouvoir pour toutes les infractions liées aux manifestations”, indique l’organisation au Guardian.

Le quotidien souligne qu’il n’y a “aucune limite de temps lorsqu’une personne est soumise à une caution sans charge et un sergent de garde n’a pas besoin de la permission d’un tribunal pour remettre une interdiction de manifester. Or, si elle est bafouée, le manifestant est passible d’arrestation pour violation de liberté sous caution”. Une stratégie qui permet ainsi, non seulement d’empêcher quelqu’un de rejoindre une manifestation, mais aussi de lui passer l’envie de retenter un autre jour.

Leur presse (Céline Lussato, tempsreel.nouvelobs.com, 26 décembre 2014)

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