Résistons Ensemble n° 138 – février 2015

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Résistons Ensemble

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[Paris, dimanche 15 février] Soirée de soutien au camarade Aleksandr Kolchenko

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Paris Luttes Info, 10 février 2015

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[Sud-Algérien] « La wilaya, la Tanmira, In Salah hia Dahia »

In Salah. Des gerboises atomiques au gaz de schiste
Quand les anciens « cobayes » veulent un statut de citoyens

« In Salah, sorrate Al Djazaïr (In Salah, nombril et cordon ombilical de l’Algérie). » Mohamed Didi, 45 ans, cultive avec amour les sept hectares qui lui sont octroyés à Barqa Sahel, la sebkha située au sud d’In Salah.

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Des cultures maraîchères, céréalières, des oliviers, trois cents palmiers Aggaz, espèce endémique, fierté de la région, tout lui réussit en ces contrées qui furent autrefois partie intégrante de cette mer intérieure aujourd’hui disparue comme le furent d’ailleurs les forêts de chênes et de pins entourant In Salah (il y a plusieurs millions d’années) et dont il ne subsiste aujourd’hui que des amas de bois pétrifié à In Ghar. Anxieux, Didi implore Dieu et Ses Saints : « Je suis en première ligne en cas de contamination (de la nappe). »

Il est à 18 kilomètres des puits-test de gaz de schiste forés à Gour Mahmoud, dans ce bassin de l’Ahnet tout proche. « Pourvu que cette malédiction (gaz de schiste) ne pollue pas les hommes et la nappe. Regardez, dit-il en exhumant un conduit goutte-à-goutte de sous le sable, je n’ai même pas besoin de pompe, l’eau jaillit d’elle-même. À 2 m de profondeur de l’eau salée, à 11 m de l’eau douce en débit faible et à 38 m de l’eau à volonté. » Sous les pieds de Didi, l’Albien, la plus grande réserve d’eau douce au monde avec ses 50’000 milliards de mètres cubes.

Gour Mahmoud : à 35 km au sud d’In Salah. Mardi 20 janvier. Au point kilométrique de cette nationale 1 débaptisée Route de l’unité africaine, une piste quelconque bifurque vers les fameux puits au trésor enfermé dans le schiste de la roche mère. Rien ne présage l’existence des forages décriés, si ce n’est la valse des camions-citernes transportant de l’eau ou ces semi-remorques Mercedes acheminant du matériel et  des produits de forage importés d’Italie et fonçant vers les puits dans un nuage de poussière.

Des panneaux anodins, montés sur de vulgaires madriers, indiquent sommairement la direction, et par abréviations, les noms et numéros de districts comme pour AHT 1 et 2 (puits Ahnet) ou GMD (pour Gour Mahmoud). Un camionneur, employé d’une filiale de Schlumberger, la multinationale américaine des services pétroliers (spécialisée entre autres dans la fracturation hydraulique),  nous dépose non loin des forages.

Dans sa remorque, quelque 30 tonnes de ciment et des fûts de produits chimiques. Le site reçoit quelque 20 chargements du genre par semaine. En ville, les caravanes de semi-remorques qui y transitent,  acheminant des containers de matériels, alimentent les supputations et la rumeur. Ici et là, on ne parle que de ces « additifs » dangereux pour la nappe, de ces produits chimiques que Schlumberger, Haliburton, Total, Partex … et autres grandes compagnies useraient durant la phase de la fracturation hydraulique. Sur site, un premier puits test est déjà réalisé.

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La tête de puits à haute pression, le séparateur de boue-gaz et la torche allumée le confirment aisément. Un container et des caissons portant la marque Schlumberger et la mention « produits dangereux » trônent non loin des bourbiers, les bassins de décantation, recueillant les eaux de forage. Vides ou presque. À quelques centaines de mètres de là, le second puits est en cours de réalisation. « Vous n’avez pas d’autorisation, vous ne devez pas être ici », s’emporte un  agent de sécurité. Les journalistes sont persona non grata. La plateforme de forage de l’ENTP (filiale de Sonatrach spécialisée dans les travaux de forage) est installée.

À pied d’œuvre. Les militaires qui couvent le site observent de leurs roulottes, presque indifférents, le remue-ménage. Les responsables du chantier exigent eux aussi un sauf-conduit express avant toute déclaration à la presse. Le forage est encore dans sa phase verticale, précise néanmoins un technicien de l’ENTP, et la foreuse a déjà traversé la première nappe albienne (le complexe terminal situé à 400 m de profondeur) et flirte avec le continental intercalaire, la seconde nappe enfouie à 2000 m de profondeur…

« Après, ça sera le drain  horizontal », explique-t-il. « Il n’y a vraiment aucun risque sur l’aquifère, ajoute-t-il comme pour conjurer la rumeur. Et contrairement à ce qui se dit, les forages horizontaux n’atteignent pas une quinzaine de kilomètres mais à peine 900 m ; ils n’atteindront pas la ville et les produits utilisés durant les fracs ne causent ni la stérilité ni ne provoquent des avortements (…). » Autre prêche dans le désert ?

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“#Insalah Justice expéditive. L’homme attaché au pylône électrique serait charlatan ou il aurait entravé la manif.” (Twitter, 4 février 2015)

Le « Sud » à l’assaut de l’État « pompeur »

Samedi 27 décembre. À la tête d’une délégation officielle, Youcef Yousfi, le ministre de l’Énergie, allume la première torche de gaz de schiste dans le bassin de l’Ahnet Gourara. Un petit pas pour l’homme et son État « pompeur », un affront pour le « peuple » d’In Salah.

Le cortège de 4×4 fumés, payés par l’argent du gaz et du pétrole, ne s’arrêtera pas en ville. Un aller-retour simple : aéroport Krim Belkacem/forage de Gour Mahmoud.

Sahat Essoumoud. Il est 20h passées ce mercredi 21 janvier, et la « place de la Résistance », baptisée ainsi par les manifestants antigaz de schiste, est en ébullition. un climat de pré-émeute plombe les lieux et l’ambiance. « Tassiid, tassiid » (escalade, escalade), clament les dizaines de protestataires campant depuis vingt et un jours à même l’esplanade de la daïra d’In Salah. Abdelmalek Sellal, le Premier ministre, venait tout juste de faire son speech à la télé, annonçant la poursuite des forages exploratoires « dans l’Ahnet », pulvérisant les attentes des populations du Sud quant à un renoncement officiel et définitif à l’aventure du non-conventionnel.

De la désillusion, de l’abattement. De la colère. La placette change de physionomie et le bivouac – une dizaine de tentes dont une expressément réservée à alimenter la blogosphère et les réseaux sociaux – perd de son ambiance bon enfant. Les mots de Sellal ont fait des fracs dans le bloc des « 22 » délégués du Collectif de la société civile d’In Salah, créant un véritable le schisme entre pro et anti-radicalisation du mouvement de protestation.

Le conclave de ce collectif hétéroclite (médecins, enseignants, pétroliers, étudiants, ingénieurs, techniciens, chômeurs, etc.), le météorite ayant carbonisé la vieille garde et les « notabilités » de la région, s’est achevé en queue de poisson. Le lendemain, une nouvelle manifestation, regroupant plusieurs centaines de marcheurs, sillonne le semblant de ville, paralysée depuis plus de trois semaines. Les commerces, les administrations et services publics (exceptés Sonelgaz, hôpital…) ont fermé depuis le début du mois. Par solidarité, par peur et contrainte. Le distributeur de billets de la poste est mis en fonction de temps à autre.

Autrement, c’est à la poste de Fougarat Zoua, à 50 km au nord-est d’In Salah, que certains se déplacent pour retirer de l’argent. Les renforts de police, huit charters remplis de CRS arrivés à In Salah, sont casés dans les nouveaux édifices publics non encore inaugurés. À la nouvelle maison de jeunes, à la station SNVI et autres. « Samidoun, samidoun », « La, la li l’ghaz sakhri, la », « Wihda, wihda watania » (unité nationale), scandent les manifestants escortés par les Patrol de la police.

Après un week-end d’incertitude, de déchirement au sein du groupe de dirigeants du mouvement, de tractations non concluantes menées par l’intermédiaire du chef de daïra et du wali de Tamanrasset, arrivé à In Salah en début de semaine, la mobilisation reprend ses droits. Sans avoir perdu une once de son pacifisme resté un intact. Admirateur de la Grande âme, le Mahatma Gandhi, Mohamed Djouan, président de l’association Shems (pro-développement durable et énergie renouvelable), se dit convaincu que seule la lutte non-violente, « l’ahimsa », a droit de cité à Sahat Essoumoud.

Shems (Sun and power, son pendant web) a défrayé la chronique par sa capacité à mobiliser, elle dont la création, en 2009, coïncidait avec le méga projet allemand Desertec (400 milliards d’euros destinés à fournir l’Europe en électricité à partir de plateformes solaires et éoliennes) et dont la région d’In Salah devrait être un des pivots pour plus de 350 sociétés spécialisées.

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Makach Li Radi / لا للغاز الصخري بعين صالح / DesertBoys (New 2015 !!) | VOIR LA VIDÉO

Raisins de la colère

Dimanche [8 février]. Après la manif’ de « remobilisation » et autour de l’auberge de jeunes à l’architecture recherchée, et dominant la place de la daïra, les figures du mouvement partent en interminables palabres ou donnent des interviews aux nombreux médias nationaux et étrangers peuplant Meidan Echaref (place de la Dignité). Les Abdelkader Bouhafs, Mohamed Azzaoui, Khadir Maghili, Chaouidi Abderrahmane (et autres pétroliers, cadres à  Sonatrach), Mohamed Djouan, Dr Azzi…, les Hassina Zegzag, Fatiha Touni, figures féminines de la protesta … etc. émergent des foules d’hommes et de femmes de tous âges, enfants déscolarisés, jeunes et vieux en sit-in permanent depuis plus de trois semaines.

Sur des tapis déroulés à même le trottoir du bâtiment officiel livré par ses fonctionnaires et  tagué de banderoles. « La wilaya, la Tanmira, In Salah hia Dahia (Nous ne voulons ni le statut de wilaya, ni développement parce qu’In Salah en sera la victime). » Une citerne d’eau alimente une tente de brics et de brocs, la cuisine de campagne. En face, sur la petite Gara servant de placette, d’autres tentes, une dizaine, et des petits groupes de jeunes et vieux issus du chef-lieu ou venus des communes, localités et wilaya alentours : d’Adrar, Ouargla, Igosten, Fougart Zoua, Fougart El Arab, In Ghar…, se relayant jour et nuit.

« Nous avons été mordus une fois, il n’en sera pas question d’une deuxième. » Abdelkrim Ba Aâllal, membre du « groupe des 22 » délégués de la société civile fait référence au captage et la réinjection du CO² effectué en opération pilote par la joint-venture « In Salah Gaz ».

« Début 2000, raconte-t-il, des experts de la compagnie In Salah Gaz (BP, Sonatrach, Statoil) nous annonçaient qu’ils allaient faire du stockage de monoxyde de carbone dans le sous-sol (à Khechba, Tigantour), prétendant que la compagnie avait tous les moyens, la technologie,  l’imagerie satellite, la 3D, la 4D. En dépit des mises en garde des experts algériens quant au risque de pollution de l’aquifère, la compagnie persistait qu’il n’y avait aucun risque. Nous, on s’est dit qu’il s’agit d’abord de Sonatrach, entreprise nationale, qui maîtrise la technologie et qui plus est a un partenaire étranger qui a de l’expérience. Après dix ans, on apprend qu’il y avait une fuite  importante de CO2 et que le réservoir n’était pas aussi isolé et étanche que prétendu. »

Outre un soulèvement progressif des terrains (une surrection de 5 mm/an, atteignant un cumul de 10 à 20 mm, sur une zone de 4×5 km légèrement excentrée par rapport aux puits d’injection), une fuite a été constatée le long d’un puits et a fait l’objet de mesures correctives, notait un rapport d’étude (mai 2013) de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), institut français. Les mouvements de la surface du sol ont été mis en évidence par surveillance satellitaire, confirmés par modélisation.

Le réservoir d’injection s’étend sur 20×8 km et se trouve à 1880 m de profondeur. Il est équipé de 5 puits de production de gaz naturel et de 3 puits d’injection de CO² au débit de 0,8 -1,2 Mt/an pour une surpression de 10 MPa. La masse totale injectée depuis 2004 est de 3 Mt. « Il est probable, précise le rapport, qu’avant cette montée progressive des terrains, une baisse ait eu lieu dans les années précédentes du fait de l’extraction de gaz, mais nous ne disposons pas d’information sur ce point. Il est également fort probable que ces effets soient sans gravité, car progressifs et répartis sur une grande surface. »

Essais Gerboises, expérimentation gaz de schiste

Mohamed Bourezeg, ancien « pétrolier » à la retraite, ne compte plus les atteintes à l’environnement et à « l’homme d’In Salah » par cette industrie gazière cinquantenaire et ce depuis le « premier puits de gaz foré à In Salah à la fin des années 1950 ». À Hassi Moumen, à 35 km au nord, dans le nouveau champ gazier, ce fut l’autre alerte écologique, l’autre précédent, l’énième en ces terres d’expérimentation et « d’opérations pilote » pour les multinationales.

Sonatrach et ses partenaires auraient procédé à la réinjection de l’eau extraite, par déshydrations, à partir du gaz humide, contaminée par des produits chimiques, dans un réservoir  de 1400 m de profondeur. Contaminer la nappe signifie extermination de la population, rappelle Bourezeg.

« Toutes proportions gardées, cette histoire de gaz de schiste s’inscrit dans la même lignée des bombes atomiques françaises (lesdits essais Gerboises, ndlr), à  Regganne (à 250 km à l’ouest) et In Ekker (au sud). Les déchets nucléaires sont à ce jour abandonnés en pleine nature et les séquelles des explosions  se font encore sentir », rappelle-t-il non sans ironie. « Sauf qu’hier c’était le colonisateur et  aujourd’hui c’est l’État qui veut se remplir les poches au risque de nous exterminer. » Point zéro. Reganne. À 260 km à l’ouest d’In Salah. 13 février 1960, 7h40. À Houmoudia, à 60 km au sud de Reggane, la première bombe atomique française déchire le ciel et les entrailles du Tanzrouft.

Suspendus à une tour de 100 mètres de hauteur, 70 kilotonnes de la bombe au plutonium (4 fois la bombe d’Hiroshima)  irradient — pour 24’000 ans — ces portions du vieux monde. « Les toits des onze grands ksour se sont soulevés et les vétérans racontent que Reggane ressemblait, ce jour-là, à une bouteille tellement la pression et le souffle étaient insupportables », relate Hamel Amar, président de l’association locale 13 Février 60 des victimes des explosions nucléaires. SNP, un sans-nom-patronymique, son père était parmi les « employés » indigènes, cobayes de première, de la « 12e compagnie » qui a installé ses quartiers à Reggane.

Dans l’hôpital de la ville, le Dr Oussidhoum Mustapha, 25 ans de médecine interne, « chouchou » de la population, observe mieux que quiconque les effets des explosions atomiques. « Même si à ce jour, on a pas établi un lien direct, car aucune étude sérieuse sur ceux-ci n’a été initié par les pouvoirs publics. Vous n’avez qu’à consulter le fichier de la commune et vous serez édifié par le nombre d’handicapés physiques et mentaux », indique-t-il. Nombre de maladies,  comme le cancer, restent sous-diagnostiquées pour défaut de moyens. Ironie de l’histoire : l’hôpital ne dispose ni de scanner ni des spécialistes permettant ce diagnostic.

Leur presse (Mohand Aziri, ElWatan.com, 9 février 2015)

 

Mohamed Djouan. Président de l’association Shems
« Nous continuerons jusqu’à ce que notre cause soit entendue »

Comment ce mouvement de protestation a pris forme ? Est-ce spontané ou organisé ?

Je dirais qu’il était presque naturel, spontané. Les habitants d’In Salah étaient choqués par la manière avec laquelle le ministre de l’Énergie, et par-delà le gouvernement, a inauguré fin décembre le premier site d’exploration de gaz de schiste. Aucune considération. C’était un choc qui a fait réagir de suite les habitants d’In Salah, qui manifestent à ce jour de manière pacifique.

Beaucoup pensent et disent que les gens d’In Salah ont dormi toutes ces années et se réveillent maintenant. Non ! Nous avons toujours attiré l’attention des pouvoirs publics sur de nombreuses menaces écologiques et environnementales qui pèsent sur la santé publique. Je fais référence notamment aux émissions de monoxyde de carbone qui proviennent des puits de gaz. Emportées par les vents, et In Salah est connue pour son couloir de vent de sables, ces émissions se retrouvent forcément en zone urbaine.

Je rappelle aussi l’échec des opérations pilotes de réinjection dans le sous-sol de quantités considérables de CO² et la fuite qui a eu lieu et d’eau polluée utilisée dans les forages à Hassi Moumen, notamment, à 35 km au nord. Aucun des ministères, agences et autorités que nous avons interpellés n’a daigné répondre. Et là, brusquement, on sort cette histoire de gaz de schiste.

Le choc était pour nous double. Notre revendication était d’abord l’arrêt de l’exploration, le nettoyage et sécurisation des sites et l’ouverture d’un dialogue national. Ces richesses appartiennent à tous les Algériens et tous ont un avis à donner. Certains disent la « main étrangère » : y a-t-il un drapeau autre que celui de l’Algérie qui flotte ici ? Un vrai patriote n’accuse pas les autres de traîtrise, au contraire il voit des patriotes partout. Les gens d’In Salah sont autant si non davantage patriotes que les autres.

En matière de patriotisme, de renoncement à nos droits, de don de soi, on n’a pas de leçon à recevoir. Dans nos revendications, on n’a même pas intégré les aspects liés au développement. Pour vous dire que ce qui nous anime n’est rien d’autre que le souci d’éviter au pays des catastrophes écologiques qui peuvent affecter tous les Algériens.

Le président Bouteflika et son Premier ministre ont affirmé que l’exploitation du gaz de schiste n’est pas à l’ordre du jour du gouvernement, vous n’en êtes pas convaincu ?

Dans ce cas, pourquoi persiste-t-on à forer ? Pourquoi maintenir les forages en cours ? Pourquoi vouloir pousser la population à adopter une attitude négative ? La masse de gens a été très affectée par les propos de Sellal. Notre confiance en l’État est totale et nous continuerons nos actions pacifiques de protestation jusqu’à ce que notre cause soit entendue. Les politiques doivent savoir comment s’adresser à leur peuple. Nous sommes au XXIe siècle, en 2015.

De ce fait ils ne doivent plus traiter les gens comme s’ils étaient au Moyen Âge. Élevez le niveau, SVP ! Celui qui se sait incapable de s’adresser correctement aux Algériens qu’il cède la place. Que les politiques séniles, qui déblatèrent, se cherchent une place dans un musée de cire plutôt que de faire dans la provocation. Nous sommes là. Nous sommes des Algériens. Des Algériens qui ne revendiquent que leur droit. Le cas contraire, s’ils nous considèrent comme des sans-statuts, des sans-grade qu’ils nous le disent une bonne fois pour toutes.

Leur presse (Mohand Aziri, ElWatan.com, 9 février 2015)

 

In Salah : La mobilisation anti-gaz de schiste reprend du souffle

L’entêtement des pouvoirs publics à poursuivre coûte que coûte les forages des puits-pilotes de gaz de schiste ne fait que consolider la détermination des citoyens d’In Salah à maintenir la mobilisation jusqu’au renoncement, du moins temporairement, à l’exploitation de ce gaz non-conventionnel en Algérie.

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Au lendemain de la nouvelle sortie médiatique du PDG par intérim de Sonatrach, Saïd Sahnoune, qui a réitéré la décision de la compagnie nationale de poursuivre les forages du gaz de schiste dans le bassin d’Ahnet, des citoyens d’In Salah, contactés par nos soins, sont unanimes à qualifier d’“irresponsables” les propos de Saïd Sahnoune qui, selon eux, pousse “au pourrissement” au lieu de “prendre en compte les revendications légitimes des citoyens qui se soucient de l’avenir de tout le pays et des générations futures”.

Sur le terrain, la mobilisation citoyenne a été au rendez-vous ce lundi 9 février 2015 à In Salah. Outre le sit-in permanent observé depuis le 1er janvier dernier sur l’esplanade du siège de la daïra, plusieurs centaines de personnes, notamment des élèves et des étudiants, ont battu le pavé à travers les artères principales de la ville pour réitérer, eux aussi, leur “unique revendication” qui consiste en l’“arrêt des forages” et l’“annonce publique par le gouvernement d’un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste à travers tout le pays”, a-t-on appris de sources concordantes.

Une contestation portée aussi par les femmes

Selon nos sources, en début d’après-midi, plusieurs véhicules ont été mobilisés pour transporter des manifestants au bassin d’Ahnet, à une trentaine de kilomètres de la ville, où ils devraient organiser un rassemblement pour “contraindre les exploitants à mettre à l’arrêt les appareils de forage”. Quoique des actions similaires avaient eu lieu la semaine dernière, la nouveauté cette fois c’est “la présence de femmes parmi les citoyens qui ont fait le déplacement”. “Une dizaine de fourgons ont été remplis de femmes avant de prendre la direction de Gor Mahmoud (lieu des forages) où elles manifestent, à côté de leurs frères actuellement”, soulignent nos sources.

Leur presse (Yacine Omar, Algerie-Focus.com, 9 février 2015)

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La Police agresse des Rroms à Villeneuve d’Ascq – Appel à manifestation ce mercredi 11 février à Lille

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgLe comportement scandaleux des policiers de la BAC contre les Rroms du « camp » des 4 Cantons à Villeneuve d’Ascq
RÉAGISSONS MASSIVEMENT

Le dimanche 8 février vers 22 heures, 4 policiers de la Bac en civil sont intervenus dans le « camp Rrom ». Visiblement éméchés ces policiers se sont mis immédiatement à gazer les gens qui s’approchaient surpris d’une telle intrusion. Ils s’en sont pris ensuite aux enfants jusqu’à ce que des adultes les repoussent du camp. Les policiers ont alors sortis leur revolver et ont tirés des coups en l’air. Ils ont ensuite appelés leurs collègues qui sont immédiatement arrivés. Ce sont ces collègues en uniformes qui ont mis fin à l’accident en « engueulant » les policiers de la BAC et en les emmenant avec eux.

Le bilan de ces actes ignobles reste : un enfant étranglé, une personne frappée aux yeux, plusieurs autres brûlées par le gaz, de nombreuses familles et enfants choquées. Ces pratiques barbares ne sont pas dues au hasard. Elles sont le résultat de la politique de désignation des Rroms comme nouveau bouc émissaire de la part du gouvernement actuel et plus particulièrement de Valls. Ce dernier déclarait, en effet, le 14 mars 2013 : « Les occupants des campements ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution”.

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Rappelons également que se sont déjà 138 lieux de vie Rroms qui ont été détruits et 13’483 personnes expulsés de leur habitation dont 14 « camps » et 660 personnes pour notre région. Ces expulsions banalisent l’idée que les Rroms sont un problème et sont dangereux alors qu’ils sont en danger. Elles constituent une véritable « politique de la race » désignant une population précise à la vindicte publique.

IL FAUT RÉAGIR MASSIVEMENT ET IMMÉDIATEMENT

Nous exigeons que la clarté soit faite sur ces actes ignobles et que les policiers concernés soient jugés et radiés immédiatement.

« Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » Albert Einstein

Manifestation contre les violences de la BAC contre les Rroms
Mercredi 11 février 2015
Place de la République à Lille à 18 h

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), Comité des Sans-Papiers 59 (CSP 59) – mailing, 9 février 2015

 

Villeneuve-d’Ascq : intervention policière tendue dans un camp de Roms suite à une agression dans le métro

Depuis ce matin, l’information a fait le tour des réseaux sociaux du monde associatif œuvrant autour des migrants. Le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP), le Comité des sans-papiers 59 (CSP), et même la CGT, appellent à manifester contre les violences de la BAC commises, dimanche soir, dans un camp de Roms installé aux 4 Cantons. Sauf que l’intervention policière était justifiée et que les forces de l’ordre ont essuyé une réaction vive des familles Roms.

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Ana Maria tient son bébé dans les bras et explique que les policiers sont arrivés dans le camp, dimanche vers 18h30, sans expliquer pourquoi. Cette jeune femme est une des rares adultes de la communauté qui vit dans le camp des 4 Cantons à parler correctement français.

Elle donne sa version des faits : « Ils sont arrivés à cinq, avec des lampes et des bombes de gaz. Je leur ai demandé pourquoi, mais ils se sont mis à fouiller les caravanes sans dire ce qu’ils cherchaient ! » Devant le silence des policiers qui entrent et sortent des caravanes, les familles insistent pour avoir une explication. Et c’est là, selon Ana-Maria, que les fonctionnaires ont aspergé les personnes qui se trouvaient devant eux, adultes et enfants compris.

Ana-Maria montre son bébé : « Il en a reçu ; j’ai voulu l’emmener à l’hôpital, mais ils n’ont pas voulu me laisser partir ! » Un jeune homme se penche et montre un hématome à l’arcade. « Ils l’ont frappé avec un gros tube. Pourquoi ? Ils sont retournés à leur voiture et après d’autres policiers sont arrivés. Il y avait huit voitures. » La jeune femme explique que les policiers ont continué à fouiller sans rien trouver, et ont dit qu’ils allaient revenir. Tout ce qu’elle explique est étrange, en effet. Mais la police donne une version des faits bien différente.

La police donne une version différente des faits

La police affirme avoir été appelée dimanche, à 18h pour une agression sur personne vulnérable dans la station de métro 4 Cantons. Deux Roms auraient dérobé le sac à main d’une personne âgée. Selon les informations que la police a recueillies, les deux individus se seraient dirigés ensuite vers le camp de Roms. Cinq fonctionnaires de police en civil se sont donc rendus sur le site pour interpeller les deux voleurs.

Quelques minutes après leur entrée, les policiers sont pris à parti par les familles et bombardés de projectiles en tous genres. Pour se protéger, les policiers utilisent en effet de la bombe lacrymogène. Ils tirent même deux coups de flash-ball en l’air. Devant la colère des familles Roms, ils retournent à leur véhicule et appellent des renforts. Les recherches reprennent dans des conditions tendues.

L’agression dans le métro a été confirmée par une vidéo de Transpole dans laquelle on voit deux individus dérober le sac à main. Les forces de l’ordre ne les ont pas appréhendés. Une procédure judiciaire a été ouverte pour agression sur personne vulnérable et violences sur les forces de l’ordre.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Cédric Gout, lavoixdunord.fr, 9 février 2015)

 

Villeneuve d’Ascq : Une intervention de police, deux versions

ROMS Dimanche soir, une patrouille de la BAC est intervenue dans le camp de Roms des 4 Cantons. Les versions de la police et des différents témoins s’opposent radicalement sur le déroulement des faits…

Une chose est sûre, une intervention de police a eu lieu, dimanche soir, dans le camp de Roms situé derrière la station de métro 4 Cantons, à Villeneuve d’Ascq. C’est après que cela devient compliqué. Sur le déroulement de cette intervention, deux versions s’opposent plus que radicalement : celle des policiers et celles des Roms.

Dimanche, à 18h15, un effectif de la BAC était dépêché à la station de métro 4 Cantons pour porter secours à une « personne vulnérable » qui venait de se faire agresser. La victime a raconté aux policiers qu’elle venait de se faire arracher son sac à main par deux individus « de type rom ». Elle a expliqué que les deux hommes, vêtus de hauts noirs et de pantalons rouges, se sont réfugiés dans le camp de Roms situé derrière la station. Les policiers se sont alors rapprochés et ont repéré, dans le camp, un individu correspondant au signalement.

Les témoignages divergent

Selon Ana Maria, une médiatrice Rom habitant le camp, « les policiers ont ouvert toutes les caravanes puis ont gazé tout le monde sans explications ». Une version démentie par la police qui affirme que les agents n’ont fait usage de gaz lacrymogène que pour se dégager « d’une foule hostile ». Sur place, lundi matin, plusieurs Roms ont fait état de « coups de feu tirés en l’air ». Encore faux, selon la police, qui parle uniquement de deux tirs de Flash-Ball.

Joint par téléphone, lundi midi, le maire de Villeneuve d’Ascq, Gérard Caudron, a « plutôt tendance à croire la version de la police ». « Il y a quand même une victime hospitalisée », s’insurge-t-il. Selon l’élu, une enquête interne à la police a été ouverte pour tenter de démêler le vrai du faux. À l’Aréas, dont les travailleurs sociaux connaissent ce camp, on a plutôt tendance à croire les Roms. Aucune plainte n’a été déposée par la victime de l’agression et aucun suspect n’a été interpellé.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Mikael Libert, 20minutes.fr, 9 février 2015)

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Fin de printemps à Kiev

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Mailing, 10 février 2015

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[Trois moustachus dans une estafette / Toujours près pour niquer ta fête] Rien n’arrête un peuple qui danse

Ça s’enjaille à Versailles

Samedi 7 janvier, plus de 500 teufeurs remontaient la plus grande artère de Versailles, juste devant le Château, derrière six camions de son. La semaine précédente, des manifestations dans toute la France avaient rassemblé 10000 personnes. On a été voir un peu ce qui se passait de ce côté de la fête, et on a rencontré quelques uns de ces ravers.

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Qu’est-ce que vous venez faire à Versailles ? Pas vraiment une ville de teufeurs non ?

Ouais, en effet. En fait, si on est là, c’est en réponse à une free party qui a dégénéré au nouvel an 2010, à Mesnil-le-Roy, dans les Yvelines. On s’est pris une immense amende sur la gueule, 191’000 euros. C’est le tribunal de Versailles qui a décidé de l’amende, du coup on répond en venant ici.

Que s’est-il passé ce 31 décembre 2010 ?

Y’avait un technival à Mesnil-le-Roy, dans une ancienne champignonnière, une sorte de cave qui a servi pendant longtemps à la culture des champignons. Bien sûr y avait pas d’autorisation. Y’a eu plusieurs problèmes. Déjà, un puits d’aération était bouché, donc le taux de monoxyde de carbone a augmenté super vite. Les pompiers sont arrivés vers 4h pour mettre en place une soufflerie, mais ils l’ont montée à l’envers ! Quand ils s’en sont rendu compte, les flics ont simplement décidé d’évacuer tout le monde. C’était pas complètement absurde comme décision, c’était quand même craignos. Sauf que, trouvant qu’on sortait pas assez vite, ils ont d’abord empêché les gens qui étaient déjà dehors de rentrer pour récupérer leur matos. Ils ont ensuite voulu accélérer le mouvement : ils ont tiré au flashball, sorti les gaz lacrymos, c’était hyper violent. Un mec juste après m’a dit “Je viens de quitter la guerre”, les flics étaient déchaînés. Ils ont blessés plus de 100 personnes, un gars a reçu 3 décharges de taser, une fille a été complètement défigurée par les flashballs. L’autre problème est venu par la suite. Cette champignonnière, elle a servi pendant la guerre froide de centre d’écoute et de poste de commandement pour l’OTAN. Du coup ils avaient entreposés leurs chars, qui traînent toujours là bas. Ces chars sont complètement abandonnés, y’a plein de graffs dessus depuis longtemps. Sauf qu’on s’est pris cette énorme amende pour “dégradation de biens publics” ; selon eux, on aurait tagué les chars à ce moment-là. Bref, en gros on se prend une amende pour des graffs qui étaient déjà présents au moment où on est arrivé.

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C’est la deuxième manif en deux semaines, ça fait longtemps qu’on avait pas vu ça, non ?

En fait, la répression qui s’abat sur nous depuis plusieurs années avait fini par verrouiller véritablement le mouvement. Y’a une cellule des RG qui a été crée en 2011 pour ficher et contrôler les organisateurs des free, y’a eu énormément de saisies de matos injustifiées. Les différents crews (hardcore, techno,…) communiquaient presque plus entre eux, ils s’organisaient plus ensemble. Mais là y’a un véritable renouveau avec la manif’ nationale du 31 janvier, on se remet à se coordonner nationalement, les liens se recréent, on fait des choses ensemble, bref, ça reprend carrément de l’ampleur.

C’est quoi pour toi une free ?

Organiser une free, c’est un acte avant tout politique. À la base si ça a commencé, c’est parce qu’on a pas envie de faire la fête dans des boîtes de nuit, on a pas envie d’être parqués, soumis aux lois capitalistes qui nous disent combien on doit payer notre entrée, combien faut lâcher pour les boissons. Ce cadre fermé, ça nous gave. Nous ce qu’on revendique, c’est la liberté d’occuper des espaces, d’y faire des teufs comme on l’entend, d’y expérimenter ce qu’on veut. Dans les free, c’est là que les gens lâchent les barrières imposées, qu’ils créent leur propre vérité. Là quand je regarde autour de moi, je trouve ça putain de beau, ces gens qui parlent, qui se marrent, qui dansent et qui partagent.

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Et comment allez-vous vous démerder avec cette amende ?

Pour nous ce qui compte c’est de continuer. De répondre coup pour coup. Comme tu vois : 191’000 euros d’amende et on est toujours là. On a bloqué les périfs de Rennes et de Paris et on recommencera. Nous notre truc c’est pas la légalité, mais on voudrait bien au moins qu’ils respectent leurs propre loi, qu’ils arrêtent avec leurs mesures d’exception contre le mouvement techno. En vrai, on a essayé de parler avec les politiques mais ils nous ont fait des promesses ridicules qu’ils n’ont même pas tenu. Genre les flics saisissent le matos si il y a plus de 500 personnes à la teuf. Alors que pour les autres mouvements musicaux, le seuil est fixé à 1500. De toutes manières les flics ont bien compris qu’on avait pas envie de se laisser institutionnaliser, c’est ça qui les fait baliser. Rien n’arrête un peuple qui danse.

Lundi Matin #10, 9 février 2015

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[Témoignage] Jours pas tranquilles à Clichy, Gennevilliers, Asnières, Colombes…

Jours pas tranquilles à Clichy, Gennevilliers, Asnières, Colombes…
… un témoignage parmi tant d’autres…

À force de beugler : Aux armes, blottis les unEs contre les autres, confis dans leur compassion ;
À force de vendre des engins de mort et de participer aux massacres qu’illes déplorent ensuite ;
À force de se baffrer de petits fours chimiques fabriqués par des traitReurs,
illes ont oublié un outil simple, qui coûterait moins cher aux con.tribuables : L’AUTOCRITIQUE, sans doute trop … gauchiste, et trop loin de la con.fession catholique ?

Travailleuse sociale, j’ai à ce titre côtoyé des jeunes, entre 16 et 25 ans, qui sur-vivaient principalement dans le quartier du Luth, à Gennevilliers, sous les projecteurs depuis le 7 janvier.
Un « pôle d’insertion », inventé par une fédération socialiste qui a connu des jours meilleurs dans les années 50.
Avec Miloud et Améziane, mes collègues, nous avons passé des heures – non pédagogiques – au commissariat pour tirer nos stagiaires des griffes d’une bac agressive – pléonasme –, dont les sujets émergeaient principalement au FN ; nous y entendions des propos comme : « gardez-les, vos ringards » et ça, c’était la version polie. Bizarrement, on entendait ça, aussi, de la bouche des patrons, à qui on proposait de la main d’œuvre gratuite (à cet effet, nous avons fait une liste noire des propos racistes qui a circulé dans les Missions locales).
(C’était en effet la naissance des sigles cache-misère : ZEP, BAC…)

On avait découvert que des subventions conséquentes arrivaient chez nos patrons socialistes, et comme on en voyait jamais la couleur, on est alléEs dans les bureaux voir ce qu’il en était.
À part souiller l’épaisse moquette rose avec nos baskets bien crades, et déplorer le mauvais goût des tableaux aux murs, aucun résultat tangible après notre visite. Mépris compassionnel, compassion méprisante ?
Alors, on a s’est donné les moyens : on a créé un journal : l’Écho du Port (de Gennevilliers), qui a révélé les talents de reporters et démarcheurs de nos « ringards » ; nous sommes alléEs envahir la mairie de Colombes, où le maire, un écologiste, n’a pas montré d’effroi, contrairement à ses subalternes qui nous bloquaient l’entrée … et a eu l’intelligence sans doute démagogique de nous faire visiter les locaux, et nous a donné une – petite – enveloppe.

Avec cet argent et celui de l’Écho, nous sommes partiEs à la Capitale. Beaucoup des jeunes n’avaient jamais pris le métro, aucunE n’avait vu la Tour Eiffel, même pas de loin, le ciel était trop pollué là-bas…
Mais on a négligé les monuments historiques touristiques :
On a commencé par la Sorbonne, lourdement gardée par des uniformes (fallait montrer ses « papiers »).
Les jeunes ont commencé par raser les murs, impressionnéEs, puis illes se sont lâchéEs dans un amphithéâtre, n’arrivant pas à croire que le pantin en bas qui parlait dans un micro était un prof. Ont quelque peu bousculé des étudiants à pupitre, offusqués par l’intrusion de ces énergumènes bruyants.
Après, on est alléEs voir la rue de Bièvre, où habitait le président. Ills sont tombéEs en arrêt devant les mitraillettes et autres armes lourdes des gardes postés un peu partout aux alentours ; ont essayé sans succès d’engager la conversation.

Pour relâcher la pression, on a visité l’Institut océanographique : c’est là qu’illes ont commis leur premier acte de délinquance : voler des cassettes, malheureusement vides !
On est alléEs prendre un pot dans une brasserie ; les filles, qui s’étaient changées dans mon placard pédagogique transformé en vestiaire et cabine de maquillage toute la durée du stage, étaient éblouies par toute cette … liberté.
Et pour finir, on est alléEs au ciné, voir … Nikita !
Une journée inoubliable.

Certes, je me suis faite agresser au rasoir par des grands frères. Ils sont venus à trois, de front (j’étais le diable, je devais pas regarder derrière eux). Paraîtrait que, d’après Mahomet, seules les montagnes ne se rencontrent pas. Bon, j’ai un peu … rasé les murs, après, mais je reconnais que je me suis réjouie quand, à la fin de ces neuf mois, une petite équipe a déboulé en scooter et a complètement détruit les lieux du stage, d’immondes préfabriqués en ruine, de toute façon destinés à la casse.

La casse, ce fut aussi Bouzid, mort dans les locaux à poubelles de son immeuble, et tant d’autres, en danger constant.

Miloud, Améziane et moi, on a quitté ces patrons socialistes, oligarchie méprisable pratiquant l’arnaque certainement mieux que ces jeunes.

Et vous, Ouzina, notre poète, que le père voulait envoyer à la cueillette des olives ; Attika styliste en herbe ; Alexia, qu’aucun lycée n’a voulu accepter en seconde, malgré toutes nos démarches ?

Qu’êtes-vous devenuEs ?

9 février 2015

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[La Mangouste] Récit d’une petite victoire face à la police à Lille

Nous avons voulu vous conter cette petite histoire pour qu’elle ne reste pas sans mots. Mais elle n’a rien d’extraordinaire, rien d’exceptionnelle. Des débordements qui surgissent quand des personnes s’organisent pour prendre leur existence en main, il y en a partout et tout le temps dans les moindres interstices du pouvoir.

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Ça fait presque deux mois que nous occupons un bâtiment appartenant à l’Institut Pasteur à Lille, vide depuis plus de 6 ans. Pendant plusieurs semaines, nous avons fait quelques travaux pour nous sentir chez nous en rénovant les chambres : certaines tapisseries d’une autre époque ont été enlevées ou remplacées, certains murs ont été assainis, une cloison a été montée et d’autres petites choses ont été installées. Nous avons aussi aménagé un grand salon avec une cuisine nous permettant de vivre sereinement à plein ! En plus de ça, nous avons maintenant des espaces collectifs permettant d’accueillir plusieurs activités, notamment une salle de cinéma, un bar, une salle de concert et d’autres choses si nous en avons envie.

Nous pouvons donc dire que nous sommes plutôt bien installés et comptons bien y rester le plus longtemps possible. Et pour cela, ce n’est pas la fameuse insalubrité inventée par l’Institut Pasteur qui nous fera partir, mais bien la bleusaille. C’est pourquoi quelques précautions ont été prises pour qu’elle ne puisse rentrer facilement, en témoignent leur deux essais infructueux.

La première fois qu’ils sont venus, c’est de façon illégale le 17 décembre. Cela se déroule en deux temps : un, officieux, où une première équipe de flics est chargée de faire ça rapidement, autant dire qu’elle n’est pas là pour réfléchir. Coup de pied dans une barricade alors que le flic est en équilibre sur une barre métallique au dessus d’une verrière. Il échoue évidemment. On se demande si on va pas retrouver un bleu mort dans nos chiottes 4 mètres plus bas, mais les flics partent rapidement. Alors vient le deuxième temps : les proprios reviennent en grandes pompes dans l’après-midi accompagnés de 40 flics, BACeux, RG, huissiers et compagnies en espérant nous expulser illégalement. Les flics posent le bélier devant la porte pour nous signifier qu’ils en ont des grosses. Malheureusement pour eux, ils ne savent pas par où commencer — il faut dire que le bâtiment est plutôt bien protégé — et après deux heures d’intenses réflexions de leur part, ils repartent bredouilles, n’ayant pas eu l’autorisation d’opérer illégalement sur un carrefour hyper visible, juste à l’entrée de la ville.

Nous sommes plutôt contents de leur échec, mais sommes assez impressionnés du déploiement et de leur réactivité. Il faut dire que le bâtiment est situé à un endroit stratégique pour eux, le Centre de recrutement de la Gendarmerie se trouve à quelques mètres, d’ailleurs les schmidtts sont des vieux habitués du quartier : ce qui est aujourd’hui la Maison de l’emploi était autrefois le commissariat central et les bars du coin sont toujours très mal fréquentés. Nous décidons alors d’utiliser cet atout pour placer une banderole signifiant notre occupation et notre volonté de prendre de la place dans le quartier.

Forcés cette fois de suivre la procédure, les proprios font appel aux huissiers, qui viennent nous rendre visite plusieurs fois. Dès le lendemain du déploiement de keuf infructueux, deux huissiers se pointent pour constater l’occupation et nous demandent nos noms. Costards sur mesure, cheveux gominés, le teint frais, on vient pas du même monde c’est clair. Ils tentent quand même de faire une petite blague quand on leur dit que c’est Bruce Willis qui habite là. Nous on rit pas. Quelques semaines plus tard, le plus puant des deux revient tout seul (même pas peur) prendre en photo la serrure. Toujours le même sourire arrogant. On a à peine le temps de réagir qu’il est déjà parti.

Mardi 27 janvier, les deux mêmes huissiers se repointent. Toujours au top. Par contre cette fois ils ne sont pas tous seuls. Quelques flics les accompagnent, ainsi que deux serruriers, tous se font plutôt discrets. Ils pensent qu’il n’y a personne dans la maison, et ne prennent pas la peine de sonner. Par chance les deux habitants présents à ce moment là les voient et descendent mettre les barricades. Ils remontent et se pointent à une fenêtre pour demander aux huissiers ce qu’ils viennent faire là. Très évasifs, la seule réponse obtenue est « on veut discuter, mais on discute à l’intérieur », comprenez : « on vient prendre vos identités, et si vous nous laissez pas entrer, on entrera tous seuls ». Sur ce, les serruriers commencent à attaquer la porte. Heureusement pour nous, il s’avère assez rapidement que ce sont deux gros branquignoles. Pendant qu’ils essayent l’arrache-serrure, puis le pied-de-biche, le tournevis, la perceuse, etc., les habitants ont le temps d’appeler quelques copains en renfort. Du monde commence à se rassembler sur le carrefour, pendant que la bleusaille arrive plus nombreuse également. Dehors, on décide de s’approcher et de se mettre bien en face de la maison, histoire de mettre la pression aux flics et aux serruriers, qui font de plus en plus d’efforts inutiles. On les traite à mort, les gens du quartier sortent et nous rejoignent. Entre les gosses qui attendaient leur bus, les gens qui sortaient de la Mission locale et les jeunes du quartier, ça fait du monde qui se croise et qui décide de rester juste par solidarité et haine des keufs. Ça crie, ça se moque, pendant ce temps les habitants menacent les serruriers avec une bouteille de pisse. Ils n’y croient pas trop, ils auraient dû. Ils se prennent d’abord quelques gouttes, puis une bouteille entière sur la face, puis une autre. En tout, ça fait quelques litres bien odorants qui atterrissent sur les serruriers et les huissiers, pendant que les flics se reculent bien sagement de la porte. Eux sont pas trop solidaires de leurs potes pour le coup.

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Vu le succès qu’a rencontré l’urine auprès des gens dehors, ça enchaîne direct sur la compote, puis le pain sec, qui atterrissent sur les boucliers de CRS venus protéger les serruriers. Sauf que travailler entourés de flics-parapluies, imbibés de pisse et de bouffe alors qu’il caille à mort et que tu te fais traiter par 50 personnes, ça aide pas à la réflexion. Bref, plus de deux heures plus tard, les serruriers lâchent l’affaire en ayant bien entamé la porte, mais pas assez pour la faire céder. Les coups de masse et de bélier des flics désespérés ne l’ont pas fait bouger. Les serruriers et la BAC se tirent les premiers, les bleus commencent à partir, nous on sent la victoire, on est de plus en plus déchaînés. Ça crie à mort, ça traite les keufs, les habitants craquent un fumigène à la fenêtre, c’est vraiment beau à voir. Des pétards font sursauter les flics, qui font plus trop les malins. On s’apprête à se disperser quand une nouvelle patrouille de BAC débarque pour contrôler des jeunes du quartier. Illico les gens encore présents avancent sur eux, les entourent, leur disent de dégager. Ils appellent du renfort, le contrôle se termine tranquille et ils finissent par tous se barrer rapidement. Nous on rejoint notre case, on tente d’ouvrir notre porte qui est bien abîmée. On ouvre, on visse, on soude, des gens du quartier sont encore là, nous filent un coup de main, viennent tchatcher de la maison, ou juste nous regardent reprendre possession des lieux.

Nous disons petite victoire, cela ne veut pas dire que les flics ont perdu, on a juste gagné du temps. Mais nous n’avons pas gagné que ça. Nous parlons de victoire, parce qu’au moment où les flics sont partis, nous avons tous compris qu’ils partaient en partie grâce à cet aller-retour entre les habitants et les gens dehors. Nous avons aussi gagné une énergie folle, une énergie qui est assez rare, mais qui a duré jusqu’au soir, où même l’ambiance du quartier n’était pas comme d’habitude. Cette énergie a traversé toutes les personnes présentes qui étaient contre la police. Pendant cette émulation, les gens dehors parlaient contre les flics, mais parlaient aussi entre eux, c’était une discussion libérée, libérée dans le sens où l’hétérogénéité des personnes aurait fait que dans une situation normale personne ne se serait parlé. C’est cette situation anormale qu’il faut savoir prolonger, cette énergie qui doit nous aider à multiplier ces situations.

C’était nouveau pour nous de ressentir un vrai soutien du quartier, de voir les gens dans la rue se les peler tout l’aprem pour rester discuter, voir comment ça va se passer. Du coup on a voulu essayer de s’emparer de ça, de rencontrer les gens dans un contexte plus serein, et on a décidé d’organiser une grosse bouffe chez nous une semaine après ces événements.

La Mangouste, Lille, le 8 février 2015

 

Lille : les squatteurs de l’Institut Pasteur invitent les gens du quartier à dîner

Les militants anti-mal logement qui occupent une ancienne brasserie appartenant à l’Institut Pasteur organisent un banquet pour les habitants du quartier.

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Impossible de se tromper. Le programme, tout comme le menu, est sur la porte. Depuis deux mois, un groupe de squatteurs a investi un bâtiment appartenant à l’Institut Pasteur, vide depuis six ans. Insalubre, cette ancienne brasserie doit être rasée et remplacée par un immeuble neuf, explique Pasteur. Les efforts pour expulser les occupants n’ont visiblement pas encore porté leurs fruits.

Les militants anti-mal logement ayant investi les lieux s’en réjouissent. Et remercient même les habitants du quartier qui, assurent-ils sur leur porte, les soutiennent dans leur action. D’où un banquet organisé sur place mardi soir à destination de la population. L’Institut Pasteur rappelle, de son côté, la dangerosité des lieux.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (NordEclair.fr, 5 février 2015)

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] Justice pour Ayoub Boutahra

Tir de Flash-ball : quatre ans de douleur pour un Montbéliardais

Le 7 février 2011, Ayoub, un Montbéliardais de 17 ans, perdait un œil suite à un tir policier. Sa famille attend et espère toujours une réponse de la justice.

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Les parents Bouthara sont soutenus par un comité réclamant l’interdiction des flash-ball, dont en, 2006, Nicolas Sarkozy avait dotés la police. Rien qu’en 2014, en France, les tirs ont entraîné des blessures sérieuses chez treize personnes.

« La police est là pour nous protéger. Elle l’a montré encore récemment. Nous le savons et nous y croyons encore. Mais nous voulons aussi, encore et toujours, que justice soit faite. » Dignes et posés, Najat et Otmane Bouthara. Cette année, au regard du contexte — les attentats de Charlie Hebdo — les parents d’Ayoub, 21 ans, n’ont pas voulu d’un défilé dans les rues de la Cité des Princes comme cela se faisait habituellement pour commémorer l’accident ou la bavure dont a été victime leur fils.

Lycéen, Ayoub, un Montbéliardais de 17 ans sans histoire, attendait son bus ce 7 février 2011 près de la place du temple à Audincourt. Importante rixe à ce moment-là. Intervention policière en force. Un des fonctionnaires va alors sortir son flash-ball, visant un manifestant. « Au mauvais endroit, au mauvais moment », Ayoub, qui n’a rien à voir avec l’émeute, comme l’enquête le démontrera, reçoit une balle de cette arme dans l’œil gauche. Il perdra totalement ce dernier.

La voie de la guérison ?

Aujourd’hui, le jeune homme, qui poursuit un BTS commerce à Strasbourg, en est à sa quatrième prothèse. « Le contour de son œil se rétrécit, c’est douloureux et lui pose problème », explique son père, plus ennuyé encore par l’autre séquelle : la souffrance psychologique de son enfant. « Il a des jours avec, d’autres sans. Il ne parle jamais de ça. Et il a du mal à revenir à Montbéliard, où il a l’impression que tout le monde ne voit que sa blessure. » « Il est courageux toutefois, veut s’en sortir », ajoute la maman, toute heureuse que son garçon s’épanouisse actuellement dans un stage qu’il effectue, toujours en Alsace, dans un magasin. « Mais, c’est vrai : il n’a toujours pas surmonté tout cela. »

Pour cette mère mais aussi pour Odile Banet, Djilali El Rhaz et Gérard Delavelle, du comité de soutien, Ayoub — qui jusqu’ici n’a pas souhaité être accompagné par un médecin psychologue — ne peut surtout aller mieux que quand son statut de victime sera totalement reconnu. Donc quand les responsabilités seront actées. « Cela fait quatre ans qu’on attend, c’est long », soupire Otmane Bouthara. Un policier donc a été mis en examen. Trois juges successifs ont instruit ce dossier délicat. En octobre dernier, le parquet de Montbéliard a requis une ordonnance de non-lieu. En clair : il préconise de ne pas poursuivre, « en l’absence de faute pénale » le fonctionnaire. Le juge d’instruction — le quatrième — doit maintenant trancher : lui seul est à même de décider soit d’une ordonnance définitif de non-lieu, soit d’un renvoi devant le tribunal correctionnel. Précisons que dans la majorité des cas (pour l’ensemble des juridictions), le juge suit l’avis du procureur…

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Une question de société

Malgré cela et malgré l’absence de nouvelles depuis octobre, la famille et le comité de soutien continuent à garder espoir. Si la décision est défavorable, ils ont d’ores et déjà décider de porter l’affaire en appel. Par ailleurs, un recours va être déposé devant le tribunal administratif afin d’obtenir des indemnités. « Ce n’est pas tant pour l’argent mais afin que l’État soit condamné à payer pour l’utilisation de cette arme dangereuse », souligne Odile Banet. Il y a eu un précédent : blessé en 2009 à Paris (lors de la fête de la musique !), un jeune homme a reçu quelque 5000 € du tribunal administratif fin 2013.

« On respecte la police mais on ne comprend pas l’utilisation de ces armes », concluent les parents d’Ayoub. « Nos inquiétudes sont d’autant plus vives que certaines communes parlent aujourd’hui, alors que treize personnes ont été sérieusement blessées cette année par des tirs de flash-ball, d’en doter les policiers municipaux », ajoute Odile Banet. Aujourd’hui structuré au niveau national, le comité de soutien et Ayoub seront prochainement entendus par une commission parlementaire présidée par Noël Mamère : elle planche sur le maintien de l’ordre dans les manifestations.

Presse antiémeute (Sophie Dougnac, EstRepublicain.fr, 7 février 2015)

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7. Le Vol parfait

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Le Vol parfait

Par-dessus le monde,
Je voyage et m’inflige le geste parfait,
Pour décoller les restes des mots mal juxtaposés.
Le vol est si long et si noir
Je crache une horde de larmes acides,
Sur le discours des cafardeuses du rez-de-chaussée,
Qui bêlent et se mouchent,
Dans le taudis caverneux de leurs âmes si noires
Je martèle à coups de godillots,
Les bas-fonds de l’humanité pour réveiller les grillons endormis,
Par la berceuse machiavélique des passants sans regards
Je croise et décroise mon bec, mes bras plaqués contre mon corps,
Pour me laisser tomber
Transperçant le vent et le gris de cette atmosphère,
Puis fondre dans un piqué,
Sur l’écho enchanté d’une voix douce et fluide,
Émanant d’une belle qui m’a charmé……
Du prédateur dans cette course folle,
Je suis devenu mouton,
Auprès de ma belle, de nouveau, ma toison devint doux buisson ardent.
La douceur vague d’une caresse subtile,
Ondulante sur l’âme,
Réconforte le vagabond de mes idées noires……

JLR

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Deux journées mouvementées sur la ZAD de Roybon

Deux journées mouvementées sur la ZAD de Roybon

7 Février 2015, 10h30. Du monde malgré le froid pour cette journée de construction sur la ZAD de Roybon dans la forêt de Chambaran. Nous sommes près de 200 à avoir passé les barrages assez tôt pour monter ensemble sur la colline, après quelques débats, parfois tendres, parfois houleux, avec les quelques dizaines d’habitants postés dans le village pour faire entendre leur soutien au projet. Nous sommes rejoints toute la journée par de nombreux sympathisants, venus soutenir cette action, et poursuivre la construction des cabanes et des barricades.

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Ce qui marquera cette journée, c’est l’attitude d’une minorité parmi les « pro », organisés pour faire monter la tension dans le village : barrages sur les routes d’accès à Roybon et à la ZAD, pression et insultes sur les personnes, 4×4 poursuivant des manifestants après leur départ et deux voitures brûlées en fin d’après-midi. Trois individus ont tenté une intimidation à la tronçonneuse devant une barricade. Sans succès. Aujourd’hui 8 février, les barrages étaient de nouveau en place. Dans la journée, les pro-Center Parcs ont attaqué physiquement plusieurs personnes autour de la ZAD.

Les flics, présents depuis hier matin aux barrages des pro, partagent le café avec eux. Ils ont joué leur rôle : ils ont laissé faire. Des témoignages indiquent qu’ils ont également contrôlé des manifestants dans des villages voisins, où des riverains sont heureusement intervenus. Notez bien : gendarmes et pro-Center Parcs sont désormais copains comme cochons. Mais ne nous laissons pas intimider. La minorité qui organise ces blocages fait pression sur les habitants comme sur les zadistes pour avoir gain de cause. Ils prétendent défendre cette forêt, qu’ils viennent pourtant de vendre pour une bouchée de pain. À Roybon comme dans les villages alentour, nous avons rencontré bien des personnes qui avouent ne pas oser manifester leur point de vue, de peur des représailles.

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Et pendant qu’une poignée d’excités joue les durs, ces messieurs de Pierre&Vacances restent bien au chaud. De notre côté, n’oublions pas notre objectif : nous nous opposons au capitalisme, même repeint en vert, et à ses infrastructures logistiques, industrielles ou touristiques. Comme face au TGV Lyon-Turin, à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à la retenue de Sivens, notre lutte n’est pas un conflit de territoire entre bons et mauvais, locaux ou extérieurs, c’est une lutte politique. C’est l’une des formes de l’opposition à la colonisation par l’économie de tous les domaines et tous les espaces. Ce fameux « or vert » que représente l’intérieur du territoire pour le capitalisme, nous comptons bien le défendre. Les recours juridiques n’y suffiront pas. Plus que jamais, les actions collectives doivent se poursuivre et se multiplier sur la ZAD. Rejoignez-nous.

Nous appelons à témoigner des actions et agressions sur cette adresse.

Lapins et écureuils unis contre Center Parcs – mailing, 8 février 2015

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De la nécessité de se retrouver

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Indymedia Grenoble, 4 février 2015

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[Chambard dans les Chambarans] 8. L’arbre qui cache la forêt

http://juralib.noblogs.org/files/2014/11/03.pngBonjour,
Vous trouverez ci-joint un texte concernant l’époque à laquelle nous vivons qui a rendu possible le projet de construction d’un Center Parcs à Roybon et insignifiante son opposition. Ce texte a été distribué à l’entrée du Festival de l’Avenir au Naturel à l’Albenc.
Merci de faire suivre.

Indymedia Grenoble

 

L’arbre qui cache la forêt

« Ce 19 juillet 1936 [à Barcelone], j’ai vu des choses merveilleuses, comme ces gens en guenilles qui attaquaient une banque et en sortaient des caisses pleines de billets. Ils firent un grand feu et y jetèrent les billets, et personne n’en garda un. Et quand quelqu’un disait : “mais pourquoi brûlez-vous l’argent ?”, ils répondaient : “parce que l’argent est notre malédiction. Il nous a fait pauvre. Si nous supprimons l’argent, là sera notre grande richesse.” »

Diego Camacho alias Abel Paz in Diego, un film documentaire de Frédéric Goldbronn

À quarante-cinq ans, George Bowling est représentant d’assurance. Il se sent abattu par une vie familiale et professionnelle plutôt triste et morne durant une période qui laisse présager un avenir assez sombre. Nous sommes en 1939, à la veille de la deuxième guerre mondiale. Après avoir combattu en Espagne et nous en avoir livré son récit dans « Hommage à la Catalogne », George Orwell, durant sa convalescence à Marrakech entre septembre 1938 et mars 1939, écrivit son roman « Un peu d’air frais » dans lequel il nous donne à considérer à quel point le monde avait changé depuis son enfance. À travers son personnage George Bowling, il exprime combien tout a été chamboulé depuis la Grande Guerre. Cherchant à fuir son triste quotidien et à retrouver les endroits et les paysages qui embellissent encore ses souvenirs les plus heureux, George Bowling décide de retourner sur les lieux de son enfance. Là, il découvre et s’aperçoit combien les paysages, mais aussi la société ont changé.

Orwell ne nous emmène pas dans un passé idyllique empreint de nostalgie, il dénonce l’absurdité du présent et nous dépeint aussi son uniformisation, comme par exemple les interminables rangées de maisons jumelées toutes identiques, « la façade en stuc, la barrière vernie, la haie de troènes, la porte d’entrée peinte en vert. Les Lauriers, Les Myrtes, Les Aubépines, Mon Abri, Mon Repos, Belle Vue ». Les milk-bars où tout luit, tout brille avec « des glaces et de l’émail et du chromé partout où vous jetez les yeux » et l’ordinaire de leur nourriture industrielle sans aucun goût « tiré d’un carton ou d’une boîte de conserve, puisé dans un frigidaire, giclant d’un robinet ou sortant d’un tube d’aluminium », sont révélateurs de la nouvelle manière de vivre et de l’atmosphère déprimante qui règne en ces lieux. Orwell nous dévoile combien et pourquoi les temps de son enfance et la vie quotidienne ont été bouleversés par l’urbanisation et l’industrialisation. Il évoque notamment les bois transformés en lotissements, le bourg qui avait « simplement été absorbé » puisque l’usine de gramophone faisait travailler beaucoup de monde, mais aussi les nouveaux cimetières situés à la périphérie des villes et non plus au centre des villes afin de ne « pas souffrir qu’on leur rappelle la mort ». Il évoque aussi l’attitude devant le manque d’argent selon que l’on est issu de la classe moyenne ou celle des petites gens.

Orwell nous dépeint sa société à travers les rencontres que fera George Bowling tout au long de son voyage et à travers les souvenirs de rencontres passés. Il se remémore notamment l’important homme d’affaire qu’il a connu durant la guerre et qui lui proposa plus tard de l’aider à trouver du travail, mais il ne douta à aucun moment « que le même jour il ait mis une vingtaine d’employés à la porte ». Bowling dénonce l’érudit imbibé d’histoire qui « ne voit pas que tout est en train de chavirer ». Il dénonce aussi aussi l’idéologue dogmatique adepte du végétarisme, d’une vie simple, de poésie et de culte de la nature, ayant une haute opinion de lui-même et qui pense que la plupart des gens habitant comme lui la Cité Boisée [Bien avant d’écrire « 1984 » et « La Ferme des animaux », Orwell s’intéressait déjà à la manipulation par le langage. Il avait déjà saisi, au-delà des leurres que constituent les euphémismes, cette manière de masquer ou de détourner la réalité en nommant les choses par le contraire de ce qu’elles sont : la Cité Boisée se situe à l’emplacement même du bois qui fut détruit pour sa construction. Cette vérité déguisée en son contraire est devenue aujourd’hui une pratique habituelle, que la société « Pierre et Vacances » n’hésite pas à adopter.] sont exceptionnels et « bien décidés à enrichir la campagne au lieu de l’avilir (ses propres termes) » [George Orwell écrira en janvier 1946 un article « Les lieux de loisirs » pour le journal Tribune dans lequel il fait la critique de ces lieux de loisirs de l’avenir qui ne sont pas sans ressembler à ce que proposent les Center Parcs sous leur bulle aujourd’hui. Il disait ceci : « [ces futurs « complexes de loisirs »] illustrent assez bien l’idée que l’homme civilisé moderne se fait du plaisir. C’est cette même conception que l’on trouve déjà partiellement traduite dans certains dancings, salles de cinéma, hôtels, restaurants et paquebots de luxe les plus somptueux. Au cours d’une croisière ou dans une Lyons Corner House, on peut ainsi avoir un substantiel avant-goût de ce paradis futur. À l’analyse, ses caractéristiques principales sont les suivantes : 1. On y est jamais seul. – 2. On n’y fait jamais rien par soi-même. – 3. On n’y est jamais en présence de végétation sauvage ou d’objets naturels de quelque espèce que ce soit. – 4. La lumière et la température y sont toujours réglées artificiellement. – 5. La musique y est omniprésente. » Si la musique dont le rôle est, selon Orwell, « d’empêcher toute pensée ou conversation » n’est pas omniprésente sous la bulle des Center Parcs, c’est tout simplement que leur « rivière sauvage » et leurs cris sont assez bruyants pour éviter et couvrir toutes formes possibles de pensées et de conversations. Vous pouvez retrouver cet article dans le volume IV des « Essais, articles, lettres » de George Orwell.].

Notre époque ressemble beaucoup, par certains côtés, à celle décrite par Orwell dans son roman. Nous vivons également une période assez sombre au lendemain dépourvu d’issue et de sens. Cependant, même si l’artificiel continue de plaire, il n’en demeure pas moins, le temps s’étant accéléré depuis, que nous n’avons plus aucun moyen de nous faire une idée de ce qu’une vie sans artifices, sans aides et sans contrôles pourrait être. Les idéologues dogmatiques d’aujourd’hui, écolos progressistes et décroissants à la vie exemplaire, ont ceci en plus : ils sont, contrairement à leurs aïeux d’avant guerre, inondés de marchandises certifiées qui leur permettront d’accéder plus facilement au Graal et de satisfaire, ce qui est bien entendu très paradoxal, une vie encore plus simple, une vie encore plus naturelle. Et si les intellectuels d’aujourd’hui voient que tout est en train de chavirer, c’est certainement qu’ils ont adopté un catastrophisme de bon aloi ; celui qui permettra malgré tout à l’argent (la finance et la marchandise) et à la police (les administrations) de continuer à montrer le chemin et à contrôler le monde. Quant aux petites gens, elles se satisfont aujourd’hui de prêts à la consommation qui leur font penser, comme à la classe moyenne, que le bonheur se trouve dans la marchandise. La consommation de masse et l’industrie du divertissement façonnent la population qui s’identifie de plus en plus à la culture bourgeoise. Cette culture où personne ne crache sur le fric se révèle être au bout du compte une culture dépouillée de substance et sans épaisseur, essentiellement esthétisante et émotionnelle, modelée selon le goût du jour : une culture de pacotille et de pacotilleur.

Les paysages et les lieux témoignent de leur époque et traduisent une réalité sociale. La forêt fut un temps le repère des brigands. Louis Mandrin natif de Saint-Étienne de Saint-Geoirs, aux portes des Chambarans, est un des brigands et des contrebandiers les plus célèbres du pays. Personnage à la fois populaire et légendaire, Mandrin représente à nos yeux un bandit d’honneur malgré tout fort sympathique puisqu’il s’en était pris à quelques magistrats, ces terribles malfaiteurs que la révolution allait peu de temps après s’occuper de balayer. Il fut à la tête d’une bande armée d’une cinquantaine d’hommes qui déclencha une véritable guerre contre les Fermes générales, avec l’assentiment évident d’une population qui voyait dans ces Fermes générales l’injustice qui la frappait. Parmi les raisons qui poussèrent Mandrin à devenir un hors-la-loi, il y eut sans aucun doute ce premier meurtre qu’il commit et pour lequel son effigie fut pendue sur ce qui deviendra plus tard la place Grenette de Grenoble, quelques années avant qu’il soit rompu vif et étranglé sur l’échafaud de Valence. Il n’est pas souvent rappelé dans les biographies de ce talentueux contrebandier pour quelle raison ce meurtre fut commis et encore moins la situation qui entretenait des haines aboutissant quelquefois au meurtre. En ce temps-là, il existait des milices destinées à soutenir l’armée en temps de guerre. Son rôle consistait « surtout (quoique pas uniquement) à la garde des places et des communications ». En temps de paix, « les milices n’étaient que rarement rassemblées, à peine une semaine ou deux par an ». Ces milices étaient constituées d’hommes non mariés ou veufs de seize à quarante ans qui avaient été tirés au sort. Il s’agissait donc, lorsque le hasard vous désignait, d’un service obligatoire. Mais ce tirage au sort qui s’effectuait périodiquement dans chaque regroupement d’une cinquantaine de paroisses ne logeait pas tout le monde à la même enseigne. Une multitude d’exemptions étaient accordées selon des critères variables de métiers et d’importances, et à l’appréciation de l’intendant qui organisait le tirage au sort.

« Le 29 mars 1753, le subdélégué de l’intendant vint à Izeaux pour y procéder au tirage au sort des hommes appelés à servir dans la milice. […] Claude Brissaud, l’ancien associé de Louis Mandrin, vint voir le subdélégué afin d’obtenir que son fils Benoît fût dispensé du tirage, mais cette démarche fut accueillie par une fin de non recevoir. Brissaud favorisa la fuite de son fils qui fut déclaré réfractaire. » Les pouvoirs ont toujours cherché à diviser pour mieux gouverner et à utiliser les uns contre les autres pour faire régner l’ordre. « La terreur de la milice et l’horreur du tirage étaient profondément implantées dans les âmes populaires », et les déserteurs étaient nombreux. Pour empêcher ce flux de déserteurs qui gagnaient les forêts pour s’y cacher afin d’éviter de servir la milice, l’administration ne trouva pas mieux que de proposer à ceux qui avaient été tirés au sort de se libérer de leur service obligatoire en capturant et en ramenant les déserteurs. Ainsi « les tirages donnaient lieu souvent à des scènes de désespoir, de sédition, de rixes. « Chacun d’eux, aux dires de Turgot [qui, avant d’être nommé ministre de la Marine en 1774 puis contrôleur général des finances, avait été lui-même intendant], était le signal … d’une espèce de guerre civile entre paysans, les uns se réfugiaient dans les bois, où les autres allaient les poursuivre à main armée pour enlever les fuyards et se soustraire au sort que les premiers avaient cherché à éviter. » [« Dictionnaire des institutions de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles », Marcel Marion, 1923. L’Ancien Régime n’a pas l’exclusivité de ce genre de procédés. Dans les années 80 du siècle dernier, l’administration italienne avait procédé de la sorte pour enrayer le mouvement de lutte armée qui avait secoué l’Italie durant les années qui avaient précédées. La loi de repentis accorde en effet une remise de peine (et peut même annuler une peine), si le « repenti » dénonce un ancien complice ou l’instigateur d’un crime.]

Pierre Roux, un laboureur de Renage avait été tiré au sort le même jour à Izeau. Il décida alors de capturer, avec l’aide d’amis et de frères, le fils Brissaud pour échapper au service obligatoire. Ce dernier qui avait été informé de la menace, demanda de l’aide à Louis Mandrin : « Le 30 mars, les deux groupes, celui de Roux composé de cinq hommes, et celui des Brissaud qui en comptait quatre, dont Louis Mandrin, s’affrontèrent au mas des Serves, à proximité du hameau des Layes, en présence de plusieurs habitants. On se battit au fusil : Joseph Roux fut tué et son frère François, grièvement blessé, put revenir sur son cheval à Beaucroissant, où il mourut quelques jours après. » [« Mandrin » de René Fonvieille, 1975. Cet ouvrage compte en annexes quelques documents d’archives, notamment le procès-verbal des réponses sur la sellette de Benoît Brissaud, co-accusé avec Louis Mandrin, d’assassinat sur la personne de Joseph Roux qui selon ce document habitait Renage ; Renage appartenant alors à Beaucroissant.] C’est donc à la suite de ces deux meurtres que Mandrin partit se cacher, qu’il devint chef de bande et qu’il organisa son périple contre les Fermes qui le mena à l’échafaud en 1755.

Le dérèglement climatique et la disparition grandissante d’espèces sont effectivement des « problèmes majeurs » de notre temps [Franz Broswimmer nous dit dans son ouvrage « Une Brève histoire de l’extinction en masse des espèces » : « La mondialisation de la dégradation de l’environnement et de l’extinction de masse exige une réflexion nouvelle sur les traditions hiérarchiques humaines et les pratiques sociales. Depuis l’apparition de l’agriculture et d’une société de classes, la socialisation (l’humanisation) de la nature a été sujette à de nouvelles règles définies par des luttes pour le surplus de production. Les sociétés industrielles modernes en particulier se distinguent par leurs capacités sans précédent à transformer la nature, y compris celle, unique dans l’histoire, de détruire à l’échelle planétaire les habitats des espèces. »], mais la forêt ne saurait être uniquement un ensemble d’arbres et une simple ressource matérielle qualitative et quantifiable dont le tarissement inquiète les technocrates. Elle ne saurait être non plus un simple puits de carbone utile contre le réchauffement de la planète et un ensemble de « corridors biologiques » comme notre époque semble nous en persuader. Elle nous inspire bien évidemment d’autres choses. « La forêt est toujours liée, en tout cas dans notre inconscient, au passé, occupant dans notre mémoire une place importante, celle qui a besoin d’ancienneté comme d’une dimension indispensable à la conscience. Elle est l’élément qui conserve des morceaux de la vie de jadis, la nôtre ou celle de la société. » [« La forêt dans tous ses états : de la préhistoire à nos jours – actes du colloque de l’Association interuniversitaire de l’Est, Dijon, 16-17 novembre 2001 », Jean-Pierre Chabin, Volume 24 des Actes du colloque de l’Association interuniversitaire de l’Est, Presses Universitaires Franche-Comté, 2005] Un point d’intersection entre l’histoire et la nature. La forêt nous émerveille et nous inquiète en même temps et c’est pourquoi elle prend une place importante dans notre imaginaire. La mythologie, les contes scandinaves et roumains et les histoires légendaires ont nourri l’enfance et certaines croyances à travers les âges. La forêt semble impénétrable, sombre, inquiétante et dangereuse. Elle paraît aussi, malgré les lois qui la gouvernent, être un refuge des êtres de la brume et de la nuit. Un lieu en dehors de toute autorité [L’origine du mot forêt est incertaine, mais il semblerait qu’elle vienne du latin foris, qui signifie : en dehors] : « la forêt joue le rôle d’un espace de liberté, excentré et peu ou mal socialisé, face à un centre qui impose ses lois, ses normes, ses hiérarchies » [« La forêt dans tous ses états »]. Elle est à nos yeux l’endroit où l’on peut se cacher et transgresser les normes sociales, déchaîner les passions et les amours illégitimes. Elle représente l’obstacle, mais aussi un univers qui n’appartient à personne. Autrefois, elle abrita les esprits, les divinités, les faunes, les nymphes, mais aussi les proscrits, les fous, les amants, les promeneurs, les égarés, les ermites et les mystiques, les saints, les lépreux, les brigands, comme nous l’avons vu précédemment et les braconniers ; les haïdoucs, les maquisards et les fugitifs, les inadaptés, les persécutés, les sauvages, les bannis. C’est aussi le monde des lutins et de la femme des bois. Celui des trolls qui « ne supportent ni la vue de l’acier, ni les éclairs, ni la religion, ni les églises ». C’est celui des elfes et des tomtar [Malheureusement les trolls et les tomtar ont été récupérés par l’industrie touristique. Plusieurs régions de Suède ont été dessinées et remodelées afin d’utiliser le monde des contes à des fins mercantiles.]. Celui des fées et des sorcières ; des monstres, des loups et des loups-garous et des griffons. Le monde de la fantaisie et de l’étrange qui nous invitait au rêve et à l’imagination. La forêt imprégnée d’histoire naturelle et culturelle que notre époque dévaste ne peut être seulement un décor, ni même un élément dont les gestionnaires du « sauvetage de la planète » font valoir comme une ressource strictement technique et utilitariste nécessaire à prendre en considération et à protéger en tant que telle ; car si on la considère ainsi, alors elle perdra de sa poésie et de son histoire, la précipitant dans l’abîme nihiliste de la domestication industrielle. Mais allez donc faire comprendre cela à nos contemporain. Robert Harrison dans son ouvrage « Forêts – Essai sur l’imaginaire occidental » nous disait : « à moins que la société des hommes ne perde la mémoire, la fin du XXe siècle apparaîtra un jour comme l’une des périodes les plus critiques de l’histoire, où l’humanité tout entière fut projetée violemment dans un nouveau millénaire totalement divergent. Nous assistons aujourd’hui à des bouleversements d’une ampleur sans précédent dans l’histoire naturelle ou culturelle. Le déracinement général de la nature comme de l’humanité fait de chacun d’entre nous une sorte de réfugié. Nul ne peut dire combien de temps nous resterons des réfugiés sur terre, mais nous savons aujourd’hui, mêmes les plus privilégiés, les mieux protégés d’entre nous, que nous sommes sans domiciles. » Et il continuait ainsi : « ce que nous ignorons, en revanche, c’est notre potentiel de forces salvatrices qui pourraient se dresser un jour contre la vague de nihilisme. Dans l’avenir, on se souviendra peut-être de cette fin de siècle pour l’existence improbable d’une poignée de poètes qui ont offert un asile aux vieux dieux du foyer. Dans la perspective actuelle, rien ne semble plus superflu à la turbulente histoire contemporaine qu’un poète, pourtant rien n’est peut-être plus superflu que notre perspective actuelle. […] Nous savons au moins une chose : à une époque où les dieux sont contraints de fuir la cité de l’homme qui s’écroule, ils ne peuvent trouver refuge qu’auprès des poètes. »

À l’aube de notre opposition à la construction d’une ville de vacances à Roybon, nos arguments paraissaient clairs. Les quelques opposants à Center Parcs s’étaient retrouvés sur certains accords fondamentaux dont les intentions n’étaient pas moins de s’en prendre justement à cette turbulente histoire contemporaine et à ses perspectives superflues. La plupart des opposants officiels environnementalistes et associatifs évoquaient jusqu’ici seulement quelques inquiétudes qu’ils prétendaient, par des mesures de prudence et de prévoyance à observer, pouvoir s’en affranchir en intégrant parfaitement la construction du Center Parcs dans son environnement [Cf. « Aux portes du Paradis » que le lecteur pourra retrouver sur Internet ou le demander par correspondance à l’adresse que vous trouverez en dernière page de ce texte]. Par notre critique, nous réussissions à faire en sorte qu’ils se positionnent contre la construction de cette villes de vacances. La FRAPNA Isère, par la plume de son président Francis Meneu, déclara même que « les dossiers soumis à l’enquête publique ne répond[ai]ent pas à l’ensemble de [leurs] interrogations en matière de prise en compte des enjeux environnementaux », et remit aussi en question le principe même des mesures compensatoires : « il nous semble indispensable d’avoir en tête que quelles que soient la nature et l’ambition des mesures compensatoires envisagées, la destruction d’une zone humide présente un caractère irréversible. Il est impossible de reconstituer de toutes pièces des écosystèmes qui ont mis des centaines voire des milliers d’années à se constituer […] » [Réponse d’enquête publique concernant l’autorisation de défrichement et la demande de permis de construire pour la société SNC Roybon Cottage – Lettre du 4 juin 2010 de Francis Meneu, Président de la FRAPNA Isère, à Eugène Bigotte, Commissaire Enquêteur, que l’on peut consulter à cette adresse]. Il est vrai que nous avions critiqué et signalé publiquement la position inadmissible que monsieur Meneu défendait jusque-là, comme nous l’avions critiquée et signalée également aux différentes associations adhérentes à la FRAPNA Isère et aux FRAPNA Drôme et FRAPNA Rhône. Par ailleurs un article de Fabrice Nicolino dénonçait l’attitude de la FRAPNA se faisant payer 500 euros chaque fois qu’elle participait à une rencontre avec la société Autoroute du Sud de la France à propos de « mesures compensatoires » concernant un projet autoroutier [Dans son article « L’autoroute des présidents » paru le 10 mars 2010 dans Charlie Hebdo, Fabrice Nicolino disait : « “la mesure compensatoire” est une petite merveille qui donne le droit de détruire, comme il existe désormais un droit de polluer ». Et à partir de là, tout devient négociable : « on détruit un marais, une zone humide, un bout de forêt unique ? Pas grave, car on remplace. On fout dehors des chauves-souris menacées partout, mais ASF [Autoroutes du Sud de la France] finance “deux galeries artificielles”. Et paie au passage un magnifique matériel endoscopique à une association pour mieux les observer dans leurs gîtes. Mignon. Comme on bousille une rivière, on met aussitôt au point “un protocole de prélèvement des écrevisses dans la partie du Boussuivre dérivé”, bien sûr “élaboré avec des experts”. Plus tard, on élèvera des larves qui seront “séparées des individus ‘parents’ “, avant d’être gentiment déposées dans un autre “morceau” de rivière. Et n’oublions pas que “le marché de recréation de mares vient d’être lancé”. Oui après avoir recouvert des mares naturelles sous le béton, ASF en creusera de nouvelles, ailleurs. »]. Cet article enfonçait le clou, si bien que la FRAPNA Isère se plaignit des « propos régulièrement outranciers de journalistes mal informés (cf. l’article de Fabrice Nicolino dans un récent Charlie Hebdo) ou de quelques opposants (cf. le blog d’un opposant au projet Center Parcs) qui mettent en cause sciemment le travail de négociation ardu et ingrat [qu’elle mène] dans le cadre des mesures compensatoires avec les services préfectoraux et les maîtres d’ouvrage, en [lui] reprochant injustement d’abandonner [son] combat contre ces projets » [« Center Parc et mesures compensatoires »]. Les propos outranciers des quelques opposants à Center Parcs auquel la FRAPNA fait allusion renvoient effectivement aux reproches que nous pouvions faire à monsieur Meneu qui soutenait lors d’une réunion publique à Roybon, le 14 septembre 2009 : « nous, en tant que fédération d’associations de protection de la nature et de l’environnement, nous n’avons jamais au départ voulu dire que nous sommes contre le projet de Center Parcs. Par contre nous avons dit : c’est notre rôle, c’est notre responsabilité de souligner un certain nombre d’inquiétudes […]. » [Il m’a souvent été reproché de faire dire aux citations (hors contexte selon mes détracteurs) le contraire de ce qu’elles étaient censées dire. Le lecteur se fera lui-même une opinion en écoutant l’intervention in extenso de Monsieur Meneu à l’adresse suivante.] Nous manifestions évidemment notre désaccord vis-à-vis de cette opposition environnementaliste complaisante, puisque nous avions décidé de nous opposer, contrairement à ce que défendait monsieur Meneu, à la construction de cette ville ; nous nous trouvions sur des perspectives totalement différentes.

Une opposition à un projet qui cherchera seulement ses justifications dans la réglementation en vigueur et dans les alternatives acceptables [Parmi les alternatives inacceptables pour l’administration, certaines ne sont pas moins critiquables. Stéphane Peron actuellement président de l’association « Pour les Chambaran sans Center Parcs » ne proposait-il pas, à titre personnel, lors de l’enquête publique pour la demande du permis de construire, de « récupérer des terres agricoles, fatiguées par l’intensité des cultures, que l’on pourrait reboiser dans le cas d’un tel projet ? (par exemple dans la plaine de Beaurepaire) Cela éviterait une déforestation massive dans des lieux riches en biodiversité et apporterait de la nature, des bois dans des plaines désertifiées par les céréaliers dont les champs occupent aujourd’hui des surfaces à perte de vue … » Lorsqu’on se déclare « Pour les Chambaran sans Center Parcs », on peut facilement vouloir le projet ailleurs.] par l’administration, ne mettra jamais en question l’organisation économique, et par conséquent sociale et politique qui pourtant mène le monde à sa perte. Lorsque nous soutenions la création d’une association qui devait s’occuper essentiellement de mener une bataille juridique contre le projet, il s’agissait de nous permettre de gagner du temps afin de continuer le combat que nous menions depuis le début. Mais très vite les illusions gagnèrent les esprits : les uns envisageaient de transformer les Chambarans en un parc naturel régional, d’autres se mettaient à la recherche d’espèces protégées, tandis que d’autres encore misaient sur un bon avocat ; tous dans l’espoir de pouvoir arrêter le projet en se référant à la réglementation en vigueur. Il n’était plus question de critique sociale, ni d’agitation visant à remettre en question l’ordre établi, mais plutôt de défense de l’environnement et de convaincre les décideurs. Le monde redevenait comme par enchantement le meilleur des mondes possibles avec une législation et une réglementation qu’il suffisait de suivre et des élus sur lesquels on devait compter. L’opposition devenait présentable et optimiste, la nouvelle association arborant le sourire photogénique de circonstance et de rigueur. Les experts retrouvaient une considération, les politiques des interlocuteurs [Les associations qui dans les conflits se présentent comme des interlocuteurs prêts à négocier avec les pouvoirs publics sont, pour la plupart, totalement dépendantes des subventions qu’elles perçoivent de ces mêmes pouvoirs publics. Il est difficile de mordre la main nourricière. À ce propos, lors d’une réunion de la nouvelle association « Pour les Chambaran sans Center Parcs », il a été rapporté que l’association Espace Nature Isère organisatrice du Festival de l’Avenir au Naturel à L’Albenc avait refusé que cette nouvelle association contre Center Parcs soit présente à la tribune du Festival parce qu’elle craignait ainsi de perdre les subventions que lui alloue le Conseil général. « Pour les Chambaran sans Center Parcs » devait se contenter d’un simple stand.]. Tout redevenait lisse. Les catastrophes, les crises, la misère et la morosité contrôlables et par conséquent le capitalisme démocratique, le meilleur des systèmes possibles ; droites, gauches et écologistes aux rênes de la machinerie politique qui les rend nécessaires.

L’altération de la vie en général, l’insatisfaction et la morosité ambiantes ne sauraient trouver une sortie dans l’abondance de faux besoins et de divertissements ni dans le tourisme. Elles ne sauraient non plus trouver de réponses dans une décision de justice ni dans la rationalisation des comportements humains par l’amende et la répression. Bien au contraire ! Nous ne pouvons comprendre l’effondrement de nos relations et la fluidité de notre temps qui nous échappe, ce qui fait de la consommation et du travail des nécessités, et du territoire un espace divertissant idéalisé, sans faire une critique de la marchandise, du travail et de la société industrielle, et sans remettre la question sociale (et non simplement environnementale ou syndicale) et la poésie au centre de nos préoccupations.

Henri Mora, le 3 septembre 2010

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6. Petit Tambour

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Petit Tambour

Petit tambour qui palpite, en l’aurore montante,
Chants d’oiseaux qui répondent au pipeau,
Des jeunes bergers si tôt levés……
Herbe tendre où l’on aimerait s’étendre,
En cette douce chaleur printanière…

Déchires ce voile, rejoins la réalité,
Viens récolter et butiner les fleurs du mal,
D’un Baudelaire oublié…

Pathétiques écrits d’un début de poème,
Au air champêtre, où l’on voyage sans y croire.
Pourtant on aimerait tant percevoir ce pays de l’imaginaire,
Qui nous fait fuir, loin de ce foutoir cartésien,
Des visionnaires de demain.

JLR

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[Gafsa, Tunisie] Hideux dans leur apothéose / Les rois de la mine et du rail / Ont-ils jamais fait autre chose / Que dévaliser le travail ?

Tunisie : Les grèves emportent le secteur des phosphates

Propulsé au cinquième rang mondial en 2010, grâce à une production de 8 millions de tonnes, le phosphate tunisien a amorcé sa descente aux enfers dès 2011. Entraîné par des revendications sociales, et des échauffourées, le secteur du phosphate connaît depuis les quatre (4) dernières années des difficultés majeures.

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1 milliard d’euros, c’est le manque à gagner enregistré depuis 2011 par la filière phosphates tunisienne, mais la situation n’est guère prometteuse car aujourd’hui encore, le bassin minier est au ralenti fait remarquer la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), qui s’occupe de la transformation et de la commercialisation des phosphates de la Tunisie.

« Depuis décembre, une nouvelle grève engendre une perte de production de 10’000 tonnes par jour », a déclaré Romdhane Souid, le directeur général du Groupe chimique tunisien (GCT) dont la filiale, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), assure l’exploitation du phosphate. La grève en cours, tire son origine de l’échec des négociations avec le gouvernement pour l’attribution des primes de productivité précise M. Souid, avant d’ajouter que sur les quatre dernières années cumulées, son groupe a réalisé moins de 50 % des gains de 2010.

En 2014, les pertes, ont atteint 20 millions de dinars, soit 8,8 millions d’euros, ceci aggravé par la baisse des cours du phosphate, entamée en 2012 et qui pourrait durer jusqu’en 2025 selon la Banque mondiale.

Le bassin minier de Gafsa, où est exploité le phosphate tunisien est considéré dans le pays comme l’instrument de mesure de l’économie du pays. « Quand le bassin minier va, tout va ! », assure un retraité de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), cité par nos confrères de Jeune Afrique Économie. Certains estiment même que prendre le pouls du bassin donne une idée de la situation économique du pays.

Depuis la révolution de 2011, grèves, sit-in et échauffourées tribales ont paralysé l’activité de la compagnie, plus important pourvoyeur d’emploi dans la région, où le taux de chômage a atteint les 29 %. Actuellement cette filière bat au rythme des revendications sociales et émet un signal alarmant.

Presse extractiviste (Kayi Lawson, lemagazinedumanager.com, 2 février 2015)

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[Grenoble] Je suis…

Je suis…

Nous sommes nombreux et nombreuses à ne pas nous reconnaître dans ce slogan de publicitaire (« Je suis Charlie »), à ne pas jouer le jeu de l’indignation sélective, et à refuser l’injonction à rejoindre une « Union nationale » hypocrite derrière la classe politique, les éditocrates et la police française. Et nous sommes tout aussi nombreux et nombreuses à vouloir témoigner notre solidarité avec celles et ceux qui subissent le racisme, les discriminations, les violences économiques et la répression qui ne cessent d’augmenter : les musulman.e.s, les immigré.e.s, les jeunes des quartiers populaires.

Pour faire entendre une autre parole sur les enjeux, les causes et les conséquences des attentats de Paris, une série d’affiches a été réalisée et collée dans Grenoble et son agglomération.

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Indymedia Grenoble, 2 février 2015

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[Chambard dans les Chambarans] 7. Cette insubordination qui ne vient pas

http://juralib.noblogs.org/files/2014/11/03.pngCette insubordination qui ne vient pas
Des emplois pour quoi faire ?

La création de 700 emplois serait l’argument indiscutable et indépassable qui justifierait la construction d’un Center Parcs à Roybon. Le 27 janvier 2009, dans ce même village, lors de la réunion publique de présentation du projet par Pierre & Vacances et des élus du département, je proposai aux tribuns qui péroraient sur le sujet de rouvrir les deux camps d’internement qui avaient existé en 1939-40 dans les Chambarans, afin de créer de nouveaux emplois. Un des conseillers généraux présents, dont je n’ai pas retenu le nom, évacua la question en me répondant qu’il me laissait la responsabilité de cette comparaison. Plus de la moitié du public applaudit la réponse de l’élu.

Pour ce dernier, et pour une majorité du public, les emplois créés par un Center Parcs n’étaient visiblement pas comparables à ceux créés par un camp d’internement. Ma proposition ne tenait pas à établir de comparaison, mais voulait simplement mettre en évidence que l’idéologie de l’emploi à tout prix pouvait mener à accepter n’importe quoi, et que la fin ne justifiait pas les moyens.

La question qui ne me vint pas à l’esprit alors, et qui aurait pu suivre ma proposition, est celle-ci : quel prix une population est-elle prête à payer pour créer des emplois, et quel contrôle s’autorise-t-elle sur la nature et le bien-fondé de ces derniers ?

La destruction des Chambarans en zone touristique avec l’abattage d’une partie de la forêt, l’épuisement de sa nappe phréatique, la destruction de la vie sauvage et de la vie sociale locale, et son remplacement par une vie artificielle basée sur son inutilité et sa marchandisation, n’est-ce point cher payé pour le bénéfice de quelques emplois creux ?

L’intervention de ce conseiller général est intéressante car, sans le dire et sans le vouloir, elle remet en question la nature de certains emplois. Ainsi, nous pouvons espérer que cet élu, armé d’une telle conscience morale et politique, s’engagera publiquement à demander la fermeture des centres de rétention et à condamner les emplois qu’ils créent, aussi ignominieux que ceux destinés à l’internement des « indésirables » dans les camps que le chef du gouvernement, le radical socialiste Daladier, fit ouvrir, il y a soixante-dix ans.

Le travail n’a pas d’odeur. Il est même perçu par le travailleur comme une tâche qu’il doit accomplir sans état d’âme. Il est rare qu’on remette en question ce pourquoi on est rémunéré. Généralement nous acceptons de faire ce qu’il nous est demandé, sans trop regarder les causes et les conséquences de notre labeur. Nous obéissons à notre devoir, à notre hiérarchie. Au début des années 1960, Stanley Milgram étudia le phénomène de la soumission à l’autorité [Cf. Stanley Milgram, Soumission à l’autorité, Calmann-Lévy, 1982]. Il réalisa sur le sujet quelques expériences qui devinrent célèbres après la sortie du film « I comme Icare » du cinéaste Henri Verneuil, qui les mit en scène.

En 1961, Hannah Arendt fit remarquer pendant le procès d’Adolf Eichmann (inculpé pour sa responsabilité dans la logistique de la solution finale entre 1942 et la fin de la guerre) que ce fonctionnaire n’avait consciencieusement fait que son travail durant cette période où chacun se trouvait confronté à la banalité du mal [Cf. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Gallimard, 1997] Günther Anders avait même soutenu en 1956 « qu’on s’arrange toujours pour que les tâches décisives que l’on demande à l’homme d’aujourd’hui d’accomplir se présentent précisément sous la même forme que celles qu’il accomplit dans l’entreprise ; on s’arrange même pour qu’en tant que tueur, il n’« agisse » pas mais fasse son job : l’employé du camp d’extermination n’a pas « agi » mais, aussi épouvantable que cela puisse paraître, il a seulement fait son travail. Puisque la fin et le résultat de son travail ne l’intéressent pas, puisqu’il considère toujours son travail en tant que tel comme « moralement neutre », il n’a fait qu’accomplir quelque chose de « moralement neutre » [Günther Anders, L’obsolescence de l’homme – Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, Encyclopédie des Nuisances / Ivrea, 2002].

Lorsqu’on annonça qu’on voulait construire un Center Parcs et par conséquent détruire le bois des Avenières dans les Chambarans, je me renseignai sur la région. J’appris à ce moment-là qu’elle avait abrité durant la guerre de 1939-40 deux camps d’internement (celui de Roybon et celui de Chambaran, à Viriville). J’entrepris alors quelques recherches sur le sujet aux Archives Départementales de l’Isère, qui m’amenèrent à m’intéresser à la Résistance locale, mais aussi aux réfugiés espagnols arrivés dans le département début 1939. Dans les différents documents consultés, je relevai que des hommes avaient durant cette période maintes fois refusé d’effectuer un sale boulot ou de prendre une responsabilité qui leur paraissait moralement indigne.

Pouvons-nous émettre l’idée qu’une désobéissance est encore possible aujourd’hui dans les Chambarans, et plus généralement, pouvons-nous encore espérer que lorsqu’une insubordination individuelle rencontre publiquement une certaine approbation et se propage, une révolte et même une résistance deviennent possibles ?

En juillet 1940, les maires de Tullins, de Vinay et de Saint Marcellin rejetèrent l’ordre d’établir la liste des membres du Parti communiste de leur commune et démissionnèrent de leurs fonctions [Il s’agit des docteurs Carrier, maire de Saint Marcellin, Dupré, maire de Vinay soutenu par l’ensemble du conseil municipal et Valois, maire de Tullins et conseiller général de l’Isère. Le radical socialiste démissionnaire de Tullins, le docteur Gaston Valois, deviendra, après avoir été un des premiers résistants du mouvement Combat, le chef des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) issus d’une fusion des trois mouvements de résistance existant dans la région (Combat, Franc-Tireur et Libération). Il fut arrêté le 27 novembre 1943 à son domicile. Deux jours plus tard, après avoir été torturé lors d’un interrogatoire au siège de la Gestapo, au 28 du cours Berriat à Grenoble, il se suicida dans sa cellule afin d’éviter un nouvel interrogatoire. Ce même jour, le 29 novembre 1943 la Gestapo se rend à Saint Marcellin chez le docteur Victor Carrier et sonne à sa porte. L’ancien maire ouvre un révolver à la main et tire. Il est immédiatement abattu par une rafale de mitraillette. Quant au docteur Dupré, il échappa miraculeusement à la mort. Après avoir été chloroformé à son domicile, ce même mois de novembre 1943, l’ancien maire de Vinay se réveilla dans un fossé, couvert de sang. On lui aurait tiré une balle dans la nuque qui aurait traversé le cou sans lui causer aucune conséquence dramatique. (Cf. Le Bataillon de Chambaran, de Pierre Deveaux)]. Le 16 février 1943, entra en application la loi sur le Service du travail obligatoire (STO) instaurée par Laval [Le gouvernement français de Vichy avait décidé d’établir des fichiers afin de convoquer les jeunes Français nés en 1920, 1921 et 1922 pour les faire travailler dans les usines allemandes. On trouve dans des rapports de 1943 la mention Service Obligatoire du Travail (SOT) qui aurait très vite été abandonné, évitant les moqueries sur son acronyme.]. Ce STO fut très mal accueilli par une population qui avait déjà du mal à subsister durant cette période de privation. Ce fut peut-être une des grandes erreurs de l’occupant et de la collaboration qui changea la donne et paradoxalement servit la Résistance. Afin d’éviter d’être envoyés en Allemagne, bien des jeunes franchiront le pas et désobéiront à l’autorité. Ils se cacheront ou encore iront grossir les effectifs des maquisards.

Louis Nal, Capitaine durant la guerre 1939-40, devint le chef au service des transports du Parc d’artillerie, après avoir été affecté en novembre 1941 au service des matériels (artillerie) de Grenoble. Il sera une grande figure de la Résistance grenobloise. Il est intéressant de lire dans son livre La Bataille de Grenoble, les différents chapitres qu’il consacre à l’organisation, par la résistance locale, de la disparition du grand fichier du STO à Grenoble, où les jeunes gens étaient inscrits pour le recrutement. Louis Nal nous raconte :

« De suite, une complicité fut recherchée dans le bureau du STO. Un jeune nous prévient que deux mille fiches étaient prêtes et que les convocations correspondantes allaient être établies puis envoyées. […] Vallier, Jimmy et deux de leurs camarades, dont le petit gars du bureau du STO, s’occuperont des fiches. Une équipe de protection fut prévue au jardin de l’Hôtel de ville et sur la place de la Manutention où se trouvaient les quelques manèges forains […]. Vallier et le jeune du STO qui a les clefs du bureau montent au local où sont les fiches. […] Vite, les fiches sont empilées dans les sacs et ceux-ci sont lancés par la fenêtre […]. Tout près, les forains sont en train de déjeuner. Ils contemplent d’un air ahuri l’opération et commencent à comprendre. […] Malencontreusement, [le dernier sac vient de] choir sur la barrière de fil de barbelés qui entourent l’édifice et se déchire, laissant échapper sur le sol les précieux papiers. Un vent assez fort ne facilite pas le ramassage. Vallier et son camarade rejoignent la voiture. Quelques fiches traînent encore à terre. Par la glace arrière, les hommes ont le temps d’apercevoir le propriétaire du manège qui, avec sa famille, s’est précipité pour ramasser les quelques fiches et faire disparaître les dernières traces du coup de main. »

Après cette affaire la police grenobloise fut obligée de reconstituer le fichier du STO. Trois brigadiers furent désignés pour accomplir cette tâche. Appartenant au mouvement de résistance Combat, les trois policiers « décidèrent de saboter le travail et de gagner du temps. […] il entrèrent en contact avec toutes les personnes qu’ils avaient la charge de recenser. Mais aux uns, ils indiquaient la marche à suivre pour entrer dans les usines prioritaires, aux autres qui hésitaient avant de rompre définitivement avec Vichy, ils ouvraient la voie du maquis. […] Sans cesse rappelés à l’ordre, les trois brigadiers, non sans difficultés et péril, gagnèrent encore deux mois. Puis, il fallut bien rendre le travail. Commencé le 3 octobre 1943, il ne fut remis à la Kommandantur que le 27 mars 1944 !… Pendant ce temps – près de six mois – 4170 jeunes gens purent vivre sans être inquiétés. »

Cette affaire ne s’arrêta pas là, puisque le nouveau fichier qui fut rendu à l’autorité se révéla « truqué, incompréhensible, inutilisable » selon Louis Nal. On lança la Gestapo aux trousses des trois brigadiers de la police grenobloise. « Une opération fut même effectuée contre l’ensemble de la police. Mais nos trois amis étaient déjà loin. Le maquis les avait accueillis dans son sein » [Commandant L. Nal, La Bataille de Grenoble, PUG, 2003]. Ce qui se fit à Grenoble, se réalisa aussi ailleurs. C’est ainsi, peut-être de manière moins épique, que l’on fit disparaître aussi dans les Chambarans les fichiers STO : « De novembre 1943 au 6 juin 1944, la résistance du secteur 3 [les Chambarans] attaque les mairies pour s’emparer des fichiers STO, des listes de recensement et des tickets d’alimentation pour les réfractaires vivant dans la clandestinité. » [Cf. Pierre Devaux, Le Bataillon de Chambaran, PUG, 1994]

Durant cette période, les maquisards des Chambarans allaient effectuer la plupart des coupures de lignes électriques, des voies ferrées Grenoble-Valence et Rives-Saint Rambert d’Abon (82 coupures et 6 déraillements), des sabotages d’usines travaillant pour l’armée d’occupation, et des destructions de convois ennemis [Cf. le mémorial du maquis du Chambaran près du camp militaire et ancien camp d’internement à Viriville].

Je ne voudrais pas m’attacher ici à revisiter l’histoire de la région qui est plus ou moins connue des gens de Grenoble et des environs, et reconnue par les officiels. Je voudrais plutôt m’attarder sur ce qui socialement, mais aussi à l’intérieur de chacun, fait qu’à un moment donné, en désaccord avec l’autorité ou la hiérarchie, on franchit le pas de l’insubordination.

Le 11 novembre 1943, deux mois après l’arrivée de l’armée d’occupation allemande qui chassa les Italiens occupant la ville depuis novembre 1942, Grenoble est paralysée par une grève et une manifestation interdites, organisées par le Comité de l’Isère de la France Combattante [Ce Comité de l’Isère de la France combattante et des Alpes dauphinoises réunissait, sous la présidence de Gaston Valois, les MUR (Combat, Libération et Francs-tireur), la CGT, le Front National, les Francs-tireurs et Partisans, l’Armée Secrète, les Comités Populaires Féminins, les Forces Unies de la Jeunesse, les Jeunesses communistes, le Parti Communiste et le Parti Socialiste. Pierre Giolitto nous rapporte dans son livre Histoire des groupes francs grenoblois, que Georges Avallet « assure [dans son livre Et Grenoble explosa] que la décision du Comité de l’Isère de la France Combattante d’appeler la population à manifester, avait été contestée par certains membres du Comité ». Dix ans plus tard, Flaureau devait confier à Aimé Requet « qu’Albert Reynier (pour l’AS), Gaston Valois (pour les MUR) et lui-même (pour le PC) s’étaient élevés contre le projet, mais qu’ils n’avaient pas été entendus par la majorité des membres présents ». Aimé Requet (l’adjoint du Commandant Nal), le dynamiteur du Polygone devait confirmer dans un article du Dauphiné Libéré du 14 novembre 1993 : « Nous étions contre cette manifestation à Grenoble car nous savions que la réaction allemande était prête et serait implacable. Nous avions demandé aux patriotes de s’abstenir à tout prix d’y participer. » Selon Pierre Giolitto « la manifestation du jeudi 11 novembre 1943 a […] donné lieu à d’ardentes polémiques. Pour les uns, elle fut un magnifique élan patriotique des Grenoblois […]. Pour d’autres, cette manifestation ne témoigna en rien d’une quelconque unanimité patriotique […]. Pour d’autre enfin, elle aurait été un piège tendu par les Allemands aux patriotes grenoblois. »]. La manifestation, refoulée par un barrage de gardes à cheval qui empêchait les manifestants de franchir le pont pour se rendre au monument aux morts près de la place de la Bastille (lieu du rassemblement), se dirigea vers le centre-ville pour arriver au monument des Diables bleus sur la place Paul Mistral, aux abords du parc du même nom. Il était 11 heures 20, et une foule de 1500 manifestants déborda les forces de l’ordre, peu nombreuses sur place, qui ne feront pas usage de leurs armes. Un Lieutenant harangua la foule en l’invitant à se disperser lorsque les renforts dirigés par leurs Commandants arrivèrent sur les lieux. La foule commençait à se disperser quand soudain surgit de la Maison des Étudiants, qui était devenue le siège d’un État-Major allemand, une cinquantaine de soldats et de civils allemands. Cet assaut brutal parvint à cerner quelque 600 personnes, mais aussi les forces de l’ordre françaises et leurs Commandants :

« [Les soldats et civils allemands] se sont déployés en tirailleurs et ont couru avec des armes automatiques et des revolvers braqués sur la foule. Fort heureusement les G.M.R. [Groupes Mobiles de Réserve créés par le gouvernement de Vichy] et les gendarmes occupés à pousser la foule en direction de la ville se sont trouvés placés entre les Allemands et les civils, ce qui a évité l’usage du feu qui allait se produire. […]

« Le Commissaire Central de Police, le Commandant des G.M.R., le Commandant de la Garde [la G.R.M. (Garde Républicaine Mobile sous Vichy)] et le Commandant de la Compagnie de Gendarmerie se sont précipités vers les militaires allemands pour leur faire comprendre qu’il ne fallait pas tirer. Le Commandant Stévenin commandant le G.M.R. et le Capitaine Cloître commandant la Garde (ce dernier a été mis en joue) ont été alors entourés par des soldats allemands, sur l’ordre d’un officier, et arrêtés. Monsieur Toussaint, Commissaire Central et le Chef d’Escadron Albert Gondrand, commandant la Gendarmerie de l’Isère, étant intervenus ont été également arrêtés.

« Ces 4 Chefs de services, à 11 heures 40′ étaient conduits à la Maison des Étudiants, sous l’escorte de soldats allemands ayant leurs armes à la main.

« En arrivant, tous quatre ont été fouillés et dépouillés de leurs armes.

« Un officier français de la Commission d’Armistice étant intervenu avec un officier allemand de la même commission auprès du Commandant allemand ayant ordonné l’arrestation et qui était fort excité, celui-ci a répondu que les quatre autorités sus-mentionnés méritaient d’être fusillées, n’ayant rien fait avec leur « saloperie » de police pour empêcher la manifestation. » [Rapport du 11 novembre 1943 du Chef d’Escadron Albert Gondran, Commandant la Compagnie de gendarmerie de l’Isère. Arch. Dép. de l’Isère, 13R967. Cf. Rapport en entier sur le site des Giménologues : Doc 1.]

Aucun rapport nous dira ce que le Capitaine Cloître a réellement fait (ou essayé de faire) pour avoir été mis en joue par les militaires allemands.

Pendant ce temps, quelque six cents manifestants sont poussés par l’armée allemande jusqu’à « un enclos ceinturé de fils de fer barbelés entre la Maison des Étudiants et le manège de la Défense passive » [Commandant L. Nal, La Bataille de Grenoble, PUG, 2003]. Après avoir relâché les femmes et les hommes de moins de 18 ans et de plus de 50 ans, les autorités allemandes ont retenu puis dirigé le 13 novembre à Compiègne « plus de quatre cents » de ces manifestants qui seront ensuite déportés en Allemagne. Seuls cent vingt de ces déportés reviendront [Le nombre de déportés et celui des survivants nous sont donnés par une note en bas de page du livre du Commandant Nal].

Cet épisode tragique a constitué une part importante de la mémoire collective locale sur la Résistance qui n’a pourtant pas retenu cet événement dans l’événement. Et pour cause : les représentants des forces de l’ordre outrepassaient leurs fonctions pour protéger les manifestants [La Résistance comptait dans ses rangs des représentants des forces de l’ordre. Toutefois une campagne visant à les sensibiliser fut menée par un certain Comité de l’Isère et des Alpes Dauphinoises de la France Combattante. Nous pouvons lire dans un tract qui fut distribué les jours précédant cette manifestation : « Gendarmes, Policiers, Gardes Mobiles, G.M.R. refusez-vous à faire le travail des Boches. Restez Français ! Vos armes appartiennent à la France ; elles doivent servir à la libérer. Ne faites rien contre les patriotes. Demain la France sera libre. Elle reconnaîtra ceux qui l’ont servie et châtiera ceux qui l’on trahie. » (Arch. Dép. de l’Isère, 13R967)].

L’insubordination en période particulière de désordre reconnu, comme ici l’occupation, la guerre et la Résistance, ne peut pas être rapprochée évidemment de celle qui peut surgir dans des moments relativement moins troublés, en temps de paix, dans la vie quotidienne où, malgré les dégâts humains qu’il produit, le contrôle social par le travail règne. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une véritable insubordination dans le premier cas puisque l’insubordonné se rallie à une autre autorité : la Résistance. Nous sommes déjà ici dans une période de projet et même de reconstruction.

Avant ce stade, il y a une période d’effondrement social où l’on pense que la situation est déplorable mais qu’elle est encore viable, malgré l’évidente déliquescence en cours. Chacun s’attachera à son petit quotidien, à sa survie, ceux-ci devenant le but indépassable et sécurisant qu’il faudra à tout prix défendre. Chacun, face à lui même, s’interdira de cracher dans la soupe, fût-elle le bouillon de onze heures. Malgré tout dans ces moments il peut apparaître quelques signes manifestes de désobéissance et de refus vis à vis de ce qui peut être demandé. Une certaine conscience ou encore l’idée que l’on peut se faire du rapport aux autres, à la vie, à ce qui nous entoure, nous oblige, à partir du seuil de l’inacceptable, à remettre en cause l’autorité et la hiérarchie voire à désobéir.

En 1939, quelques mois avant le début de la 2e guerre mondiale et avant l’ouverture des deux camps d’internement dans les Chambarans, les réfugiés espagnols affluèrent aux frontières par centaines de milliers, suite à l’offensive des troupes du Général Franco en Catalogne. Le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut demanda aux différents Préfets d’organiser cet accueil. Avant l’organisation de leur « hébergement », les 465’000 réfugiés qui venaient de perdre la guerre furent parqués dès leur arrivée dans des espaces ceints de barbelés, à Argelès tout d’abord puis à Saint Cyprien et à Barcarès ensuite. Là ils se livrèrent à une toute autre bataille : celle qui les opposait au froid, à la faim, à la gale, aux poux et à la dysenterie [Le livre Triangle bleu qui a été publié en 1969, rassemble des témoignages sur le camp de Mauthausen où furent déportés, un triangle bleu (réservé aux apatrides) sur la poitrine, des républicains espagnols et des anciens des Brigades internationales. La plupart de ces témoignages parlent de la vie et de l’organisation de la résistance à l’intérieur de ce camp. Le premier chapitre est consacré à des témoignages sur les camps de la République française. Manuel Razola nous raconte : « Quant à moi, je fus envoyé avec des milliers d’autres à Septfons (sic). Dans ces lieux, nous en venions à penser que la France n’avait pas assez de place pour nous recevoir. On nous entassait comme des bêtes, obligés de manger et de dormir à côté de nos latrines. Le camp, fermé de barbelés, était gardé par des Sénégalais. Par malheur, le mois d’avril, cette année-là, fut très pluvieux et notre camp prit l’aspect d’un terrain inondé. À mesure que nous construisions des baraquements, on nous y transférait. C’est ainsi que se créèrent les premiers camps d’internement en France pour les républicains espagnols. Les baraquements étaient bien pires que ceux des camps de concentration allemands. Ils n’étaient couverts que sur la partie arrière et aux deux bouts. Quand il pleuvait, la pluie pénétrait partout. Pour dormir, nous mettions de la paille par terre. Tous, nous devions dormir habillés parce que nous n’avions pas de couvertures. L’alimentation était réduite au strict minimum. Certes nous étions accoutumés à cette vie difficile par toutes ces années de guerre, mais la situation et les conditions de vie n’avaient pourtant rien de semblable. »]. Aussitôt entrés en France, les miliciens se retrouvèrent dépouillés de leurs armes. Ils furent par la suite envoyés dans des camps plus en retrait de la frontière : à Bram, à Agde, à Rivesaltes, à Septfonds, au Vernet ou à Gurs. À Grenoble quelque 2400 réfugiés arrivèrent entre le 2 et le 3 février 1939 au Parc Mistral où le Palais de la Houille Blanche avait été retenu comme Centre d’hébergement. Il s’agissait là essentiellement de vieillards, de femmes et d’enfants. Le Centre de Grenoble fut dirigé par un certain Henri Durand. Commis des Postes à Voiron jusqu’en été 1937, Monsieur Durand fut détaché et mis à disposition pour organiser le Centre d’hébergement à l’école de Voiron puis au Fort Barraux où les réfugiés espagnols venant du Pays Basque furent accueillis, lors du premier afflux de réfugiés en 1937 [Les réfugiés espagnols de 1937 (un peu moins de 500) furent accueillis dans le département, à l’École Professionnelle de Voiron et à l’École pratique de commerce et d’industrie Vaucanson de Grenoble, dès leur arrivée. Les cours dans ces deux écoles reprenant en septembre, on procéda à leur transfert au Fort Barraux, le 11 septembre 1938. Arrivés le 1er août, on les renvoya dans leur pays le 9 octobre 1938. (Cf. le mémoire de Géraldine Andreo Les réfugiés espagnols dans le département de l’Isère 1936-1939)]. La sécurité du Centre au Parc Mistral fut confiée au Capitaine Cloître, commandant la 10e Compagnie de la Garde Républicaine Mobile, de la Gendarmerie de l’Isère ; celui-là même qui, quelques années plus tard, fut mis en joue par les militaires allemands lors de la tragique manifestation du 11 novembre 1943. Les conditions d’hébergement étaient terribles pour ces Espagnols séparés de leur famille. Ils venaient de subir la retraite, en abandonnant le peu qu’ils possédaient dans leur pays, après avoir perdu l’espoir d’une autre perspective sociale et politique. Lors de l’arrivée à Grenoble, les malades étaient nombreux, l’hygiène et les soins insuffisants. Quelque trois cents réfugiés furent hospitalisés à l’hôpital de La Tronche. Au bout de quatre mois, le directeur du Centre comptait déjà 48 décès parmi les internés. Dès février 1939, les pouvoirs publics ne cesseront de vouloir les renvoyer en Espagne malgré ce qu’ils y risquaient [Nous renvoyons au texte « Les “étrangers indésirables” » rédigé par les Giménologues  qui ont cherché à évaluer, pour le département de l’Isère, l’importance des renvois forcés de réfugiés espagnols dans leur pays]. À la fin de la guerre civile, la dictature ne ménagea pas les vaincus, emprisonnant et fusillant des masses de condamnés à la suite de procès sumarisimos, sans parler des dizaines de milliers de personnes qui disparurent corps et biens et que l’on retrouve dans les charniers que l’on commence à exhumer depuis quelques années.

En même temps qu’il essayait de les renvoyer dans leur pays, l’État républicain décida à partir de mai 1939 de « transformer cette masse inorganisée et passive que constituent les réfugiés en éléments utiles à la collectivité nationale » [Cette citation est reprise de l’article L’exil des Républicains espagnols en Isère (1937-1944) de David Demange, publié dans la revue Écarts d’identité N°95-96. Suite à la loi d’avril 1939, beaucoup de réfugiés espagnols sont incorporés dans des « Compagnies de travailleurs étrangers » (CTE) contribuant ainsi pour la plupart à des travaux de défense nationale jusqu’à la défaite française en mai 1940. La IIIe République crée ainsi les conditions pour une mise au travail systématique des étrangers par le régime de Vichy qui transformera ces CTE en GTE (Groupement des travailleurs étrangers) composés essentiellement d’Espagnols, et mettra ensuite en place en 1943 le STO pour une mise au travail systématique des jeunes Français pour l’effort de guerre allemand. « Les principaux travaux réalisés par le 351e groupe [GTE d’Uriage] s’effectuent à Corps en Isère sur le barrage du Sautet » (ibid.). Beaucoup de travailleurs espagnols déserteront leur GTE pour s’engager dans la Résistance, en Isère comme partout ailleurs en France.]. Le 12 juillet, afin de libérer le Parc Paul Mistral qui devait accueillir une foire, on procéda au transfert de 1300 réfugiés espagnols de Grenoble vers le nouveau camp d’Arandon établi dans une ancienne usine désaffectée appartenant au maire de la ville, Monsieur Vialle. Le directeur du Centre de Grenoble, Henri Durand, suivra les réfugiés à Arandon pour devenir le directeur de ce nouveau Centre. Le Capitaine Cloître sera affecté à la sécurité du camp d’Arandon avec ses deux pelotons de Gardes Mobiles. Le nouveau camp n’est pas mieux que celui de Grenoble. Un rapport du Médecin-Inspecteur départemental d’hygiène adressé au Préfet en témoigne :

« On a utilisé, pour établir le camp, une ancienne usine désaffectée, située au nord du département dans une région saine l’été, mais qui sera très humide dès l’automne et froid en hiver. Je vous signale de prime abord les difficultés extrêmes de chauffage que l’on rencontrera dans la mauvaise saison.

« […] Je dois ajouter dans l’ordre général, que le camp est entièrement clos par un double rang de deux mètres de hauteur de fil de fer barbelé. Entre les deux rangs, il existe un véritable chemin de ronde où se promènent les gardes mobiles. La surveillance est constante et effective. Il s’agit là de mesures de police qu’il ne m’appartient pas d’apprécier. Elles offrent toutefois, du point de vue exclusivement sanitaire un avantage certain (sic) en amoindrissant le risque de propagation à la population française des maladies éventuelles.

« Elles offrent aussi, du même point de vue, un inconvénient certain pour les réfugiés qui sont en majorité des enfants et des femmes. Quoi qu’on fasse, la santé des captifs n’a jamais été celle des gens libres. Cependant je dois dire que l’espace clos est très vaste (un hectare ou deux) ce qui atténue dans certaine mesure le danger signalé et rend moins présente la rigueur policière. » [Rapport du 27 juillet 1939 du médecin-inspecteur départemental d’hygiène du camp d’Arandon au Préfet de l’Isère. Arch. Dép. de l’Isère, 67M9. Cf. le site des Giménologues : DOC2]

Dans des conditions matérielles déjà sommaires et intolérables, le directeur rendra la vie de ces malheureux encore plus insupportable. Si bien que, contre toute attente, le 29 juillet le Capitaine Cloître envoie ce courrier au gestionnaire du Centre et au Préfet de l’Isère :

« Après vous avoir signalé à plusieurs reprises la situation alimentaire – sous-alimentation – des garçons qui composent la compagnie de travailleurs du camp, vous m’avez promis de donner tous les soirs 40 rations de viande à ces enfants. Cette promesse n’a pas été tenue : le Chef cuisinier n’a reçu aucun ordre à ce sujet.

« Les garçons de 14 à 17 ans qui travaillent au camp fournissent un gros effort physique – 5 heures de travail par jour – ils sont tous de bonne volonté ; mais visiblement ont faim. Comme d’autre part, si ces travaux étaient faits par des terrassiers français, ils coûteraient excessivement cher, il me semble logique de nourrir convenablement les enfants avec une partie du bénéfice réalisé.

« En tout état de cause la G.R.M. ne pouvant faire travailler des enfants sous un tel régime, j’ai l’honneur de vous informer que je viens de donner l’ordre de faire cesser provisoirement les travaux. » [Arch. Dép. de l’Isère, 67M9. Cf. le site des Giménologues : DOC3 (ibid.)]

Le Capitaine Cloître adresse alors au directeur et gestionnaire du centre et au Préfet les conditions alimentaires à partir desquelles la Garde reprendra ses fonctions, les avertissant que cette main-d’œuvre « faute d’occupation serait un élément perturbateur » [ibid.].

Le même jour, le directeur et gestionnaire du Centre, Monsieur Durand envoie un courrier au Préfet dans lequel il explique que le régime alimentaire des réfugiés s’est fortement amélioré et que la Compagnie de 40 travailleurs « a reçu 6 plaques de chocolat et 40 boîtes de sardines ou pâté tous les jours pour 5 heures de travail » [ibid.], depuis le début des travaux. Il demande au Préfet de donner des ordres complémentaires et de faire reprendre les travaux.

Le 29 juillet toujours, le Capitaine Cloître fait suivre une note de service qu’il envoie au gestionnaire du camp, Monsieur Durand, et pour information au Maréchal des logis, Chef Wallet, pour exécution :

« Les travaux de terrassements pour la pose de la canalisation et tous les gros travaux faits par les deux sections de la Compagnie de travailleurs, cesseront provisoirement à compter d’aujourd’hui 29 juillet 1939. La GRM [Garde Républicaine Mobile] assurera seulement les travaux d’hygiène (tinette et nettoyage). Les garçons de la Compagnie seront conduits tous les jours jusqu’à nouvel ordre en promenade. » [ibid.]

Le 4 août les incidents se poursuivent. Le directeur du camp reprend sa plume pour formuler ses griefs au Préfet du département :

« J’ai l’honneur de vous rendre compte d’un nouvel incident au camp d’Arandon. Le 3 août à 6 heures 30, j’ai appelé les 2 compagnies de travailleurs, jeunes gens de 14 à 17 ans et leur ai demandé de reprendre les travaux de terrassement pour l’évacuation des eaux.

« Il m’a été opposé un refus collectif.

« Comme conditions de reprise du travail, ils exigent soit un paiement soit des vêtements et des chaussures. Ils veulent bien faire le nettoiement du camp mais pas plus.

« Ce matin, à nouveau, appel nominatif, pareil refus. Ils m’ont répondu non – ajoutant même, c’est le travail que nous ferons le moins.

« Il m’apparaît inadmissible que des jeunes réfugiés soignés comme il le sont, puissent poser des conditions pour un travail dont dépend l’hygiène et le mieux être du camp. Ce qui m’a obligé a embaucher 10 ouvriers français que je paie 35 francs par jour plus les allocations, pour un travail urgent. La traversée de la voie ferrée se fera aujourd’hui 4 août.

« Heureusement que les cuisinières et les services annexes ne posent aucune condition à leur travail sans cela où irions nous.

« Ce que j’avais prévu dans mon précédent rapport arrive. Et c’est profondément regrettable. Quels moyens de coercition, ai-je, à présent. Contre une mauvaise volonté évidente, résultat d’un bourrage de crâne.

« Avant hier 2 août un garde, chef de poste, n’a-t-il pas fait une enquête sur la nourriture des réfugiés et ne s’est-il pas permis de faire cette remarque : vous ne vous étranglerez pas ! Ceci joint à une foule de petits détails laisse prévoir que ces gamins obéissent à un ordre intéressé. […]

« Je me permets donc, de vous demander, Monsieur le Préfet, pour l’exemple et rétablir mon autorité si vous verriez un inconvénient à ce que les plus grands, âgés de 17 ans, soient envoyés au Camp de Gurs ou s’il vous serait possible de prévoir leur rapatriement eux et leurs familles pour l’Espagne. » [ibid.]

Le Préfet se déplaça le 7 août au camp d’Arandon et s’attacha à apaiser la situation en demandant à monsieur Durand et au Capitaine Cloître de se réunir tous les jours avec l’Inspecteur départemental d’hygiène, ou son représentant, pour discuter à trois des « améliorations éventuelles » et de les concrétiser par des propositions qu’il étudiera « avec le vif désir de les faire aboutir dans toute la mesure possible ». [Arch. Dép. de l’Isère, 67M8. Cf. le site des Giménologues : DOC4 (ibid.) Lettre du Préfet du 10 août 1939. Nous voyons que dans cette affaire l’insubordination du Capitaine n’a pas été sanctionnée. Mais quand il s’agit de la révolte des réfugiés, les autorités réagissent plus fermement. Le 13 juillet 1939, une quinzaine de jours avant cette affaire entre Durand et le Capitaine Cloître, le Directeur de l’Office Départemental de Placement de la préfecture de l’Isère signalait au Préfet : « […] Une réfugiée qui avait demandé la veille à occuper un emploi de bonne a été présentée à cet employeur […]. Employeur et employé se sont mis d’accord. Mais alors que le récépissé de demande de Carte d’identité avait été établi, cette réfugiée est venue au bureau accompagnée de sa mère, laquelle a déclaré qu’elle n’était pas en France pour travailler et qu’elle ne voulait pas que sa fille serve de domestique (souillon) à des Français. Je crois à mon avis qu’il serait bon de prendre une sanction contre ces deux personnes d’autant que des éléments de ce genre ne peuvent que décourager ceux qui peuvent avoir l’intention d’occuper un emploi. » Arch. Dép. Isère, 67M9. Monsieur Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes, lors du vote de la subvention du Conseil pour le Center Parcs de Roybon, se fit le défenseur des « petits métiers ». Nous pouvons espérer que le moment venu, monsieur Queyranne saura soutenir les employés de Center Parcs qui se mettraient en grève contre les conditions déplorables dans lesquelles ils travaillent (voir sur le blog d’opposants à Center Parcs, la campagne d’affichage « 36 métiers, 40 misères ».]

L’ordre de mobilisation générale du 2 septembre et la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939, affectèrent bien sûr l’organisation du camp [La mobilisation ayant vidé la campagne de ses travailleurs, le Sous-Préfet de la Tour du Pin proposa au Préfet de former des équipes d’hommes, de jeunes gens et de jeunes filles du camp d’Arandon pour effectuer « des besognes urgentes à terminer, comme l’arrachage des pommes de terre, la récolte du tabac, la rentrée des regains et bientôt les vendanges… » Il proposa aussi « la création d’ateliers de couture travaillant pour l’Armée ou des œuvres sociales » pour les « femmes que le soin de leurs enfants retient au camp ». Arch. Dép. de l’Isère, 67M8. Cf. le site des Giménologues : DOC5]. Monsieur Durand fut mobilisé et le maire d’Arandon et propriétaire des lieux, Monsieur Vialle, prit la direction et la gestion intérimaire du camp, tandis que les deux pelotons de Gardes Mobiles furent relevés le 4 septembre par une section d’Infanterie.

Les autorités insistèrent pour que les réfugiés acceptent leur rapatriement en fonction des graves événements qui s’annonçaient [Arch. Dép. de l’Isère, 67M8. Cf. le site des Giménologues : DOC6 (ibid.)]. La plupart des réfugiés espagnols quittèrent de fait le camp d’Arandon au mois d’octobre, sans que nous connaissions précisément leur destination.

Par ailleurs, le 17 octobre le camp de Chambaran, ouvert dans les premiers jours de septembre, et qui internait quelque 750 réfugiés sarrois, autrichiens et allemands, fut réorganisé, et les internés regroupés par catégories. Ne resteront à Chambaran que les Allemands, les juifs étant transférés au camp d’Arandon. David Vogel dans son roman autobiographique Et ils partirent pour la guerre, nous décrit leur arrivée, lui-même étant interné depuis quelques jours dans ce camp. Grâce à son témoignage nous savons qu’il y restait encore des Espagnols.

Le camp d’Arandon ferma définitivement ses portes le 11 mars 1940, et les 90 juifs « indésirables » furent envoyés au camp de Loriol dans la Drôme [Cf. l’ouvrage de Badia et Co., Les Barbelés de l’exil – Études sur l’émigration allemande et autrichienne (1938-1940), PUG, 1979]. À partir de cette date, seul celui de Chambaran restera ouvert en Isère pour l’internement des étrangers « indésirables », car l’administration supprima les centres d’internement de Vif, Saint Savin, Vienne et Bourgoin.

Nous avons pu constater que dans le contexte particulier de cette période, le Capitaine Cloître sut prendre de la distance vis-à-vis des charges qu’il devait assumer. Contrairement à ce qu’il se passa ensuite au cours de la manifestation du 11 novembre 1943, le Capitaine se trouva à Arandon seul face à une autorité. Devant l’injustice qui régnait dans ce camp, il prit la responsabilité d’intervenir, alors même que de manière générale, il assuma ses fonctions de maintien de l’ordre. Ainsi, lors d’incidents survenus au parc Mistral le 15 mars 1939, il fit arrêter « deux réfugiées qui s’étaient particulièrement signalées par leurs cris et leurs injures à l’adresse du garde » [Rapport du Capitaine Cloître au Préfet. Arch. Dép. de l’Isère, 67M9. Cf. le site des Giménologues : DOC7 (ibid.)]. Il s’agissait de deux femmes qui s’opposaient à ce qu’un enfant ayant les oreillons fût conduit à l’hôpital ; peut-être parce que cette mère craignait une nouvelle dislocation familiale. En tout cas, « c’est sous une véritable pluie de morceaux de charbon, d’assiettes et de cuillères voire même de bouteilles, que [les] gardes durent emmener la prisonnière » [Ibid.], l’autre s’étant éclipsée. Selon la presse [Cf. l’article du journal Le Petit Dauphinois, du 17 mars 1939, Des incidents à Grenoble au Centre d’hébergement], une dizaine de gardes furent légèrement blessés. Le Capitaine Cloître, peut-être pour ne pas charger le dossier, dira dans son rapport qu’ « au cours de cette légère échauffourée aucun militaire ne fut blessé. Les projectiles divers cassèrent des carreaux ou furent reçus par d’autres réfugiés sans qu’aucune blessure s’en suive » [Rapport du Capitaine Cloître au Préfet (ibid.)]. Cependant les deux femmes furent écrouées et rejointes, le jour suivant, par une autre femme et un garçon qui avaient participé à cette rébellion. L’ordre régna à nouveau parce que le Capitaine Cloître avait assumé ses fonctions.

Les temps ont changé, et même si parfois quelques contestataires remettent en question certaines nuisances, ou même directement la production industrielle en tant que telle (à partir notamment du nucléaire, des OGM, des déchets…), la période que nous traversons rappelle, d’une certaine manière, celle où le Capitaine Cloître s’occupait de la sécurité du camp des réfugiés espagnols. En effet, sans aucune perspective sociale et politique, chacun sait aujourd’hui comme en 1939 que les choses vont empirer. On nous annonce des jours meilleurs pour bientôt, alors que l’effondrement est déjà là. Évidemment, chacun regarde ailleurs, refoulant l’évidence soigneusement au fond de son esprit. La porte de sortie nous est cachée et d’ailleurs personne ne songe à la chercher. Nous espérons rester dans le « moindre mal », le « mieux que rien » ; nous préserver et conjurer le sort en relativisant encore et toujours. L’état des lieux est aujourd’hui catastrophique, mais on continue à croire que la solution serait de construire à Roybon un Center Parcs ; personne ne tient à se déclarer ouvertement contre cette dévastation de plus et même de trop.

Nous sommes tous dépendants de l’économie et de son monde. Depuis l’apparition du capitalisme, le territoire des marchandises n’a cessé de s’étendre et les moyens de production de se développer, bouleversant continuellement et toujours plus vite la société et son environnement. Aujourd’hui les machines produisent le nécessaire et surtout le superflu, les mains et l’intelligence des ouvriers ou des techniciens étant considérées comme « obsolètes ». Et lorsque la production n’est pas fabriquée par des machines, c’est tout simplement que l’économie l’a délocalisée ailleurs dans le monde, balayant sans aucune retenue l’ancienne manière de vivre de ceux qui se trouvent obligés de produire là-bas ce que nous faisions avant ici. La vie des uns comme celle des autres se retrouvant brisée, en miettes.

Il est ainsi apparu de multiples services et tâches insignifiantes ou absurdes, qui n’avaient aucune valeur marchande ou aucune raison d’exister jusque là, sans parler du fait que nous acceptions que l’eau, le ciel, l’air, les paysages entrent dans le cycle capitaliste. « C’est bon pour l’économie », « c’est bon pour l’emploi », se répète-t-on inlassablement. Chacun produit de la futilité pour subvenir à ses besoins, mais aussi pour consommer de la futilité qui permettra aux échanges marchands de se perpétuer.

Ainsi, malgré sa disposition à tout détruire, le tourisme serait une idée géniale. Et la sylviculture industrielle, l’avenir durable des Chambarans. Il devient en effet nécessaire de fournir le bois à la chaufferie qui maintiendra à 29° l’eau de l’aquamundo dans le Center Parcs de Roybon. Le superflu se transforme en nécessité. Plus les sociétés s’enrichissent, plus elles se découvrent de nouveaux « besoins »…

Je ne cherche évidemment pas à prêcher une vie d’ascète. Je voulais simplement vous proposer de réfléchir au bien-fondé de l’argument axé sur la création d’emplois, et nous faire toucher du doigt l’aberration des rapports marchands. En dehors de toute considération environnementale, Center Parcs est l’exemple même de ce que la société marchande est capable de réaliser avec ses artifices, ses faux besoins, ses emplois creux et son inconscience. Tout est dit !

L’Homme de ce début du XXIe siècle se laisse encore trop séduire par les promesses de l’économie. Pourtant il pressent bien que celles-ci ne reposent que sur du vent.

Malgré le semblant de liberté et de richesse qu’il étale ostensiblement, notre homme est soumis à un totalitarisme bien plus insidieux que celui qui accabla son aïeul de 1939.

Le renouvellement incessant de l’illusion, et le profond sentiment de vacuité qui l’accompagne, expliquent sans doute pourquoi l’insubordination ne vient pas.

Henri Mora (archives), le 27 septembre 2009

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5. Les matins de chair

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Les matins de chair

Les mots sont des caresses, le bout de l’âme,
les mains sont la tendresse sans la lame,
d’un geste elles se retournent,
d’« une geste » elle devient légende…
irrégularité du mouvement passionné,
frisson désopilant, en cette cambrure du monde,
doigts d’argiles si fragiles appuyés sur la jouissance des sens,
plaisir volatil d’un moment d’errance,
où l’union sacrée s’oublie dans la brise des crépuscules des matins de chair……

JLR

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[Mère de Dieu, chasse Poutine] Свободу Александру Кольченко!

New Charges against Oleg Sentsov follow PACE Demands for his Release

Almost 9 months after their arrests Russian investigators have charged Oleg Sentsov, Ukrainian film director and Crimean political prisoner with possessing arms never found, and have denied fellow prisoner Oleksandr Kolchenko’s right to be a Ukrainian citizen.

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Ukrainian anti-fascists rally in commemoration of activists Baburova and Markelov shot by Neo-Nazis in Moscow, and in solidarity with Crimean antifascist Kolchenko arrested on the false charges by the Russian occupation authorities.

Sentsov, a well-known film director and opponent of Russia’s annexation of Crimea has been issued with a new charge. As well as the accusation that he organized a ‘terrorist plot’, the solo father bringing up two young children is to be tried as well under Article 222 § 3 (unlawfully obtaining, selling, possessing weapons, explosive substances and devices).

Sentsov was arrested on May 10 last year when FSB officers appeared at his home, frightened his young daughter and carried out a thorough search. He has said that the only item found was a weapon from World War II, kept as a relic. It is certainly highly suspicious that this new charge, reported by Russian human rights activist Zoya Svetova, should be laid so very late in the day.

News of the additional charges come, however, as events such as the Sundance Film Festival are highlighting Sentsov’s plight and a few days after the Parliamentary Assembly of the Council of Europe urged Russia to release the imprisoned film director. One day after PACE called on Russia to release Ukrainian MP and PACE delegate Nadiya Savchenko, the Russian Investigative Committee responded by adding a charge of ‘illegally crossing the border’.

The new charges in both cases are absurd. Savchenko was captured by Kremlin-backed militants in the Luhansk oblast and appeared in a Russian court two weeks later. She insists that she was taken across the border by force, and since Russia has consistently avoided mentioning her capture in Ukraine, it is the investigators’ credibility which must be questioned. Russia also claims that she entered the country ‘pretending to be’ a refugee, making ‘illegal crossing’ by definition impossible. In Sentsov’s case, no such dangerous items were found at the time, nor would they be even remotely probably given his family circumstances.

Sentsov was informed of the new charge in the Lefortovo prison in Moscow where he has been held since shortly after his arrest. His lawyers report that they tried without success to get through to the investigator all last week.

The period of detention for both Sentsov and civic activist Oleksandr Kolchenko has been extended to April.

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Forced Russian citizenship

A court in Russian-occupied Crimea has denied Ukrainian Oleksandr Kolchenko the right to retain Ukrainian citizenship. The Russian federal authorities claim that Kolchenko himself officially applied for Russian citizenship, while providing no evidence of this.

By insisting that Kolchenko and Sentsov are Russian nationals, Russia can try them according to Russian legislation while denying them the rights, including access to a Ukrainian consul, to which they are entitled as Ukrainians.

Since the only ‘evidence’ against Sentsov and Kolchenko is from ‘confessions’ made by the other two defendants — Gennady Afanasyev and Oleksy Chirny — while they were held in police custody without access to lawyers or relatives, and all four are being held in Moscow, lack of consular support is a major issue.

In court Sidorkina convincingly demolished [Sidorchinka explains that the only document which Kolchenko had at the time of his arrest was the internal passport of a Ukrainian citizen. His request to see a representative of the Ukrainian embassy. This was turned down with no mention then being made of the ‘application’ the authorities are now claiming he submitted. In the first months after his arrest, the argument used was that he had breached article 5 of the ‘Agreement between the Russian Federation and the Republic of Crimea on Crimea joining the Russian Federation’. This document was signed on March 18 by Russian President Vladimir Putin and the Crimean ‘leaders’ installed at gunpoint by the Russian forces who seized government buildings on Feb 27, 2014. Needless to say, it has not been recognized by Ukraine, the United Nations and democratic countries. / Kolchenko’s supposed ‘breach’ of article 5 of this document which stated that Ukrainians wishing to retain their citizenship must formally submit an application to this effect would not be recognized as grounds for stripping him of his citizenship by any Ukrainian or international court. / The new regime gave only a month to submit such applications with a mere three offices throughout Crimea accepting them. Like most people from his circle, Kolchenko had no idea that he needed to submit any document and quite understandably assumed that since he had a Ukrainian passport, and had not expressed any wish to change this, that nothing more needed to be done. / Sidorkina’s application to the court asked for her client’s Ukrainian citizenship to be recognized. The refusal to recognize it, she demonstrated, was in breach of Russian and Ukrainian legislation, as well as international law. / Of the four possible grounds in Russian legislation for assuming Russian citizenship, only (d) could even be considered. This refers to “other circumstances envisaged by this federal law or the RF’s international agreements.” / The ‘agreement’ in question, between Russia and the government it had installed in Crimea has not been recognized by Ukraine or the international community. Nor can it be called ‘international’ since one of the signatories did not have the status of a foreign state.] all possible arguments for foisting Russian citizenship on Kolchenko, yet the court rejected her application. She plans to appeal the ruling with a higher court. If necessary, the question of citizenship will form part of applications to the European Court of Human Rights which will surely find the attempt to force Kolchenko and Sentsov to take Russian citizenship in breach of their rights.

It is likely that Russia has already understood this and is now claiming – but not demonstrating – the existence of a fictitious application from Kolchenko.

Kolchenko’s detention was also extended again this week. The ‘case’ against both him and Sentsov is still officially at investigation stage, and their lawyers have still not seen the material which the investigators will bring to the courts.

It is, unfortunately, likely that the ‘evidence’ will be from testimony given by Gennady Afanasyev whose ‘trial’ took place behind closed doors in December without defence lawyers not even informed that it was to be held and therefore deprived of the opportunity to cross-examine him. Kolchenko and Sentsov’s lawyers believe that Afanasyev made a deal with the investigators, giving false testimony against the others in exchange for the minimum sentence envisaged for ‘terrorism’.

The attempts to force citizenship on the men appear part of a general plan to minimize publicity about a highly questionable case, in which the alleged terrorist acts first announced by the FSB do not correspond with those which Afanasyev has been convicted of. There is no evidence of any plot at all, nor any terrorist acts aside from Molotov cocktails hurled at buildings of the Russian Community of the Crimea on April 14 and the local branch of the United Russia party on April 18.

Hardly the stuff that terrorist conspiracies are made of, yet Kolchenko, Sentsov (and possibly Chirny) could well face 20-year prison sentences.

There are compelling grounds for ensuring maximum publicity and preventing Russia from concealing this shameful prosecution of Ukrainians ‘guilty’ only of opposing Russia’s annexation of their native Crimea.

Halya Coynash, Human Rights in Ukraine, Information website of the Kharkiv Human Rights Protection Group, 3 février 2015

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[La police est le meilleur des métiers pour être au-dessus des lois] Justice pour Wissam

Annulation de la mise en examen d’un des deux policiers de la brigade canine impliqué dans la mort de Wissam El Yamni à Clermont-Ferrand

Le 1er janvier 2012, deux policiers menottent Wissam et ne le quittent plus des yeux. Dix minutes plus tard, alors qu’aucun de ces policiers n’a la moindre égratignure, il tombe dans le coma :

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Avant même les résultats de l’autopsie, la police des polices s’empresse de dédouaner les policiers impliqués directement dans la mise à mort. Faire des conclusions avant même les éléments de l’enquête ne choque pas puisque les éléments de l’enquête seront ensuite cherchés, contrôles, validés par ces mêmes personnes qui ont pris dès le départ parti. Ce n’est que le début du festival de l’hypocrisie.

Après une série de mensonges d’experts les plus indécents les uns des autres, le procureur général de Riom annonce en janvier 2014 devant la presse qu’un collège d’experts va donner au maximum dans les cinq mois suivants les raisons pour lesquelles Wissam est mort.

Le Parquet aurait-il retrouvé la raison ?

Que nenni ! Un an après cet énième mensonge, soit trois ans après les faits, nous sommes toujours dans l’attente de la vérité, juste de la vérité. Parallèlement, nous apprenons le 20 janvier 2015 que la mafia policiaro-judiciaire annule la mise en examen d’un des policiers, plus intéressée par une mise hors de cause sans condition que par la vérité.

Le festival de l’hypocrisie continue.

URGENCE NOTRE POLICE ASSASSINE, le 20 janvier 2015

 

Mort d’un homme à Clermont-Ferrand : la mise en examen d’un policier annulée

Wissam El-Yamni, 30 ans, est mort neuf jours après son interpellation au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre 2011. Sa famille dénonce depuis des violences policières.

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Photo de Wissam El-Yamni déposée devant le tribunal de Clermont-Ferrand, le 1er janvier 2013.

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Riom (Puy-de-Dôme) a annulé mardi la mise en examen de l’un des deux policiers qui avait transporté, il y a trois ans, Wissam El-Yamni, 30 ans, décédé après avoir été interpellé dans des conditions controversées, a-t-on appris mercredi auprès de son avocat.

« Le tribunal considère qu’il n’y a pas d’indices sérieux prouvant que le travail de ce policier soit en lien avec le décès de Wissam El-Yamni », a indiqué à l’AFP l’avocat du policier, Me Xavier Herman, confirmant une information du quotidien La Montagne. Ce policier, qui avait participé à l’interpellation du jeune homme avant de le remettre au commissariat, « a appelé les secours lorsqu’il a vu la dégradation soudaine de l’état de santé de ce dernier », a ajouté Me Herman. Il a été placé sous le statut de témoin assisté.

Interpellé la nuit de la Saint-Sylvestre 2011, Wissam El-Yamni était mort neuf jours après être tombé dans le coma le soir de son arrestation. Sa famille a toujours estimé qu’il avait été victime de violences.

Dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique », les deux policiers qui avaient transporté le jeune homme avaient été mis en examen en mars 2014.

Des photographies du corps de Wissam El-Yamni lors de sa mort avaient montré un serrage au niveau du cou. Un rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait relevé l’emploi sur la victime, lors de son transport au commissariat, de la technique du « pliage », qui consiste à maintenir la tête appuyée sur les genoux.

Une autre rapport d’expert avait ensuite envisagé qu’un « cocktail toxique » combinant une « action toxique aiguë de la cocaïne sur le cœur », ainsi qu’un mélange d’alcool et de cocaïne, avait entraîné l’arrêt cardiaque du chauffeur routier. Une hypothèse remise en cause par les avocats de la famille de Wissam El-Yamni.

« On attend toujours la contre-expertise ordonnée par la juge d’instruction » a réagi l’un des avocats de la famille, Me Jean-Louis Borie. « On a un problème majeur dans ce dossier qui tient à l’insuffisance de l’enquête », a ajouté Me Borie, qui cite « les retranscriptions fantaisistes et approximatives des enregistrements » des conversations entre les policiers. L’affaire avait provoqué plusieurs nuits de tension dans les rues de Clermont-Ferrand et une forte colère contre la police.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Agence Faut Payer, 21 janvier 2015)

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4. Résistance

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Résistance

Archaïsme des sens qui se perd dans le souffre de vos voiles……
La vapeur volatile qui s’en dégage a une odeur acide,
Qui pénètre et putréfie toutes envies primaires
Nous griffons le sol pour pénétrer la matrice,
Cherchant en vain une odeur complice,
Pour nous échapper et survivre à l’agitation des milices aux canons.
Et l’on se terre et l’on s’enterre.
Nos corps deviendront des moules pour l’injection d’un béton désarmé
Rebelle lion d’un monde sans pardon,
Souffle de colère givrée comme l’hiver,
Pour tirer la chasse pieuse des reliques du tabernacle,
Qui enfume nos âmes,
Rébellion sarcastique d’un moustique qui bat de l’aile,
faisant tourner les moulins de l’espérance……

Affûte l’âme
affûte ta lame
crève l’esprit
crève l’aise et prie
pointe du doigt
pointe ce qui doit
écoute ce qui rime
écoute ceux qui rient,… Me touche……

Mordant la poussière siliconée d’un désert artificiel
Je me rebelle fils du vent et du ciel je suis pour un concept émotionnel……
Je suis l’enfant chevauchant les nuages artificiels des centrales nues d’éclairs.
Je préfère mille feux des croyances d’antan,
Qui ont fait du vent un dieu
Aux colères rebelles.
Je mord le sel des landes qui brûlent nos langues
et font taire à jamais, les poètes décharnés
Je suis le vent, je suis la plume, mêlant à chaque instant,
Le froid et le chaud sur des mots sans écho
Le sentier grandit en chemin déroutant les manants
Du fil précieux de la réalité terrienne……

Au pied du chêne

Parabellum parabolique du saint Suaire qui transpire,
Dans une crypte aménagée en piste de cirque,
Ou tourne encore et toujours,
La croyance pasteurisée des grenouilles de Jéricho
Delirium hypnotique, d’un asthmatique transi de froid,
Coincé dans un courant d’air blasphématoire.
je suis le fils du vent, des sources et de la vie
je suis la lumière des douces fées endormies,
je suis le cri du loup ameutant la horde,
je suis la morsure du serpent agonisant au soleil du levant,
mais avant tout je suis le fou enraciné au pied d’un chêne
absorbant à chaque instant sa sagesse.
Légende endocrine de mes veines, je crache le sang, et mes mots saignent de l’amertume de la violence tactile des hommes sans cœur, qui pullulent dans les caniveaux de la vie.
des mots doux pour les belles et le fer pour les infidèles ?

Mille délices, je renaîs
Je ne suis pas en fuite, mais à l’affût,
le chêne s’ébroue et attend doucement que la sève arrive au bout de ses branches, et à nouveau, de mes mots et de mes maux, je grifferai le visage de glace, qui s’émeut de la lumière du feu.
Les traces du lynx s’effacent dans la neige, qui fond du discours des fous, et lui aussi de nouveau, il chassera sans se faire piéger par les prédateurs d’un autre âge

Le retour de la horde……

JLR

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] Des nouvelles du front (ZAD des Chambarans)

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgMadame, Monsieur,

Ce soir, aux environs de 20 heures 45, la guérite d’accueil de la ZAD Roybon, installée à l’entrée du chemin communal menant à la maison de la Marquise a entièrement brûlée, suite à un jet de plusieurs cocktails Molotov. Cette attaque, n’est pas un simple acte de destruction et fait suite à une série de jets de projectiles sur cette même installation, servant chaque nuit d’habitation, depuis le 30 novembre dernier.

Cet incendie criminel, visant à détruire cette habitation, et à atteindre l’intégrité physique de tiers de manière volontaire, est ni plus ni moins qu’une tentative d’homicide.

Les forces de l’ordre et le CDIS de Roybon se sont rendus sur place suite à notre appel. L’intervention a commencée environ 1 heure après cet appel. Rappelons que la commune de Roybon et la caserne de pompiers sur place, sont à moins de 5 kilomètres du lieu de l’incendie.

À l’arrivée des militaires et des pompiers, nous avions déjà maîtrisé l’incendie, par nos propres moyens, malgré les risques que cela importe. Notre intervention a donc limité la propagation de l’incendie.

http://juralib.noblogs.org/files/2015/02/21.jpg

En début de semaine, le député de l’Isère, Jean-Pierre Barbier, a interpellé le Premier Ministre, lui demandant d’évacuer la ZAD Roybon et, d’interdire notre rassemblement Open Barrikad. Nous avions fait en sorte de limiter la communication de cet événement. Communication mise à mal par cette intervention.

Dans sa question au gouvernement, le député Barbier a notamment accusé les gouvernants de « complicité » avec notre action de blocus du chantier de Center Parcs. La réponse obtenue de la Ministre de l’écologie laisse à entendre qu’aucune intervention n’aurait lieu jusqu’à nouvel ordre. Cette intervention a provoqué un certain émoi chez les plus extrémistes des pro-Center Parcs.

Suite à ceci, mardi dernier au soir, une réunion de pro-Center Parcs avait lieu dans une salle communale de Roybon, organisée par l’association « Vivre en Chambaran » en présence du Maire du village, M. Serge Perraud. Certaines personnes présentent y auraient, selon plusieurs témoignages, clairement proférées des menaces de violences physiques à notre encontre.

La violence gratuite de ces personnes est intolérable. Nous sommes aujourd’hui inquiets pour le bon déroulement de notre rassemblement du week-end du 7, 8, 9 février.

En effet, les pro-Center Parcs ont décidés d’organiser un contre-rassemblement et promettent une action « spectaculaire ». Le triste spectacle de ce soir ne nous laisse pas indifférents à ce sujet.

De plus, la société Alternative Sécurité, employé pour surveiller la zone de construction du Center Parcs, continue de patrouiller, nous épiant jours et nuits, et ce sur la voie publique. Nous continuons de nous interroger sur la légalité de ces activités de surveillance, les milices privées étant à ce jour toujours interdites sur le territoire.

Nous tenons à rappeler que notre manifestation est ouverte à toutes et à tous. Cet événement se veut festif et familial. Nous souhaitons qu’elle se déroule en paix, mais nous n’oublierons pas, la violence des actes de ceux qui s’en prennent à notre intégrité physique, et menacent de fait nos vies.

Pour Demain.

Les occupants de la Zone à Défendre de Roybon – mailing, 6 février 2015

 

ROYBON | Center Parcs : incendie d’une cabane de la Zad

Une cabane montée par les défenseurs de la Zad (Zone à défendre) — qui s’opposent au projet de Center Parcs de Roybon — a été détruite par un incendie dans la soirée de jeudi, à l’entrée de la zone occupée par ces militants.

Selon le site web des « zadistes », cet incendie est la conséquence d’un jet de cocktails Molotov. De source judiciaire, on indique qu’aucun élément ne permet de confirmer cette hypothèse et qu’il peut s’agir tout aussi bien d’un accident que d’un acte de malveillance.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Le Daubé en ligne, 6 février 2015)

 

Center Parcs de Roybon : festival des zadistes, contre-manifestation des partisans

Les militants “zadistes” appellent à manifester et à construire des barricades ce week-end sur le site du chantier du Center Parcs de Roybon (Isère), à l’occasion d’un “festival” que les partisans du projet ont promis de bloquer.

Les opposants, installés depuis début décembre dans un maison forestière à proximité du chantier, appellent dans un communiqué à une marche en direction du chantier, samedi à 10H00, “pour renforcer notre présence sur la ZAD (zone à défendre, ndlr) en construisant de nouvelles cabanes et de nouvelles barricades”.

“Apportez du matériel pour construire : planches, palettes, marteaux, clous, scies, bâches, vis, etc. N’oubliez pas bottes et moufles, sandwichs et boissons”, écrivent les zadistes. Cette manifestation s’inscrit selon eux “dans le festival Open Barricades, trois jours de constructions et de concerts sur la ZAD les 7, 8 et 9 février”.

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Intervention de Christian Luciani lors de la manifestation du 7 décembre 2014 à Roybon

Qualifiant ce festival de “provocation”, les partisans du Center Parcs ont eux aussi appelé à manifester samedi et dimanche à Roybon. “On va être plusieurs centaines à bloquer toutes les routes qui amènent au site pour les embêter un petit peu”, a expliqué à l’AFP Christian Luciani, président de l’association “Vivre en Chambaran”.

“Les riverains pourront passer mais les zadistes ne passeront pas”, a-t-il ajouté.

L’association a déposé une déclaration en préfecture mais M. Luciani assure que même si la manifestation est interdite, “on le fera quand même”. La préfecture de l’Isère n’était pas joignable vendredi matin.

Du côté de la gendarmerie, “toutes les dispositions ont été prises pour que les choses se passent avec le moindre impact possible sur la tranquillité publique”, a assuré à l’AFP le colonel Jean-Luc Villeminey, commandant du groupement de gendarmerie de l’Isère.

“On est particulièrement vigilants”, a-t-il ajouté, sans plus de précisions sur les forces de gendarmerie mobilisées pour l’occasion.

Mardi, lors des questions au gouvernement, le député UMP Jean-Pierre Barbier avait demandé l’interdiction de ce “festival organisé par les anarchistes” et l’évacuation du site “afin de faire respecter enfin le droit à Roybon”.

“Dès lors que le projet sera redéfini, décidé, à ce moment-là, l’évacuation aura lieu pour que le bon ordre républicain reprenne ses droits”, lui avait répondu la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal.

Fin décembre, le président de Pierre & Vacances s’était dit “prêt à adapter” le projet de Roybon. La justice a suspendu l’un des arrêtés qui autorise le projet, une décision contre laquelle Pierre & Vacances s’est pourvu en cassation.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Agence Faut Payer, 6 février 2015)

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[Hauteville-Lompnes, 20-21 février] Bugey C Trip

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] « Ils suivent des stages de résistance, bénéficient de soutiens logistiques, d’assistance médicale et juridique, et s’équipent de dispositifs de protection »

Répression à Sivens : « un changement de doctrine inquiétant »

Entendu le 3 février par la commission d’enquête parlementaire sur le maintien de l’ordre, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a pointé la violence des « nouvelles formes de contestation sociale ». Pour le chercheur Cédric Moreau de Bellaing, entendu, lui, fin janvier par les députés, le changement est aussi du côté de l’État.

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La carte de France des projets et chantiers menacés par les activistes

« Ils suivent des stages de résistance, bénéficient de soutiens logistiques, d’assistance médicale et juridique, et s’équipent de dispositifs de protection. » Auditionné mardi 3 février 2015 par des députés de la commission d’enquête sur le maintien de l’ordre républicain, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a mis l’accent sur les « nouvelles formes de contestation sociale » auxquelles font face les forces de l’ordre. Au nombre desquelles, il a pointé les ZAD (zones à défendre) « disséminées sur de vastes terrains » et tirant « profit de la présence ponctuelle de manifestants non violents », ainsi
que des « groupes très structurés » cherchant le coup de poing avec les forces de l’ordre lors de « rassemblements institutionnels classiques » mais qui se distinguent des simples casseurs par leur « intelligence collective ».

Selon le ministre de l’intérieur, la nouveauté, c’est que ces groupes « ne fonctionnent plus de manière étanche et hermétique ». « Il n’est donc plus rare, dans les opérations de maintien de l’ordre, de voir des Black blocs associés dans l’action à des individus a priori moins politisés issus de la mouvance des raveurs, à des adeptes de Flash mobs aussi bien qu’à des altermondialistes ou à des groupes issus de mouvements anarchistes ou radicaux, a poursuivi Bernard Cazeneuve. Dans d’autres cas, comme on l’a vu au cours de certaines manifestations de juillet 2014, certaines franges de l’islamisme radical peuvent faire cause commune avec des groupes de supporters de football liés à des mouvements identitaires. » D’où la nécessité pour le ministre de l’intérieur de renforcer un renseignement territorial (les ex-RG) mis à mal tant par la création en 2008 de la DCRI que par les suppressions de postes.

À l’appui de cette analyse, Bernard Cazeneuve met en avant les 338 gendarmes mobiles et CRS blessés en mission en 2014, contre 228 en 2013 et 175 en 2012. Des chiffres à manier avec précaution car ils ne disent rien de la gravité des blessures (qui peuvent aller de simples contusions sans ITT à des fractures). Lors de son audition, Ben Lefetey, porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, a par exemple remis en doute l’utilisation d’acide par les zadistes contre les forces de l’ordre à Sivens, affirmant ne pas avoir été témoin de ces actes qui auraient nécessairement entraîné des blessures ou des traces matérielles côté forces de l’ordre.

Les autres représentants de la place Beauvau, auditionnés par cette commission début décembre 2014, quelques semaines après la mort de Rémi Fraisse, se sont montrés tout aussi alarmistes. « La gravité des violences a augmenté », a assuré Thomas Andrieu, directeur des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l’intérieur. « Il n’est pas rare de devoir faire face à certains modes d’actions proches de la guérilla », a affirmé le général Bertrand Cavallier, ancien patron du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier.

Il n’existe cependant pas de données chiffrées, ni d’études scientifiques sur l’évolution du niveau de violence lors des mobilisations sociales. Et pour cause, Bernard Cazeneuve a estimé mardi que son ministère s’est « trop coupé de ces réseaux (de chercheurs) ces dernières années ».

Cette « constante du discours officiel », qui vise à « contextualiser, peut-être à justifier l’usage des grenades offensives », a d’ailleurs frappé le sociologue Cédric Moreau de Bellaing, maître de conférences à l’École normale supérieure. Entendu le 22 janvier 2015, le chercheur a rappelé « que la France a connu des épisodes qui peuvent “concurrencer” sans trop de difficulté ce qui s’est passé à Sivens » et que « si violent que cet épisode ait pu être, cette violence reste très en deçà de ce que connaissent certains des pays voisins comme la Grèce ou l’Allemagne ». Il cite « la violence des grandes manifestations de 1947-1948, de celles des viticulteurs de 1950, ou de celle de Creys-Malville de 1977 ».

Surtout, le sociologue, qui travaille depuis dix-sept ans sur la police, perçoit « un changement de doctrine » jugé « inquiétant ». « Ainsi, l’intensité de l’engagement des forces de maintien de l’ordre serait justifiée par l’intensité de la violence des protestataires », a-t-il remarqué devant les députés. Ce principe d’escalade de la violence est, selon lui, « radicalement opposé aux doctrines sous-tendant l’école française de maintien de l’ordre ». « Au début du XIXe siècle, en effet, les forces de l’ordre calaient l’intensité de l’usage de la force sur la violence des protestataires qui leur faisaient face, a expliqué Cédric Moreau de Bellaing. Cette montée aux extrêmes favorisait l’usage d’armes de part et d’autre, provoquait nombre de blessés et, du reste, se soldait parfois par un nécessaire repli de la force publique. » Au tournant du XXe siècle, la logique s’est inversée, ce qui a « largement contribué à la réduction globale du niveau de violence dans les mouvements de protestation collective ».

Le sociologue observe aussi les effets pervers des injonctions faites, depuis les émeutes urbaines de 2005, aux policiers et gendarmes. Ceux-ci n’ont plus seulement pour mission de « tenir un cordon, une rue, un espace mais de se mouvoir et (…) d’interpeller ». « Depuis la création des forces spécialisées dans le maintien de l’ordre, la doctrine reposait sur la mise à distance des manifestants, a-t-il poursuivi. Tenir un barrage plutôt que de mener ce que les policiers appellent des courses à l’échalote, c’est-à-dire des poursuites individuelles des fauteurs de troubles ; développer des équipements qui protègent les policiers mais qui sont lourds et qui donc rendent difficile cette poursuite ; utiliser des armes qui visent à disperser, à éloigner, le dispositif principal étant ici la grenade lacrymogène. Or le retour des missions d’interpellation signifie l’inverse : moins de patience, plus de risques, avec la nécessité d’un rapprochement physique avec les perturbateurs afin de les interpeller. »

Cette évolution a été renforcée par la généralisation, au milieu des années 2000, de nouvelles armes, comme les lanceurs de balle de défense, responsables en France d’une trentaine de blessures graves au visage (pour la moitié lors de mobilisations). « Si bien que les Flashball, dont l’argument de vente consistait à dire qu’il s’agissait d’armes devant contribuer à réduire le niveau de violence engagée par les forces de l’ordre d’un État démocratique, ont un effet tendanciellement inverse et contribuent à élever le niveau de violence des situations de maintien de l’ordre », estime le chercheur. Là encore, il a souligné la nécessité de sortir de la culture du chiffre instaurée par la droite.

« Que serait aujourd’hui un maintien de l’ordre réussi du point de vue des forces de l’ordre : un maintien de l’ordre sans blessés ou avec un niveau d’arrestations élevé ? Comment récompenser les policiers et les gendarmes parce que le calme a été maintenu, parce qu’il n’a pas été nécessaire d’intervenir, la pacification ayant été obtenue en amont, plutôt que de les récompenser en fonction du nombre d’arrestations ? »

Pour le sociologue, le défi est donc moins « l’arsenal des forces de l’ordre » que « la capacité à créer de nouvelles coopérations avec des groupes relativement flous », comme la police a su en nouer après-guerre avec les services d’ordre de la CGT. Ce qui s’est manifestement traduit par un échec à Sivens où, avant la mort de Rémi Fraisse, les deux préfets successifs n’ont jamais pris la peine de rencontrer le militant écolo Ben Lefetey, porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet. On peut toujours prétendre ensuite, comme l’a fait Thomas Andrieu devant les députés, se heurter au « défaut d’organisation » qui « caractérise les zadistes, qui par essence refusent cette notion ou font de l’absence d’organisation une stratégie politique, une stratégie de combat ».

Mardi, le ministre de l’intérieur Cazeneuve a par ailleurs annoncé vouloir « mettre le paquet sur la formation des forces de sécurité », dont la direction avait été supprimée sous la droite. Il a confirmé que le libellé des sommations faites par les forces de l’ordre sera « revu », afin qu’il soit plus clair pour les manifestants. Les opérations de maintien de l’ordre « à risques » seront désormais intégralement filmées, ce qui était déjà en partie le cas. Et ce « dans un but de renseignement ou pour déterminer a posteriori, pour des besoins judiciaires, le comportement des manifestants ou des forces de l’ordre », a précisé Thomas Andrieu.

Leur presse (Louise Fessard, Mediapart.fr, 4 février 2015)

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[Montpellier] « Faire les poubelles pour subsister ou se faire condamner pour un vol alimentaire »

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgHérault : des glaneurs de poubelles au tribunal

Deux hommes et une femme ont été reconnus coupables d’avoir volé des denrées périssables à la date de consommation dépassée dans un supermarché à Frontignan (Hérault) en mai dernier. Ils ont toutefois été dispensés de peine, hier, par le tribunal correctionnel de Montpellier.

Les trois jeunes squatters qui avaient récupéré des produits alimentaires dans les poubelles d’un supermarché de Frontignan le 27 mai 2014 ont été condamnés hier pour cette infraction mais dispensés de peine.

Ce soir-là, Mike Adrien et Léa, étudiants ou intermittents du spectacle, désargentés, frigo du squat vide avaient sauté le mur de clôture pour soutirer des poubelles six sacs de denrées alimentaires dont la date de vente était dépassée du jour même mais qui restaient parfaitement consommables.

«Ce jour-là, c’était juste énorme ce qu’on avait découvert : des fraises et aussi du fromage de riche qu’on ne peut pas s’offrir, du chèvre particulièrement moelleux», explique Léa, 24 ans étudiante allemande qui garde un pénible souvenir de la garde à vue qui avait suivi l’opération récupération.

«Nous n’avons fait que récupérer des produits destinés à être détruits et abandonnés» a poursuivi Adrien, ingénieur du son, en squat et qui vit avec 300 € par mois.

Lors de ses réquisitions le parquet a argumenté sur le volet judiciaire strictement.

«Il y a eu pénétration dans un domaine privé sans autorisation. Il aurait été plus simple de demander la permission au directeur de l’établissement» a fait valoir le vice-procureur Patrick Desjardins, estimant que l’infraction de soustraction frauduleuse de denrées alimentaires avec circonstances aggravantes comme le vol en réunion était avérée, il a réclamé une condamnation assortie d’une dispense de peine.

«Dans cette affaire, il n’y a eu ni effraction, ni préjudice. Les aliments dans la poubelle n’ont plus de valeur financière, juste une valeur alimentaire et ces jeunes n’avaient pas l’argent nécessaire pour faire les courses» a plaidé Me Jean Jacques Gandini qui a réclamé la relaxe des trois, dénonçant le scandale des centaines de tonnes de marchandises jetées à la poubelle en France, la cinquième puissance mondiale.

Deux heures plus tard, les juges ont suivi les réquisitions du parquet. Ils ont confirmé l’infraction et dispensé de peine. Les militants altermondialistes présents en nombre dans la salle ont applaudi du bout des doigts avant de se féliciter de cette décision. Léa et Adrien qui continuent toujours à fouiller les poubelles pour manger ont dix jours pour faire appel. Et ainsi imposer un nouveau débat contradictoire et une mobilisation.

Le gaspillage alimentaire à l’Assemblée

L’Assemblée nationale débat demain de l’utilisation à des fins humanitaires des aliments invendus. Aucune décision ne sera prise toutefois, dans l’attente fin mars d’un rapport au gouvernement.

Dans sa version initiale, le texte déposé par le député UMP du Nord Jean-Pierre Decool proposait que les supermarchés concluent des conventions avec des associations d’aide alimentaire pour la collecte de denrées alimentaires invendues encore consommables mais aussi de faire évoluer les dates de péremption des produits.

Mais la commission des affaires économiques de l’Assemblée préfère attendre fin mars, lorsque le député PS Guillaume Garot aura remis au Premier ministre un rapport sur la lutte contre le gaspillage alimentaire. Une proposition de loi devrait être déposée dans la foulée.

Leur presse (Christian Goutorbe, LaDepeche.fr, 4 février 2015)

 

Le procès des ventres vides

Trois jeunes sont cités à comparaître ce matin pour « soustraction frauduleuse » de produits périmés dans la poubelle d’un supermarché.

Tout commence par un frigo vide, un soir de printemps. Nous sommes le 27 mai, à Montpellier. Léa, Mike et Adrien, étudiante, chômeur et technicien du spectacle, vivent de récupérations et de débrouilles. Depuis trois ans, avec d’autres, ils squattent un immeuble du centre-ville qu’ils ont rebaptisé « le Kalaj ». Pour manger, ils ont pris l’habitude de faire les poubelles des supermarchés. Un mode de consommation parallèle basé sur les tonnes de produits consommables jetés chaque jour par la grande distribution. « Les produits sont périmés de la veille ou du jour même, mais ils sont toujours bons, assure Adrien, vingt-cinq ans. Ce soir-là, il y avait plein de foie gras et de saumon, c’était une bonne pêche. On avait de quoi nourrir huit personnes pendant deux semaines. »

Léa, Mike et Adrien arrivent vers 22 h 30 à l’Intermarché de Frontignan, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier. Ils enjambent un muret pour pénétrer à l’endroit où sont entreposés les sacs-poubelle. Une fois arrivés derrière le supermarché, ils récupèrent les sacs-poubelle remplis de victuailles. « On trie, on se sert et on nettoie derrière nous, précise Adrien. Notre objectif n’est pas de faire chier le magasin, on veut revenir. » Mais quand les trois glaneurs reviennent au camion, ils sont cueillis par la brigade anticriminalité (BAC). « La totale, se souvient Adrien. Mains en l’air, fouille au corps et du véhicule… Ils étaient persuadés qu’on avait volé dans la réserve du magasin. Quand ils ont vu que c’étaient des sacs-poubelle qui puent avec des produits périmés, ils ont compris. »

Ils risquent jusqu’à sept ans de prison et 100’000 euros d’amende

Pourtant, les trois jeunes gens sont emmenés au poste où ils écopent de douze heures de garde à vue – avec prises d’empreintes, d’ADN – et d’une citation à comparaître, le parquet ayant décidé de poursuivre. « C’est n’importe quoi ! s’emporte Adrien. La pauvreté est criminalisée et la BAC protège le profit d’une entreprise, au lieu de garantir la sécurité des citoyens. » Les trois « délinquants » doivent comparaître ce matin devant le tribunal correctionnel de Montpellier (Hérault). On leur reproche la « soustraction frauduleuse de denrées périssables avec date dépassée », délit assimilé à un vol, et aggravé ici par trois circonstances : « De nuit, en réunion et par escalade. » Ils risquent jusqu’à sept ans de prison et 100’000 euros d’amende. Ce type de procès n’est pas le premier. À Nantes, en juillet, un « zadiste » de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) avait pris trois mois de prison avec sursis et 105 heures de travail d’intérêt général (TIG) pour « vol » de denrées périmées dans les poubelles d’un Super U. « Je suis confronté à ce genre de poursuites assez régulièrement, raconte l’avocat nantais Stéphane Vallée, qui avait défendu le jeune homme. Avec les Roms dans les déchetteries, c’est exactement la même volonté de pénaliser la misère. Ça paraît incroyable que le simple fait de prendre ces denrées, destinées au camion-benne, soit considéré comme du vol. Dans le cas des zadistes, les produits “volés” leur avaient été restitués, ce qui montre la difficulté des poursuites… » Les trois Montpelliérains avaient, eux, dû verser leur butin sur le trottoir devant le commissariat, mais se sont arrangés pour en garder une partie. Avec la crise économique, les glaneurs, que filmait déjà la réalisatrice Agnès Varda en 2000, se sont multipliés. Ce système D, s’il témoigne de la pauvreté grandissante, met aussi en exergue le gaspillage alimentaire de la grande distribution. « Il y a urgence à mettre en place des mesures législatives pour régler ce problème, soutient André Chassaigne, député communiste, signataire d’une proposition de loi en juillet pour astreindre les grandes surfaces à proposer leurs invendus alimentaires à des associations caritatives. On ne peut pas, d’un côté, laisser partir à la benne des produits certes périmés mais consommables, et, de l’autre, reprocher à des gens de faire de la récupération parce qu’ils sont en grande précarité. »

Pour une dépénalisation
de la récupération

Pour dénoncer ce gâchis, le collectif les Gars’pilleurs a une démarche intéressante : ils récupèrent des produits la nuit dans les poubelles des commerces (supermarchés, boulangerie, etc.) et les redistribuent le lendemain sur la place publique. « On fait surtout ça pour que les supermarchés se bougent et redistribuent eux-mêmes les denrées, explique Léo, membre de ce 
collectif. Quand on n’aura plus à le faire nous-mêmes, on aura gagné ! » Ce glaneur espère que le procès montpelliérain mettra ce problème sur la place publique et exige, à terme, une dépénalisation de la récupération. L’avocat des trois Montpelliérains plaidera la relaxe – ou au moins la dispense de peine – en invoquant « l’état de nécessité ». « Vu leurs revenus très faibles, ils ont trouvé ce palliatif pour se nourrir », argumente Me Jean-Jacques Gandini. L’audience 
devrait être renvoyée en raison d’une journée de grève des avocats. Mais aussi parce que les prévenus réclament une collégialité de jugement, à la hauteur des années de prison en jeu…

Leur presse (Marie Barbier, Humanite.fr, 3 décembre, 2014)

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