[Montpellier] De ces petites histoires policières qui alimentent notre rage

En ce mercredi quinze juin deux mille onze, sous un Soleil de plomb et après un passage devant la préfecture pour soutenir le cas d’un copain sans papiers, nous voilà réunis pour une petite partie de Justice sociale sur les pelouses de l’Esplanade, à Montpellier, où se dresse depuis quelques semaines le campement du mouvement « Les indignés ».

Nous ferons l’impasse sur les considérations au sujet de ce mouvement, nos divergences n’amènent pas nos relations au point qu’on souhaite rester indifférent à leur sort quand des molosses viennent les chiquer.

Voilà donc la meute hurlante des êtres obéissants en toutes circonstances qui dresse le bleu macabre de ses uniformes et le noir de ses matraques sur des espaces qui, visuellement, ne s’y prêtent guère. Constatant que leur laideur ne fait qu’augmenter au gré de leurs va-et-vient pleins d’ennui, leur frustration monte et ils savent que, bientôt, leurs terribles adversaires, venus spécialement en tenues de plage, passeront à une douloureuse offensive qui leur donnera prétexte à défouler leur énergie maussade sur des corps auxquels ils ne comprennent décidémment rien !

Voilà donc nos chers gladiateurs nationaux, épaulés de nos amis les pompiers dont les casques émettent une lueur argentée sous l’astre solaire, les voilà donc les brassards orangés de la C… de la BAC, ces êtres disgracieux aux contours malheureux qui suent la tristesse et la bêtise !

Voilà donc ici dévoilée aux yeux encore endormis toute la violence d’une société suicidaire qui envoie ses esclaves combattre, qui fait monter sa garde au créneau, trop contente qu’elle est de pouvoir vomir sa stupidité sur d’autres volontés, sur des beautés qu’ils ne saisissent ni ne saisiront jamais !

Mais alors que révolutionnaires, amoureux et indignés essaient tant bien que mal de jouer le rôle qu’ils ont choisi dans cette situation critique, certains plus pour l’opposition réelle à la police que pour la sauvegarde d’un déjà mort, voilà donc qu’arrive, bruyante, mécanique, grisâtre, dévouée et menaçante la benne de Nicollin, ces salauds de collabos ! Comment ! La laisserions-nous passer sans mot dire ? Nous contenterions-nous de la regarder s’avancer pour jeter au milieu des saloperies urbaines tout ce qui constitue ce petit camp ?

Instinctivement, sur la route qui sépare deux pelouses, les bras se croisent et s’entrecroisent, la tension monte et l’œil se fait vif, les jambes peuvent flageller, la chaîne est faite et ce sont des dizaines de corps qui barrent la route au monstre motorisé. Les brassardés se regroupent et marchent vers l’obstacle qu’ils doivent désormais enlever. Le sourire aux lèvres, le premier d’entre eux, petit, quadragénaire, l’air bête, plutôt naïf en vérité, la démarche assurée de l’homme qui sait qu’il peut faire ce qu’il veut nous assigne un titre ! « Guignols » ! Voilà ce que son cerveau encrassé lui transmet et ce que sa bouche marécageuse émet. Cette… chose aurait-elle oublié que Guignol est celui qui se joue de la police ? Celui qui la fait tourner en bourrique, qui se moque d’elle et ne lui donne rien d’autre que le bâton ? Mais oui, qu’il a raison, ce garçon, nous sommes tous des « Guignols » en puissance ! Ses biceps, les seuls de ses muscles qui aient encore une utilité, entrent en contact avec nous. Oh, bien évidemment, il ne cherche pas de caresses ce normé normatif, il veut nous « casser le poignet » si on ne « dégage » pas tout de suite ! Les gros bras testostéronés, musculeux et gaillards comme des ânes, confirmant ainsi que l’esprit peut former le corps, suivent sa trace et la si belle chaîne que nous formions se retrouve vite disloquée sous leurs coups, leurs bousculades, leurs menaces et leurs insultes.

Alors la benne avance et nous la suivons. Les esclaves veillent, ils poussent contre les grilles ici, cassent un téléphone là, insultent celui-ci de petit con et celle-là de connasse, relèvent avec pertinence notre consommation de cannabis et croient avoir fait la découverte de l’année : « Arrête de fumer des joints et va bosser ! » Hystérique, une dinde plus bête que les autres se rue sur une copine qui la prenait en photo et hurle à nous en percer les tympas : « Je veux pas être sur Youtube !! » Et ben ne fais pas ce métier, abrutie. Un appareil photo est explosé sur le sol, une lèvre ensanglantée, une fille qui manque d’avoir le pied cassé après qu’on l’ait poussée contre une barrière dans laquelle il s’est bloqué. Et toujours ce sourire hautain, niaiseux, débile, laxatif qui recouvre leurs visages nauséabonds de haine et d’ignorance, de soumission et d’obéissance.

Les voilà donc, ceux qu’on hait !

Ces salopards indignes qui frappent au gré de leurs envies, qui s’opposent à tout mouvement contraire, ces mort-vivants qui veulent détruire toute vie, toute initiative originale, tout combat contre la norme !

Qu’ils sont laids, ces gens qui n’ont plus rien d’humain sinon leur constitution physique !

Qu’ils sont pauvres et tristes, ces êtres au cœur éteint et à l’âme morte !

Qu’ils sont détestables, ces individus persuadés d’agir pour le bien commun quand ils ne font que défendre quelque chose dont ils ignorent jusqu’au nom !

Que l’on se souvienne ami.e.s, frères, sœurs, amoureu.ses.x, compagnon.s.nes, de ces gens comme de ceux qui se déclarèrent un jour nos ennemis et qui le resteront à jamais, et comme ceux qu’il faudra combattre avec rage au ventre et vie au cœur !

Que l’on n’oublie pas la force des coups reçus, et que l’on amène le jour où nous les rendrons sans compassion !

Mercredi 15 juin 2011.

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Une réponse à [Montpellier] De ces petites histoires policières qui alimentent notre rage

  1. Seb dit :

    …Et le soir même, on aura droit à la rengaine habituelle: « j’ai pu parler avec les gens de la BAC, c’était un premier contact sympa, il ne faut pas les insulter, ils font leur boulot » « ce sont des salariés, comme nous » « on les a inviter à venir manger la prochaine fois, ils ne sont pas insensibles à l’humour » « je sais comment ça s’est passé, ils ont été très corrects » etc.
    Donc:
    -Soit il y a deux catégories de personne, ceux qui se font taper et les pacifistes prétentieux qui, n’ayant jamais eu d’emmerde avec la police, méprisent ceux qui en ont.
    -Soit il y en a qui se font taper et continuent de jeter des fleurs, en bons masochistes.

    La classe sociale explique beaucoup de choses pour quelques individus…
    Que les gens qui ont tenu ses propos décident d’être des pacifistes acharnés (ce qui est un sacret mépris de ceux qui n’ont pas le choix face à la violence d’état), ok, si ça les amuse. Qu’ils s’appellent « révolutionnaires », ça m’indigne (c’est à la mode). On voudrait renverser le système, et on se fait marcher sur les pieds avec satisfaction par les condés?

    Enfin, ça fait plaisir de voir qu’il y a des gens comme l’auteur de ce texte qui ne partagent pas leur point de vue. Le policier, quand il enfile (par choix, c’est pas la conscription!) son uniforme, il sait ce qu’il fait, qu’à partir de là on est ses ennemis. La réciproque doit s’appliquer.

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